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mercredi 17 mai 2017

Uragano d'estate (Orage d'été)




Je cite ici un extrait de l'ouvrage d'Elena Pigozzi, qui raconte de façon plaisamment romancée le tournage, pendant l'été 1953, du film de Luchino Visconti Senso (Uragano d'estate a été l'un des nombreux titres provisoires du film). La scène racontée ici se situe au moment du tournage de la longue séquence d'ouverture (elle fut en fait l'une des dernières à être tournées), au théâtre de la Fenice, pendant une représentation du Trouvère. Les deux autres personnages qui interviennent ici avec Visconti sont la scénariste Suso Cecchi d'Amico et le producteur-fondateur de la Lux Film, Riccardo Gualino :

 Visconti aveva alzato il braccio. «Stop» Le riprese in teatro erano finite. Dietro di lui, la d’Amico e Gualino. Li raggiunse. 
«Come andiamo Visconti ?» 
«Resta il finale e abbiamo terminato.» 
«Era prevista la fucilazione nella prima versione» ricordò Suso, «poi sono stati imposti altri tagli alla lavorazione.» 
Gualino scuoteva la testa. «Lo so, me l’hanno riferito...» 
«Che venga fucilato è inutile» disse deciso Visconti. 
La d’Amico e Gualino lo fissarono. «Io lo lascerei al suo destino, alle sue vicende...» proseguì il regista. 
«Senza fucilazione, non mi convince» commentò Gualino, non smettendo di sfogliare il copione. 
Lo sguardo di Visconti cambiò, più disteso il volto. 
«Può darsi. Ma ora la trovo inutile.» Vide Suso perplessa. «Che ne pensa Susanna ?» 
«Anch’io la inserirei» gli rispose. 
«Tra due giorni siamo a Roma. Gireremo due finali. Si deciderà con il montaggio.»
«Castel Sant’Angelo per l’esecuzione di Franz» ricordò Suso. 
«Per l’altro finale, ho pensato ad alcune vie di Trastevere» precisò il regista.
«Com’è questo finale ?» chiese Gualino. 
«Livia ha appena denunciato l’amante. Corre e grida per strada. Poi passa tra gruppi di soldati ubriachi... e la sequenza si chiude con l’inquadratura di un giovanissimo soldato austriaco completamente sbronzo. È appoggiato al muro. Canta una canzone di vittoria. Si interrompe. Piange e grida : “Viva l’Austria !”»
«È pericoloso. È pericolosissimo» ribatté serio Gualino, appena si interruppe.
«Per me è bello. A Franz, succeda quel che deve succedere. Che importa che muoia o no.» 
«Importa, Visconti. Importa molto» replicò duro. Lo scrutò serio. Gualino sapeva il fatto suo. «Chiuderebbe il personaggio. La storia risulterebbe più compatta...»
Rimase in silenzio Visconti. Osservò la platea del teatro. Stavano smontando il terzo atto del Trovatore. Prima un fischiettare, poi il coro dei tecnici, degli operai, dei manovali. «Di quella pira, l’orrendo foco...» La romanza, si ricordò Visconti. Si voltò verso Gualino  e la d’Amico. Sorrise. Si alzò. Il melodramma si chiude, pensò. I due amanti, Leonora e Manrico... Alla fine, muoiono tutti.

Elena Pigozzi  Uragano d'estate, Ed. Marsilio, 2009 






Visconti avait levé le bras. «Stop.» Les prises de vue au théâtre étaient finies. Derrière lui se trouvaient D’Amico et Gualino. Il les rejoignit. 
«Où en sommes-nous, Visconti ?» 
«Il ne reste plus que la séquence finale, et on aura terminé.» 
«Dans la première version, on avait prévu une exécution, rappela Suso, et puis on nous a imposé d’autres coupures pendant le tournage.» 
Gualino secoua la tête : «Je sais, on m’en a parlé...» 
«Il est inutile de le fusiller.» dit Visconti sur un ton décidé. 
D’Amico et Gualino le fixèrent. «Moi, je l’abandonnerais à son destin, à son triste sort...» poursuivit le cinéaste. 
«Sans l’exécution, ça ne me semble pas convaincant.» commenta Gualino, en continuant à feuilleter le scénario. 
Le regard de Visconti changea, il sembla plus détendu. 
«Peut-être. Mais pour le moment, ça me paraît inutile.» Il vit que Suso était perplexe. «Qu’en penses-tu, Susanna ?» 
«Moi aussi, je garderais l'exécution.» lui répondit-elle. 
«Dans deux jours, nous sommes à Rome. Nous tournerons deux fins. On décidera au montage.» 
«Castel Sant’Angelo pour l’exécution de Franz», rappela Suso.
«Pour l’autre fin, j’ai pensé à des rues dans le Trastevere», précisa le cinéaste. 
«Elle est comment, cette fin ?» demanda Gualino. 
«Livia vient de dénoncer son amant. Elle court dans la rue en hurlant. Elle passe ensuite au milieu de groupes de soldats ivres... et la séquence s’achève sur le plan d’un très jeune soldat autrichien complètement saoul. Il est adossé à un mur. Il entonne un chant de victoire, il s’interrompt, il pleure et crie : "Vive l’Autriche !"» 
«C’est dangereux. C’est très dangereux !» insista Gualino, visiblement préoccupé, dès que Visconti eut fini de parler. 
«Pour moi, c’est très bien. Laissons Franz à son destin ; qu’il meure ou pas, ça n’a aucune importance.» 
«Au contraire, Visconti, c’est important, c’est très important !» répliqua durement Gualino. Il le fixa avec un air grave. Il connaissait bien son métier. «Ça bouclerait bien le personnage. L’histoire serait plus cohérente...» 
Visconti demeura silencieux. Il observa la scène du théâtre, où l’on démontait le décor du troisième acte du Trouvère. D’abord un sifflotement, puis le chœur tout entier des techniciens, des ouvriers, des manœuvres. «Di quella pira, l’orrendo foco...» De ce bûcher, l’horrible flamme...») La romance, se rappela Visconti. Il se tourna en souriant vers Gualino et D’Amico, puis se leva. Le mélodrame s’achève, songea-t-il. Les deux amants, Leonora et Manrico... À la fin, ils meurent tous les deux. 

(Traduction personnelle) 



On peut voir ici une très intéressante conférence de Laurence Schifano à propos de Senso (en français).



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