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dimanche 26 septembre 2010

Nannarella


Anna Magnani (Rome, 7 mars 1908 - Rome, 26 septembre 1973)




Carlo di Carlo a été assistant de Pier Paolo Pasolini sur le tournage de trois de ses films, Mamma Roma, La ricotta et La rabbia. Le texte que l'on va lire ici est un extrait de son carnet de tournage de Mamma Roma. Il a été publié en 1981 dans le numéro hors-série des Cahiers du cinéma consacré à Pasolini cinéaste.

Vendredi 13 avril [1962] On continue les intérieurs à Casal Bertone. Anna Magnani a changé d’humeur, maintenant elle est bien "rôdée" et peut s’entendre avec Tonino [Delli Colli, le chef opérateur], qui a trouvé de bons éclairages pour son nez, qu’elle appelle "mon sabre". Mais il y a toujours des problèmes avec Pier Paolo, parce qu’il insiste pour lui faire jouer les répliques une par une, plutôt qu’en continuité. Jamais une scène entière. Elle dit qu’ainsi elle "récite" et que ce n’est pas naturel, comme Pasolini le voudrait, en tournant de cette façon inhabituelle. La haine, la rage, les brusques changements d’humeur que prévoit le scénario, tout cela on ne peut pas l’extraire réplique par réplique. Mais Pasolini insiste. Ils continueront à discuter pendant des jours, Anna Magnani arrivera finalement à s’habituer et sera contente de travailler ainsi.




Jeudi 7 juin [1962] Je n’ai jamais demandé à Anna Magnani, jusqu’à présent, ce qu’elle pense de Mamma Roma et comment elle a connu Pasolini. C’est le moment de lui poser la question : on en est aux derniers jours de tournage et on a déjà vu tous les rushes, qui ont été montés quotidiennement par le vaillant Baragli. «Beaucoup de gens ont parlé du "retour" d’Anna Magnani – m’a-t-elle dit – il n’y a rien d’extraordinaire dans le fait d’accepter de jouer le rôle de Mamma Roma deux ans après mon dernier film. Je n’ai jamais tourné plus d’un film en deux ans, sinon je serais riche, et au contraire, je ne le suis pas. Je fais seulement les films qui m’intéressent, que je juge adaptés à moi. Et cela même si tout le monde continue à me proposer beaucoup de rôles. La rencontre avec Pier Paolo : j’étais à Venise pour Castellani, le soir de la première de Il Brigante. J’ai vu Accatone, et j’en suis sortie bouleversée. J’avais rencontré Pasolini par hasard, une fois, chez Elsa De Giorgi ; il m’avait dit qu’il pensait à une histoire qui est devenue celle de Mamma Roma. Il m’en a parlé et m’a proposé de jouer dans le film. Après la projection d’Accatone, au Palais du cinéma, ce fut la rencontre définitive. Un soir, en voiture, après avoir dîné, Pasolini m’a dit quel était le vrai visage de Mamma Roma. Ainsi est né le film. Au début, le rapport avec Pier Paolo a été difficile, mais la cordialité et l’amitié ont suivi aussitôt, comme il arrive entre gens intelligents et qui se comprennent. Je suis heureuse de travailler avec ces personnages extraordinaires, surtout parce que, si possible, je préfère travailler avec des non-acteurs.» Je lui pose une question embarrassante, mais finalement elle me répond : «J’ai beaucoup aimé les personnages de Rome, ville ouverte et de La Rose tatouée, mais si je ne me trompe pas, celui-ci est le rôle le plus important que j’aie interprété jusqu’à présent.»

A posteriori (et peut-être aussi à la lumière du cuisant échec commercial du film), le jugement de la Magnani sur Mamma Roma sera nettement plus nuancé, et même un peu amer, comme le note l’un de ses biographes, Giancarlo Governi (Nannarella, il romanzo di Anna Magnani, minimum fax Editore, 2008) : « Le film de Pasolini fut pour elle une déception, qui lui laissera un goût d’amertume. Cette collaboration pleine et totale qu’elle espérait n’avait finalement pas eu lieu. Pasolini s’était tout de suite montré méfiant vis-à-vis d’elle. Il a craint de se retrouver prisonnier de sa personnalité si affirmée. De plus, sa façon de tourner en fragmentant chaque scène n’a pas permis à Anna de s’exprimer pleinement. Après la sortie du film, elle dira : "J’attendais énormément de Pasolini, mais finalement lui aussi n’a fait que se servir de moi, il s’est contenté de m’utiliser !" »




La scène d'ouverture de Mamma Roma, avec la joute pendant le repas de noce à coups de stornelli romani...


Source de la vidéo
: Site YouTube

samedi 18 septembre 2010

Les champs d'Enna (Lettre à Amicie II)


"Rien ne vous presse... Pourquoi, avant de vous éloigner de ces rivages pour vous aventurer dans le cœur altérant de la Sicile, n'iriez-vous point jusqu'au modeste Lido di San Leone, et vous plonger en la mer africaine ? Elle a la même bleu que celui de l'œil de la plume du paon. – Toutefois, ne l'oubliez pas : vous avez une bonne centaine de kilomètres à parcourir, par une route tournante et montueuse, pour gagner avant la nuit l'altière Enna, où, l'Histoire quittée, la Fable vous attend."

Jean-Louis Vaudoyer Compagnon d'Italie





Deux puissantes divinités primitives, Demeter qui règne sur la terre et Hadès qui règne dessous, se disputèrent, aux âges mythiques du monde, ce pays. L’aspect farouchement désolé de l’espace immense qui s’offre à vous de la terrasse de votre hôtel (le bien nommé Belvédère) vous le dit éloquemment : c’est le dieu d’en dessous qui l’a emporté.
Sans quelques villes ramassées sur elles-mêmes aux sommets de pics qui semblent inabordables, vous pourriez croire être soudainement tombée dans un monde déshumanisé. Le sol, privé de toute végétation, a la couleur de la maladie et de la mort. Pourtant, cette région de l’île fut jadis «le grenier à blé de l’Italie». Du temps où la grande Demeter et sa fille Perséphone avaient à Enna leurs temples (rien n’en reste), la contrée n’était qu’un vaste jardin, entrecoupé de forêts, de lacs, de prairies : «les champs rendaient au centuple les semences qu’on y déposait.» Tout cela, selon la légende, disparut le jour où Hadès, épris de la petite Perséphone, surgit de la terre déchirée et, dans des tourbillons de flammes, ravit la fille à la mère, laquelle s’éloigna pour jamais de cette terre maudite, la laissant telle que vous la voyez, grise de cendre et jaune de soufre. Des zolfatares la perforent un peu partout, que les descendants des agriculteurs déméteriens exploitent en chantant les plus tristes chansons du monde.
Il fallait que je vous conduise ici pour que vous vous rendiez compte de visu que la Sicile n’est pas toujours et partout «le pays où fleurit l’oranger». La fable selon laquelle Perséphone règne tantôt sous la terre, tantôt dessus, est née d’une vérité. Lorsque l’épouse de Hadès s’évade des Enfers, les lieux de l’île où elle apparaît se revêtent des plus belles fleurs, des fruits les plus beaux. Ces grands morceaux de Paradis, vous les vîtes autour de Palerme et vous les reverrez, dès ce soir, autour de Syracuse.
Cependant, ne vous éloignez point de ce site dramatique sans l’avoir un peu exploré. Après les dieux, les hommes n’ont pas laissé ici, de siècle en siècle, des souvenirs de paix. On s’est furieusement battu autour et dans cette Enna qui passait pour inexpugnable. Elle fut phénicienne avant d’être grecque ; et, tout le long des guerres puniques, tantôt romaine, tantôt carthaginoise. Puis les Normands et les Arabes se la disputèrent âprement. Un émir vainqueur y rafla en une fois toutes les femmes de la région, et, à Bagdad, en peupla ses harems.




Aujourd’hui, Enna est une petite ville grave, fière de trôner juste au milieu de l’île (à mille mètres d’altitude) ; fière aussi de ses monuments, gothiques (églises, palais, citadelle). Elle possède un trésor de vases sacrés, un petit musée, une petite trattoria. Faites-vous-y servir une de ces savoureuses pizze alla siciliana ; non point plates et compactes comme les pizze alla napolitana, mais onctueuses, presque légères ; et, dans des flacons épais, un vin enflammé, couleur de roche, quelque peu madérisé.
Jean-Louis Vaudoyer Compagnon d'Italie, éditions Fayard, 1958

Images : en haut, Site Flickr
en bas, Bricke Dotnet (Site Flickr)

mercredi 8 septembre 2010

Qui n'est pas mort ? (Chi non è morto ?)



"Ora, a pochi minuti dal ritorno, si chiede se ha viaggiato per qualcosa."


Pier Vittorio Tondelli Biglietti agli amici






L’article d’Angelo Rinaldi que l’on va lire ici est paru en mars 1992 dans L’Express, à l’occasion de la sortie du dernier roman de Pier Vittorio Tondelli Chambres séparées (Seuil), publié en France quelques mois après la disparition de l’écrivain, mort du sida en décembre 1991, à l’âge de trente-six ans. J’aime beaucoup la première partie de cet article, dans laquelle Rinaldi raconte la promenade qu’il fit quelques années plus tôt à Paris en compagnie de Tondelli (on remarquera qu’il y est question de Prokosch, à qui Tondelli consacrera en 1990 un très beau texte, Viaggio a Grasse, que l'on peut lire dans le recueil Un weekend postmoderno, dont il n’existe pas, hélas, de traduction française). Cette chronique de Rinaldi, intitulée Mon frère, mon amour, n’a pas été reprise dans Service de presse, qui réunit un choix assez large des chroniques littéraires que Rinaldi a écrites pour L’Express de 1976 à 1998 (éditions Commentaire / Plon, 1999) ; je ne l’ai pour ma part jamais lue dans sa version originale et je ne connais d’elle que la traduction qu’en a faite Alberto Pezzotta dans le numéro spécial que la revue Panta a consacré en décembre 1992 à Tondelli. C’est donc ma traduction personnelle de cette version italienne que je propose ici. Ces détours sont sans doute un peu étranges, mais je suis heureux que cette chronique existe quelque part sur le Net, et que des lecteurs français qui se souviennent de Tondelli puissent peut-être tomber sur elle un jour au hasard de l'une de leurs recherches...



Mon frère, mon amour


Comme à chaque mois de mars, à Paris, le ciel de l’après-midi souriait de façon incertaine ; c’était en mars, il y a sept ans – nous traversions ensemble le jardin des Tuileries. Tondelli, dont le rire fusait du haut de son mètre quatre-vingt-deux, avait tenu à rencontrer ceux qui avaient remarqué la première traduction en français d’un de ses livres. Il commença avec une sorte de compatriote qui, en vérité, n’avait eu que la chance de connaître directement la version originale de Pao Pao, qui sonne comme un ciao-ciao sur le quai d’une gare ; Pao Pao, abréviation de Piquet Armé Ordinaire, était la chronique d’un service militaire, l’équivalent du Hussard bleu de Roger Nimier, sans le magistère académique, mais avec l’humanité en plus. Dans les environs du Jeu de Paume, malgré le froid, quelques solitaires étaient appuyés à la balustrade. Notre conversation tournait autour de poètes comme Auden et Penna, en passant par Christopher Isherwood, James Baldwin et quelques autres. Tondelli ignorait tout de Prokosch, le grand écrivain américain auteur de Voix dans la nuit qui, royalement ignoré aux Etats-Unis, vivait à Grasse. Vilain comme un Gary Cooper jeune, il avait d’un jour à l’autre jeté l’éponge ; proie pour proie, le séducteur, qui ne voulait pas devenir un vieux dandy, avait préféré s’adonner à la chasse aux papillons. Ce détail, qu’un ami m’avait confié, avait frappé l’Italien, qui s’était arrêté pour jeter un œil sur les sentinelles bleuies par le froid : «C’était vraiment un gentleman, murmura-t-il. Comment savoir quand il est temps de raccrocher ? On se roule un joint, d’accord?» Nous nous séparâmes plutôt euphoriques à la hauteur du pont Royal, que l’ancien grenadier du régiment d’Orvieto, composé de géants, traversa à toute vitesse. Dans la soirée, il était invité à une fête. On avait l’impression que les fêtes ne s’achevaient jamais dans la vie de ce Ganymède qui, dans son pays, avait débuté par une prouesse – un recueil de nouvelles [Altri libertini, en français : Les nouveaux libertins, Seuil 1987] interdit par la censure. Il faudrait sans doute rendre à cette dernière sa véritable fonction. Elle a été souvent plus prompte que la critique à repérer la nouveauté et le talent ; il est même arrivé qu’elle rende un grand service aux artistes, en les obligeant à redoubler d’intelligence pour lui échapper. Nous parlons bien sûr ici de la censure exercée au nom de la "morale "; la censure qui sévit actuellement, celle des listes de classement des meilleures ventes de livres, assassine en douceur, et on peut penser qu’elle procurera bientôt à la littérature la paix du Père-Lachaise.

La force dramatique de Chambres séparées vient de la litote et du sous-entendu sur l’essentiel, alors que l’anecdote est limpide. Leo, un Milanais au seuil de la trentaine – probablement un double de l’auteur – est en voyage, tandis qu’à Munich, accueilli à nouveau au sein de sa famille, meurt Thomas, un jeune homme de vingt-cinq ans qui avait pour lui quitté une femme. Le couple qu’ils formaient pendant les vacances, identique à tous les couples en proie à la double impossibilité de vivre ensemble ou séparément, était pour tous l’objet d’une grande fascination. «Ni lui ni Thomas n’avaient de manières efféminées. Aucun des deux ne cadrait avec les lieux communs de l’homosexualité. Rien de théâtral ou de voyant en eux, ils ne faisaient pas de tapage, n’étaient pas vulgaires» (p. 68 de l'édition française). Leo, qui est pourtant un maître des mots – c’est même son métier – se révèle incapable de trouver le terme exact pour désigner «celui qui pour lui ne fut ni un mari, ni une femme, ni un amant, ni un simple camarade» (p.42 de l'édition française). Si les mots manquent, la chose existe depuis longtemps, et c’est l’ambition de réaliser une unité fraternelle. En revisitant les lieux parcourus en compagnie de Thomas avant qu’il ne tombe malade, Leo cherche à ressusciter l’égalité et la fusion auxquelles ils étaient parvenus, de temps en temps, dans les moments de plénitude entre deux disputes. C’est le vieux rêve de l’âme sœur dans le corps d’un frère qu’il cherche à réaliser. Tondelli a-t-il eu au moins l'intuition de descendre en ligne directe du "pauvre Lélian"? Thomas est son Arthur, la nouvelle incarnation du jeune Lucien Létinois, dont la disparition prématurée conduisit Verlaine au bord du suicide : «Ah! frérot, est-ce enfin, là-haut, ton spectre fin / Qui m’appelle à grands bras ?...» . On retrouve même la sensibilité religieuse qui rapproche les deux artistes au moment où ils font le bilan d’une vie proche d’une conclusion qui n’inspire plus aucune frayeur. (On renonce à repérer la confession au sein de l’œuvre pour ne pas en diminuer la force, de la même façon que, par respect humain, on s’abstient de faire appel à la virtuosité). Leo se souvient de la maîtresse d’école qui lui enseignait le catéchisme ; il revoit la statue qu’il avait portée en procession avec ses camarades de classe par les rues d’un bourg envahi par le brouillard qui monte du fleuve. Au moment de la probable agonie de son alter ego, il confesse à un prêtre son propre désarroi, mais il ne comprend pas que le prêtre l’invite mécaniquement à la pénitence, comme si un cœur qui s’est donné pour toujours avait quelque chose à se faire pardonner. À Londres, en découvrant un Indien qui, vêtu de son uniforme d’employé de McDonald's, dort, mort d’épuisement, dans un réduit minable, il se demande si, grâce aux immigrés du tiers-monde attirés par l’Occident, on ne verra pas s’accomplir la promesse du Christ, selon laquelle la terre appartiendra aux plus pauvres.

Il serait vain de chercher ici ce qui est superflu dans la phrase : chaque mot semble avoir été écrit par un homme qui sentait sur sa tempe le froid du canon d’un pistolet. Aucune erreur ne lui était permise : il ne pouvait qu’écrire le premier chef-d’œuvre sur un thème qui, jusqu’alors, inspirait surtout des récits de type thérapeutique ; il fallait qu’il dépasse la singularité d’une situation pour lui permettre de rejoindre la tragédie universelle de l’amour. La voix du poète est comme la basse continue d’un chantre pendant un lancinant office des Ténèbres. Quand nous en sortons, nous sommes éblouis par la lumière sur le parvis, et une question nous vient aux lèvres : Auden, Isherwood, Penna, Capote, Prokosch, Tondelli, qui n’est pas mort ?






Centro di Documentazione Pier Vittorio Tondelli

Image (en haut) : Correggio, grazie a Alessio Cuccu (Site Flickr)

mercredi 1 septembre 2010

Mireille, comme l'éclair...




Un extrait du chant X de Mirèio (Mireille), de Frédéric Mistral. Mireille s'est enfuie de chez elle pour implorer les Saintes-Maries-de-la-Mer d'infléchir la décision de son père qui refuse de la voir mariée au vannier Vincent, ce qui équivaut pour lui à une inacceptable mésalliance. Elle traverse la Camargue écrasée de soleil et est frappée d'insolation sur les rives de l'étang de Vaccarès... Je cite d'abord le texte original en provençal, puis la traduction française de Mistral et enfin la traduction italienne de Diego Valeri (Unione Tipografico Editrice Torinese, 1930).


Souto li fiò que Jun escampo,
Mirèio lampo, e lampo, e lampo !
De soulèu en soulèu e d'auro en auro, vèi
Un plan-païs inmènse : d'erme
Que n'an à l'iue ni fin ni terme ;
De liuen en liuen e pèr tout germe,
De ràri tamarisso... e la mar que parèi...

De saladello, de counsòudo,
D'engano, de fraumo, de sòudo
Amàri pradarié di campèstre marin,
Ounte barrulon li brau negre
E li cavalot blanc : alegre,
Podon aqui libramen segre
Lou ventihoun de mar tout fres de pouverin.

La bluio capo souleianto
S'espandissié, founso, brihanto,
Courounant la palun de soun vaste countour ;
Dins la liunchour qu'alin clarejo
De-fes un gabian voulastrejo ;
De-fes un aucelas oumbrejo,
Ermito cambaru dis estang d'alentour.

Es un cambet qu'a li pèd rouge,
O 'n galejoun qu'espincho, aurouge,
E drèisso fieramen soun noble capelut,
Fa de tres lòngui plumo blanco...
La caud deja pamens assanco :
Pèr s'alóugeri de sis anco
La chatouno desfai li bout de soun fichu.

E la calour, sèmpre mai vivo,
Sèmpre que mai se recalivo ;
E dóu soulèu que mounto à l'afrèst dóu cèu-sin,
Dóu souleias li rai e l'uscle
Plovon à jabo coume un ruscle :
Sèmblo un lioun que, dins soun ruscle,
Devouris dóu regard li desert abissin !

Souto un fau, que farié bon jaire !
Lou blound dardai beluguejaire
Fai parèisse d'eissame, e d'eissame feroun,
D'eissame de guèspo, que volon,
Mounton, davalon, e tremolon
Coume de lamo que s'amolon,
La roumiéuvo d'amour que lou lassige roump

E que la caumo desaleno,
De soun èso redouno e pleno
A leva l'espingolo ; e soun sen, bouleguiéu
Coume dos oundo bessouneto
Dins une lindo fountaneto,
Sèmblo d'aquéli campaneto
Qu'en ribo de la mar blanquejon dins l'estiéu.

Mai, pau-à-pau davans sa visto
Lou terradou se desentristo ;
E veici pau-à-pau qu'aperalin se mòu
E trelusis un grand clar d'aigo :
Li daladèr, li bourtoulaigo,
Autour de l'erme que s'enaigo
Grandisson, e se fan un capèu d'oumbro mòu.

Ero uno visto celestino,
Un fres pantai de Palestino !
De-long de l'aigo bluio une vilo lèu-lèu
Alin s'aubouro, emé si lisso,
Soun bàrri fort que l'empalisso,
Si font, si glèiso, si téulisso,
Si clouchié loungaru que crèisson au soulèu.

De bastimen e de pinello,
Emé si velo blanquinello
Intravon dins la darso ; e lou vènt, qu'èro dous,
Fasié jouga sus li poumeto
Li bandeiroun e li flameto.
Mirèio, emé sa man primeto
Eissuguè de soun front li degout aboundous ;

E de vèire tal espetacle,
Cujè, moun Diéu ! crida miracle !
E de courre, e de courre, en cresènt qu'èro aqui
La toumbo santo di Marìo.
Mai au mai cour, au-mai varìo
La ressemblanço que l'esbriho,
Au-mai lou clar tablèu de liuen se fai segui.

Obro vano, sutilo, alado,
Lou Fantasti l'avié fielado
Em' un rai de soulèu, tencho emé li coulour
Di nivoulun : sa tramo feblo
Finis pèr tremoula, vèn treblo,
E s'esvalis coume uno nèblo,
Mirèio rèsto soulo e nèco, à la calour.

E zóu li camello de sablo,
Brulanto, mouvènto, ahissablo !
E zóu la grand sansouiro, e sa crousto de sau
Que lou soulèu boufigo e lustro,
E que cracino, e qu'escalustro !
E zóu li plantasso palustro,
Li canèu, li triangle, estage di mouissau !

Emé Vincèn dins la pensado,
Pamens, dempièi lòngui passado,
Ribejavo toujour l'esmarra Vacarés ;
Deja, deja di gràndi Santo
Vesié la glèiso roussejanto,
Dins la mar liuencho e flouquejanto
Crèisse, coume un veissèu que poujo au ribeirés.

De l'implacablo souleiado
Tout-en-un-cop l'escandihado
Ié tanco dins lou front si dardaioun : ve-la,
O pecaireto ! que s'arreno,
E que, long de la mar sereno,
Toumbo, ensucado, sus l'areno...
O Crau, as toumba flour ! o jouvènt, plouras-la !...






Traduction française :



Sous les feux que juin verse,
Comme l’éclair, Mireille court, et court, et court !
De
soleil en soleil et de vent en vent, elle voit
Une plaine immense : des savanes
Qui n’ont à
l'œil ni fin ni terme ;
De loin en loin, et pour toute végétation,
De rares tamaris ... et la
mer qui paraît...

Des tamaris, des prêles,
Des salicornes, des arroches, des soudes,
Amères prairies des
plages marines,
Où errent les taureaux noirs
Et les chevaux blancs : joyeux,
Ils peuvent là
librement suivre
La brise de mer tout imprégnée d’embrun.


La voûte bleue où plane le soleil
S’épanouissait , profonde , brillante,
Couronnant
les marais de son vaste contour ;
Dans le lointain clair
Parfois un goéland vole ;
Parfois un grand oiseau projette son ombre,
Ermite aux longues jambes des étangs d’alentour.


C’est un chevalier aux pieds rouges ;
Ou un bihoreau qui regarde, farouche,
Et dresse
fièrement sa noble aigrette,
Faite de trois longues plumes blanches...
Déjà cependant la
chaleur énerve :
Pour s’alléger, de ses hanches
La jeune fille dégage les bouts de son
fichu.

Et la chaleur, de plus en plus vive,
De plus en plus devient ardente ;
Et du soleil qui
monte au zénith du ciel pur,
Du grand soleil les rayons et le hâle
Pleuvent à verse comme
une giboulée :
Tel un lion, dans la faim qui le tourmente,
Dévore du regard les déserts
abyssins!

Sous un hêtre, qu’il ferait bon s’étendre!
Le blond rayonnement du soleil qui
scintille
Simule des essaims, des essaims furieux,
Essaims de guêpes, qui volent,

Montent, descendent et tremblotent
Comme des lames qui s’aiguisent.
La pèlerine
d’amour que la lassitude brise

Et que la chaleur essouffle,
De sa casaque ronde et pleine
A ôté l’épingle ; et son sein
agité
Comme deux ondes jumelles
Dans une limpide fontaine,
Ressemble à ces
campanules
Qui, au rivage de la mer, étalent en été leur blancheur.


Mais peu à peu devant sa vue
Le pays perd sa tristesse ;
Et voici peu à peu qu’au loin
se meut
Et resplendit un grand lac d’eau :
Les phillyreas, les pourpiers,
Autour de la lande
qui se liquéfie,
Grandissent, et se font un mol chapeau d’ombre.


C’était une vue céleste,
Un rêve frais de Terre-Promise !
Le long de l’eau bleue, une
ville bientôt
Au loin s’élève, avec ses boulevards,
Sa muraille forte qui la ceint,
Ses
fontaines, ses églises, ses toitures,
Ses clochers allongés qui croissent au soleil.


Des bâtiments et des pinelles,
Avec leurs voiles blanches,
Entraient dans la darse ; et le
vent, qui était doux,
Faisait jouer sur les pommettes
Les banderoles et les flammes.

Mireille, avec sa main légère,
Essuya de son front les gouttes abondantes ;


Et à pareille vue
Elle pensa, mon Dieu ! crier miracle !
Et de courir, et de courir,
croyant que là était
La tombe sainte des Maries.
Mais plus elle court, plus change

L’illusion qui l’éblouit,
Et plus le clair tableau s’éloigne et se fait suivre.


Œuvre vaine, subtile, ailée,
Le Fantastique l’avait filée
Avec un rayon de soleil, teinte
avec les couleurs
Des nuages : sa trame faible
Finit par trembler, devient trouble,
Et se
dissipe comme un brouillard.
Mireille reste seule et ébahie, à la chaleur...


Et en avant dans les monceaux de sable,
Brûlants, mouvants, odieux !
Et en avant dans
la grande sansouire, à la croûte de sel
Que le soleil boursoufle et lustre,
Et qui craque, et
éblouit !
Et en avant dans les hautes herbes paludéennes,
Les roseaux, les souchets, asile
des cousins !

Avec Vincent dans la pensée,
Cependant, depuis longtemps
Elle côtoyait toujours la plage
reculée du Vaccarès;
Déjà, déjà des grandes Saintes
Elle voyait l’église blonde,

Dans la mer lointaine et clapoteuse,
Croître, comme un vaisseau qui cingle vers le rivage.


De l’implacable soleil
Tout à coup la brûlante échappée
Lui lance dans le front ses
aiguillons : la voilà,
Infortunée! qui s’affaisse,
Et qui, le long de la mer sereine,
Tombe,
frappée à mort, sur le sable.
Ô Crau, ta fleur est tombée!... ô jeunes hommes, pleurez-la !...






Traduction italienne :


Sotto i fuochi che Giugno versa,
Mirella corre e corre e corre !
Di qua di là, di sù di giù vede
Una pianura immensa : delle brughiere
Che non hanno fine nè termine all’occhio ;
Di tratto in tratto, sola verdura,
Qualche rara tamerice... e il mar che s’intravede laggiù.

Salatelle, setoni,
Salicornie, spinaccioni, sode :
Amari pascoli delle spiagge marine,
Dove errano negri tori
E cavalli bianchi ;
Là posssono, essi, allegri e liberi, inseguire
La brezza di mare, tutta fresca di un salso polverio.

Sopra, si apriva l’azzurra cappa,
Piena di sole, profonda, brillante,
Coronando le paludi col suo vasto contorno.
Nelle lontananze luminose
Svolazza ad ora ad ora un gabbiano,
O un grande uccello getta la sua ombra,
Eremita gambuto degli stagni.

É un gambetto dai piedi rossi,
O un airone che volge attorno lo sguardo selvaggio,
E drizza fieramente il suo nobile pennacchio
Di tre lunghe piume bianche...
Il caldo cresce, spossante ;
Per alleggerirsi, la fanciulla disfà
Le cocche del fisciù annodate su l’anche.

Il caldo è sempre più forte,
Sempre più ardente ;
I raggi e le vampe del sole,
Che monta alla vetta del cielo,
Si rovesciano giù a torrenti come uno scroscio di tempesta :
Pare, il sole, un leone affamato
Che divori con lo sguardo i deserti abissini.

Bello sarebbe stendersi sotto un faggio !
Lo scintillìo d’oro dei raggi
simula degli sciami, sciami furiosi,
sciami di vespe che volano,
salgono, scendono, tremuli balenano
come lame affilate.
La pellegrina d’amore, rotta dalla stanchezza,

Affannata dal caldo,
Ha tolto la spilla dal suo corpetto
Rotondo e pieno ;
E i suoi seni, agitati
Come due onde gemelle
D’una limpida fontana,
Biancheggiano come campanule marine.

Ma a poco a poco davanti ai suoi occhi
Il paese si fa meno triste ;
Ed ecco, a poco a poco, agitarsi e tralucere laggiù
Un grande chiaro lago :
Gelsomini e portulache
Crescono alti dove la landa si perde nell’acqua,
Facendo dei molli cappelli d’ombra.

Era una visione celestiale,
Un fresco sogno di Palestina !
E tosto si vede, lungo l’acqua azzurra,
Sorgere una città lontana, con le sue vie,
Col forte bastione che la circonda,
Con le fontane, le chiese, i tetti,
I lunghi campanili che si drizzano nel sole.

Bastimenti e peote,
Spiegate le vele bianche,
Entravano nella darsena ; e il vento, ch’era dolce,
Faceva sventolare su le alberature
Le bandierine e le fiamme...
Mirella, con la mano lieve,
S’asciugò il sudore stillante dalla fronte ;

E a tal vista,
Mio Dio, pensò di gridare al miracolo !
E corri e corri, credendo di trovar là
La tomba santa delle Marie.
Ma più ella corre, più si muta
La visione abbagliante,
Il miraggio luminoso più s’allontana e sfugge.

Opera vana, sottile, alata,
Che lo Spirito fantastico avea tessuto
Con un raggio di sole, e tinto coi colori
Delle nuvole : la sua debole trama
Finisce a tremolare, confondersi
E svanire come una nebbia.
Mirella resta, sola e sbigottita, nel gran caldo.

E avanti su le odiose dune di sabbia,
Cedevoli e brucianti !
Avanti su la terra incrostata di sale
Che il sole gonfia e lustra,
Scricchiolante, accecante !
Avanti tra le alte pinate palustri,
Tra le canne ed i giunchi, popolati di zanzare.

Ma intanto, sempre col pensiero a Vincenzo,
Ella veniva costeggiando
Il remoto Vaccarès ;
E già scorgeva rosseggiare
La chiesa delle gran Sante,
E levarsi sempre più alta sul mar lontano e mosso,
Come un vascello che poggia alla riva.

E d’improvviso
La vampa dell’implacabile sole
La ferisce in fronte delle sue punte :
Eccola, poverina, che si piega su se stessa,
E cade, colpita a morte,
Lungo il mare sereno, sul sabbione...
O Crau, il tuo fiore è caduto ! Piangetela, voi, giovani !...

Pour le texte en provençal et en français, l'édition que je cite est celle des Cahiers Rouges, Grasset, 2004.

Images : en haut, Site Flickr

au centre, Site Flickr

en bas, Site Flickr

mardi 31 août 2010

Lu libbru di li persi (Le livre des disparus)



And who by fire, who by water,

Who in the sunshine, who in the night time,
Who by high ordeal, who by common trial,
Who in your merry merry month of may,
Who by very slow decay,
And who shall i say is calling ? 

Leonard Cohen Who by fire






Rosa Balistreri chante Morsi cu morsi (Qui est mort est mort) (texte et musique de Giuseppe Ganduscio) :


Morsi cu morsi… cu m'amava persi
Comu fineru li jochi e li spassi,
Comu fineru li jochi e li spassi...

'Sta bedda libbirtà comu la persi
L'hannu 'n putìri li canazzi corsi,
L'hannu 'n putiri li canazzi corsi...

Chianciti tutti, li lïùna e l'ursi
Chianci me matri ca 'a vivu mi persi,
Chianci me matri ca vivu mi persi...

Cu dumànna 'i mìa?…Comu 'un ci fussi
Scrivitimi a lu libbru di li persi,
Scrivitimi a lu libbru di li persi...


Qui est mort est mort, et j'ai perdu qui m'aimait

Le temps des jeux et du bonheur est passé...

J'ai perdu ma belle liberté
Livrée aux chiens courants...

Vous pleurez tous, même les lions et les ours,
Comme pleure ma mère qui vivant me perdit...

À qui demande de mes nouvelles, dites que je n'existe plus,
Inscrivez mon nom dans le livre des disparus...






Leonardo Sciascia parle de cette chanson dans son recueil de courts essais Cruciverba (Mots croisés, Fayard, 1985), plus précisément dans le texte qu'il consacre à Renato Guttuso. Je cite ici ce passage dans la traduction de Jean-Noël Schifano :

«J’observe Guttuso tandis qu’il écoute les chansons désespérées de Rosa Balistreri. C’est comme s’il était arrivé aux racines de son angoisse, au fouillis nu des peurs antiques, des antiques souffrances. Quand Guttuso est à Palerme, les soirées sont fréquentes, chez les amis, où Rosa Balistreri chante : avec sa voix viscérale et déchirée, pleine d’amour et de rancœur. D’entre tous les chants, Guttuso semble préférer Morsi cu morsi : un chant de détenu mystérieusement dolent, qui cèle une identité, une histoire. "Elle est morte celle qui est morte et j’ai perdu celle qui m’aimait, les jeux et le bon temps sont finis" : et on traduit tout naturellement "morte" au lieu de "mort" car on a le sentiment que l’homme a tué celle qui l’aimait et qui l’aimait : il découvre, alors, qu’il l’a tuée injustement ; de là le remords, et la contemplation du bonheur lointain et disparu.

"J’ai perdu la belle liberté, je suis désormais au pouvoir des sbires, féroces comme chiens courants ; ainsi tous ils pleurent, même les lions et les ours ; et pleure ma mère, qui moi vivant me perdit. À qui demande de mes nouvelles, faites comme si je n’étais plus : écrivez mon nom au livre des perdus." Nous tuons toujours les choses que nous aimons, nous regrettons toujours les verts paradis de l’enfance et de l’amour ; le monde est une prison, les chiens courants nous plantent leurs crocs. Mais pleure la mère, la nature qui est mère pleure avec elle : et ce ne sont que pleurs sur notre être vivant. Mieux vaut donc être mort, coulé dans le livre des perdus.»






Images : Renato Guttuso Crocifissione (1942) (Source)

lundi 30 août 2010

Addio Roma




Anna Catarina Antonacci interprète le monologue d'Octavie (Monteverdi, Le Couronnement de Poppée, Acte III, scène 6) Accademia degli Astrusi, direzione : Federico Ferri :





A Dio Roma, a Dio patria, amici a Dio.
Innocente da voi partir conviene,
vado a patir l'esilio in pianti amari,
passerò disperata i sordi mari.
L'aria che d'hora in hora
riceverà i miei fiati,
li porterà per nome del cor mio
a veder, a baciar le patrie mura ;
et io starò solinga,
alternando le mosse ai pianti, ai passi,
insegnando pietade ai tronchi, ai sassi,
deh mirate oggi mai perverse genti
allontanarmi dagli amati lidi.
Ahi, sacrilegio duolo,
tu m'interdisci il pianto,
quando lascio la patria
ne stillar una lagrima poss'io,
mentre dico ai parenti, e a Roma a Dio.


Adieu Rome ; adieu, ma patrie ; ô mes amis, adieu.

Innocente, je dois vous quitter,
je vais souffrir de l'exil en pleurs amers,
traverser sans espoir les impassibles mers.
L'air qui d'heure en heure
recueillera mes soupirs,
au nom de mon cœur les portera
jusqu'aux murs sacrés de la patrie ;
et je demeurerai solitaire,
alternant l'errance et les larmes,
enseignant la pitié aux arbres, aux pierres.
Regardez-moi donc, gens pervers,
quitter les rivages aimés.
Hélas, deuil sacrilège,
tu m'interdis les larmes,
au moment où je quitte ma patrie,
et je ne puis laisser couler mes pleurs,
alors qu'à ma famille et à Rome, il me faut dire adieu !

lundi 23 août 2010

Cristo al Mandrione


Cristo al Mandrione (Jésus-Christ au Mandrione) est une des chansons en romanesco (le dialecte romain) écrites par Pasolini pour Laura Betti (sur une musique de Piero Piccioni) au début des années soixante. Le Mandrione était dans les années cinquante une des zones les plus pauvres de Rome. Le nom de ce qui était alors une borgata vient de la rue qui la traverse (Via del Mandrione), où passaient autrefois les troupeaux ("mandrie" en italien) que l'on conduisait aux pâturages. Juste après la seconde guerre mondiale, c'est dans ce quartier que se réfugièrent des rescapés des bombardements, des tziganes et des gens venus du Sud de l'Italie, à l'intérieur de baraques construites sous les arcs du grand aqueduc qui traverse cette zone. Aujourd'hui, le quartier populaire du Mandrione a bien changé, à la suite d'une grande opération dite de "réhabilitation" ; il ne ressemble plus du tout à ce qu'il était quand Pasolini a écrit cette chanson.

La version de Grazia De Marchi proposée ici n'est pas celle que je préfère, mais c'est la seule dont on dispose sur le Net ; il est dommage qu'on n'y trouve pas celle de Laura Betti, et surtout la poignante interprétation de la chanteuse romaine Gabriella Ferri, qui se trouve sur l'un de ses derniers disques, Ritorno al futuro, publié en 1997.





Ecchime dentro qua',
tutta ignuda e fracica
fino all'ossa de guazza,
'ntorno a me che c'è :
quattro muri zozzi un tavolo
un bide'.
Filame se ce sei Gesu Cristo,
guardeme tutta sporca de pianto,
abbi pieta' de me !
Io che nun so gnente
e te er re dei re !
Lavora' senza mai rifiata',
moro ma l'anima nun sa.
Filame se ce sei
Gesu Cristo !





Et je me retrouve encore ici,
dans la boue, nue et trempée jusqu'aux os,
autour de moi, il n'y a que ces quatre murs sales,
une table et un bidet.
Si tu m'entends, aide-moi, Jésus !
Regarde-moi, salie par mes pleurs,
aie pitié de moi, qui ne suis rien,
ô toi, le Roi des Rois !
Je travaille sans relâche,
je meurs, mais mon âme n'est pas en paix.
Jésus, si tu m'entends,
aide-moi !

Source de la vidéo : Site Flickr

Source des images : site Pasolini.net

dimanche 22 août 2010

Se io fossi un Santo... (Si j'étais un Saint...)


Un extrait du chapitre Un santo come me (Un saint comme moi), dans l'ouvrage de Curzio Malaparte Donna come me (Une femme comme moi) :

Se io fossi un Santo, vorrei esser di quelli veri, dei quali, come dei gusti, non si discute : voglio dire uno di quei Santi alla maniera toscana, che son poi i più garbati, i più civili, e i più lieti Santi del calendario, come San bernardino e San Jacopino. E della mia santità vorrei far oggetto non di devozione o di meraviglia, né di spavento o d’invidia, ma di simpatia.

Me ne andrei a vivere dalle mie parti, nella pineta di Galceti o sul poggio della Sacca, a un tiro di schioppo dalla mia città, e a poche miglia da quell’altra mia città ch’è Firenze. Perché un Santo che vive selvatico, in una grotta come un eremita, o in una capanna di frasche come un uccellatore, lontano dal mondo civile, non mi par che vada con i miei gusti, né con la natura dei Toscani. Non proprio in mezzo agli uomini vorrei vivere, né troppo lontano da loro, ma vicino alle loro case, ai loro teatri, ai loro caffè, alle loro piazze ariose, per poter mescolarmi ai discorsi, ai giochi, alle liti, ai negozi, senza tuttavia lasciarmi prender nel giro, e compromettermi più che a un sant’uomo non convenga.

Naturalmente vorrei vestirmi in modo che tutti, a prima vista, mi riconoscessero per santo. Necessaria prudenza in Toscana, dove l’abito fa il monaco. Il che non vuol dire andar vestito di pelli caprine, o di una tonaca rappezzata, e portare il cilicio, i capelli a zazzera, la barba appesa al mento come una barba finta. Mi vesterei di vergatino, e porterei scarpe di vacchetta, camicia di lino grezzo ; e che la giacca fosse comoda, i calzoni ampi, il colletto della camicia largo, da potervi girare il collo senza fatica. Vestito alla buona, insomma, ma andrei in giro armato di bastone, che le ragioni valgono per quel che valgono, e senza un argomento di quella specie nessuna ragione ti serve al viver tranquillo. E che il bastone fosse di cipresso, nodoso e liscio.

Me ne andrei dunque a vivere in una bella villa sui poggi di Prato, con un bel podere intorno, tutto chiaro d’olivi, giallo di grano, rosso di papaveri, verde di vigne, di quelle che danno un vino asciutto e garbato, che appena sulle labbra ti par dolce e risentito, e con una fiammata leggermente aspra ti svanisce in fondo alla gola, lasciandoti nel palato un magro sapore amarognolo. Che son poi le virtù e il modo di comportarsi del vino toscano : anzi, dirò, dei Toscani.

M’alzerei la mattina prestissimo, non appena il ciglio della Retaia diventasse bianco, e subito me ne andrei in giro per i campi, a veder come si svegliano le viti, gli olivi, il grano, e come le canne lungo la Bardena o lungo il Rianoci pigliano il primo vento mattutino.

(...)

Così passerei la mia vita, sorvegliando i miei poderi, discorrendo con i contadini, mutando i pratesi in cicale, in mosconi, in ranocchi ; e di magia in magia, di srtilegio in sortilegio, di miracolo in miracolo, starei contento al quia, cioè ora al meglio ed ora al peggio, ma più spesso al peggio, se è vero che «il peggio è meglio assai del bene».

E un giorno, quando fosse suonata anche per me l’ora di salire in cielo, salirei tranquillamente in Paradiso. Alla pratese, s’intende : col cappello sulla nuca, le mani in tasca, e la pipa in bocca, tra gli applausi di tutto il popolo di Prato. Salirei in cielo come un vero Santo toscano : sorridendo. Come un palloncino di gomma, oscillando nel vento. Come un aquilone, dimenando la coda. Mi perderei fra le nuvole, e prima di sparire saluterei per l’ultima volta, sventolando il cappello, la mia città cinta di mura, irta di camini fumanti : i suoi pergami, le sue statue, le sue chiese, i suoi colombi, i suoi fiaccherai addormentati a cassetta. E sarei il primo Santo pratese : se è vero che nel calendario non c’è neppure un Santo che sia di Prato.

Curzio Malaparte Donna come me, Valecchi ed.






Si j’étais un saint, je voudrais être un saint véritable, de ceux dont, comme des goûts, on ne discute pas : c'est-à-dire un de ces saints à la mode toscane qui, parmi tous ceux qui figurent dans le calendrier, sont les plus courtois, les plus polis et les plus joyeux, comme saint Bernardin et saint Jacques. Et je voudrais que ma sainteté ne soit pas un objet de dévotion ou d’émerveillement, mais de sympathie.

J’irais vivre dans mon pays, dans la pinède de Galceti ou sur la colline des Sacca, à deux pas de ma ville, et à quelques milles de mon autre ville, Florence. Parce qu’il me semble qu’un saint qui vivrait en sauvage, dans une grotte comme un ermite, ou dans une cabane de branchages comme un oiseleur, loin de la société, ne serait conforme ni à mes goûts, ni au tempérament des Toscans. Je ne voudrais vivre ni au milieu des hommes, ni trop loin d’eux, mais à proximité de leurs maisons, de leurs théâtres, de leurs cafés, de leurs places aérées, pour pouvoir me mêler à leurs discours, à leurs jeux, à leurs disputes, à leurs affaires, sans toutefois me laisser trop entraîner, et risquer de me compromettre plus qu’il ne siérait à un saint homme.

Naturellement, je voudrais m’habiller de façon à ce que tous, au premier coup d’œil, me reconnaissent comme un saint. Prudence nécessaire en Toscane, où l’habit a toujours fait le moine. Cela ne signifie pas que je me vêtirais de peaux de bique, ou d’une robe de bure rapiécée, ni que je porterais le cilice, la tignasse, la barbe suspendue au menton comme un postiche. Je porterais des costumes rayés, des chaussures en cuir, des chemises de lin, des vestes et des pantalons amples et confortables, des cols de chemise larges, afin de pouvoir tourner le cou sans difficulté. En somme, je serais correctement habillé : mais je ne sortirais qu’avec un bâton, car quelles que soient les raisons que l’on avance, sans un argument de cette nature, on n’est jamais sûr de pouvoir vivre tranquille. Le bâton sera de préférence en cyprès, noueux et lisse.

J’irais donc vivre dans une belle villa sur les collines de Prato, avec un grand domaine tout autour, baigné par la lumière des oliviers, l’or des blés, le rouge des coquelicots et le vert des vignes, celles qui donnent un vin sec et agréable, qui lorsqu’il se dépose sur les lèvres semble doux et tranquille, puis se révolte soudain dans la bouche en se faisant vif et piquant, avant de disparaître dans la gorge en une flambée légèrement âpre, qui laisse sur le palais une petite saveur aigrelette. En fait, il s’agit là des qualités et des manières du vin toscan, et je dirais même des Toscans.

Je me lèverais très tôt le matin, dès que blanchirait la cime de la Retaia, et j’irais aussitôt me promener dans les champs, pour assister au réveil des vignes, des oliviers, du blé, et pour voir les roseaux, le long de la Bardena ou du Rianoci, s’agiter au premier vent du matin.

(...)

C’est ainsi que je passerais ma vie, veillant sur mon domaine, discutant avec les paysans, transformant les gens de Prato en cigales, en grosses mouches, en grenouilles ; et ainsi de magie en magie, de sortilège en sortilège, de miracle en miracle, je saurais me contenter de mon sort, pour le meilleur ou pour le pire, mais plus souvent pour le pire, s’il est vrai que «le pire est préférable au bien».

Et un jour, quand sonnerait pour moi aussi l’heure de monter au ciel, j’irais tranquillement au Paradis. À la manière des gens de Prato, bien sûr : avec le chapeau sur la nuque, les mains dans les poches et la pipe au bec, au milieu des applaudissements de tout le peuple de Prato. Je monterais au ciel comme un vrai saint toscan : le sourire aux lèvres. Comme un petit ballon de caoutchouc se laissant porter par le vent. Comme un cerf-volant balançant sa traîne. Je me perdrais dans les nuages, et avant de disparaître, j’agiterais mon chapeau pour saluer une dernière fois ma ville serrée dans ses murs, hérissée de cheminées fumantes : je saluerais ses chaires, ses statues, ses églises, ses pigeons, ses cochers endormis sur leurs sièges. Et je deviendrais le premier saint de Prato, s’il est vrai que dans le calendrier ne figure pas un seul saint qui soit de Prato.

(Traduction personnelle)

Images : en haut, Xavier de Jauréguiberry (Site Flickr)

en bas, soares77 (Site Flickr)

mardi 10 août 2010

Le sentier introuvable




Une lecture des Carnets de Marche, d'Angèle Paoli :


À quels rendez-vous se rend-elle, cette inlassable marcheuse qui nous offre aujourd’hui ces soixante et un fragments, plus ou moins longs, de ses Carnets ? Le lecteur sait dès la première page qu’il y a eu une séparation douloureuse, une absence dont elle souffre, des blessures toujours à vif. La marche et l’écriture vont donc permettre de dire cette douleur, de l’apprivoiser, de l’éloigner, mais peut-être aussi de l’approfondir et de la rejoindre. Marcher et écrire, dans un même mouvement et dans un même souffle, se perdre et se retrouver dans ce maquis corse à la fois familier et étranger, à la recherche d’un sentier introuvable...

La nature offre le refuge, l’abri que l’on recherche, "abri-chêne" ou creux de roche d’où la narratrice peut observer sans être vue, rêver et s’abandonner, bercée par les odeurs du maquis et le grand silence que n’habitent que le bruit du vent, le son des cloches, la présence des insectes, des oiseaux et des troupeaux. Mais la nature n’est pas seulement consolatrice, elle peut aussi troubler et inquiéter, comme ces superbes massifs d’hellébores (Helleborus corsicus), la fleur vénéneuse que l’on retrouve au fil des pages tel un mystérieux leitmotiv. Il y a aussi ces coups de fusil soudains, ces jappements de chiens qui font craindre que la promenade se transforme en traque, comme sur les contrées maudites du comte Zaroff. Dans ce paysage de fin des terres (le Cap Corse) qu’elle connaît bien, la narratrice retrouve aussi les traces d’anciens massacres (le hameau de Ficajola incendié par les lansquenets du condottiere génois Andrea Doria) et les menaces d’une possible disparition : «Dans cinquante ans peut-être, l’île ne sera plus que dunes de sable. Ou pire, un vaste paysage de détritus encastrés les uns dans les autres. Une décharge généralisée de Muragellu.» Comment s’opposer à la "loi invisible d’ici", à cet ubac de l’île qui est aussi son irréductible part d’ombre ? La question est angoissante, et la Corse qu’évoque Angèle Paoli n’a rien de conventionnel ni de folklorique ; certes, le soleil et la mer y règnent, mais il suffit d’un jour de brouillard pour que le décor change et que l’on se retrouve dans les Moors et les Hauts de Hurlevent : «même maquis ras, délimité par des murets aux pierres moussues. La brume dense et mobile qui se déplace sur l’arrondi de la montagne. Wuthering Heights». De la même façon, un rocher émergeant d’un bosquet peut aussitôt nous transporter à Hanging Rock, en Australie, ou une montagne surgissant au détour d’une courbe (le Monte Minerviu) évoquer le légendaire Kaos
de Pirandello.

Alors, à quels rendez-vous se rend-elle, l’inlassable marcheuse? Ce n’est sans doute pas l’apaisement ou la sérénité qui se trouvent au bout du chemin, et le désespoir est souvent à l’affût, qui fait que l’on se demande pourquoi on ne peut pas mourir de ne plus être aimé ; mais il y a l’écriture qui porte et qui emporte, vers des confins où souvent la prose rejoint le poème (et se souvient de Rimbaud, d’Apollinaire, d’Artaud, de Duras, et des Italiens : Andrea Zanzotto, Mario Luzi). Tout se termine par le silence et le vent du matin qui gifle et qui grince, mais celle qui se définit comme "une colportrice de mots sans échos" peut être sûre que les siens résonneront longtemps encore dans la mémoire de ses lecteurs.


Les Carnets de Marche d'Angèle Paoli ont paru en juillet 2010 aux éditions du Petit Pois.

Image : merci à pass2b (Site Flickr)

lundi 2 août 2010

Furore !



« Crude furie degl'orridi abissi
aspergetemi d'atro veleno !
Crolli il mondo e'l sole s'eclissi
a quest'ira, che spira il mio seno ! »


Serse, atto III, scena XI G.F. Händel (testo di N. Minato e S. Stampiglio)

Joyce DiDonato, au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence, le 27 juillet 2009.



mercredi 7 juillet 2010

L'alba a Marsala (L'aube à Marsala)


Je cite ici deux extraits du dernier ouvrage de Giuseppe Culicchia, Sicilia, o cara. Comme l’indique le sous-titre, Un viaggio sentimentale, l’auteur y évoque des souvenirs d’enfance, liés à sa découverte de la Sicile en 1972 (et plus spécialement de la ville de Marsala, que son père avait quitté vingt-cinq ans plus tôt pour chercher du travail à Turin). Le ton est souvent mélancolique et nostalgique, et le rythme de la narration plutôt contemplatif, bien loin en tout cas de la frénésie volontairement répétitive du précédent livre de Culicchia, Brucia la città.

Tutte le volte che torno a Marsala faccio in modo di passare almeno una sera seduto con le gambe penzoloni sul pelo dell’acqua all’estremità del molo per Mozia, guardando l’isola che si staglia nera contro il cielo invaso dal rosso del sole sul punto di tramontare al di là dell’orizzonte, nel breve tratto di mare che da qui sembra quasi unire, anziché separare, Marettimo e Favignana. In quel punto non si sente altro rumore che quello del mare e del vento. Se chiudo gli occhi mi rivedo in barca con mio padre, mia madre, mia sorella, con Nuzzo e il barcaiolo. È di nuovo il 1972. Siamo ancora tutti vivi. Sono ancora bambino. Poi li riapro.

(...)

L’alba a Marsala quando tutto si risveglia al sorgere del sole e il mare e il vento, o la sua assenza, ti dicono che giornata sarà, e il profumo di pini che ti fa venire voglia di andare a correre lungo la litoranea.

Cerco di immaginarmi come possa essere diversa l’alba a Marsala per chi a Marsala ci è nato e vissuto : l’alba dei panettieri, l’alba dei giornalai, l’alba di chi lavora nelle cantine e di chi ad agosto si alza dal letto per andare a vendemmiare. L’alba dei pescatori e l’alba dei militari, l’alba dei pasticceri e l’alba dei baristi. Di sicuro anche per loro c’è stato un giorno in cui da bambini si sono svegliati tanto presto la mattina e hanno pensato che la luce dell’alba rendesse Marsala ancora più splendente e meravigliosa che mai.

Marsala, dopo che ci sei stato, non ti lascia più. Impossibile dimenticarla. Al tramonto, ammirata da uno dei moli che si allungano sulle acque basse dello Stagnone, Marsala si tinge d’oro e di rosso e splende di una luce calda nel silenzio rotto solo dal rumore del mare.
Tu la guardi un’ultima volta e non puoi fare a meno di riprometterti di tornare a trovarla, un giorno.

Giuseppe Culicchia Sicilia, o cara Feltrinelli ed., 2010

Toutes les fois que je reviens à Marsala, je m’arrange pour passer au moins une soirée assis les jambes pendantes au-dessus de l’eau à l’extrémité de l’embarcadère pour Mozia, à regarder la silhouette noire de l’île qui se détache sur le ciel envahi par le rouge du soleil qui s’apprête à basculer de l’autre côté de l’horizon, dans le bras de mer qui d’ici semble unir, plutôt que séparer, Marettimo et Favignana. À cet endroit, on n’entend pas d’autre bruit que celui de la mer et du vent. Si je ferme les yeux, je me revois dans une barque avec mon père, ma mère, ma sœur, Nuzzo et le batelier. Je me retrouve en 1972. Nous sommes tous encore vivants. Je suis encore un enfant. Et puis je rouvre les yeux.

(...)

L'aube à Marsala, quand tout se réveille avec le lever du soleil, et la mer et le vent, ou son absence, te disent à quoi ressemblera la journée, et le parfum des pins qui te donne envie d’aller courir sur la route côtière.

J’essaie de m’imaginer combien l’aube à Marsala peut être différente pour ceux qui y sont nés et y ont vécu : l’aube des boulangers, l’aube des marchands de journaux, l’aube de ceux qui travaillent dans les chais, de ceux qui en août se lèvent pour aller vendanger. L’aube des pêcheurs et l’aube des militaires, l’aube des pâtissiers et l’aube des garçons de café. Il y a certainement eu pour eux aussi un jour où, enfants, ils se sont levés le matin très tôt en pensant que la lumière de l’aube rendait Marsala encore plus resplendissante et plus merveilleuse que jamais.

Quand on est allé à Marsala, on ne peut plus l’oublier. Au crépuscule, quand on l’admire depuis l’un des môles qui s’étendent sur les eaux basses du Stagnone, Marsala se teinte d’or et resplendit d’une lumière chaude dans le silence seulement rompu par le bruit de la mer. On la regarde une dernière fois et on ne peut pas faire autrement que de se promettre d’y revenir, un jour.

(Traduction personnelle)

Image : Site Flickr

Giuseppe Culicchia parle de Sicilia, o cara (en italien)

Quelques comptes rendus de lecture :

La Repubblica

Corriere della sera

La Stampa

Un autre compte rendu ici.

Murieduri, un site consacré à Giuseppe Culicchia.