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dimanche 15 avril 2018

Cavatine



In Memoriam Vittorio Taviani  (San Miniato, 20 septembre 1929 - Rome, 15 avril 2018)







« L'ho perduta ! Me meschina !
Ah, chi sa dove sarà ? »


Aria di Barbarina, Le Nozze di Figaro (Mozart-Da Ponte)


Extrait de Kaos, de Paolo et Vittorio Taviani (1983)


Tous les articles à propos des Taviani sur ce blog

mercredi 7 octobre 2015

Maraviglioso Boccaccio (Contes italiens)




Maraviglioso Boccaccio (titre français : Contes italiens) est le dernier film en date des frères Taviani (aujourd'hui l'un et l'autre largement octogénaires) ; il s'agit d'une adaptation de cinq nouvelles du Décameron, autour d'un dispositif narratif fidèle au livre de Boccace : un groupe de jeunes gens fuient la peste qui dévaste Florence au quatorzième siècle et s'installent dans une ferme de la campagne toscane, lieu idyllique et éloigné de l'horreur de l'épidémie, où ils vont quotidiennement, le temps de dix journées, raconter à tour de rôle des histoires. 






Il sera question d'amours qui connurent des fins malheureuses (l'épisode de Ghismunda et Guiscardo, dans la quatrième journée), du bonheur chèrement conquis après de douloureuses épreuves (l'épisode de Federigo degli Alberighi, dans la cinquième journée), des tours que les hommes l'un à l'autre se jouent (l'épisode de Calandrino, dans la huitième journée, avec un épatant Kim Rossi-Stuart), d'histoires truculentes et cocasses (l'épisode de la mère supérieure et de la culotte du prêtre, dans la neuvième journée), de gestes d'amour magnifiques et extraordinaires (l'épisode de Messire Gentil de' Carisendi et de Monna Catalina, dans la dixième journée).






Le film n'atteint évidemment pas les sommets de Kaos, un autre film à épisodes des Taviani, d'après les nouvelles de Pirandello, mais il est quand même plaisant et fort agréable à regarder. Ce qui emporte ici le spectateur, c'est surtout l'impression d'assister à l'une des dernières manifestations d'un art du cinéma qui s'est perdu : beauté fulgurante des cadres et des images, avec des costumes, des visages et des paysages magnifiés que l'on croirait sortis d'une fresque de Masaccio, de Masolino ou de Filippino Lippi, saveur d'un parler toscan corsé et vigoureux, merveilleuse harmonie des mouvements de caméra et des musiques admirablement choisies. 








Les Taviani sont ici les derniers représentants de ce grand cinéma de poésie que Pasolini appelait de ses vœux, et on pense évidemment souvent à lui en voyant le film, même si la vision de l’œuvre de Boccace que nous proposent les deux frères est fort éloignée de la Naples grouillante, paillarde et subversive du Décameron, le premier film de la Trilogie de la vie pasolinienne. On remarque tout de même un clin d’œil à ce dernier dans l'épisode de la Mère supérieure dérangée en pleine nuit qui, contrainte de sortir précipitamment, confond son voile et les culottes de son amant, dont elle se coiffe prestement !




A la fin du film, le phalanstère improvisé se défait ; les réfugiés de ces dix journées se séparent et se disent adieu sous une pluie battante. Mais le spectateur ne peut pas s'empêcher de penser que ce qui a lieu sous ses yeux  est sans doute aussi un adieu à ce grand cinéma italien nourri de culture et de profonde poésie que les Taviani ont si souvent illustré dans leur longue et féconde carrière.




Images : Maraviglioso Boccaccio, de Paolo et Vittorio Taviani (captures d'écran)

dimanche 18 janvier 2015

Mal di luna (Mal de lune)






Il male della luna

Non so se fu malocchio
che mi sciolse i ginocchi,
malocchio di mezzogiorno.

Non so se fu scorpione
che mi punse il tallone,
scorpione di pozzo rotondo.

Non so se fosti tu,
con uno spillo nel pugno
e con le labbra d'aceto.

Io non so nulla più,
ho il male della luna,
e non m'aiuta nessuno.

Gesualdo Bufalino  Il miele amaro  Bompiani Editore






Le mal de lune

Je ne sais si ce fut le mauvais œil
qui me dénoua les genoux,
mauvais œil de midi.

Je ne sais si ce fut le scorpion
qui piqua mon talon,
scorpion du puits rond.

Je ne sais si ce fut toi,
une épingle entre les doigts
et des lèvres de vinaigre.

Je ne sais plus rien,
j'ai le mal de lune,
et personne ne m'aide.

(Traduction : Renato Corona )




On peut voir ci-dessus un extrait de l'épisode Mal di luna, adaptation d'une nouvelle de Pirandello par les frères Taviani, dans le film Kaos. On y entend une chanson traditionnelle sicilienne dans un arrangement de Nicola Piovani ; j'en cite ci-dessous le texte, suivi de ma traduction :


La luna 'un avi jammi e vui l'aviti,
idda I'argento e vui l'oro purtati.
Idda la luci spanni,
idda la luci spanni e vui la dati.

La luna in cielo e vui luciti 'n terra,
siti 'na donna di billizzi rari
e spirluciti comu 'na lanterna
comu varca a macieddu supra mari,
comu varca a macieddu supra mari.

Ne lo tuo pietto 'n aucieddo ci verna.
Nella tu vucca 'n arburu ci arridi.
Bella ca fusti fatta,
Bella ca fusti fatta
in vita eterna.
Tutti l'arburi sicchi fai sciuriri,
Tutti l'arburi sicchi fai sciuriri.

La lune n'a pas de flammes, mais vous en avez,
elle est vêtue d'argent, et vous êtes vêtue d'or.
Elle répand la lumière,
elle répand la lumière et vous la prodiguez.

La lune resplendit dans le ciel et vous resplendissez sur la terre,
vous êtes une femme à la beauté si rare
et vous brillez comme un fanal
comme une barque qui se perd en mer,
comme une barque se perd en mer.

Près de ton cœur un oiseau passe l'hiver.
Dans ta bouche pousse un petit arbre.
Belle, tu le seras pour l'éternité.
Tu fais refleurir tous les arbres morts,
Tu fais refleurir tous les arbres morts.




Images : (1) Michele Angelo Salvioni  (Site Flickr)

(2) Source



mercredi 19 novembre 2014

La sera della vita (Le soir de la vie)




C'era un vecchietto in una chiesa vuota,
che diceva tra sé questa preghiera :
"O Vergine dal cuore immacolato,
della mia vita sono giunto a sera ;
fa' che non smarrisca la mia via,
non mi lasciare nella notte nera !
Della mia vita sono giunto a sera
e non ho più che Te, dolce Maria !
Coprimi col tuo manto, e così sia."

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013


Il y avait un vieillard dans une église vide,
qui disait tout bas cette prière :
Vierge au cœur immaculé,
me voici arrivé au soir de ma vie ;
fais que je ne me perde pas en chemin,
ne m'abandonne pas dans la nuit noire !
Me voici arrivé au soir de ma vie
et je n'ai plus que Toi, douce Marie !
Couvre-moi de ton manteau, et ainsi soit-il."

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Site Flickr

en bas, Renzo Dionigi  (Site Flickr)




"La Vergine degli Angeli vi copra del suo manto,
e voi protegga vigile di Dio l'Angelo santo."

"Que la Vierge des Anges vous couvre de son manteau,
et que le saint Ange de Dieu, vigilant, vous protège."

G. Verdi  La Forza del destino, Acte II, scène dix



(...)

mercredi 20 août 2014

Quei bambini che giocano (Ces enfants qui jouent)




Quei bambini che giocano
un giorno perdoneranno
se presto ci togliamo di mezzo.
Perdoneranno. Un giorno.
Ma la distorsione del tempo
il corso della vita deviato su false piste
l'emorragia dei giorni
dal varco del corrotto intendimento :
questo no, non lo perdoneranno.
Non si perdona a una donna un amore bugiardo,
l'ameno paesaggio d'acque e foglie
che si squarcia svelando
radici putrefatte, melma nera.
« D'amore non esistono peccati,
s'infuriava un poeta ai tardi anni,
esistono soltanto peccati contro l'amore ».
E questi no, non li perdoneranno. 

Vittorio Sereni  Gli strumenti umani, Einaudi Editore, 1965






Ces enfants qui jouent
un jour pardonneront
si nous faisons vite place nette.
Ils pardonneront. Un jour.
Mais la distorsion du temps
le cours de la vie détourné sur de fausses pistes
l'hémorragie des jours
s'écoulant de la brèche de la raison corrompue :
cela, non, ils ne le pardonneront pas.
On ne pardonne pas à une femme un amour mensonger,
le plaisant paysage d'eaux et de feuilles
qui se déchire en révélant
des racines putréfiées, de la fange noire.
« Il n'y a pas pas de péchés d'amour,
martelait un poète dans ses vieux jours (1),
il n'y a que des péchés contre l'amour. »
Et ceux-là, non, ils ne les pardonneront pas.

(Traduction personnelle)

(1) Le vieux poète est Umberto Saba, dont Vittorio Sereni rapporte ici les propos. 

Je rajoute ici la traduction du même poème par Bernard Simeone et Philippe Renard (in Les instruments humains, Verdier, 1991) :

Ces enfants qui jouent
un jour ils pardonneront
si vite nous laissons la place.
Ils pardonneront. Un jour.
Mais la distorsion du temps
le cours de la vie dévié sur de fausses pistes
l'hémorragie des jours
dans la trouée de l'intelligence corrompue :
cela non, ils ne le pardonneront pas.
On ne pardonne pas à une femme un amour mensonger,
le riant paysage d'eaux et de feuilles
qui se déchire en dévoilant
des racines putréfiées, de la boue noire.
« Il n'existe pas de péchés d'amour,
rugissait un poète en ses vieilles années,
il n’existe que des péchés contre l'amour. »
Et ceux-là non, ils ne les pardonneront pas.








Images : en haut, Ilaria Gatto  (Site Flickr)

au centre, Erminio Vanzan  (Site Flickr)

en bas, Cesare Nicola  (Site Flickr)




mercredi 10 août 2011

La Notte di San Lorenzo




«Elle passe devant la "pierre à palabres". Tant de mots échangés dont il ne reste rien. L'épisode des "Paroles gelées" lui revient en mémoire. Elle rit du génie de Rabelais qui fait fondre sur le tillac, sous les yeux ébahis de Panurge, tous les mots lancés par les hommes au cœur de la bataille. Mots coincés en suspension dans l'air, dans leur gangue de glace. Elle voudrait voir tomber du ciel tous ces mots, ces milliers de mots échangés ici de génération en génération, sur cette pierre entourée d'arbres. Mots de colère et mots secrets, mots de promesses et mots d'amour. Sans parler de tous les souhaits adressés en silence à chaque passage d'étoile filante. Mais rien de tel ne se produit. Tout ce qui s'est dit a été absorbé par la nature sourde. Indifférente par nature à son souci.»

Angèle Paoli Carnets de Marche






“Mardocchio mardocchiati

San Giobbe aveva i bachi

medicina medicina

un po' di cacca di gallina

un po' di cane un po' di gatto

domattina è tutto fatto

singhiozzo singhiozzo

albero mozzo

vite tagliata

vattene a casa

pioggia pioggia

corri corri
fammi andare via i porri”


Séquence finale du film de Paolo et Vittorio Taviani, La Notte di San Lorenzo

Source de la vidéo : Site YouTube

Image : merci à ZaffiroeAcciaio (Site Flickr)

samedi 13 février 2010

Ricordi ? (Tu te souviens ?)






Allonsanfan, des frères Taviani

Diridindin
Diridindin
Diridindin, din, din, din, din
Diridindin
Diridindin
Diridindin, din, din, din, din.

E com'è bella l'uva fogarina
e come è bella saperla vendemmiar
e far l'amor con la mia bella
e far l'amore in mezzo al prà.

Teresina creatura
poca voglia de lavorar
la se tolta la sottana
la ghà ancora de pagar.

E com'è bella l'uva fogarina
e come è bella poterla vendemmiar
e far l'amor con la mia bella
e far l'amore in mezzo al prà.

Diridindin
Diridindin
Diridindin, din, din, din, din
Diridindin
Diridindin
Diridindin, din, din, din, din.

Diridindin
Diridindin
Diridindin, din, din, din, din
Diridindin
Diridindin
Diridindin, din, din, din, din.


Source de la video : Site YouTube