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vendredi 19 septembre 2014

Allegro ma non troppo




Allegro ma non troppo

Jesteś piękne — mówię życiu — 
bujniej już nie można było, 
bardziej żabio i słowiczo, 
bardziej mrówczo i nasiennie. 

Staram mu się przypodobać, 
przypochlebić, patrzeć w oczy. 
Zawsze pierwsza mu się kłaniam 
z pokornym wyrazem twarzy. 

Zabiegam mu drogę z lewej, 
zabiegam mu drogę z prawej, 
i unoszę się w zachwycie, 
i upadam od podziwu. 

Jaki polny jest ten konik, 
jaka leśna ta jagoda — 
nigdy bym nie uwierzyła, 
gdybym się nie urodziła ! 

Nie znajduję — mówię życiu — 
z czym mogłabym cię porównać. 
Nikt nie zrobi drugiej szyszki 
ani lepszej, ani gorzej. 

Chwalę hojność, pomysłowość, 
zamaszystość i dokładność, 
i co jeszcze — i co dalej — 
czarodziejstwo, czarnoksięstwo. 

Byle tylko nie urazić, 
nie rozgniewać, nie rozpętać. 
Od dobrych stu tysiącleci 
nadskakuję uśmiechnięta. 

Szarpię życie za brzeg listka : 
przystanęło? dosłyszało ? 
Czy na chwilę, choć raz jeden, 
dokąd idzie - zapomniało ? 

Wisława Szymborska  Wszelki  Wypadek, 1972






Allegro ma non troppo

Sei bella — dico alla vita —
è impensabile più rigoglio,
più rane e più usignoli,
più formiche e più germogli.

Cerco di accattivarmela,
di blandirla, vezzeggiarla.
La saluto sempre per prima
con umile espressione.

Le taglio la strada da sinistra,
le taglio la strada da destra,
e mi innalzo nell'incanto,
e cado per la stupore.

Quanto è di campo questo grillo,
e di bosco questo frutto —
mai l'avrei creduto
se non avessi vissuto !

Non trovo nulla — le dico —
a cui paragonarti.
Nessuno ha fatto un'altra pigna
né migliore, né peggiore.

Lodo la tua larghezza,
inventiva ed esatezza,
e cos'altro — e cosa più —
magia, stregoneria.

Mai vorrei recarti offesa,
né adirarti per dileggio.
Da centomila anni almeno
sorridendo ti corteggio.

Tiro la vita per una foglia :
si è fermata ? Se n'è accorta ?
Si è scordata dove corre,
almeno per una volta ?

Traduzione : Pietro Marchesani






Allegro ma non troppo

Tu es belle — dis-je à la vie —
plus de plénitude serait impensable,
plus de grenouilles et plus de rossignols,
plus de fourmis et plus de bourgeons.

Je cherche à gagner ses faveurs,
à la flatter, à la cajoler.
Je la salue toujours en premier
avec la plus grande humilité.

Je lui coupe la route sur la gauche,
je lui coupe la route sur la droite,
et sous le charme je m'exalte,
et je m'effondre, saisie de stupeur.

Combien ce grillon dépend des champs,
et combien ce fruit dépend des bois —
je ne l'aurais pas cru
si je n'avais pas vécu !

Je ne trouve rien — lui dis-je —
à quoi te comparer.
Personne n'a fait une autre pomme de pin
ni meilleure, ni moins belle.

Je loue ta générosité,
ton imagination et ta précision,
et aussi — et de plus —
ta magie, ta sorcellerie.

Je ne voudrais jamais t'offenser,
ni te fâcher par mes moqueries.
Depuis cent mille ans au moins
je te courtise en souriant.

Je tire la vie par une feuille :
s'est-elle arrêtée ? S'en est-elle aperçue ?
A-t-elle oublié où elle court,
pour une seule fois au moins ?

(Traduction personnelle)








Images : (1) Site Flickr

(2) Carlos Martinez Salas  (Site Flickr)

(3) Marika Parizzi  (Site Flickr)

(4) Antonio Romei  (Site Flickr)




lundi 15 septembre 2014

La « belle humeur »




Hors l'été, période de l'année où la torpeur nous écrase dans un corps pesant et où, de plus, les caravanes de touristes défilent même par les sentiers reculés, toutes les saisons me paraissent propices à l'exaltation du fantassin.

Il ira, l'hiver, au cœur d'un plateau désolé, s'exposer aux rafales cinglantes de la bise qui fouetteront ses joues jusqu'au sang. Il suivra, au printemps, n'importe quelle vallée au climat tempéré, aux cultures variées (vigne, fraise, arbres fruitiers...) qui lui donneront un avant-goût du midi. Partout ailleurs, il succombera aux charmes de l'automne.

Car la promenade, si elle doit rendre léger le badaud, ne se pratique pas à la légère mais nécessite, au contraire, une claire conscience de ses tenants et aboutissants qui en font, bien appliqués, un luxe.




Il convient, avant le départ, de se renseigner auprès de la météorologie sur l'état du ciel : souhaitons-nous marcher sous le soleil ou sous les nuages ? Il faut aussi, avec soin, préparer un bagage correct, point trop lourd de façon à ce qu'il ne nous encombre pas mais suffisamment complet pour parer à d'éventuels désagréments. Il est prudent, enfin, de s'observer soi-même avec acuité, de ne pas se tromper sur notre état d'esprit lequel conditionne le regard que nous porterons sur notre chemin et ses attraits. En ce qui concerne l'itinéraire, un guide maniable aiguillera notre attention vers telle ou telle curiosité que nos yeux seuls n'auraient pas distinguée... 

Ainsi pourvus, nous deviendrons peu à peu capables de cette contemplation dont Schopenhauer dit qu'elle est un des moyens favorisant la suspension du vouloir-vivre et donc, de la douleur et de l'ennui.




Je crois, en effet, que la promenade dispose à une sérénité intérieure particulière née de l'abandon des préoccupations inessentielles. Correctement pensée, elle apporte la « belle humeur », ce moment délicieux où nous avons le sentiment d'enfin coïncider avec nous-mêmes dans la pleine conscience de notre bonheur.

La promenade est un exercice spirituel, une ascèse.

Rémi Villedecaze  De la promenade  Editions du Bon Albert, 1997






Images : merci à Denis Trente-Huittessan pour ses belles photographies  (Site Flickr)



vendredi 12 septembre 2014

Petites annonces




Une poésie de Wisława Szymborska, d'abord dans la version originale polonaise, puis en traduction italienne et française :

DROBNE OGŁOSZENIA

KTOKOLWIEK wie, gdzie się podziewa
współczucie (wyobraźnia serca)
— niech daje znać! niech daje znać!
Na cały głos niech o tym śpiewa
i tańczy jakby stracił rozum
weseląc się pod wątłą brzozą,
której wciąż zbiera się na płacz.

UCZĘ milczenia
we wszystkich językach
metodą wpatrywania się
w gwiaździste niebo,
żuchwy sinantropusa,
paznokcie noworodka,
plankton,
płatek śniegu.

PRZYWRACAM do miłości.
Uwaga! Okazja!
Na zeszłorocznej trawie
w słońcu aż po gardła
leżycie, a wiatr tańczy
( zeszłoroczny ten wodzirej waszych włosów)
Oferty pod : Sen

POTRZEBNA osoba
do opłakiwania
starców, którzy w przytułkach
umierają. Proszę
kandydować bez metryk
i pisemnych zgłoszeń.
Papiery będą darte
bez pokwitowania.

ZA OBIETNICE męża mojego,
który was zwodził kolorami
ludnego świata, gwarem jego
piosenką z okna, psem zza ściany :
że nigdy nie będziecie sami
w mroku i w ciszy i bez tchu
— odpowiadać nie mogę.
Noc, wdowa po Dniu.

Wisława Szymborska  Wołanie do Yeti, 1957






PICCOLI ANNUNCI

CHIUNQUE sappia dove sia finita
la compassione (immaginazione del cuore)
— si faccia avanti ! Si faccia avanti !
Lo canti a voce spiegata
e danzi come un folle
gioendo sotto l’esile betulla,
sempre pronta al pianto.

INSEGNO il silenzio
in tutte le lingue
mediante l’osservazione
del cielo stellato,
delle mandibole del Sinanthropus,
del salto della cavalletta,
delle unghie del neonato,
del plancton,
d’un fiocco di neve.

RIPRISTINO l’amore.
Attenzione! Offerta speciale !
Siete distesi sull’erba
del giugno scorso immersi nel sole
mentre il vento danza
(quello che in giugno
guidava il ballo dei vostri capelli).
Scrivere a : Sogno.

SI CERCA persona qualificata
per piangere
i vecchi che muoiono negli ospizi. Si prega
di candidarsi senza certificati
e offerte scritte.
I documenti saranno stracciati
senza darne ricevuta.

DELLE PROMESSE del mio sposo,
che vi ha ingannato con i colori
del mondo popoloso, il suo brusio,
il canto alla finestra, il cane fuori :
che mai resterete soli
nel buio e nel silenzio tutt’intorno
— non posso rispondere io.
La Notte, vedova del Giorno.

(Traduzione : Pietro Marchesani)


PETITES ANNONCES

TOUTE PERSONNE sachant ce qu'il est advenu
de la compassion (imagination du cœur)
— est invitée à se manifester ! Qu'elle se manifeste !
Qu'elle le chante à pleine voix
et danse comme une folle
joyeusement sous le frêle bouleau,
toujours au bord des larmes.

J'ENSEIGNE le silence
en toutes les langues
à travers l'observation
du ciel étoilé,
des mâchoires du Sinanthrope,
du bond de la sauterelle,
des ongles du nouveau-né,
du plancton,
d'un flocon de neige.

RETOUR d'amour garanti.
Attention ! Offre spéciale !
Vous êtes étendus sur l'herbe,
du mois de juin dernier, baignés de soleil
tandis que le vent danse
(celui qui en juin
conduisait le bal de vos cheveux).
Écrire à : Rêve.

ON RECHERCHE une personne qualifiée
pour pleurer
les vieillards qui meurent dans les hospices.
On est prié de présenter sa candidature sans certificats
ni lettres de motivation.
Tous les documents seront déchirés
et aucun reçu ne sera délivré.

DES PROMESSES de mon époux,
qui vous a trompés avec les mille couleurs
de ce quartier populeux, son brouhaha,
les chants aux fenêtres, le chien dans la cour :
vous ne seriez plus jamais seuls
prisonniers du noir et du silence
— de toutes ces promesses je ne suis pas garante.
Signé : la Nuit, veuve du Jour.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Luigi Rosa  (Site Flickr)

au milieu et en bas,  Site Flickr



mercredi 10 septembre 2014

Le rêve de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage




Un troisième extrait de l'ouvrage d'Antonio Tabucchi Sogni di sogni (Rêves de rêves), dans lequel il imagine les rêves de quelques artistes qu'il a aimés. Il s'agit, dans une traduction personnelle, du rêve de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage :

La nuit du premier janvier 1599, tandis qu’il se trouvait dans le lit d’une prostituée, Michelangelo Merisi, dit le Caravage, peintre et homme irascible, rêva que Dieu venait le visiter. Dieu le visitait par l’intermédiaire du Christ, et il pointait le doigt sur lui. Michelangelo était dans une taverne, et il jouait de l’argent. Ses compagnons étaient des gredins, et quelques-uns d'entre eux étaient ivres. Et lui, il n’était pas Michelangelo Merisi, le célèbre peintre, mais un client quelconque, un malandrin. Quand Dieu le visita, il était en train de blasphémer le nom du Christ, et il s’en amusait. Toi, dit sans le dire le doigt du Christ. Moi ? demanda stupéfait Michelangelo Merisi, je n’ai pas la vocation du saint, je ne suis qu’un pécheur, je ne peux pas être choisi.
Mais le visage du Christ était inflexible, sans échappatoire. Et sa main tendue ne laissait la place à aucun doute.
Michelangelo Merisi baissa la tête et il regarda l’argent qui se trouvait sur la table. J’ai violé, dit-il, j’ai tué, je suis un homme dont les mains sont couvertes de sang.
Le garçon de l’auberge apporta un plat de haricots et du vin. Michelangelo Merisi se mit à manger et à boire. À côté de lui, tous étaient immobiles, il était le seul à bouger les mains et la bouche comme un fantôme. Le Christ était lui aussi immobile et il tendait sa main immobile avec le doigt pointé. Michelangelo Merisi se leva et le suivit. Ils se retrouvèrent dans une ruelle sordide, et Michelangelo Merisi se mit dans un coin pour uriner tout le vin qu’il avait bu dans la soirée.

 


Mon Dieu, pourquoi me cherches-tu ? demanda Michelangelo Merisi au Christ. Le fils de l’homme le regarda sans répondre. Ils marchèrent dans la ruelle qui débouchait sur une place. La place était déserte.
Je suis triste, dit Michelangelo Merisi. Le Christ le regarda et il ne répondit pas. Il s’assit sur un banc de pierre et ôta ses sandales. Il se massa les pieds et dit : je suis fatigué, je suis venu à pied depuis la Palestine pour te chercher.
Michelangelo Merisi était en train de vomir appuyé à un mur, dans une encoignure. Mais je suis un pécheur, hurla-t-il, tu ne dois pas me chercher.
Le Christ s’approcha et lui toucha un bras. Je t’ai fait peintre, dit-il, et je veux un tableau de toi, après cela, tu pourras suivre librement ton destin. Michelangelo Merisi se nettoya la bouche et demanda : quel tableau ?
La visite que je t’ai faite ce soir à la taverne, mais toi tu seras Matthieu. D’accord, dit Michelangelo Merisi, je le ferai. Et il se retourna dans le lit. C’est à ce moment-là que la prostituée l’embrassa tout en continuant à ronfler.

Antonio Tabucchi  Sogni di sogni  Sellerio editore Palermo, 1992






Images : Le Caravage, La Vocation de saint Matthieu, 1599-1600



mardi 9 septembre 2014

Mangeurs de feu




The Young Fire Eaters of Mexico City

They fill their mouths with alcohol
and blow it over a lighted candle
at traffic signs. Anyplace really,
where cars line up and the drivers
are angry and frustrated and looking
for distraction — there you'll find
the young fire eaters. Doing what they do
for a few pesos. If they're lucky.
But in a year their lips
are scorched and their throats raw.
They have no voice within a year.
They can't talk or cry out —
these silent children who hunt
through the streets with a candle
and a beer can filled with alcohol.
They are called milusos. Which translates
into "a thousand uses."

Raymond Carver  Ultramarine, 1986






I piccoli mangiatori di fuoco di Città del Messico

Si riempiono la bocca di alcol
e lo spruzzano su una candela accesa
ai semafori. Anzi, dove capita,
ovunque c'è un ingorgo e gli automobilisti
s'incazzano frustrati e hanno bisogno
di qualche distrazione — lì ci sono sempre
i piccoli mangiatori di fuoco. Fanno quel che fanno
per pochi pesos. Quando gli va bene.
Ma dopo un anno si ritrovano le labbra
strinate e le gole bruciate.
Nel giro di un anno restano senza voce.
Non possono né parlare né gridare —
questi bambini muti che battono
le strade con una candela
e une lattina di birra piena d'alcol.
Li chiamano milusos. Che tradotto
significa "dai mille usi".

Traduzione : Riccardo Duranti  (da Blu oltremare, minum fax, 2003)





Les petits mangeurs de feu de Mexico

Ils remplissent leur bouche d'alcool
et ils le projettent sur une bougie allumée
aux feux rouges. N'importe où, en fait,
dans les embouteillages, quand les automobilistes
excédés s'énervent et cherchent
un peu de distraction — c'est là que l'on trouve toujours
les petits mangeurs de feu. Ils font ça
pour une poignée de pesos. Quand la chance leur sourit.
Mais au bout d'un an ils se retrouvent avec les lèvres
cramées et les gorges brûlées.
En une seule année, ils ont perdu la voix.
Ils ne peuvent plus ni parler ni crier —
ces enfants muets qui vont
par les rues avec une bougie
et une canette de bière remplie d'alcool.
On les appelle milusos. Que l'on pourrait traduire
par "aux mille usages".

(Traduction personnelle)








Images : (1)  Eduardo Quesada  (Site Flickr)

(2) Ruy Sanchez  (Site Flickr)

dimanche 7 septembre 2014

Le rêve de Carlo Collodi




Je cite ici un second extrait de l'ouvrage d'Antonio Tabucchi, Sogni di sogni (Rêves de rêves), dans lequel il imagine les rêves de quelques artistes qu'il a aimés. Voici donc, dans une traduction personnelle, le rêve de Carlo Collodi, l'auteur de Pinocchio :

La nuit du vingt-cinq décembre 1882, dans sa maison de Florence, Carlo Collodi, écrivain et critique théâtral, fit un rêve. Il rêva qu’il se trouvait en pleine mer sur une petite barque en papier, au cœur d’une tempête. Mais la petite barque en papier résistait, c’était une petite barque têtue, avec deux yeux humains et portant les couleurs de l’Italie, que Collodi aimait. Une voix lointaine, depuis la côte, criait : Carlino, Carlino, reviens sur la rive ! C’était la voix de l’épouse qu’il n’avait jamais eue, une douce voix féminine qui l’appelait, comme la plainte d’une sirène. 
Ah, il aurait bien voulu revenir ! Mais c’était impossible, les vagues étaient trop hautes et la petite barque était à la merci des courants. 
Puis, tout à coup, il vit le monstre. C’était un énorme requin, la gueule grande ouverte, qui l’observait, qui l’étudiait, qui l’attendait. 
Collodi tenta d’actionner le gouvernail, mais lui aussi était en papier et tout trempé, il était désormais devenu inutilisable. Il se résigna donc à foncer tout droit en direction de la gueule du monstre ; saisi par la peur, il mit ses mains devant les yeux, se leva et hurla : Vive l’Italie ! 
Comme il faisait noir, dans le ventre du monstre ! Collodi commença à marcher à tâtons ; il trébucha sur quelque chose qu’il ne parvint pas à identifier, et ce n’est qu’en posant les mains dessus qu’il comprit qu’il s’agissait d’un crâne. Puis il se cogna contre des planches et il comprit qu’avant lui, un autre bateau avait fait naufrage dans la gueule du monstre. Maintenant, il se déplaçait avec plus de facilité, parce que tout au fond de la mâchoire grande ouverte du requin, on apercevait une faible lueur. En continuant à avancer à tâtons, ses genoux heurtèrent une caisse en bois. Il se baissa pour en explorer l’intérieur, et il s’aperçut qu’elle était pleine de chandelles. Par chance, il avait encore son briquet, qu’il actionna aussitôt. Il alluma deux chandelles et put ainsi découvrir ce qui l’entourait. Il se trouvait sur le pont d’un navire qui s'était échoué dans le ventre du monstre ; la dunette était pleine de squelettes et au sommet du mât flottait un drapeau noir frappé d’une tête de mort. Collodi avança et descendit un petit escalier. Il trouva sans peine la cambuse, remplie de bouteilles de rhum. Avec une grande satisfaction, il déboucha une bouteille et but au goulot. Maintenant, il se sentait mieux. Ragaillardi, il se leva et, à la lumière des chandelles, il parvint à quitter le vaisseau. Le ventre du monstre était glissant, plein de poissons morts et de crabes. Collodi avança, en barbotant dans l’eau peu profonde. Il aperçut au loin une petite lueur, une timide clarté qui semblait lui faire signe. Il continua dans cette direction. À côté de lui défilaient des squelettes, des épaves de bateaux, des barques éventrées, des carcasses de poissons énormes. La lueur devint plus proche et Collodi découvrit une table. Autour de cette table étaient assises deux personnes, une femme et un enfant. Collodi s’approcha timidement, et il vit que la femme avait des cheveux bleus et que l’enfant portait un chapeau confectionné avec de la mie de pain. Il courut vers eux et les embrassa. Eux aussi l’embrassèrent, et ils se mirent à rire, en se donnant de petites tapes sur les joues et mille marques d’affection. Tout cela sans prononcer un mot. 




Et brusquement, le décor changea. Ils n’étaient plus dans le ventre d’un monstre, mais sous une pergola, en plein été. Et ils étaient assis autour d’une table, dans une maison située dans les collines de Pescia ; les cigales chantaient, tout était immobile dans la grande chaleur de midi ; ils buvaient du vin blanc en dégustant des melons. Assis dans un coin, sous la pergola, un chat et un renard les observaient avec bienveillance. Et Collodi, fort courtoisement, leur dit : voulez-vous partager notre collation ? 

Antonio Tabucchi  Sogni di sogni, Sellerio editore Palermo, 1992  (Traduction personnelle)






Images : au centre, Attilio Mussino (1878-1954), illustration pour le Pinocchio de Collodi

en bas, Enrico Mazzanti (1850-1910), illustration pour le Pinocchio de Collodi



jeudi 4 septembre 2014

Le premier mot (La prima parola)




Une envie persistante : retrouver dans la mémoire le premier mot italien qui m'ait touché, celui par lequel j'ai pris conscience de l'autre langue (en un mot, en un seul, devine-t-on déjà tout un idiome, tel un fil qui patiemment tiré livrerait l'ensemble du motif, fût-ce en le détruisant ?) Ils sont plusieurs à se presser, entendus ou lus dans des gares que le train traversait. Mais l'alliance la plus forte des lettres, du rythme et du son s'est produite à Bologne, au lever du jour. Un cheminot tend le bras pour indiquer un panneau noir où s'inscrit en blanc le mot uscita, qu'en même temps il prononce de sa voix sonore. Le reste du voyage pour atteindre la côte ne sera plus qu'une succession de formes entrevues par la vitre, auxquelles je ne saurai attribuer de nom dans l'autre langue : réceptacles en attente d'être comblés, créatures inabouties qui feront signe, réclamant un salut à mon inaptitude. Et moi je ne pourrai leur appliquer que mes propres mots, d'autant plus étrangers, incongrus, qu'arbres et maisons rappelleront ceux et celles que j'ai pu voir en France, différant d'eux par une simple attente – premières leçons de désir. L'Italie, à travers ses cyprès de moins en moins rares, ses maisons et leurs balcons, deviendra autre brusquement, mais sous l'effet d'une patience longue, ignorée.

Bernard Simeone   Acqua fondata   Editions Verdier, 1997






 






Images
: en haut, Site Flickr

en bas, Site Flickr

jeudi 28 août 2014

Sopra un'immagine sepolcrale (Sur une image sépulcrale)




Il sorriso balordo che mi fermò tra le lapidi
e le croci, nella piccola selva
dei morti innocenti, delle vite
appena accese e spente nel candore
era la stessa mia stupefazione
che avesse in tanti anni fatto così poca strada.

O dormiente, che cosa è sonno ?
                                                      
                                                       Il sonno...

E qui egli sta tra i pargoli innocenti
stupefatto nel marmo
come se un Tu dovesse veramente
ritornare
a liberare i vivi e i morti.
E quante lagrime e seme vanamente sparso.

Vittorio Sereni  Gli strumenti umani  Mondadori Editore, 1986






Le sourire gauche qui m'arrêta parmi les pierres tombales
et les croix, dans la petite forêt
des morts innocents, des vies
à peine allumées, éteintes dans leur candeur,
était ma propre stupéfaction
qui aurait toutes ces années fait si peu de chemin.

O dormeur, qu'est-ce que le sommeil ? (1)

                                                                 Le sommeil...

Il est ici parmi les bambins innocents
stupéfait dans le marbre
comme si un Tu devait vraiment
revenir
pour libérer les vivants et les morts.
Et que de larmes et de semence en vain répandues.

Traduction : Bernard Simeone et Philippe Renard  (Les instruments humains, Verdier, 1991)

(1) Sereni cite ici Léonard de Vinci : "O dormiente che cosa è sonno? Il sonno ha similitudine colla morte ; o perchè non fai adunque tale opera che dopo la morte tu abbi similitudine di perfetto vivo, che vivendo farsi col sonno simile ai tristi morti ?" [O dormeur, qu'est-ce que le sommeil ? Le sommeil ressemble beaucoup à la mort ; pourquoi donc n'accomplis-tu pas une œuvre qui te rende, après la mort, semblable à un parfait vivant, toi qui, vivant, te fais par le sommeil semblable aux tristes morts ?] 











Images : en haut, Luca Iozia  (Site Flickr)

au centre, Tommaso Valente  (Site Flickr)

en bas, Giuseppe Giovanniello  (Site Flickr)


 

mercredi 20 août 2014

Quei bambini che giocano (Ces enfants qui jouent)




Quei bambini che giocano
un giorno perdoneranno
se presto ci togliamo di mezzo.
Perdoneranno. Un giorno.
Ma la distorsione del tempo
il corso della vita deviato su false piste
l'emorragia dei giorni
dal varco del corrotto intendimento :
questo no, non lo perdoneranno.
Non si perdona a una donna un amore bugiardo,
l'ameno paesaggio d'acque e foglie
che si squarcia svelando
radici putrefatte, melma nera.
« D'amore non esistono peccati,
s'infuriava un poeta ai tardi anni,
esistono soltanto peccati contro l'amore ».
E questi no, non li perdoneranno. 

Vittorio Sereni  Gli strumenti umani, Einaudi Editore, 1965






Ces enfants qui jouent
un jour pardonneront
si nous faisons vite place nette.
Ils pardonneront. Un jour.
Mais la distorsion du temps
le cours de la vie détourné sur de fausses pistes
l'hémorragie des jours
s'écoulant de la brèche de la raison corrompue :
cela, non, ils ne le pardonneront pas.
On ne pardonne pas à une femme un amour mensonger,
le plaisant paysage d'eaux et de feuilles
qui se déchire en révélant
des racines putréfiées, de la fange noire.
« Il n'y a pas pas de péchés d'amour,
martelait un poète dans ses vieux jours (1),
il n'y a que des péchés contre l'amour. »
Et ceux-là, non, ils ne les pardonneront pas.

(Traduction personnelle)

(1) Le vieux poète est Umberto Saba, dont Vittorio Sereni rapporte ici les propos. 

Je rajoute ici la traduction du même poème par Bernard Simeone et Philippe Renard (in Les instruments humains, Verdier, 1991) :

Ces enfants qui jouent
un jour ils pardonneront
si vite nous laissons la place.
Ils pardonneront. Un jour.
Mais la distorsion du temps
le cours de la vie dévié sur de fausses pistes
l'hémorragie des jours
dans la trouée de l'intelligence corrompue :
cela non, ils ne le pardonneront pas.
On ne pardonne pas à une femme un amour mensonger,
le riant paysage d'eaux et de feuilles
qui se déchire en dévoilant
des racines putréfiées, de la boue noire.
« Il n'existe pas de péchés d'amour,
rugissait un poète en ses vieilles années,
il n’existe que des péchés contre l'amour. »
Et ceux-là non, ils ne les pardonneront pas.








Images : en haut, Ilaria Gatto  (Site Flickr)

au centre, Erminio Vanzan  (Site Flickr)

en bas, Cesare Nicola  (Site Flickr)




mardi 19 août 2014

Amore che vieni, amore che vai...



"...che il giorno ricominci, che il giorno finisca..."





Franco Battiato chante Amore che vieni, amore che vai, de Fabrizio De André :





Quei giorni perduti a rincorrere il vento,
a chiederci un bacio e volerne altri cento,
un giorno qualunque li ricorderai,
amore che fuggi da me tornerai,
un giorno qualunque li ricorderai,
amore che fuggi da me tornerai.

E tu che con gli occhi di un altro colore,
mi dici le stesse parole d'amore,
fra un mese fra un anno scordate le avrai,
amore che vieni da me fuggirai,
fra un mese fra un anno scordate le avrai,
amore che vieni da me fuggirai.

Venuto dal sole o da spiagge gelate,
perduto in novembre o col vento d'estate,
io t' ho amato sempre , non t' ho amato mai,
amore che vieni , amore che vai,
io t' ho amato sempre , non t' ho amato mai,
amore che vieni , amore che vai.
 



Tous ces jours perdus à courir après le vent,
à demander un baiser et à en vouloir encore cent,
un jour comme un autre tu t'en souviendras,
amour qui t'enfuis tu me reviendras.

Et toi qui, avec les yeux d'une autre couleur,
me dis les mêmes mots d'amour,
dans un mois, dans un an, tu ne t'en souviendras pas,
amour qui t'en viens, tu me quitteras.

Venu du soleil ou de plages gelées,
perdu en novembre ou avec le vent d'été,
je t'ai aimé toujours, je ne t'ai aimé jamais,
amour qui t'en viens, amour qui t'en vas...






Images : en haut, Rossella  (Site Flickr)

au centre, Marcozcyn  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

samedi 16 août 2014

Un uomo solo (Un homme seul)



Umberto Bindi canta Un uomo solo (Un homme seul), testo e musica di U. Bindi, 1972 :


Vestire i panni dell'eroe
pur di non accettare mai
ne il compromesso ne la resa
non risolve niente visto che,
malgrado tutto in fondo a te,
la solitudine è di casa.

Tu come ogni uomo prima o poi,
di quel che pensi e quel che fai,
senti il bisogno di parlare
e finisci per parlarne a chi
non gliene importa di chi sei
e non ha voglia di sentire,
e ti vien voglia di morire
lo so ma...

Un uomo solo come fa
a non sbagliare come me,
a dare tutto e non
avere in cambio niente,
niente ma...

Un uomo solo come fa
a non sbagliare come me,
ad ascoltarsi mentre parla
e non capire...

E finisci per legarti a chi
non gliene importa di chi sei,
e pensa ad altro che all'amore,
e ti vien voglia di morire
lo so ma...

Un uomo solo come fa
a non sbagliare come me,
nel dare ancora e non
avere in cambio niente,
niente ma...

Un uomo solo come fa
a non sbagliare anche con te,
pur di non essere più
solo ad impazzire...







Faire semblant d'être un héros

pour ne jamais accepter
ni les compromis ni les capitulations,
cela ne sert à rien puisque
malgré tout, au fond de toi,
c'est la solitude qui s'installe.

Toi qui comme chaque homme tôt ou tard
ressens le besoin de parler
de ce que tu penses et de ce que tu fais,
et tu finis par en parler
avec quelqu'un qui s'en fiche
et n'a aucune envie de t'écouter,
alors tu voudrais mourir,
je sais, mais...

Un homme seul ne peut pas s'empêcher
comme moi, de tout donner
sans rien recevoir en échange,
rien, mais...

Un homme seul ne peut pas s'empêcher
comme moi, de s'écouter parler
sans rien comprendre à ce qu'il dit...

Et tu finis par te lier
avec quelqu'un qui se moque de toi,
et pour qui l'amour ne compte pas,
et tu as envie de mourir,
je sais, mais...

Un homme seul ne peut pas s'empêcher
comme moi, de donner encore
sans rien recevoir en échange,

rien, mais...

Un homme seul ne peut pas s'empêcher
de se tromper, même avec toi,
pour ne plus être seul
à en devenir fou...



"Umberto Bindi : né à Gênes en 1932, il avait fait partie du groupe des auteurs-compositeurs génois, avec Gino Paoli, Bruno Lauzi, Luigi Tenco et Fabrizio De André. Doté d'une solide culture musicale, c'était un compositeur raffiné. Il avait connu le succès en 1959 avec la chanson Arrivederci, puis en 1960 avec Il nostro concerto. Par la suite, il avait participé au festival de San Remo et avait composé de nombreux titres restés célèbres comme Un giorno, un mese, un anno, ou encore La musica è finita, chanté par Ornella Vanoni en 1967.

Très vite, la presse se fit l'écho de certains de ses comportements considérés comme étranges ou fantaisistes, par exemple le fait de porter une bague, et Bindi ne fit rien pour dissimuler son homosexualité ; on peut même dire qu'il la manifesta publiquement, attitude qui devait lui coûter cher. Après les succès des premières années, ce furent les contrats résiliés, les soirées et les apparitions télévisées annulées. Il fut sévèrement isolé et marginalisé, alors que ses chansons avaient fait le tour du monde et avaient été chantées par des artistes aussi renommés que Dionne Warwick ou Tom Jones. Seuls quelques amis, comme Gino Paoli, lui restèrent fidèles jusqu'à la fin. Umberto Bindi est mort dans la misère à Rome en 2002 ; on venait tout juste de lui attribuer une petite pension d'État : il ne l'a touchée qu'un seul mois, le dernier de sa vie." (in Andrea Pini, Quando eravamo froci, ed. Il Saggiatore, 2011, traduction personnelle












Images : en haut, Lorenzo Degiorgi (Site Flickr)

en bas, (1) Edward Hopper Nighthawks (détail), (2) Federico Novaro (Site Flickr)

jeudi 7 août 2014

Sei ottavi (Six-huit)




Sei ottavi (Six-huit, c'est le tempo de la musique), une jolie chanson (un peu coquine) de Rino Gaetano, interprétée par Rino Gaetano et Marina Arcangeli (1977) :


 Mentre la notte scendeva stellata stellata
lei affusolata nel buio sognava incantata :
"E chi mi prende la mano stanotte mio Dio?
Forse un ragazzo, il mio uomo o forse io."

Lontana la quiete e montagne imbiancate di neve
e il vento che soffia, che fischia più forte, più greve :
"E chi mi sfiora le labbra, chi mi consola?
Forse un bambino gia grande o io da sola." 

Passava la notte passavano in fretta le ore
la camera fredda gia si scaldava d'amore :
"Chi troverà i miei seni avrà in premio il mio cuore.
Chi incontrerà i miei seni avrà tutto il mio amore."

La luce discreta spiava e le ombre creava
mentre sul mare un luna dipinta danzava :
"Chi coglierà il mio fiore bagnato di brina
un principe azzurro o forse io adulta, io bambina."

Mentre la notte scendeva stellata stellata
lei affusolata nel buio dormiva incantata :
"Chi mi dirà buona notte stanotte mio Dio?
la notte, le stelle, la luna o forse io."




Tandis que tombait la nuit remplie d'étoiles
allongée dans le noir, elle rêvait, enchantée :
"Et qui me prendra la main cette nuit, mon Dieu ?
Peut-être un garçon, l'homme que j'aime ou moi toute seule."

Au loin, le calme et les montagnes enneigées
et le vent qui souffle, qui siffle plus fort, plus pesant :
"Et qui effleurera mes lèvres, qui me consolera
Peut-être un enfant déjà grand ou moi toute seule."

La nuit et les heures passaient rapidement
la chambre glacée se réchauffait d'amour :
"Qui trouvera mes seins aura mon cœur en cadeau.
Qui touchera mes seins aura tout mon amour."

La lumière discrète épiait et formait des ombres
tandis que sur la mer une lune peinte dansait :
"Qui cueillera ma fleur baignée de givre
un prince charmant ou peut-être moi seule, adulte et enfant."

Tandis que tombait la nuit remplie d'étoiles
allongée dans le noir, elle dormait, enchantée :
"Qui me dira bonne nuit, ce soir, mon Dieu ?
la nuit, les étoiles, la lune, ou moi toute seule peut-être."

(Traduction personnelle)










Images : Site Flickr

mercredi 6 août 2014

Estate (Alle saline di Trapani)





sulle guance accaldate, la sintassi dell'aria.
una corsa in bici, poi stesi al sole
a mescolarci il fiato sui blocchi di arenaria.

la camicia bianca svela il petto disadorno
e getti in alto con la mano il sale
a dilatare la percezione del giorno.

la mia estate è un risveglio a mezzogiorno.

Raffaele Sciacoviello  Ho le rughe sul cuore, 2007








Été  (Aux salines de Trapani)

sur les joues en feu, la syntaxe de l'air.
une course en bicyclette, puis étendus au soleil
nos souffles mêlés sur les blocs de grès.

la chemise blanche dévoile la poitrine nue
et tu jettes en l'air des poignées de sel
pour dilater la perception du jour.

mon été est un réveil à midi. 

(Traduction personnelle)








Images : en haut et au centre : Maurilla Misseri  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr




lundi 4 août 2014

I ragazzi giù nel campo





I ragazzi giù nel campo
est l'adaptation italienne d'une célèbre chanson du compositeur grec Manos Hadjidakis (Ta paidiá káto ston kámpo (Τα παιδιά κάτω στον κάμπο)). On l'entend dans le film de D. Makavejev Sweet movie, et c'est à l'occasion de la sortie de ce film en Italie que P.P. Pasolini et Dacia Maraini ont écrit cette adaptation. Dans la bande originale italienne de Sweet movie, c'est Daniela Davoli qui chante I ragazzi giù nel campo ; c'est cette version que l'on peut écouter dans le clip vidéo ci-dessous. Je remercie les auteurs du blog Je pleure sans raison que je pourrais vous dire qui ont retranscrit les paroles de cette chanson, introuvables jusqu'à présent sur le Net. On trouvera également dans le message dont j'indique le lien de passionnants détails sur l'histoire de cette chanson et une vidéo proposant la belle interprétation d'Anna Prucnal. C'est ici.





I ragazzi giù nel campo (Manos Hadjidakis, adaptation italienne de P.P. Pasolini et Dacia Maraini) :

I ragazzi giù nel campo
Non si curano del tempo
Ma si buttano dentro i fiumi
Per pescare la croce premio

I ragazzi giù nel campo
Dan la caccia ad un pazzo
Poi lo strozzano con le mani
E lo bruciano in riva al mare.

Vieni figlia della Luna
Della stella mattutina
Che regala a questi ragazzi
Le carezze del gran cielo !

I ragazzi giù nel campo
Dan la caccia ai borghesi
Tagliano a pezzi
A pezzi le teste
Dei nemici e dei fedeli

I ragazzi giù nel campo
Colgono rami e rosmarino
E camuffano buche e pozzi
Per acciuffare le ragazze

I ragazzi giù nel campo
Dan la caccia ad un ricco
Gli fan togliere i denti d’oro
E li portano al mercato.

Vieni figlia della Luna
Della stella mattutina
Che regala a questi ragazzi
Le carezze del gran cielo !

I ragazzi giù nel campo
Non possegono memoria
Perciò vendono gli antenati
Poi son presi da tristezza.





 

Les garçons, là-bas, dans le champ

Les garçons, là-bas, dans le champ
ne s'occupent pas du temps qu'il fait

mais ils plongent dans les fleuves

pour y pêcher la croix d'or.


Les garçons, là-bas, dans le champ

pourchassent un fou

puis l'étranglent de leurs propres mains

et le brûlent au bord de la mer.


Viens, fille de la Lune

et de l'étoile du matin

toi qui prodigues à ces garçons
les caresses du ciel immense !

Les garçons, là-bas, dans le champ

pourchassent les bourgeois

ils mettent en pièces et réduisent les têtes
des ennemis et des disciples.


Les garçons, là-bas, dans le champ

ramassent des branches et du romarin

pour camoufler les trous et les puits

et y prendre au piège les filles.


Les garçons, là-bas, dans le champ

pourchassent un homme riche

et récupèrent ses dents en or

pour aller les vendre au marché.


Viens, fille de la Lune

et de l'étoile du matin

toi qui prodigues à ces garçons

les caresses du ciel immense !

Les garçons, là-bas, dans le champ

n'ont vraiment aucune mémoire

 ils vendent leurs ancêtres
et puis cela les rend tristes.


(Traduction personnelle)


Source de la vidéo : Site YouTube

La version originale de la chanson (en grec)