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dimanche 27 mars 2011

Per un quadro di Morandi (Pour un tableau de Morandi)





O tu cui lenta abbraccia la collina accaldata,

casa persa nel verde, esile volto e bianco,
solo tu durerai, muto, eroico pianto,
non resterai che tu, e la luce assonnata.

Giorgio Bassani Te lucis ante Ed. Mondadori


Ô toi qu'avec douceur embrasse la colline échauffée,

maison perdue dans la verdure, visage frêle et blanc,
toi seule demeureras, muette, héroïque plainte,
il ne restera plus que toi, et la lumière ensommeillée.

(Traduction personnelle)







Images
: en haut, Giorgio Morandi Paesaggio (1936)

en bas, Site Flickr





mardi 22 mars 2011

Tre colori (Trois couleurs)



Francesco Tricarico canta Tre colori (testo e musica di Fausto Mesolella, 2011) :





Mezza luna cilentana
nebbia padana
soldatini non ne abbiamo più
tutti pronti sull’attenti
partono i fanti
colorati con le giacche blu.

Quelli nella nebbia hanno una bandiera verde
ricorda che la nostra tre colori ha.

La battaglia è già iniziata
buona giornata
cannoncini con le bocche in su
partiremo noi da dietro
con l’aiuto di San Pietro
il destino poi ci guiderà.

Quelli sul confine hanno una bandiera rossa
ricorda che la nostra tre colori ha
quelli nella nebbia hanno una bandiera verde
ricorda che la nostra tre colori ha.

Soldatini di frontiera
mille mamme aspettano
cercate di non farvi fucilar
questa storia è stata scritta
e già studiata
pensavate di doverla ripassar ?

Quelli in cima al monte hanno una bandiera bianca
ricorda che la nostra tre colori ha
verde la speranza rosso il sangue di frontiera
neve biancaneve i cuori abbraccerà
tre colori come i fiori
non son per caso...






Trois couleurs


Croissant de lune du Cilento

brouillard dans la plaine du Pô
les petits soldats sont en place
tous alignés au garde-à-vous

les fantassins s'avancent
dans leurs uniformes bleus.


Ceux qui sont dans le brouillard ont un drapeau vert

rappelle-toi que le nôtre a trois couleurs.


La bataille a déjà commencé
bonne journée

les canons sont prêts à tirer
nous partirons de l'arrière
sous la protection de saint Pierre

puis le destin nous guidera.


Ceux qui sont à la frontière ont un drapeau rouge

rappelle-toi que le nôtre a trois couleurs

ceux qui sont dans le brouillard ont un drapeau vert

rappelle-toi que le nôtre a trois couleurs.


Petits soldats à la frontière

mille mères vous attendent

essayez de ne pas vous faire fusiller

cette histoire a déjà été écrite et étudiée

pensiez-vous devoir un jour la revivre ?

Ceux qui sont en haut de la montagne ont un drapeau blanc

rappelle-toi que le nôtre a trois couleurs
verte l'espérance, rouge le sang à la frontière
et le blanc de la neige pour apaiser les cœurs

trois couleurs comme les fleurs
ce n'est pas par hasard...




Images : Source

Source de la vidéo : Site YouTube

mardi 15 mars 2011

Sulità Santità (Solitude vaut sainteté)




"I paruli fanu purtusa."


("Les paroles font des trous.")







Un autre passage de Museo d'ombre (Musée d'ombres), de Gesualdo Bufalino, extrait du chapitre Motti e proverbi neri (Dictons et proverbes noirs) :

Isola più solitudine uguale isolitudine. A questa parola inesistente m'è spesso piaciuto ricorrere per tradurre il sentimento dell'essere siciliani. Soli nell'arsione di luglio, quando non s'ode che una cicala sfrenarsi nel letargo immobile della pianura ; e il campiere a cavallo, con lo schioppo a tracolla, che spunta dall'orizzonte, non tanto sembra uscire dalle stereotipie d'un film o d'un libro quanto precedere, vessillifero, un'orda di corpulenti fantasmi... Soli su una terra che, gira rigira, in qualunque direzione si vada, termina contro una barriera di mare ; una terra dalle budella di lava, che sussulta sopra le acque come una paranza bucata, disposta quanto mai nessun'altra ai naufragi, alle catastrofi... Soli, infine, in un letto : sognando nessuno ; sognati da nessuno... Ne verrà per la solitudine il doppio destino d'essere ora patita come uno stigma, ora vantata come uno stemma : secondo che il reietto obbedisca a un'urgenza di sodalizio e di compagnia ; ovvero, in un soprassalto d'orgoglio, si cinga dentro le quattro mura della sua tana la corona di santo e di Domineddio.

Gesualdo Bufalino Museo d'ombre Ed. Bompiani





Île plus solitude égal isolitude. À ce mot inexistant il m'a toujours plu de recourir pour évoquer le sentiment qu'ont les Siciliens de leur propre existence. Seuls dans la fournaise de juillet quand on n'entend plus que le chant obstiné d'une cigale dans la léthargie immobile de la plaine ; et le garde-champêtre à cheval, fusil en bandoulière, surgissant à l'horizon, ne semble pas tant sortir des stéréotypes d'un film ou d'un livre, mais plutôt ouvrir la route, tel un porte-étendard, à une horde de fantômes bien en chair... Seuls sur une terre qui, lorsqu'on essaie d'en faire le tour et quelle que soit la direction que l'on prenne, se termine toujours sur une barrière de mer ; une terre aux entrailles de lave, ballottée sur les eaux comme une barque trouée, plus que nulle autre promise aux naufrages et aux catastrophes... Seuls, enfin, dans un lit : ne rêvant de personne et dont personne ne rêve... Il en résultera un double destin pour la solitude : celui d'être douloureusement vécue comme un stigmate, ou au contraire fièrement arborée comme un blason, suivant que le paria obéisse à une urgente nécessité de compagnie et d'amitié, ou qu'il préfère, dans un sursaut d'orgueil, s'enfermer entre les quatre murs de sa tanière pour y ceindre l'auréole du saint et du Seigneur Tout Puissant.


(Traduction personnelle)






Images : en haut, Leonardo (Site Flickr)

au centre, Vito (Site Flickr)

en bas, Giorgio (Site Flickr)

samedi 12 mars 2011

Souvenir d'Italie





Nilla Pizzi (16 avril 1919 - 12 mars 2011)





Grazie dei fior
fra tutti gli altri li ho riconosciuti
mi han fatto male eppure li ho graditi.
Son rose rosse e parlano d'amor.

E grazie ancor
che in questo giorno tu m'hai ricordata
ma se l'amore nostro s'è perduto
perchè vuoi tormentare il nostro cuor ?

In mezzo a quelle rose
ci sono tante spine
memorie dolorose
di chi ha voluto bene.
Son pagine già chiuse
con la parola fine.

Grazie dei fior
fra tutti gli altri li ho riconosciuti
mi han fatto male eppure li ho graditi.
Son rose rosse e parlano d'amor.

Grazie dei fior
e addio...
per sempre addio...
senza rancor...


Merci pour les fleurs

parmi tant d'autres je les ai reconnues
ça m'a fait mal mais je les ai appréciées.
Ce sont des roses rouges et elles parlent d'amour.

Les pages sont déjà tournées

avec le mot fin.

Merci pour les fleurs
et adieu...
pour toujours...
sans rancœur...



vendredi 11 mars 2011

Le città del silenzio (2) (Les villes du silence)





"Dans la cathédrale, très sombre, le sacristain dérangé de sa sieste nous guida vers la chapelle funéraire. Il réclama cent lires de pourboire pour nous allumer une douzaine de cierges munis d'ampoules électriques dont l'intensité ne devait pas dépasser vingt-cinq watts. Dans cette lumière sépulcrale, l'Ilaria paraît encore plus blanche et plus froide. Drapée dans une longue robe, les mains croisées sur la poitrine, les pieds appuyés à un petit chien, la tête soutenue par deux coussins, les bruits du monde ne l'atteignent plus. Le col montant de la robe lui comprime le menton. Cette sorte de jugulaire accentue le détachement du visage et la rigidité du corps. Le diadème, tressé de fleurs, qui entoure ses cheveux, plus qu'un élément ornemental, semble un carcan qui pèse sur son front et la rive au tombeau."


Dominique Fernandez Pise 1951, Grasset, 2010





Lucca

Tu vedi lunge gli uliveti grigi
che vaporano il viso ai poggi, o Serchio,
e la città dall'arborato cerchio,
ove dorme la donna del Guinigi.

Ora dorme la bianca fiordaligi
chiusa ne' panni, stesa in sul coperchio
del bel sepolcro ; e tu l'avesti a specchio
forse, ebbe la tua riva i suoi vestigi.

ma oggi non Ilaria del Carretto
signoreggia la tetra che tu bagni,
o Serchio, sì fra gli arbori di Lucca

rosso vestito e fosco nell'aspetto
un pellegrino dagli occhi grifagni
il qual sorride a non so che Gentucca.

Gabriele d'Annunzio Elettra Le città del silenzio Ed. Mondadori





Lucques

Tu vois au loin les grises oliveraies
qui embrument l'aspect des côteaux, ô Serchio,
et la ville à l'enceinte arborée
où dort la dame de Guinigi.

Ici, elle dort, la blanche fleur de lys
enclose en sa robe, étendue sur la dalle
du beau sépulcre ; et peut-être se mira-t-elle
en toi et ta rive garda son empreinte,

Mais aujourd'hui ce n'est pas Ilaria del Carretto
qui règne sur la terre que tu baignes,
ô Serchio, mais parmi les arbres de Lucques,

rouge vêtu et sombre d'aspect,
un pèlerin aux yeux d'aigle
qui sourit à je ne sais quelle Gentucca.


Traduction : Muriel Gallot (Poèmes d'amour et de gloire, Cahiers de l'Hôtel de Galliffet, 2008)







Images : en haut, Giulia Paltrinieri (Site Flickr)

au centre, Site Flickr

en bas, Corrado Bozzano (Site Flickr)

jeudi 10 mars 2011

Le città del silenzio (1) (Les villes du silence)


"J'aime... la Déposition du Rosso à Volterra, Volterra, les balze, l’église San Giusto à Volterra, une plaque à la mémoire de d’Annunzio à Volterra, la salle des Voyages vers la mort en bateau au musée étrusque de Volterra, la salle des Voyages vers la mort en char au musée étrusque de Volterra, une plaque indiquant que se déroulent à cet emplacement certaines scènes de Forse che si, forse che no dans le très petit jardin en terrasse du musée étrusque de Volterra, une plaque à la mémoire d’un savant danois catholique du XVIIe siècle, dont j’oublie le nom, sur une maison de Volterra, le fait que la ville de Mende soit jumelée avec Volterra, une conversation sur Volterra avec le président des Amitiés mendo-volterranaises lors d’un déjeuner à Mende, 10 août 1996, la maison où fut tourné Le Vaghe Stelle dell’Orsa à Volterra..."





Volterra


Su l'etrusche tue mura, erma Volterra,
fondate nella rupe, alle tue porte
senza stridore, io vidi genti morte
della cupa città ch'era sotterra.

Il flagel della peste e della guerra
avea piegata e tronca la tua sorte ;
e antichi orrori nel tuo Mastio forte
empievan l'ombra che nessun disserra.

Lontanar le Maremme febbricose
vidi, e i plumbei monti, e il Mar biancastro,
e l'Elba e l'Arcipelago selvaggio.

Poi la mia carne inerte si compose
nel sarcofago sculto d'alabastro
ov'è Circe e il brutal suo beveraggio.

Gabriele d'Annunzio Elettra, Le città del silenzio Ed. Mondadori



Volterra


Sur tes murs étrusques, Volterra isolée,
bâtis dans le roc, devant tes portes,
je vis surgir, sans rumeur, la lignée des morts
de la sombre cité qui se trouvait sous terre.

Le fléau de la peste et de la guerre
avait blessé et mutilé ton sort ;
et les antiques horreurs de ce Donjon
emplissaient une ombre que nul ne dissipe.

Je vis s'éloigner la Maremme fiévreuse,
et les montagnes de plomb, et la Mer blanchâtre
et l'Elbe et l'Archipel sauvage.

Puis, inerte, ma chair se disposa
dans le sarcophage sculpté d'albâtre
où se trouve Circé et son brutal breuvage.

Traduction : Muriel Gallot (Poèmes d'amour et de gloire, Cahiers de l'Hôtel de Galliffet, 2008)





Image : en haut, Eric Perrone (Site Flickr)


mercredi 9 mars 2011

Parole da lontano (Paroles lointaines)




Il forte sonaglio, l'astuta chitarra
non fanno che strepitarmi dentro la testa :
isola mia, ridammi le tue feste
pompose e intrepide come una sciarra ;

sbarrami in viso le streghe pupille,
la luna in collera, la luna dolce ;
al primo fermo colpo di selce
rompimi il cuore che già vacilla.

Io tornerò per sempre sulle tue strade,
ai pozzi tuoi murati dall'agave e dal cardo,
alle tue dissenate serenate.

Ritroverò mia madre seduta sulla porta,
si cingerà la fronte con la cupa coccarda,
griderà tutta la notte la mia morte.

Gesualdo Bufalino L'amaro miele Ed. Einaudi


Le grelot bruyant, la guitare astucieuse

ne cessent de faire du vacarme dans ma tête :
ô mon île, redonne-moi tes fêtes
somptueuses et intrépides comme une margaille ;

écarquille sur ma face les pupilles sorcières
la lune en colère, la douce lune ;
au premier coup sec de silex
brise ce cœur qui déjà chancelle.

Moi, je reviendrai pour toujours sur tes routes,
à tes puits murés par l'agave et le chardon,
à tes sérénades insensées.

Je retrouverai ma mère assise sur le seuil,
elle ceindra son front d'une cocarde sombre,
et elle criera toute la nuit ma mort.

Traduction : Renato Corona (Le Miel amer, éditions L'Amourier, 2006)





 
  Image : en haut, Davide Orlandini (Site Flickr)

vendredi 4 mars 2011

Ancora tu (Encore toi)


 L’ultima volta che avevo sentito Ancora tu ero in macchina con la mamma. Stavamo fermi in fila su corso Vittorio. Una manifestazione aveva bloccato piazza Venezia, e come calore l’ingorgo si era irraggiato, paralizzando il traffico del centro storico.
Avevo passato la mattina nella galleria d’arte di mia madre a sistemare i quadri di un artista francese che avrebbe inaugurato la settimana successiva. Mi piacevano quelle enormi fotografie di gente che mangiava sola in ristoranti affollati.
I motorini facevano slalom tra le macchine ferme. Sopra i gradini di una chiesa dormiva un barbone imbustato dentro un sacco a pelo lercio. Sacchi della spazzatura gli fasciavano la testa. Sembrava una mummia egizia.
– Uffa ! Ma che sta succedendo ? Mia madre si è attaccata al clacson. – Non si sopporta più questa città... Ti piacerebbe vivere in campagna ?
– Dove ?
– Non lo so... in Toscana, per esempio.
– Noi due ?
– Papa verrebbe i week-end.
– E se la comprassimo a Komodo ?
– Dov’è Komodo ?
– È un isola molto lontana.
– E perché dovremmo andare a vivere lì ?
– Ci sono i draghi di Komodo. Sono delle lucertole enormi che possono mangiarsi pure una capra viva o un uomo con problemi articolari. E vanno velocissimi. Potremmo addomesticarli. E usarli per difenderci.
– Da chi ?
– Da tutti.
Mia madre ha sorriso e ha aumentato il volume dell’autoradio e si è messa a cantare insieme a Lucio Battisti : – Ancora tu. Non mi sorprende lo sai...
Anche io mi sono messo a cantare e quando è arrivata la strofa : – Amore mio, hai già mangiato o no ? Ho fame anch’io e non soltanto di te, – le ho preso la mano come un amante disperato.
Mia madre rideva e scuoteva la testa. – Che scemo... Che scemo...
Mi sono accorto di essere felice. Il mondo oltre i finestrini e io e mamma in una bolla nel traffico. La scuola non c’era più, i compiti nemmeno e tutti i miliardi di cose che avrei dovuto fare per diventare grande.

Niccolò Ammaniti Io e te Ed. Einaudi, 2010




La dernière fois que j’avais entendu Ancora tu, j’étais en voiture avec ma mère. Nous étions à l’arrêt dans une file sur le Corso Vittorio. Une manifestation avait bloqué Piazza Venezia, et comme une vague de chaleur, l’embouteillage s’était répandu, paralysant la circulation dans le centre historique.
J’avais passé la matinée dans la galerie d’art de ma mère et je l’avais aidée à installer les œuvres d’un artiste français dont le vernissage aurait lieu la semaine suivante. J’aimais ces immenses photographies de personnes qui mangeaient seules dans des restaurants bondés.
Les motos slalomaient entre les automobiles à l'arrêt. Sur les marches d’une église, un clochard dormait, enveloppé dans un sac de couchage crasseux. Des sacs-poubelles en plastique lui entouraient la tête. On aurait dit une momie égyptienne.
– Oh la la ! Mais qu’est-ce qui se passe ? Ma mère se mit à klaxonner. Cette ville est devenue insupportable... Tu aimerais vivre à la campagne ?
– Où ?
– Je ne sais pas... en Toscane, par exemple.
– Tous les deux ?
– Ton père nous rejoindrait les week-end.
– Et si on achetait une maison à Komodo ?
– C’est où, Komodo ?
– C’est une île très lointaine.
– Et pourquoi devrions-nous partir là-bas ?
– Parce qu’il y a les dragons de Komodo. Ce sont des lézards énormes qui peuvent même dévorer une chèvre vivante ou un homme avec des problèmes d’articulations. Ils sont très rapides. On pourrait les apprivoiser, et les utiliser pour nous défendre.
– Contre qui ?
– Contre tout le monde.
Ma mère a souri et a monté le volume de l’autoradio ; elle s’est mise à chanter avec Lucio Battisti : Encore toi. Ça ne me surprend pas, tu sais...
Je me suis mis moi aussi à chanter et quand est arrivé le couplet : Mon amour, est-ce que tu as déjà mangé ? J’ai faim moi aussi, et pas seulement de toi, je lui ai pris la main comme un amoureux désespéré.
Ma mère riait et secouait la tête :
– Quel idiot... Quel idiot...
Je me suis aperçu que j’étais heureux. Il y avait le monde de l’autre côté des vitres, et ma mère et moi, dans une bulle au milieu de la circulation. Il n’y avait plus d’école, plus de devoirs, et plus aucune de ces milliards de choses qu'il me faudrait faire pour devenir grand.

(Traduction personnelle)







Images : en haut, Site Flickr

au milieu, Adriana Meis (Site Flickr)

jeudi 3 mars 2011

Sono solo canzonette (18)


Fabrizio De André canta La Canzone dell'amore perduto (testo di F. De André su un tema musicale di G.P. Telemann, 1974) :






Ricordi sbocciavano le viole
con le nostre parole :
"Non ci lasceremo mai, mai e poi mai".

Vorrei dirti, ora, le stesse cose
ma come fan presto, amore, ad appassire le rose
così per noi.

L'amore che strappa i capelli è perduto ormai,
Non resta che qualche svogliata carezza
e un po' di tenerezza.

E quando ti troverai in mano
quei fiori appassiti al sole
di un aprile ormai lontano,
li rimpiangerai.

Ma sarà la prima che incontri per strada,
che tu coprirai d'oro per un bacio mai dato,
per un amore nuovo.

E sarà la prima che incontri per strada,
che tu coprirai d'oro per un bacio mai dato,
per un amore nuovo.

La Chanson de l'amour perdu

Rappelle-toi, les violettes fleurissaient

avec nos promesses :
"On ne se quittera, jamais, jamais".


Je voudrais te dire aujourd'hui les mêmes choses

mais comme les roses se fanent vite,
ainsi en est-il de notre amour.


L'amour échevelé
est passé, désormais,
il ne reste plus que quelques paresseuses caresses
et un peu de tendresse.

Et quand tu ne tiendras plus dans ta main

que ces fleurs fanées
au soleil d'un lointain avril,
tu les regretteras.


Alors, la première femme rencontrée sur ton chemin,

tu la couvriras d'or, pour un baiser jamais donné,
pour un nouvel amour.

(Traduction personnelle)




Image : Luca Malagò (Site Flickr)

mardi 1 mars 2011

Un souvenir















Annie Girardot dans Rocco et ses frères de Luchino Visconti (1961), avec Alain Delon et Renato Salvatori

vendredi 25 février 2011

Figures de silence


Per un altro Vincenzo




Und aus der meinen und aus der deinen

werden Gestalten der Stille steigen,
die sich leise entgegenweinen...


R.M. Rilke Dir zur Feier





« Ils ont atteint Arezzo peu avant midi, quand les églises sont calmes et fraîches sous le jour violent. Ils sont montés dans la ville haute, jusqu'à cette massive église paysanne où Piero della Francesca a peint l'Histoire de la Vraie Croix. (...) Vincent et Angela s'arrêtent au bord du chœur. Éblouis par le soleil inondant la verrière, ils devinent à peine les surfaces peintes. Vincent retarde l'instant où sa main pressera l'interrupteur des éclairages. Englouties par l'ombre, les fresques existent hors du regard, hiératiques, intemporelles, résorbées dans un espace qui leur est propre et où nul ne peut désormais les atteindre. (...)



An centre du mur est peinte la fresque sublime. Trois lacunes la marquent, étroites, verticales, dont on ne perçoit plus l'écorchure, devenue elle-même forme et couleur. La Reine de Saba rend visite à Salomon. Draperies impalpables sur d'abstraits corps de femmes. Parfaite harmonie d'une scène que toute émotion a désertée. Le groupe des suivantes s'inscrit dans la plénitude du cercle, son rythme immuable est celui du cérémonial. Si peu de vie sépare leurs lignes épurées de celles des arbres et des colonnes. Figures humaines aux contours si précis que leur individualité s'estompe, formes qui par trop de définition se trouvent diluées. Les yeux mi-clos sur leurs regards absents, elles esquissent d'improbables sourires, énigmes posées sur l'espace ignoré, musique à peine pressentie. Êtres inconnus d'eux-mêmes, hermétiques aux autres, mais formant un groupe que l'indicible cimente.



Entre une tête asexuée – jeune page ou servante – et la courbe infinie d'un autre cou, émerge un visage sans corps, un visage plus frémissant, les yeux largement ouverts, inondé d'espérance. Sur celui-là aussi se lit le mystère, mais que la fragilité humanise. Sans doute n'a-t-il pas la pureté hautaine de ceux qui l'entourent, sans doute devine-t-on sur lui, avec la tendresse si forte, une muette angoisse qui en est la mesure, mais à sa manière, plus humble, plus accessible, il indique le même chemin. Ce visage-là peut tout accueillir, il n'a pas besoin de certitude. »


Bernard Simeone
Figures de silence Editions Jean Honoré, Lyon, 1983




mardi 22 février 2011

La prima notte di quiete



 

"Colui che voi cercate non è qui..."




 

Le titre de l’avant-dernier film de Valerio Zurlini (qui n’en a tourné que neuf), La prima notte di quiete, fait référence à une phrase de Goethe, reprise par le protagoniste du film qui en a fait le titre d’un recueil de poèmes inspirés par le suicide d’une jeune fille aimée : «La mort est la première nuit tranquille, puisque finalement on peut dormir sans rêver.» Comme Zurlini le dit lui-même dans l’entretien avec Jean Gili que je reprends ici, c’est aussi l’un des plus autobiographiques ; le personnage central du film, le professeur Daniele Dominici, lui ressemble beaucoup, dans son aspect nihiliste et autodestructeur, nourri des références familières à Zurlini : les héros russes, et en particulier dostoïevskiens, et les personnages de Conrad, Lord Jim ou le colonel Kurtz d’Au cœur des ténèbres. Détail significatif, le manteau beige que porte Daniele dans le film était en fait celui de Zurlini...

La prima notte di quiete a eu un grand succès à sa sortie (c’est même le film de Zurlini qui a réuni le plus de spectateurs dans les salles), mais il a été par la suite un peu oublié. On vient de publier en Italie un DVD qui en propose une très belle version restaurée ; dans les suppléments – plutôt succincts – qui accompagnent le film, le critique de cinéma Tullio Kezich, qui fut aussi un grand ami de Zurlini, rappelle la difficile gestation du film et la tension qui régnait sur le tournage, du fait des rapports orageux entre Zurlini et son interprète, Alain Delon. Les deux hommes avaient fini par ne plus s’adresser la parole, et ils communiquaient uniquement par le biais de leurs assistants respectifs. A la fin du tournage, Delon – magnifique dans le film, il faut tout de même le préciser – partira sans saluer Zurlini. Plus grave, comme l’acteur était également co-producteur, il se livrera à un véritable massacre sur le film en l’amputant d’une demi-heure au moment de sa sortie française, changeant également au passage le titre original, devenu fort banalement Le Professeur. Cela vaudra à Delon ce télégramme de Zurlini, faisant allusion aux débuts professionnels de l'acteur comme garçon-boucher : «Da un macellaio, non c'era da aspettarsi altro !» («
De la part d’un boucher, on ne pouvait pas s’attendre à autre chose!»). A ce sujet, il est amusant de comparer les souvenirs de Tullio Kezich et ceux de Delon, qui n’hésitera pas, avec son aplomb habituel, à déclarer ceci dans un entretien aux Cahiers du cinéma, en avril 1996 :

«J’adore
Le Professeur ! C’est un accident d’ailleurs. Mastroianni devait le faire mais n’était plus libre. J’étais à Rome en train de tourner L’Assassinat de Trotski avec Losey. Zurlini est arrivé, je le connaissais, c’était un ami de Luchino. Il m’a demandé de lire son scénario, La prima notte di quiete, en me disant très honnêtement qu’il l’avait déjà fait lire à Mastroianni. C’est rare qu’un metteur en scène vous dise qu’il a déjà fait lire son script à un autre acteur. J’ai lu le scénario et j’ai téléphoné tout de suite : «Je le fais !». Je l’ai coproduit, je crois, mais je ne me souviens plus si c’était une production cent pour cent française... C’est un de mes films préférés, il m’a bouleversé. Ceux qui aiment le cinéma l’aiment aussi. J’adorais Zurlini, qui est mort trop tôt, alcoolique, tourmenté, déchiré... Je trouvais ça très injuste. C’est un excellent cinéaste, très impressionné par Visconti. J’adorais Le Professeur, et pourtant la version française était édulcorée. C’est une espèce de portrait de la société italienne, du côté de Rimini, difficile à recevoir en France : il a fallu changer le titre – La Première nuit de tranquillité ne voulait pas dire grand-chose – on a dû couper le film. Il faut voir la version d’origine, plus longue, celle qu’on va essayer de montrer à la Cinémathèque. C’est comme Le Guépard, la version d’origine dure trois heures. A l’époque, pour des considérations d’ordre commercial, on coupait selon les pays.»




Extraits d'un entretien entre Jean Gili et Valerio Zurlini, réalisé à Rome en juin 1977. Il a été publié dans l'ouvrage de Jean Gili Le cinéma italien, paru en 1978 dans la collection 10 / 18 :

Jean Gili : La prima notte di quiete est, je crois, la dernière partie d’un projet plus ambitieux qui devait suivre le destin d’une famille italienne sur plusieurs générations.
Valerio Zurlini : Dans ma vie, il y a un épisode très curieux qui est mon contact avec l’Afrique. En 1949, je suis allé pour la première fois en Afrique orientale ; j’ai eu une très forte sensation en voyant cette société coloniale qui ne se rendait pas compte que ces privilèges d’une vie coloniale à l’anglaise étaient en train de finir : cette société était destinée à être effacée en l’espace de quelques années. De fait, lorsque je suis retourné une seconde fois en Afrique, en 1959, ce monde avait déjà disparu. Je retournais là-bas avec l’idée de préparer un film sur un épisode extraordinaire qui est le siège de Macalé et la bataille d’Adoua en 1896, sans doute la plus grande bataille coloniale de tous les temps. Je crois qu’il y avait là la matière d’un film extraordinaire, mais ce sont des films que peuvent se permettre des Etats : l’U.R.S.S. peut produire Guerre et Paix, mais un producteur italien ne peut pas mettre sur pied Il paradiso all’ombra delle spade : c’était le titre de ce film – car il faudrait trop d’argent. Il me vint alors à l’esprit l’idée de raconter l’histoire d’une grande famille italienne qui va chercher son destin en Afrique : le premier épisode se serait situé en 1896 avec un protagoniste qui participait à la campagne militaire d’Adoua, qui se fixait en Afrique et qui y fondait un petit empire personnel ; le second épisode, qui se passait en 1935-1936 au moment de l’occupation italienne de l'Éthiopie et de la naissance des premiers ferments de révolte des Éthiopiens, avait pour protagoniste un personnage qui pouvait être théoriquement le père de Daniele Dominici de La prima notte di quiete ; le troisième épisode était le long voyage que le dernier héritier de la famille faisait en Érythrée pour recueillir l’héritage d’un oncle décédé, ultime représentant de la puissance familiale. Ce dernier héritier refuse de se fixer en Afrique parce que désormais c’est un déraciné. Ce voyage dans le passé devient un voyage dans son passé d’adolescent et de jeune homme, un voyage dans sa mémoire et dans sa conscience complètement changée. Le final de cette troisième partie, c’est La prima notte di quiete.
J.G. : Comment avez-vous décidé de n’utiliser que cette dernière partie du récit ?
V.Z. : A cause de la totale impossibilité de réaliser les deux autres parties. Dans La prima notte di quiete, il y a une seule allusion au passé africain du personnage lorsque celui-ci dit : « Enseignant à Mogadiscio ». Cette allusion rappelle qu’il était en train de se déplacer sur les lieux de la vie de sa famille. Toutefois, je dirais que La prima notte di quiete naquit vraiment de l’insistance qu’il y avait en moi à mettre en scène un personnage de ce genre. Ce personnage était évidemment le fruit de nombreuses expériences, de nombreuses rencontres, de certaines identités peut-être entre le personnage et moi, cette base de nihilisme, ce christianisme refusé mais présent... Ce personnage naquit de façon très curieuse, il naquit à un moment d’extrême méfiance : je ne trouvais rien de personnel à raconter. Un jour, je me mis à mon bureau et en vingt jours j’écrivis un récit de cent pages qui est l’histoire de cet homme à la fin de sa vie – ce récit existe encore et je crois qu’il n’est pas mauvais. Ce récit objectif naquit aussi de ces saisons hivernales, si brutales, si violentes, si canailles, si anti-féminines, si oppressives, si excessives, ces saisons que j’avais vues. Cette côte adriatique que j’avais vue l’hiver quand il n’y a pas l’explosion du tourisme estival et que se resserrent les haines, les férocités, les violences. Je l’avais vue là, cette violence de l’homme sur la femme. La prima notte di quiete est aussi un film très lié à un certain milieu géographique. Il y a aussi dans le film un aspect «histoire populaire» : l’histoire d’un homme qui a un rapport désormais mourant avec les autres et qui rencontre la jeunesse. Cette jeunesse en réalité cache la mort : c’est une histoire populaire vieille comme le monde.



J.G. : Avez-vous pensé à Pavese en préparant ce film ?
V.Z. : Je comprends très bien qu’il y ait cette crise existentielle chez Pavese, crise qui porta l’écrivain pratiquement à la même fin que mon personnage. Cela dit, je crois que la crise de Pavese, sur laquelle on a fait beaucoup de littérature, a été vraiment et seulement la crise de l’impuissance d’un homme face à la création artistique. Le rapport humain qui le conduisit à la mort est une aventure banale à tous points de vue, c’est le prétexte. Pavese était un homme déchiré par la contradiction d’être un intellectuel, un lettré de grand niveau et de grande portée, et de ne pas être un créateur. Pavese n’était pas un artiste. Ce qui fascine beaucoup chez lui, c’est sa casuistique peut-être existentielle ou existentialiste. Moi, je vois cela comme un problème beaucoup plus simple : il n’y a pas une seule œuvre de Pavese qui résiste comme œuvre d’art ou comme œuvre poétique. Il existe des livres qui résistent, des journaux intimes, de confessions, des analyses, des traductions, mais le vrai souffle de la création ne l’animait pas. C’est une invention française, le souffle de la création poétique de Pavese. A un certain moment, il y a la mort, et la mort est un shaker qui contient tous les cocktails.
J.G. : En citant Pavese, je pensais à un poème comme Verrà la morte et avrà i tuoi occhi.
V.Z. : Mais ce sont de mauvais poèmes. Si on pense que la mort est vraiment venue et qu’elle avait vraiment ses yeux, cela rend la chose déchirante, non belle la poésie. C’est-à-dire que l’on a fait une identification entre la vie et la mort de Pavese, entre l’importance de son œuvre et la poésie : les deux choses sont complètement différentes.
J.G. : Par bien des aspects, le film me semble très lié à votre expérience personnelle.
V.Z. : Certes, le film contient beaucoup de choses personnelles ; par exemple, il contient en définitive cette étrange instance de besoin de christianisme. Et puis, il y a en moi un fond de nihilisme dont j’ai chargé à pleines mains les personnages, avec un désir de destruction et d’autodestruction. Disons que ce sont les côtés un peu plus secrets de ma personnalité : ayant à la portée de la main un personnage qui se définissait comme un porteur possible de ces virtualités, je l’ai certainement chargé de mes incertitudes, de mes effrois, de mes tragédies. En cela, tout en n’étant pas autobiographique dans les faits, le film est également autobiographique, peut-être aussi dans une certaine peur de la vie contemporaine, une certaine manière d’attendre sa propre fin avec presque un sens de libération.




J.G. : Quel a été l’écho du film en Italie ?
V.Z. : Comme tous mes films, La prima notte di quiete a été aimé par certaines personnes et complètement refusé par d’autres. Cela s’explique peut-être par le fait que mes films ne sont pas directement liés à des dialectes ou à d’autres choses particulièrement italiennes. Pourtant, quand j’écris un film, je suis très attentif à ce que sont vraiment mes racines. Cela peut aider à comprendre pourquoi je jouis auprès d’une partie du public italien d’un immense prestige. Je suis assez indifférent aux autres, je suis totalement indifférent aux étrangers, et cela pour une raison très simple : mon discours, quel qu’il soit, est toujours lié à l’Italie ; même si, cela peut sembler absurde, ce sont des films qui apparaissent comme les moins italiens. On peut penser qu’on pourrait les situer ailleurs, mais ce n’est pas possible. Je me souviens que lorsque le producteur français de La ragazza con la valigia pensa à Zizi Jeanmaire pour le rôle de la protagoniste, j’ai ri pendant deux semaines.
J.G. : D’où provient le titre du film ?
V.Z. : C’est un vers de Goethe qui, traduit, dit à peu près ceci : « La mort, la première nuit tranquille. »







Images : en haut, photographie de Franco Bellomo



dimanche 20 février 2011

L'esprit d'un lieu




L’esprit d’un lieu – notion menacée par l’uniformisation triomphante : peut-il, en pénétrant d’autres espaces, y rester gravé ? Ainsi, dans l’enregistrement des symphonies Écossaise et Italienne de Mendelssohn dirigées à Ferrare par Nikolaus Harnoncourt, vais-je trouver une trace de la ville, qui serait aussi sa promesse ? Schumann confondait les deux œuvres : pour lui c’était l’Écossaise qui reflétait le voyage italien de son ami. Quant à l’autre, connue comme étant l’Italienne, seul le final lui vaudrait son titre : d’abord saltarello, feu follet, puis frénésie. L’interprétation d’Harnoncourt, incisive jusqu’à la cruauté, exalte à la fois la force vitale et sa part d’ombre : surgit alors une Italie qui se met en scène, accordant à l’étranger ce qu’il attend, ce que Mendelssohn, dans sa conscience juive redécouvrant Bach et Luther, voulait éprouver au bord d’un monde latin où les démons se masquent d’harmonie. Coupe claire des cordes, traits aigus, opiniâtres... On perçoit dans ce final, derrière l’éclat solaire, une vitalité proche du sarcasme et foncièrement réaliste, soucieuse de ne pas dévaler la pente, ou de bien retomber, qui n’aspire qu’à se repaître d’ambiguïté, de gestuelle, au creux d’un théâtre vide. Là, dans la conscience inflexible du jeu, réside pour certains une des vérités de l’Italie « en temps de détresse ».




Penser qu’un tel enregistrement fut réalisé à Ferrare, ville de contention qu’on ne parvient pas à nommer sans entendre le bruit d’une ferrure, sans se demander sur quoi se referme la prison... À quel moment naîtra l’arrogance, la négation, dans cet univers de douves, d’arches, d’eaux stagnantes, au cœur d’une Italie de la suspicion et du refus ? Sur la bande vidéo où se retrouvent quelques minutes des répétitions, le premier mouvement de l’Écossaise accompagne un lent travelling autour du château d’Este et des maisons environnantes. (Non loin, le palais Schifanoia, dont le nom peut signifier qu’on y exècre et combat le spleen, laisse entendre malgré tout, côte à côte, schifo et noia, le dégoût et l’ennui.) Dès que cessera l’immobilité, que délivreront ces murailles et ces murs : élan matinal ou furia meurtrière ? Pas de réponse, sinon Ferrare même, qui fut aussi l’une des plus fascistes.

Bernard Simeone Acqua fondata éditions Verdier, 1997







Images : en haut, Ferrara, Teatro Comunale : Barbara Arcari (Site Flickr)

au centre et en bas, Ferrare, château d'Este : Site Flickr




samedi 19 février 2011

Solo un motivo (Rien qu'un refrain)


Charles Trenet (18 mai 1913 – 19 février 2001)


Franco Battiato chante Che cosa resta, la célèbre chanson de Charles Trenet (Que reste-t-il de nos amours ?), dans une belle adaptation du grand écrivain sicilien Gesualdo Bufalino.


Chissà cosa mormora il vento
stasera col suo lamento
dietro la porta laggiù.
Di già il caminetto s'è spento
io chiudo gli occhi e rammento
gli amori di gioventù.

Di voi che resta antichi amori
giorni di festa teneri ardori
solo una mesta foto ingiallita
fra le mie dita.

Di voi che resta sguardi innocenti
lacrime e risa e giuramenti
solo sepolto in un cassetto qualche biglietto.

Sere d'aprile sogni incantati
capelli al vento baci rubati
che resta dunque di tutto ciò
ditemi un po'.

Rivedo un viso mormoro un nome
ma non ricordo quando né come
penso a un villaggio dove non so
se tornerò.

Mai più mano con mano nel buio
stupiti d'essere due
felici senza perchè.
Mai più fiori nascosti nel libro
il cui profumo ci inebria
ma presto evapora ahimè.

Di voi che resta antichi amori
grandi segreti complici cuori
solo nel petto male guarita
una ferita.

Di voi che resta parole audaci
carezze caste timide braci
solo una cenere che più non fuma
ma si consuma.

Chiari di luna dolci sentieri
e tu perduta anima di ieri
perchè sparisti chi ti rubò
dimmelo un po'.

Solo un motivo risento ancora
d'un fuggitivo disco d'allora
e a un luogo penso dove non so
se tornerò...





Qui sait ce que murmure ce soir
la complainte du vent
là-bas, derrière la porte.
Déjà, le feu dans la cheminée s'est éteint,
je ferme les yeux et me souviens
des amours de ma jeunesse.

Que reste-t-il de vous, amours anciens,
jours de fêtes, tendres ardeurs,
rien qu'une pauvre photo jaunie
entre mes doigts.

Que reste-t-il de vous, regards innocents,
larmes, rires, serments,
rien d'autre qu'un billet oublié dans un tiroir.

Soirs d'avril, rêves enchantés,
cheveux au vent, baisers volés,
que reste-t-il de tout cela
dites-le-moi.

Je revois un visage, je murmure un nom,
mais je ne sais plus quand ni comment,
je pense à un village sans savoir
si j'y retournerai.

Jamais plus main dans la main dans le soir,
étonnés d'être ensemble,
heureux sans raison.
Jamais plus les fleurs cachées dans un livre,
dont le parfum nous enivre,
hélas si vite évaporé.

Que reste-t-il de vous, amours anciens,
grands secrets, cœurs complices,
juste au cœur, mal refermée,
une blessure.

Que reste-t-il de vous discours hardis,
chastes caresses, braises timides,
rien qu'une cendre qui ne fume plus
mais se consume.

Clairs de lune, doux sentiers,
et toi, vieille âme perdue,
pourquoi as-tu disparu, qui t'a dérobé,
me le diras-tu jamais ?

Je n'entends plus qu'un refrain
sur un vieux disque rayé,
et je pense à cet endroit
sans savoir si j'y retournerai.

(Traduction personnelle)