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mercredi 11 mars 2015

Dove vanno ? (Où vont-ils ?)




Treno che vai, dov'è che arrivi treno ?

La ragazza di fronte a me seduta
che con aria perduta le sue dita
muove veloce sul telefonino
guardando tutto intorno e al paesaggio
di tanto in tanto sbuffa, dove va ?
La donna che, malgrado faccia caldo
e l'aria è peste asciutta, resta chiusa
nel soprabito rosa e tra sé geme
di un dolore nascosto, forse teme
che all'arrivo nessuno aspetterà ?
E il vecchio coi capelli biondi tinti
che parla con nessuno dirimpetto,
e gli sorride, ma dov'è diretto ?
E tutti gli altri che vanno, dove vanno ?
Che vita li accompagna, in quale arcano
destino il treno li abbandonerà ?
Vorrei seguirli, prenderli per mano,
dirgli che il viaggio e tutto il resto è inganno,
ma resto fermo, mentre tutti vanno,
io non li seguo e loro spariranno,

per sempre spariranno dalla vita.  

Giuseppe Grattacaso  Confidenze da un luogo familiare  Campanotto Editore, 2010  







Train qui t'en vas, quelle est ta destination ? 

La jeune fille assise en face de moi 
qui avec un air perdu déplace rapidement 
ses doigts sur le portable 
en regardant autour d'elle et vers le paysage 
elle soupire de temps en temps, où va-t-elle ? 
La femme qui, bien qu'il fasse chaud 
et que l'air soit irrespirable, reste emmitouflée 
dans son manteau rose et gémit doucement 
d'une douleur secrète, peut-être craint-elle 
qu'à l'arrivée personne n'attendra ? 
Et le vieillard aux cheveux blonds teints 
qui parle en face à face avec personne 
et lui sourit, mais où se rend-il ? 
Et tous les autres qui s'en vont, où vont-ils ? 
Quelle vie les accompagne, à quel mystérieux 
destin le train va-t-il les abandonner ? 
Je voudrais les suivre, les prendre par la main, 
leur dire que le voyage comme tout le reste est illusion, 
mais je reste immobile, tandis que tous s'en vont, 
je ne les suis pas et ils disparaîtront, 

pour toujours ils disparaîtront de la vie.   

(Traduction personnelle)




       



Images : en haut, Xavier de Torres  (Site Flickr) 

au centre, Yannick Gatellier  (Site Flickr) 

en bas, Matteo Zannoni  (Site Flickr) 


 

mercredi 27 mars 2013

Souvenir de Piero Santi (Ricordo di Piero Santi)






J'ai déjà consacré ici plusieurs messages à l’œuvre passionnante et trop méconnue de Piero Santi, dont on ne désespère pas de lire un jour une traduction française. Je propose ici, avec l'accord de son auteur, ma traduction d'un texte de Giuseppe Grattacaso, écrit à l'occasion du centième anniversaire de la naissance de Santi, et publié sur son blog Mosche in bottiglia en avril 2012 :

Il m’arrive souvent ces jours-ci de penser à Piero Santi, aux journées passées dans sa maison de l’Erta Canina, aux longues conversations durant nos promenades dans les rues de Florence, la ville qu’il aimait tant et dont il souffrait de la progressive transformation. Je me souviens des dîners avec ses amis : ceux de Florence, les plus assidus, et tous les autres qui rejoignaient ce lieu hospitalier depuis toutes les régions de l’Italie. Je le vois souriant dans son fauteuil à côté de la fenêtre, heureux de cette visite amicale, de la vue des oliviers, sur la colline qui depuis le Piazzale Michelangelo descend doucement vers l’Arno. Dans cette maison, il était encore possible, dans ces années quatre-vingt qui laissaient déjà entrevoir l’abîme d’indifférence qui nous aurait bien vite englouti, de parler de littérature avec une vraie passion et une excitation mal contenue, sans se laisser influencer par les modes critiques et par la quête acharnée de louanges et d’approbations. 

On célèbre cette année [en 2012] le centième anniversaire de la naissance de Piero Santi, mais je crois bien que personne ne s’en souviendra. Il était né à Volterra, le 5 avril 1912, et, alors qu’il était encore enfant, sa famille s’était très vite transférée à Florence, la ville qui offrirait, avec la Versilia, le paysage idéal de ses livres. Santi a été parmi les protagonistes de l’une des saisons culturelles les plus vives et les plus intenses que Florence ait connues. Dans les années qui ont immédiatement précédé le second conflit mondial, ainsi que l’a écrit Alessandro Parronchi dans un texte paru en 1976, Florence était devenue le foyer d’une activité littéraire intense et passionnée, «dont Piero Santi représenta le véritable centre de gravité». Dans ces années-là, se trouvaient à Florence Eugenio Montale, qui sera jusqu’en 1938 le directeur du Cabinet Vieusseux, Alfonso Gatto, Vasco Pratolini, Romano Bilenchi, Franco Fortini, mais aussi Aldo Palazzeschi et Manlio Cancogni, Carlo Cassola, Mario Luzi et Antonio Delfini ; Umberto Saba y vivra pendant les années de la guerre. Pendant et après ces années sombres, Carlo Emilio Gadda et Tommaso Landolfi, ses amis, dîneront souvent avec Piero Santi à l’Antico Fattore, la fameuse trattoria de la via Lambertesca ; Santi évoquera ces rencontres dans Il sapore della menta [Le goût de la menthe], publié par Vallecchi en 1962, et qui fut sans doute son plus grand succès littéraire. 

Santi, dont le premier libre Amici per le vie [Amis au long  des rues] a été publié en 1939, était un écrivain respectueux de la tradition mais capable d’une grande modernité. Il construisait souvent ses œuvres en mêlant la chronique et l’autobiographie, le récit et la réflexion. On peut citer par exemple, outre Il sapore della menta [Le goût de la menthe],  Ritratto di Rosai (De Donato, 1966)  [Portrait de Rosai], qui est aussi un témoignage de l’amitié qui lia Santi au peintre florentin Ottone Rosai, Da un tetto e nelle strade (De Donato, 1967) [Depuis un toit et dans les rues], dans lequel il évoque les événements de l’inondation de Florence, les pages de journal réunies dans La sfida dei giorni (Vallecchi, 1968) [Le défi des jours], qui constituent aujourd’hui encore un témoignage fondamental pour comprendre les processus culturels et sociaux qui précédèrent et suivirent la seconde guerre mondiale, et enfin ce livre extraordinaire qu’est Ombre rosse [Ombres rouges], dans lequel les cinémas de Florence deviennent objets et, d’une certaine façon, protagonistes d’une histoire qui explore le mystère et la simplicité des hommes, qui dans l’obscurité des salles de cinéma se montrent plus vrais ou simplement plus tendus vers la recherche de leur propre vérité. Piero Santi écrit dans Ombre rosse : «Il en est ainsi, à Naples, du garçon un peu craintif qui, pour la première fois, entre seul au Sannazzaro et longe les murs à l’aveugle dans la pâleur rouge de la salle, ombre rouge lui-même. Soudain, il entend la voix de quelqu’un qui lui indique une place et lui parle doucement : ce garçon n’aura-t-il pas ressenti quelque chose qui était enfermé en lui, comme sous une valve intangible ? Il s’aperçoit alors de façon certaine que la vie ne se réduit pas à la clarté et à l’évidence, mais qu’il y a en elle quelque chose d’insaisissable et d’imprévisible. Parce qu’au-delà des objets qui nous entourent, au-delà même des gestes que nous croyons accomplir en toute conscience, quelque chose d’obscur et de secret nous enveloppe.» 

Pour quelle raison Piero Santi a-t-il été cantonné à un rôle marginal puis oublié, bien avant sa mort, en 1990 ? Certes, il n’a pas dû être aidé par son homosexualité, toujours déclarée, sans exhibitionnisme ni complaisance. Le fait qu’il ait toujours été plus attentif au jugement et à l’affection de ses amis qu’aux appréciations des critiques n’a pas dû non plus jouer en sa faveur. Il n’a jamais accordé guère d’importance aux intérêts éditoriaux ; en somme, il lui a manqué la capacité de se mettre en valeur, de donner de lui une image attirante, surtout s’il fallait pour cela accepter de renoncer à la moindre parcelle de ses convictions. La superficialité qui s’est ensuite imposée dans le monde littéraire a fait le reste. Et pourtant, il faut se souvenir de ce qu’avait écrit Carlo Bo en 1950, au moment de la publication du Diario [Journal] : «Si un tel livre avait été publié à l’étranger, Santi serait devenu un contemporain capital, on peut être certain qu’il aurait été très vite considéré comme un témoin symbolique et légendaire de notre époque.» 

Mais justement, Santi n’était pas né dans un autre pays, et maintenant que nous n’avons plus besoin de témoins, et encore moins s’ils sont symboliques et légendaires, on ne peut trouver une trace de lui et de son œuvre que dans la mémoire de ses amis ; on peut aussi, si on le veut vraiment, partir à la recherche de ses livres dans les réserves poussiéreuses de quelques anciennes maisons d’édition.  

Giuseppe Grattacaso







Images : en haut, Giacomo Bartalesi  (Site Flickr) 

en bas, (1) et (2) Site Flickr