C'était il y a quarante ans, dans la nuit du premier au deux novembre 1975, sur la plage d'Ostie, près de Rome...
Francesco De Gregori chante A Pa' (1985). Il est également l'auteur des paroles et de la musique de cette chanson :
Non mi ricordo se c'era luna, e nè che occhi aveva il ragazzo, ma mi ricordo quel sapore in gola e l'odore del mare come uno schiaffo. A Pà.
E c'era Roma così lontana, e c'era Roma così vicina, e c'era quella luce che ti chiama, come una stella mattutina. A Pà. A Pà. Tutto passa, il resto va.
E voglio vivere come i gigli nei campi, come gli uccelli del cielo campare, e voglio vivere come i gigli dei campi, e sopra i gigli dei campi volare.
Je ne me rappelle pas s'il y avait la lune, et j'ai oublié les yeux du garçon, mais je me souviens de ce goût dans la bouche et de l'odeur de la mer comme une gifle.
Et Rome était si lointaine, et Rome était si proche, et il y avait cette lumière qui t'appelle, comme une étoile du matin.
Je veux vivre comme les lys dans les champs, comme les oiseaux dans le ciel, je veux vivre comme les lys des champs, et au-dessus des lys des champs voler.
tout en bas, Ernest Pignon-Ernest, PASOLINI. 40 ans après son assassinat. Collage à Rome, Ostia, Naples, Matera, Mai/Juin 2015 (Source)
Témoignage de la femme qui a été la première à découvrir le corps de Pasolini au matin du deux novembre : « C'était à six heures et demie, je sortais de ma voiture et je me suis dit : "C'est incroyable, ils jettent vraiment leurs ordures n'importe où !" Je me suis approchée un peu plus près et là, j'ai compris que ce n'était pas des ordures, mais un cadavre... »
Francesco De Gregori canta Titanic (testo e musica di F. De Gregori, 1982) :
La prima classe costa mille lire,
la seconda cento, la terza dolore e spavento.
E puzza di sudore dal boccaporto
e odore di mare morto.
Sior Capitano mi stia a sentire,
ho belle e pronte le mille lire,
in prima classe voglio viaggiare
su questo splendido mare.
Ci sta mia figlia che ha quindici anni
ed a Parigi ha comprato un cappello,
se ci invitasse al suo tavolo a cena come sarebbe bello.
E con l'orchestra che ci accompagna con questi nuovi ritmi americani,
saluteremo la Gran Bretagna col bicchiere tra le mani
e con il ghiaccio dentro al bicchiere faremo un brindisi tintinnante
a questo viaggio davvero mondiale, a questa luna gigante.
Ma chi l'ha detto che in terza classe,
che in terza classe si viaggia male,
questa cuccetta sembra un letto a due piazze,
ci si sta meglio che in ospedale.
A noi cafoni ci hanno sempre chiamato
ma qui ci trattano da signori,
che quando piove si può star dentro
ma col bel tempo veniamo fuori
su questo mare nero come il petrolio
ad ammirare questa luna metallo
e quando suonano le sirene ci sembra quasi che canti il gallo.
Ci sembra quasi che il ghiaccio che abbiamo nel cuore
piano piano si vada a squagliare
in mezzo al fumo di questo vapore
di questa vacanza in alto mare.
E gira gira gira gira l'elica
e gira gira che piove e nevica,
per noi ragazzi di terza classe
che per non morire si va in America.
E il marconista sulla sua torre,
le lunghe dita celesti nell'aria,
riceveva messaggi d'auguri
per questa crociera straordinaria.
E trasmetteva saluti e speranze
in quasi tutte le lingue del mondo,
comunicava tra Vienna e Chicago
in poco meno di un secondo.
E la ragazza di prima classe,
innamorata del proprio cappello,
quando la sera lo vide ballare lo trovò subito molto bello.
Forse per via di quegli occhi di ghiaccio
così difficili da evitare,
pensò "Magari con un po' di coraggio,
prima dell'arrivo mi farò baciare".
E com'è bella la vita stasera,
tra l'amore che tira e un padre che predica,
per noi ragazze di terza classe
che per sposarci si va in America,
per noi ragazze di terza classe
che per sposarci si va in America.
La première classe coûte mille lires, la deuxième cent, la troisième douleur et épouvante. Et puanteur de sueur venue de l'écoutille et odeur de mer morte. Monsieur le Capitaine, écoutez-moi, j'ai avec moi les mille lires, je veux voyager en première classe sur cette mer splendide. Il y a ma fille qui a quinze ans et qui a acheté un chapeau à Paris, si vous nous invitiez à votre table pour dîner, ça serait magnifique. Avec l'orchestre qui joue ces nouveaux rythmes américains, nous saluerons la Grande Bretagne en levant nos verres et en faisant tinter les glaçons nous porterons un toast à ce grand tour du monde et à cette lune gigantesque. Mais qui a dit qu'en troisième classe, en troisième classe, on voyage mal, cette couchette ressemble à un lit à deux places et on y est mieux qu'à l'hôpital. On nous a toujours considéré comme des péquenots mais ici on nous traite comme des messieurs, quand il pleut on peut se mettre à l'abri mais quand il fait beau on va sur le pont sur cette mer noire comme du pétrole pour admirer la lune de métal et quand retentissent les sirènes, on croirait entendre le chant du coq. On dirait presque que le glaçon qu'on a dans le cœur petit à petit se met à fondre dans la fumée de ce vapeur de ces vacances en haute mer. Et tournent, tournent les hélices elles tournent, tournent, sous la pluie ou la neige, pour nous, les gars de la troisième classe qui pour ne pas mourir partent en Amérique. Et le radiotélégraphiste sur sa tour, agitait dans l'air ses longs doigts bleus, il recevait des messages de vœux pour cette croisière extraordinaire. Et il transmettait les saluts et les espoirs dans presque toutes les langues du monde, il communiquait avec Vienne et Chicago en un peu moins d'une seconde. Et la jeune fille en première classe, amoureuse de son chapeau, quand le soir elle le vit danser, elle le trouva tout de suite très beau. C'était peut-être à cause de ces yeux de glace si difficiles à éviter, elle pensa "Peut-être qu'avec un peu de courage, avant l'arrivée, il va m'embrasser." Et comme la vie est belle ce soir, entre l'amour qui rôde et un père qui prêche, pour nous les jeunes filles de la troisième classe qui partent en Amérique pour trouver un mari, pour nous les jeunes filles de la troisième classe qui partent en Amérique pour trouver un mari.
Dans son bel ouvrage Addio al calcio, Valerio Magrelli fait ses adieux au football, qu'il a beaucoup pratiqué, comme joueur amateur plus que comme spectateur dans les stades, en quatre-vingt-dix fragments qui correspondent aux quatre-vingt-dix minutes des deux mi-temps d'un match. Avec ferveur, ironie ou mélancolie, il évoque ce qui est en Italie beaucoup plus qu'un sport : une véritable passion nationale, à la fois exutoire, rite initiatique et obsession collective. Il dit aussi adieu à une certaine innocence de la jeunesse, faite d'enthousiasme et de fougue, de plaisir du jeu et de la dépense physique, avant que l'âge impose sa rigueur et ses limites. Je cite ici deux extraits : le premier correspond à la vingt-quatrième minute de la première mi-temps, le second à la trente-huitième minute de la deuxième mi-temps.
A proposito di
vecchiaia. Ho continuato a giocare a calcio fin verso i quarant’anni. Da un
certo punto in poi era diventato sempre più difficile mettere insieme una
manciata di giocatori, ma l’incontro con il fratello di un mio amico cambiò
tutto. Iniziai a giocare con una squadra di ragazzi molto simpatici e bravi.
Troppo. Andò avanti per qualche partita, quando un giorno, anzi una sera,
successe il fattaccio. Mi stavo muovendo piuttosto bene in campo, e feci
addirittura una discesa gloriosa, fino al limite dell’area, quando il compagno
che mi correva a fianco venne abbattuto e l’arbitro fischiò il fallo. Fu allora
che capii.
Se ero riuscito a tagliare la difesa come burro, a saltare terzini
come in sogno, era perché tutti quanti si scansavano, anzi, letteralmente, mi
evitavano. La loro gentilezza era squisita, sebbene piuttosto umiliante, e
tutto mi fu chiaro quando un avversario mi si avvicinò per consegnarmi la palla.
Stava esortandomi a battere la punizione, ma dandomi del lei. Del lei, in un
campo di calcio ! Mi sentii amareggiato, e non potevo prendermela con
nessuno. Avrei dovuto capirlo. Quella fu la mia ultima partita.
À propos de
vieillesse. J’ai continué de jouer au foot jusqu’à la quarantaine. À partir
d’un certain moment, il était devenu de plus en plus difficile de réunir une
poignée de joueurs, mais la rencontre avec le frère d’un de mes amis changea
tout. Je commençai à jouer avec une équipe de garçons très sympathiques et très
doués. Trop. Cela continua pendant quelques parties, mais un jour, ou plutôt un
soir, l’incident eut lieu. Je me déplaçais plutôt bien sur le terrain et je fis
même une incursion glorieuse, jusqu’à la limite de la surface de réparation,
quand le camarade qui courait à mes côtés fut jeté au sol, et l’arbitre siffla
la faute. Ce fut alors que je compris.
Si j’avais réussi à enfoncer la défense
comme du beurre, et à doubler des arrières comme dans un rêve, c’était parce
que tous s’écartaient, ou plutôt, littéralement, m’évitaient. Leur gentillesse
était exquise, quoique plutôt humiliante, et tout fut clair pour moi lorsqu’un
adversaire s’approcha pour me remettre le ballon. Il m’exhortait à tirer le
coup franc, mais en me vouvoyant. Un vouvoiement, sur un terrain de foot !
Je me sentis plein d’amertume, et ne pouvais m’en prendre à personne. J’aurais
dû comprendre. Ce fut mon dernier match.
Valerio MagrelliAdieu au foot Actes Sud, 2012 (Traduction : Marguerite Pozzoli, en collaboration avec René Corona)
Epopea dei palloni perduti. Sono le
briciole di Pollicino che dovrei ritrovare per risalire il sentiero di casa.
Quanti palloni ! E ovunque. Nei fiumi, innanzitutto, che appena toccata
l’acqua, scappano via veloci. Nei laghi, più pacifici, ma non meno insidiosi.
Qualcuno al mare, molti sopra gli alberi, incastrati sui rami più alti a
formare un groviglio inestricabile, una specie di simbolo araldico. E quanti
finiti bucati ! Quelli di plastica leggera, che volavano via alla prima
brezza ("a vento", si diceva, guardando le inverosimili parabole tracciate quando
li si colpiva con violenza), ma anche gli altri, via via divorati dai cespugli,
dai vetri, dalle spine. In definitiva, non c’è pallone che non si sia perso o
forato. E forse tutto questo vorrà dire qualcosa.
Valerio MagrelliAddio al calcio Einaudi, 2010
Epopée des ballons perdus. Ce
sont les miettes du Petit Poucet que je devrais retrouver pour remonter le
sentier vers la maison. Tant de ballons ! Et partout. Dans les rivières,
avant tout : dès qu’ils ont touché l’eau, ils filent à toute vitesse. Dans
les lacs, plus paisibles, mais non moins insidieux. Quelques-uns à la mer,
beaucoup sur les arbres, coincés dans les branches les plus hautes pour former
un écheveau inextricable, une espèce de symbole héraldique. Et tant de ballons
percés ! Ceux en plastique léger, qui s’envolaient à la première brise ("au
vent", disait-on, en regardant les invraisemblables paraboles qu’ils dessinaient
lorsqu’on les frappait avec violence), mais aussi les autres, peu à peu dévorés
par les buissons, les tessons de verre, les ronces. En définitive, il n’est pas
de ballon qui ne se soit perdu ou percé. Et peut-être tout cela signifie-t-il
quelque chose.
Valerio MagrelliAdieu au foot Actes Sud, 2012 (Traduction : Marguerite Pozzoli, en collaboration avec René Corona)
Francesco De Gregori chante Santa Lucia (1976, paroles et musique de F. De Gregori) :
Santa Lucia, per tutti quelli che hanno gli occhi e un cuore che non basta agli occhi e per la tranquillità di chi va per mare e per ogni lacrima sul tuo vestito, per chi non ha capito.
Santa Lucia per chi beve di notte e di notte muore e di notte legge e cade sul suo ultimo metro, per gli amici che vanno e ritornano indietro e hanno perduto l'anima e le ali.
Per chi vive all'incrocio dei venti ed è bruciato vivo, per le persone facili che non hanno dubbi mai, per la nostra corona di stelle e di spine, per la nostra paura del buio e della fantasia.
Santa Lucia, il violino dei poveri è una barca sfondata e un ragazzino al secondo piano che canta, ride e stona perchè vada lontano, fa che gli sia dolce anche la pioggia delle scarpe,
anche la solitudine...
Sainte Lucie, pour tous ceux qui ont des yeux, et un cœur pas assez grand pour leurs yeux pour la tranquillité de ceux qui vont sur la mer et pour chaque larme sur ta robe, pour ceux qui n'ont pas compris.
Sainte Lucie, pour ceux qui boivent la nuit et qui meurent la nuit, qui lisent la nuit et tombent alors qu'ils étaient presque arrivés, pour les amis qui s'en vont et reviennent sur leurs pas parce qu'ils ont perdu l'âme et les ailes.
Pour tous ceux qui vivent à la croisée des vents et sont brûlés vifs, pour tous les gens simples qui n'ont jamais de doutes, pour notre couronne d'étoiles et d'épines, pour notre peur du noir et de l'imaginaire.
Sainte Lucie, le violon des pauvres est une barque percée et un petit garçon, au deuxième étage, qui chante faux et qui rit ; pour qu'il puisse aller loin, fais que même la pluie dans ses chaussures lui soit douce, et même la solitude...
Francesco De Gregori e Lucio Dalla cantano Come fanno i marinai ? (Dalla - De Gregori, 1979) :
Ma dove vanno i marinai
con le loro giubbe bianche
sempre in cerca di una rissa o di un bazar ?
Ma dove vanno i marinai
con le loro facce stanche
sempre in cerca di una bimba da baciar ?
Ma cosa fanno i marinai
quando arrivano nel porto
vanno a prendersi l'amore dentro al bar
qualcuno è vivo per fortuna
qualcuno è morto
c'è una vedova da andare a visitar.
Ma come fanno i marinai
a riconoscersi sempre uguali sempre quelli
all'Equatore e al Polo Nord ?
Ma come fanno i marinai
a baciarsi tra di loro
a rimanere veri uomini però ?
Intorno al mondo senza amore
come un pacco postale
senza nessuno che gli chiede come va
col cuore appresso a una donna
una donna senza cuore
chissà se ci pensano ancora, chissà ?
Ma dove vanno i marinai
mascalzoni imprudenti
con la vita nei calzoni
col destino in mezzo ai denti
sotto la luna puttana e il cielo che sorride...
Come fanno i marinai
con questa noia che li uccide
addormentati sopra un ponte
in fondo a malincuore
sognano un ritorno smaltiscono un liquore
affaticati dalla vita piena di zanzare
che cosa gliene frega
di trovarsi in mezzo al mare
a un mare che più passa il tempo
e più non sa di niente
su questa rotta inconcludente
da Genova a New York...
Ma come fanno i marinai
a fare a meno della gente
e rimanere veri uomini però ?
Intorno al mondo senza amore
come un pacco postale
senza nessuno che gli chiede come va
col cuore appresso a una donna
una donna senza cuore
chissà se ci pensano ancora,
chissà ?
Mais où vont les marins avec leurs vareuses blanches toujours en quête d'une rixe ou d'une embrouille ?
Mais où vont les marins avec leurs visages fatigués toujours en quête d'une fille à embrasser ?
Mais que font les marins quand ils arrivent au port ils vont chercher l'amour dans un bar certains sont toujours vivants, par chance, mais d'autre sont morts, et il y a toujours une veuve à consoler.
Mais comment font les marins pour rester tout le temps les mêmes de l’Équateur au Pôle Nord ?
Mais comment font les marins qui s'embrassent entre eux tout en restant des hommes, des vrais ?
Ils parcourent le monde, sans un amour, comme des colis postaux sans personne pour prendre de leurs nouvelles le cœur lié à une femme une femme sans cœur qui sait s'ils y pensent encore ?
Mais où vont les marins voyous imprudents avec leur vie dans leur froc et leur destin entre les dents sous la lune aguicheuse et le ciel souriant...
Comment font les marins avec cet ennui qui les ronge endormis sur un pont ; au fond, c'est à contrecœur qu'ils imaginent un retour en cuvant leur vin fatigués de leur vie pleine de moustiques, qu'est-ce que ça peut bien leur faire de se retrouver en pleine mer une mer qui jour après jour a de moins en moins de goût sur ce parcours incohérent qui va de Gênes à New-York...
Mais comment font les marins pour se suffire à eux-mêmes tout en restant des hommes, des vrais ?
Ils parcourent le monde, sans un amour, comme des colis postaux sans personne pour prendre de leurs nouvelles le cœur lié à une femme une femme sans cœur qui sait s'ils y pensent encore ?