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lundi 1 janvier 2018

Auguri (Meilleurs vœux pour cette nouvelle année)




«Diamo fondo alle ultime riserve !»



Totò et Anna Magnani dans Risate di gioia, de Mario Monicelli (1960)

vendredi 24 avril 2015

Su un liso cartellone (Sur une affiche défraîchie)




Proiezione al « Nuovo » di Roma città aperta 

Ma che colpo al cuore quando, su un liso
cartellone... Mi avvicino, guardo il colore
già d'un altro tempo, che ha il caldo viso
ovale dell'eroina, lo squallore
eroico del povero, opaco manifesto.
Subito entro : scosso da un interno clamore,
deciso a tremare nel ricordo,
a consumare la gloria del mio gesto.
Entro nell'arena, all'ultimo spettacolo,
senza vita, con grigie persone,
parenti, amici, sparsi sulle panche,
persi nell'ombra in cerchi distinti
e biancastri, nel fresco ricettacolo...
Subito, alle prime inquadrature,
mi travolge e rapisce... l'intermittence du cœur.
Mi trovo nelle scure vie della memoria,
nelle stanze misteriose
dove l'uomo fisicamente è altro,
e il passato lo bagna col suo pianto...
Eppure, dal lungo uso fatto esperto,
non perdo i fili : ecco... la Casilina,
su cui tristement si aprono
le porte della città di Rossellini...
ecco l'epico paesaggio neorealista,
coi fili del telegrafo, i selciati, i pini,
i muretti scrostati, la mistica
folla perduta nel daffare quotidiano,
le tetre forme della dominazione nazista...
Quasi emblema, ormai, l'urlo della Magnani,
sotto le ciocche disordinatamente assolute,
risuona nelle disperate panoramiche,
e nelle sue occhiate vive e mute
si addensa il senso della tragedia.
E lì che si dissolve e si mutila
il presente, e assorda il canto degli aedi. 

Pier Paolo Pasolini  La religione del mio tempo  ed. Garzanti 






Projection au cinéma « Nuovo » de Rome ville ouverte 

Mais quel coup au cœur, quand, sur une
affiche défraîchie... Je m'approche, je regarde la couleur,
déjà d'un autre temps, du chaud visage ovale de l'héroïne,
la misère héroïque de cette pauvre affiche opaque.
J'entre aussitôt : ébranlé par une clameur intérieure,
décidé à trembler dans le souvenir,
à consumer la gloire de mon geste.
J'entre dans l'arène, à la dernière séance,
sans vie, avec des personnes grises,
parents, amis, éparpillés sur les bancs,
perdus dans l'ombre en cercles distincts
et blêmes, dans le frais réceptacle...
Aussitôt, dès les premiers plans,
m'emporte et me ravit... l'intermittence
du cœur. Je me retrouve dans les rues sombres
de la mémoire, dans les chambres
mystérieuses où l'homme est physiquement autre,
et où le passé le baigne de ses pleurs...
Et pourtant, rendu expert par la longue habitude,
je ne perds pas les fils, voilà... la Casilina,
sur laquelle tristement s'ouvrent
les portes de la ville de Rossellini...
voilà le paysage épique du néoréalisme,
avec les fils du télégraphe, les pavés, les pins,
les murets décrépis, la foule mystique
perdue dans sa routine quotidienne,
les sinistres formes de la domination nazie...
Presque un emblème, désormais, le cri de la Magnani,
sous ses mèches absolues et désordonnées,
résonne dans les panoramiques désespérés,
et dans ses regards vifs et muets
se fige le sens de la tragédie.
C'est là que le présent se dissout et se mutile
et que s'assourdit le chant des aèdes.

(Traduction personnelle) 












Images : Roma, città aperta, [Rome, ville ouverte] de Roberto Rossellini



samedi 7 mars 2015

Bellissima





 Anna Magnani  (Rome, 7 mars 1908 - Rome, 26 septembre 1973)



VOCE FUORI CAMPO FELLINI : Questa signora che rientra a casa costeggiando il muro dell'antico palazzetto patrizio è un attrice romana, Anna Magnani, che potrebbe essere anche un po' il simbolo della città...

MAGNANI : Che so' io ?

VOCE FUORI CAMPO FELLINI : ...una Roma vista come lupa e vestale, aristocratica...

MAGNANI : De che ?

VOCE FUORI CAMPO FELLINI : ...e stracciona, tetra, buffonesca, potrei continuare fine a domattina.

MAGNANI : A Federi', va a dormi', va !

VOCE FUORI CAMPO FELLINI : Posso farti una domanda ?

MAGNANI : No ! Nun me fido. Ciao ! Buona notte !


VOIX OFF FELLINI : Cette dame qui rentre chez elle en longeant le mur d'une vieille maison noble est une actrice romaine, Anna Magnani, qui pourrait aussi être le symbole de la ville...

MAGNANI : Qu'est-ce que je suis, moi ?

VOIX OFF FELLINI : ...une Rome vue comme louve et vestale, aristocratique...

MAGNANI : Quoi ?

VOIX OFF FELLINI : ...et vagabonde, sombre, bouffonne, je pourrai continuer jusqu'à demain matin.

MAGNANI : Allez, Federico, rentre te coucher !

VOIX OFF FELLINI : Je peux te poser une question ?

MAGNANI : Non ! Je me méfie. Salut ! Bonne nuit !

Source de la video : Site YouTube

dimanche 26 septembre 2010

Nannarella


Anna Magnani (Rome, 7 mars 1908 - Rome, 26 septembre 1973)




Carlo di Carlo a été assistant de Pier Paolo Pasolini sur le tournage de trois de ses films, Mamma Roma, La ricotta et La rabbia. Le texte que l'on va lire ici est un extrait de son carnet de tournage de Mamma Roma. Il a été publié en 1981 dans le numéro hors-série des Cahiers du cinéma consacré à Pasolini cinéaste.

Vendredi 13 avril [1962] On continue les intérieurs à Casal Bertone. Anna Magnani a changé d’humeur, maintenant elle est bien "rôdée" et peut s’entendre avec Tonino [Delli Colli, le chef opérateur], qui a trouvé de bons éclairages pour son nez, qu’elle appelle "mon sabre". Mais il y a toujours des problèmes avec Pier Paolo, parce qu’il insiste pour lui faire jouer les répliques une par une, plutôt qu’en continuité. Jamais une scène entière. Elle dit qu’ainsi elle "récite" et que ce n’est pas naturel, comme Pasolini le voudrait, en tournant de cette façon inhabituelle. La haine, la rage, les brusques changements d’humeur que prévoit le scénario, tout cela on ne peut pas l’extraire réplique par réplique. Mais Pasolini insiste. Ils continueront à discuter pendant des jours, Anna Magnani arrivera finalement à s’habituer et sera contente de travailler ainsi.




Jeudi 7 juin [1962] Je n’ai jamais demandé à Anna Magnani, jusqu’à présent, ce qu’elle pense de Mamma Roma et comment elle a connu Pasolini. C’est le moment de lui poser la question : on en est aux derniers jours de tournage et on a déjà vu tous les rushes, qui ont été montés quotidiennement par le vaillant Baragli. «Beaucoup de gens ont parlé du "retour" d’Anna Magnani – m’a-t-elle dit – il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait d’accepter de jouer le rôle de Mamma Roma deux ans après mon dernier film. Je n’ai jamais tourné plus d’un film en deux ans, sinon je serais riche, et au contraire, je ne le suis pas. Je fais seulement les films qui m’intéressent, que je juge adaptés à moi. Et cela même si tout le monde continue à me proposer beaucoup de rôles. La rencontre avec Pier Paolo : j’étais à Venise pour Castellani, le soir de la première de Il Brigante. J’ai vu Accatone, et j’en suis sortie bouleversée. J’avais rencontré Pasolini par hasard, une fois, chez Elsa De Giorgi ; il m’avait dit qu’il pensait à une histoire qui est devenue celle de Mamma Roma. Il m’en a parlé et m’a proposé de jouer dans le film. Après la projection d’Accatone, au Palais du cinéma, ce fut la rencontre définitive. Un soir, en voiture, après avoir dîné, Pasolini m’a dit quel était le vrai visage de Mamma Roma. Ainsi est né le film. Au début, le rapport avec Pier Paolo a été difficile, mais la cordialité et l’amitié ont suivi aussitôt, comme il arrive entre gens intelligents et qui se comprennent. Je suis heureuse de travailler avec ces personnages extraordinaires, surtout parce que, si possible, je préfère travailler avec des non-acteurs.» Je lui pose une question embarrassante, mais finalement elle me répond : «J’ai beaucoup aimé les personnages de Rome, ville ouverte et de La Rose tatouée, mais si je ne me trompe pas, celui-ci est le rôle le plus important que j’aie interprété jusqu’à présent.»

A posteriori (et peut-être aussi à la lumière du cuisant échec commercial du film), le jugement de la Magnani sur Mamma Roma sera nettement plus nuancé, et même un peu amer, comme le note l’un de ses biographes, Giancarlo Governi (Nannarella, il romanzo di Anna Magnani, minimum fax Editore, 2008) : « Le film de Pasolini fut pour elle une déception, qui lui laissera un goût d’amertume. Cette collaboration pleine et totale qu’elle espérait n’avait finalement pas eu lieu. Pasolini s’était tout de suite montré méfiant vis-à-vis d’elle. Il a craint de se retrouver prisonnier de sa personnalité si affirmée. De plus, sa façon de tourner en fragmentant chaque scène n’a pas permis à Anna de s’exprimer pleinement. Après la sortie du film, elle dira : "J’attendais énormément de Pasolini, mais finalement lui aussi n’a fait que se servir de moi, il s’est contenté de m’utiliser !" »




La scène d'ouverture de Mamma Roma, avec la joute pendant le repas de noce à coups de stornelli romani...


Source de la vidéo
: Site YouTube