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mercredi 12 février 2014

Il Bacio di Tosca (Le Baiser de Tosca)




Au début des années 80, la soprano Sara Scuderi, retirée à Milan dans la Casa Verdi, maison de repos pour musiciens, écoute son enregistrement de l'air de Tosca Vissi d'arte, vissi d'amore réalisé cinquante ans plus tôt. C'est un extrait du film de Daniel Schmid, Il Bacio di Tosca (1983)


"Quanto sono scema, adesso mi viene da piangere, sono proprio scema !"
"Comme je suis bête, maintenant j'ai envie de pleurer, faut-il que je sois bête !"





Image, au centre : www.lavoceantica.it

samedi 28 septembre 2013

Le mufle du bonheur



"Di nodi d'oro e di gemmati ceppi
Vede c'han forma i mal seguiti amori."

Ariosto  Orlando furioso, XXXIV, 68-69





« Je vais essayer de tout dire. » annonce Dominique Noguez au tout début de son récit, Une année qui commence bien ; tout dire sur le début d’un amour, sans passer par le biais de la fiction, ni de la trop rebattue "autofiction", en refusant les artifices du roman tout en restant évidemment dans la littérature. C’est donc une "confession", au sens de Rousseau plus que de Saint Augustin, qui est proposée ici au lecteur, lequel va suivre l’auteur pendant toute une année (1994), avec toutefois des retours en arrière et des embardées vers le futur, que permettent les presque vingt années de décalage entre les faits racontés et le moment où le texte est rédigé. Il s’agit donc de rester au plus près des faits, de reconstituer avec minutie ces moments inoubliables mais déjà lointains en interrogeant les photographies (l’une d’elles est même incluse dans l’ouvrage), les carnets et le journal que l’auteur a tenu minutieusement. Bien sûr, ce que raconte surtout le livre, c’est la naissance et l’évolution d’une passion (aux multiples sens du terme : croce e delizia [souffrance et plaisir], comme le dit un air de la Traviata, les références à l’opéra étant d’ailleurs très présentes dans le texte où sont tour à tour évoqués Don Giovanni, La Damnation de Faust, Tristan, Carmen, La Bohème, Tosca, et même La Périchole et son Vice-Roi en goguette incognito).

Noguez se place ici dans les pas de nombreux prédécesseurs : Proust, bien sûr, davantage du côté d’Albertine que de celui de Swann et d’Odette, puisqu’il est évident que le jeune homme évoqué dans l'ouvrage est tout à fait le genre du narrateur, et qu’il ne reviendra jamais sur ce point, même a posteriori (dans les premières pages du livre, il écrit que Cyril et lui ne se voient plus depuis plusieurs années, sans réussir à considérer que leur histoire est finie : « qui peut en jurer ? en moi l'espoir, le fol espoir, ne mourra jamais ») ; on songe aussi au Gide de Si le grain ne meurt, et plus près de nous à Passion simple, d'Annie Ernaux, et à Incomparable, de Renaud Camus (plusieurs fois cité dans le livre) et Farid Tali, qui raconte aussi, mais "à chaud", en prise directe, pourrait-on dire, l’histoire d’un emportement amoureux à sens unique, avec les deux versions, présentées successivement en deux extraits de journaux intimes : celui du soupirant, au début de l’ouvrage, et, dans la seconde partie, celui de l’objet du désir, beaucoup plus détaché et circonspect, avec un effet de miroir cruel mais fascinant pour le lecteur.




Tout commence donc en novembre 1993, à l’occasion d’un colloque littéraire, où Dominique Noguez rencontre Cyril, un jeune homme blond au regard bleu qui l’attire irrésistiblement. Ce sera le début d’une longue suite de plaisirs et de dérobades, de rencontres, de promenades, de baisers (trop) furtifs et d’étreintes ébauchées et presque aussitôt interrompues, de rendez-vous prometteurs annulés au dernier moment, parfois même sans que l’on se soit donné la peine de prévenir, de coups de téléphone complices ou assassins (il faut dire que, pour ne rien arranger, les contraintes professionnelles de l’auteur l’obligent à passer une grande partie de cette année en résidence à Kyoto, et de jongler avec les aléas techniques des communications et les décalages horaires). Croce e delizia, encore et toujours : connivence et réticence, affection et indifférence, longs silences et absences répétées suivies de délicieuses mais provisoires réconciliations, le temps pour le bonheur de "remontrer son mufle", comme dit drôlement (et amèrement) l'auteur. On pourrait d'ailleurs jouer sur le double sens de l'expression : le bonheur devient hideux puisqu'il est sans cesse provisoire et menacé, et Cyril, la source rayonnante du bonheur, se conduit aussi de façon indélicate et grossière, comme un mufle.

Le jeune homme a vingt-cinq ans, et son soupirant le double de son âge ;  il a la beauté du diable (celle du prince Éric, de Jean Galfione et de Tom Cruise !) et travaille dans le milieu de la finance (l'équivalent de ce que l’on nommerait aujourd’hui un trader, métier risqué, mais nous ne sommes pas encore ici dans les années de crise économique qui marqueront le nouveau siècle) ; il est enthousiaste, exubérant et attachant, mais aussi égocentrique, un peu mythomane, ombrageux et versatile. Évidemment, quand la "machine à amour" se met en marche, cela n’ira pas sans tumulte ni frustration pour Dominique Noguez, celui qui aime le plus (et peut-être même le seul des deux à aimer…) et qui voit l’objet de cet amour passer son temps à se dérober à lui (il cite d’ailleurs au passage l’air de Carmen : « Tu crois le saisir, il t’évite ; tu veux l’éviter, il te tient ! »). Le régime le plus habituel auquel il est soumis est celui de la douche écossaise, avec de constantes variations, des périodes où alternent les élans chaleureux et les rebuffades, voire les humiliations les plus cuisantes : pas vraiment l'enfer, mais un purgatoire plutôt sévère... « Tout dire », c’est justement rendre compte de tout cela, sans pudeur ni dissimulation, en allant au cœur de l’aveu, au centre du secret, quitte à apparaître pitoyable ou ridicule aux yeux du lecteur (la figure de la femme et du pantin n'est jamais très loin).




Ce risque, on peut dire que Noguez l’affronte crânement et résolument, comme s’il se trouvait dans une arène, au risque de la mise à mort (il compare parfois son rapport avec Cyril à une corrida, une faena sentimentale, métaphore d’autant plus frappante que le jeune homme ressemble au torero El Juli…). La sincérité n’exclut toutefois pas la distance ou l’ironie ; Noguez se livre d’ailleurs au fil de son récit (qui est aussi une peinture lucide du milieu littéraire parisien, avec ses rites, ses clans, ses indiscrétions et ses mesquineries) à de nombreuses analyses sur son état, proches des Fragments d'un discours amoureux de Barthes (tout est là : l’absence, l’attente, le ravissement, l’errance, la dépendance, la langueur, l’obscénité…). On se souviendra aussi longtemps de cette extraordinaire théorie du "sexe synthétique", forgée pour lutter contre le découragement du narrateur face aux perpétuelles dérobades de l’être aimé, où il en arrive à se dire qu’en faisant l’assemblage des différents moments d’abandon concédés par Cyril, il arriverait presque à reconstituer un acte sexuel complet ! 

À la fin de l’ouvrage, l’auteur s’interroge sur le sens et la nécessité de son entreprise : pourquoi fouiller dans ces vieilles blessures, pourquoi tomber le masque et s’offrir ainsi en pâture à des lecteurs qui ne seront sans doute pas tous bienveillants ? La réponse qu’il donne est double : l’ouvrage qu’il vient d’achever est une sauvegarde existentielle : « Il me suffit de repenser au travail sisyphéen, tantalien, presque infini, que constitue toute entreprise amoureuse, pour que les bras m’en tombent d’avance, et ainsi tout s’arrête avant même de vraiment commencer. Voilà ce que Cyril m’a apporté sans le savoir : il m’a guéri de l’amour. » Mais la sauvegarde est aussi esthétique, et Noguez cite à ce propos un merveilleux passage de l’Orlando furioso (chant XXXIV), celui où Astolphe arrive sur la Lune et y découvre, au fond d’un vallon encaissé, tout ce qu’on perd sur la Terre et qui y a été minutieusement conservé : les fumées des princes, les prières des pécheurs, les vains desseins et les vains désirs, mais aussi « les larmes et les soupirs des amants ». Tout est là, et tout est magnifié : « De nœuds dorés et de chaînes de gemmes, il voit formées les amours malheureuses » (1) ; ainsi, au fil de cette somptueuse métaphore, le livre devient le réceptacle de la passion, le lieu où elle continue à vivre et à briller, éternelle comme les étoiles au-dessus du Castel Sant’Angelo, dans le dernier acte de la Tosca… 

Une année qui commence bien, de Dominique Noguez, est paru aux éditions Flammarion. 

(1) Traduction : Michel Orcel






Images : Hong Kong, Pedder Street  Dan Lai  (Site Flickr)

Castel Sant'Angelo  Daniele Muscetta  (Site Flickr)



samedi 7 janvier 2012

I giocattoli di Parpignol (Les jouets de Parpignol)




L'éditeur palermitain Sellerio vient de rééditer Il nome delle parole (Le nom des mots), le très beau récit autobiographique de l'écrivain et poète Guglielmo Petroni (1911-1993), publié pour la première fois chez Rizzoli en 1984. Petroni y raconte son enfance pauvre et triste à Lucques, où il quitte très tôt l'école pour devenir employé dans le modeste commerce de chaussures de son père. La seconde partie du livre est consacrée à ses années de formation, largement autodidactes, depuis sa découverte de la peinture et de la poésie jusqu'à la fréquentation du célèbre café des Giubbe Rosse à Florence (où il fréquente notamment Montale, Gadda, Vittorini, dont il nous livre ici de très beaux portraits). Dans la troisième et dernière partie du livre, Petroni  évoque sa rencontre  avec Malaparte, qui lui propose de le rejoindre à Rome pour travailler avec lui dans la rédaction de sa revue Prospettive. Nous sommes alors à la fin des années trente, en peine période fasciste, et Petroni prendra très vite une part très active à la Résistance, ce qui lui vaudra d'être arrêté, torturé et condamné à mort en 1944 ; il sera sauvé in extremis par l'entrée des troupes alliées à Rome. Petroni ne s'attarde pas dans Il nome delle parole sur cet épisode, puisqu'il l'avait déjà longuement raconté dans un autre ouvrage autobiographique paru en 1949, Il mondo è una prigione (Le monde est une prison) ; il s'agit d'ailleurs de son livre le plus célèbre, et d'un des plus beaux témoignages sur les années de la guerre et de la Résistance, hélas jamais traduit en français, sauf erreur de ma part. 

L'extrait que je cite ici se situe au début de l'ouvrage, où l'auteur raconte son enfance ; dans cette vie monotone et frustrante, auprès d'un père autoritaire et borné qui lui fait quitter l'école pour le faire travailler avec lui dans sa boutique de chaussures, et d'une mère soumise, "vivant en symbiose avec sa vieille machine à coudre Singer", l'évocation de son grand-père, un être fantasque et généreux qui multiplia les activités, de serveur de restaurant à chanteur d'opéra, est un moment particulièrement heureux et lumineux:

Nel suo giorno di libertà il nonno se ne andava alla l’osteria ; tornava tardi, cantando, barcollando, brontolando con segreta allegria : «Tutti calmi ! Ci penso io !». Quel «ci penso io» era serenità per me. «State tranquilli», diceva, quasi urlando, «ci penso io». 

Spesso, nel suo giorno di riposo, uscito presto di mattina, a sera tardi non si vedeva rincasare ; io aspettavo, non lui, ma che mia madre, dopo qualche ora di riflessione, m’infilasse la mantella : «Vai, vai a cercarlo ; a te dà retta». Sapevo dove andare, due o tre osterie ; ma sopratutto una dove lo trovavo assieme ad altri vecchi simili a lui, vivacissimo. Il gruppo, rumoroso e fumante dell’acre tabacco dei toscani, sembrava aver dimenticato il tempo. 
«Eccolo il mi’ nipote» esclamava appena mi vedeva entrare. Tutti si muovevano per farmi posto. «Omelette aux confitures per il mi’ nipote !». 
«Nonno ho già mangiato». 
«Ci penso io, bimbo, omelette aux confitures». 
Me la portavano con la fiamma sopra, come voleva lui, che sapeva come si serve una cosa come quella nei ristoranti di lusso. Tentava di tagliarmela, ma si bruciava le dita : «Fai tu, sai fare meglio di me». Mi sentivo felice. 
«Ecco i giocattoli di Parpignol !» cantava tutt’a un tratto, tra la gioia di tutti gli avventori dell’osteria. La sua voce non era vecchia, era bella, limpida. Gli amici attorno al tavolo gli facevano coro «Ecco Parpignol, ecco Parpignol col carretto tutto fior !». 
L’ombra di Puccini aleggiava nell’osteria. Io stesso, piccolissimo, avevo visto il nonno sul palcoscenico al teatro del Giglio, in costume, spingere il carretto tutto fior e cantare «Ecco i giocattoli di Parpignol !». 

Non era nato povero, apparteneva a una famiglia agiata della città. Credo si trattasse di una famiglia di sciagurati, goderecci e spendaccioni. Lui aveva studiato canto, aveva seguito una compagnia fino a Nizza, poi non so ; dai suoi racconti qualche scintilla d’una favolosa Belle époque nizzarda era giunta fino a me. All’osteria con lui conoscevo la felicità ; l’unica vera felicità che, fino ad allora, fosse riuscita a penetrare in fondo al pozzo delle mie giornate, abitava all’osteria, dove mi pareva scorresse una bontà infinita, la bontà di quel vecchio, dei suoi amici che gli somigliavano ; tra di essi era sempre presente uno scultore che aveva scolpito qualche angelo sulle lapidi del camposanto ; un facchino della stazione ; gli altri non sa cosa facessero, ma per me erano tutti buoni, vecchi, poveri come il mio nonno. Erano personaggi che, nella loro allegra rassegnazione, communicavano un calore che stranamente mi pareva riscaldasse sopratutto il mio cervello chiuso, forse ottuso, che invece si apriva come si spalanca su un paesaggio assolato una finestra da una stanza buia. In quei momenti mi pareva di comprendere tutto ; una specie di attenzione mi rendeva capace di capire la gioia che ricevevo dai loro astrusi argomenti, che ascoltavo sentendovi serpeggiare una dolce malinconia. Quelle sere, per me, erano meravigliose feste della vita.

Guglielmo Petroni  Il nome delle parole  Sellerio editore, Palermo, 2011





Pendant son jour de congé, mon grand-père allait au bistrot ; il rentrait tard, chantant, titubant, grommelant avec une secrète allégresse : «Restez calmes ! Je m'occupe de tout!» Ce «je m'occupe de tout» me rendait serein. «Ne vous inquiétez pas», disait-il, presque en hurlant, «je m'occupe de tout !» 

Souvent, pendant son jour de repos, il sortait très tôt le matin et, le soir venu, il n’était toujours pas rentré ; moi, j’attendais, pas mon grand-père, mais plutôt le moment où ma mère, après un temps de réflexion, me passerait mon manteau en me disant : «Va le chercher ; toi, il t’écoute». Je savais où aller, dans deux ou trois bistrots, mais c’était souvent dans le même que je finissais par le trouver, attablé avec d’autres vieux pareils à lui, et très enjoué. Le groupe, bruyant et enveloppé de l’âcre fumée des cigares toscans, semblait avoir perdu toute notion du temps. «Le voilà, mon petit-fils !» s’exclamait-il dès qu’il me voyait entrer. Tout le monde se poussait pour me faire de la place. «Une omelette sucrée pour mon petit-fils !»
«Grand-père, j’ai déjà mangé». 
«Je m'occupe de tout, petit, une omelette sucrée !». 
On me l’apportait flambée, il y tenait beaucoup, car il savait comment on sert ce genre de plat dans les restaurants de luxe. Il essayait de la couper, mais il se brûlait les doigts : «Je te laisse faire, tu es plus habile que moi !». Je me sentais heureux. 
Tout à coup, il se mettait à chanter, à la grande joie de tous les clients du bistrot : «Voici les jouets de Parpignol !» Sa voix n’était pas usée, elle était belle et limpide. Autour de la table, tous ses amis reprenaient en chœur : «Voilà Parpignol, avec sa charrette toute fleurie !» 
L'ombre de Puccini flottait dans le bistrot. Quand j’étais encore un tout petit enfant, j’avais vu mon grand-père sur la scène du théâtre du Giglio ; en costume, il poussait la charrette fleurie et chantait : «Voici les jouets de Parpignol !».

Il n’était pas né pauvre, il appartenait à une famille aisée de la ville. Je crois qu’il s’agissait d’une famille de bons vivants, insouciants et flambeurs. Il avait étudié le chant, il avait suivi une compagnie jusqu’à Nice, et puis je ne sais pas trop ; jaillie de ses récits, je gardais dans ma mémoire une étincelle de cette fabuleuse Belle époque niçoise. Avec lui, au bistrot, j’étais parfaitement heureux ; le seul vrai bonheur qui, jusque là, avait réussi à éclairer le fond du puits de mes journées se trouvait dans ce bistrot, où il me semblait voir se répandre une infinie bonté, la bonté de ce vieil homme, des amis qui lui ressemblaient ; parmi eux se trouvait toujours un artiste qui avait sculpté des anges sur les tombes du cimetière ; un porteur de la gare ; j’ignorais ce que faisaient les autres, mais pour moi ils étaient tous gentils, vieux et pauvres comme mon grand-père. C’étaient des personnages qui, dans leur joyeuse résignation, transmettaient une sorte de chaleur, et j’avais l’étrange sensation que cette chaleur venait surtout réchauffer mon esprit renfermé, peut-être même borné, lequel finissait par s’ouvrir, comme s’ouvre sur un paysage ensoleillé la fenêtre d’une pièce sombre. Dans ces moments-là, j’avais l’impression de tout comprendre ; une attention particulière me rendait capable de saisir la joie que me procuraient leurs mystérieuses conversations, dont il me semblait en les écoutant qu’elles étaient empreintes d’une douce mélancolie. Pour moi, ces soirées  étaient de merveilleuses fêtes de la vie.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Dan Noon (Site Flickr)

au centre, Fabio (Site Flickr)

dimanche 2 janvier 2011

Cartolina da Firenze (Une carte postale de Florence)









Firenze è come un albero fiorito
che in piazza dei Signori ha tronco e fronde,
ma le radici forze nuove apportano
dalle convalli limpide e feconde !
E Firenze germoglia ed alle stelle
salgon palagi saldi e torri snelle !
L’Arno, prima di correre alla foce,
canta baciando piazza Santa Croce,
e il suo canto è sì dolce e sì sonoro
che a lui son scesi i ruscelletti in coro !
Così scendonvi dotti in arti e scienze
a far più ricca e splendida Firenze !
E di val d’Elsa giù dalle castella
ben venga Arnolfo a far la torre bella!
E venga Giotto dal Mugel selvoso,
e il Medici mercante coraggioso !
Basta con gli odi gretti e coi ripicchi !
Viva la gente nova e Gianni Schicchi !

G.Puccini Gianni Schicchi [Aria di Rinuccio] (libretto di G.Forzano)


Florence est comme un arbre fleuri,
dont le tronc et les feuilles sont Place de la Seigneurie
mais les racines puisent des forces neuves
dans les vallées limpides et fécondes !
Et Florence germe et élève jusqu'aux étoiles
ses palais puissants et ses tours effilées !
L'Arno, avant de courir à la mer,
embrasse en chantant la Place Santa Croce,
et son chant est si doux et sonore
que tous les ruisseaux le rejoignent en chœur !
Ainsi descendent docteurs ès arts et sciences
pour faire plus riche et splendide Florence !
Et du Val d'Elsa, descendu des castels
bienvenu soit Arnolphe qui fit la tour belle !
Et vienne Giotto du Mugello boisé,
et Médicis, le négociant rusé !
Assez de haines mesquines et de dépit !
Vive les gens nouveaux et Gianni Schicchi !




Image (en haut) : Angela Massagni (Site Flickr)