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samedi 16 janvier 2016

Marsyas



« Rettulit exitium, satyri reminiscitur alter, 
Quem Tritoniaca Latous harundine victum 
Affecit poena. "Quid me mihi detrahis ?" inquit ; 
"A ! piget, a ! non est" clamabat "tibia tanti". 
Clamanti cutis est summos direpta per artus 
Nec quicquam nisi vulnus erat ; cruor undique manat 
Detectique patent nervi trepidaeque sine ulla 
Pelle micant venae ; salientia viscera possis 
Et perlucentes numerare in pectore fibras. »

Ovide  Métamorphoses, Livre VI, 285-391







Marsyas

Les pins du bois natal que charmait ton haleine 
N'ont pas brûlé ta chair, ô malheureux ! Tes os 
Sont dissous, et ton sang s'écoule avec les eaux 
Que les monts de Phrygie épanchent vers la plaine. 

Le jaloux Citharède, orgueil du ciel hellène, 
De son plectre de fer a brisé tes roseaux 
Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux ; 
Il ne reste plus rien du chanteur de Célène. 

Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if 
Auquel on l'a lié pour l'écorcher tout vif. 
Ô Dieu cruel ! Ô cris ! Voix lamentable et tendre ! 

Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant, 
La flûte soupirer aux rives du Méandre... 
Car la peau du Satyre est le jouet du vent.

José-Maria de Heredia   Les Trophées 










Images : en haut, Jean-Paul Marcheschi  Marsyas

en bas, (1) Tiziano Vecellio  Punizione di Marsia

(2) Jean-Paul Marcheschi  Marsyas jaune

 


lundi 11 janvier 2016

Earl's Court




Londres, mercredi soir [1973]


Je ne sais pas si le quartier de Londres que je préfère n'est pas Earl's Court, où j'ai tant de souvenirs. Pris un verre, au soleil, à Gordon Place, l'endroit où j'aimerais habiter : cet étroit cul-de-sac, bordé de petites maisons, devant lesquelles les jardinets disparaissent sous les glycines, les cytises, les clématites. Vraiment le lieu le plus intime de Londres. Je crois qu'y habitent Peter Brook et Kathleen Coburn, la grande spécialiste de Coleridge.
Tant dans Kensington High Street que dans King's Road, d'innombrables boutiques se sont ouvertes, supplantant antiquaires et libraires, sur le même modèle que celles de Carnaby Street ! On y vend à souhait jeans délavés, colliers et flacons de patchouli, bottes et chaussures argentées, bleu pétrole, rouge brique, à talons très hauts, chemises cintrées made in India. Les garçons portent des boucles d'oreilles. L'idole est David Bowie, dont certaines chansons m'obsèdent : Lady grinning soul, Time, Soul love. Cette transformation des boutiques est bien regrettable.


Bernard Delvaille  Journal 1963-1977  La Table Ronde, 2001






Écarlates
dans le sorbet napolitain
du soir
les réverbères balaient
les pivoines
trop lourdes
Soudain
une robe obsolète
tourne au ruisseau
qui fleure le curry
Botté de requin blanc
émerge David Bowie
qui chante
Lady grinning soul

Bernard Delvaille  Faits divers (in Oeuvre poétique, La Table Ronde, 2006)








Images : en haut,  Flashbender (Site Flickr)

en bas, Site Flickr



samedi 9 janvier 2016

Ombra mai fu




Le livre d’Antonio Prete, Trenta gradi all’ombra (Trente degrés à l’ombre) est composé de trente «mouvements narratifs» de longueur variable ; il s’agit de variations philosophiques, scientifiques ou poétiques sur un même thème : l’ombre. On y évoque, entre autre, l’origine de la peinture (Il disegno), le mythe platonicien de la Caverne, la peur atavique de perdre son ombre (Favola d’ombra), le rôle de l’ombre dans les éclipses lunaires ou solaires (Eclisse a Porto Badisco), la légende d’Amour et Psyché, celle d’Orphée et Eurydice. On y voit aussi, à la manière de certains dialogues léopardiens, l’ombre deviser avec la lumière... Le passage que l’on va lire ici est extrait de l’épilogue de l’ouvrage :


In un paese di luce è dall’ombra che si scorge il mondo. Dall’ombra si vedono guizzare le faville di luce nella chioma degli ulivi. Dall’ombra si osserva il cielo che lungo il giorno svaria di profondità e di umore e dialoga con il mare in una lingua di lampi e di riflessi.

(...)

Per anni il senso della quiete, della saggezza nella quiete, mi veniva da un vecchio contadino che nell’ombra fumava la sua pipa appoggiato al tronco di un alto pino solitario : intorno ai bagliori del meriggio. Sapevo che dalla crudeltà del mondo anche in lui erano venute molte ferite. Ma quella sospensione, per un poco era in accordo con il canto degli uccelli che esplodeva nella chioma dell’albero.

Osservare il mare, le sue scaglie di luce e le gradazioni del suo verde e del suo blu, dall’ombra di un cespuglio, dove la macchia di lentisco e di mirto è più folta ma già cede alla sabbia delle dune : di qua il profumo di una terra aspra e pietrosa, di là il suono dello sconfinato, il rumore della lontananza. Lu rusciu ti lu mare, il suono del mare, è voce che poi ti accompagna. Anche nell’atonia, o nel deserto del sentire.

Su un porticciolo la luce del giorno si ritrae, indugiando sulle alberature, e lasciando che il popolo delle ombre conquisti la riva, il molo, gli scafi, la superficie dell’acqua : via via che l’oscuro sale a impastare l’aria e aspegnere i fuochi, il passaggio della luce nella zona d’ombra del già stato inaugura la forma del ricordo, della presenza nel ricordo. Una presenza dolce nel cuore della sera.

In un paese di luce è dall’ombra che si scorge il mondo.

Antonio Prete Trenta gradi all'ombra, ed. nottetempo, 2004





Dans un pays de lumière, c’est à partir de l’ombre que l’on découvre le monde. Depuis l’ombre, on voit les étincelles de lumière jouer dans le feuillage des oliviers. Depuis l’ombre, on voit le ciel changer d’humeur et de profondeur au fil de la journée, et dialoguer avec la mer dans une langue faite d’éclats et de reflets.

(...)

Pendant des années, l’exemple de la quiétude, de la sagesse dans la quiétude, me venait d’un vieux paysan qui à l’ombre fumait sa pipe, appuyé au tronc d’un grand pin solitaire : tout autour, les lueurs du soleil de midi. Je savais qu'en lui aussi, la cruauté du monde avait été la cause de nombreuses blessures. Mais cette suspension, l’espace d’un instant, était en accord avec le chant éclatant des oiseaux dans le feuillage de l’arbre.

Observer la mer, ses éclats de lumière et les nuances de vert et d’azur, depuis l’ombre d’un buisson, où le maquis de lentisque et de myrte est plus dru mais cède déjà devant le sable des dunes : d’un côté, le parfum d’une terre âpre et pierreuse ; de l’autre, le son de l’immensité, le bruit du lointain. Le murmure de la mer, le bruit de la mer, c’est une voix qui ne cesse de t’accompagner. Même dans l’atonie, ou le désert des sens.

Sur un petit port, la lumière du jour se retire, s’attardant sur les mâts, et laissant le peuple des ombres conquérir le rivage, la jetée, les barques, la surface de l’eau : au fur et à mesure que l’ombre gagne, pétrissant l’air et éteignant les feux, le passage de la lumière dans la zone d’ombre de ce qui a déjà été inaugure la forme du souvenir, de la présence dans le souvenir. Une douce présence au cœur du soir.

Dans un pays de lumière, c’est à partir de l’ombre que l’on découvre le monde.

(Traduction personnelle)






 Leçon de ténèbres : un autre extrait en français de Trenta gradi all'ombra.

Images : (1) et (2) Site Flickr

mercredi 6 janvier 2016

Tombeau




Pierre Boulez  (26 mars 1925 - 5 janvier 2016)




Le noir roc courroucé que la bise le roule 
Ne s’arrêtera ni sous de pieuses mains 
Tâtant sa ressemblance avec les maux humains 
Comme pour en bénir quelque funeste moule. 

Ici presque toujours si le ramier roucoule 
Cet immatériel deuil opprime de maints 
Nubiles plis l’astre mûri des lendemains 
Dont un scintillement argentera la foule. 

Qui cherche, parcourant le solitaire bond 
Tantôt extérieur de notre vagabond – 
Verlaine ? Il est caché parmi l’herbe, Verlaine 

À ne surprendre que naïvement d’accord 
La lèvre sans y boire ou tarir son haleine 
Un peu profond ruisseau calomnié la mort. 

Stéphane Mallarmé  Poésies






(...)

jeudi 31 décembre 2015

Luna di dicembre





Come è bella la luna di dicembre
che guarda calma tramontare l'anno.
Mentre i treni si affannano si affannano
a quei fuochi stranissimi ella sorride.

Sandro Penna Una strana gioia di vivere


Comme elle est belle, la lune de décembre,
qui calme regarde finir l'année.
Tandis que les trains s'essoufflent, s'essoufflent,
elle sourit à ces feux si étranges.






Images : en haut, Site Flickr

en bas, Paolo Campioni (Site Flickr)




jeudi 24 décembre 2015

Morfologia del bianco (Morphologie du blanc)




Reverrons-nous un jour la neige à Noël ? 




C'erano nel bianco riverberi di bianco, che spumeggiando rotolavano su una distesa bianca, il cielo, sopra, era bianco, un cielo perso nella luce che lo abbagliava di bianco, è assenza, mi dicevo, è vuoto d'assenza, ma era un bianco che innevava i pensieri, un abisso di bianco che cancellava ogni cosa, a guardare bene anche il fondo del bianco, il suo incavo, il suo riflesso erano bianchi, è il silenzio, mi dicevo, il silenzio dell'origine, o della fine, ma era solo un immenso lenzuolo bianco sotto cui dormivano bianche moltitudini, qua e là s'affaciavano parvenze vestite di bianco, disfatte subito nel bianco, s'affaciavano simulacri imbiancati, smarriti nei loro bianchi pensieri, è il nulla, mi dicevo, il bianco del nulla, ma era soltanto un sogno di bianco che generava bianco, così quando fui sveglio guardai a lungo, di là dalla finestra, la luna, che quella notte era bellissima e bianca.

Antonio Prete   Menhir ed. Donzelli, 2007



Il y avait dans le blanc des miroitements de blanc, qui en moussant roulaient sur une étendue blanche, le ciel, au-dessus, était blanc, un ciel perdu dans la lumière qui l'éblouissait de blanc, c'est l'absence, me disais-je, c'est le vide de l'absence, mais c'était un blanc qui recouvrait de neige les pensées, un abîme de blanc qui effaçait toute chose, à bien y regarder même le fond du blanc, sa cavité, son reflet étaient blancs, c'est le silence, me disais-je, le silence de l'origine, ou de la fin, mais ce n'était qu'un immense drap blanc sous lequel dormaient de blanches multitudes, ça et là apparaissaient des ombres vêtues de blanc, qui se fondaient aussitôt dans le blanc, des simulacres blanchis apparaissaient, égarés dans leurs blanches pensées, c'est le néant, me disais-je, le blanc du néant, mais ce n'était qu'un rêve de blanc qui engendrait du blanc, ainsi à mon réveil je regardai longtemps par la fenêtre, la lune, qui cette nuit-là était très belle et blanche.

(Traduction personnelle)





Images, au centre et en bas : Carlo Ilmari Cremonesi (Site Flickr)

en haut : Site Flickr



samedi 12 décembre 2015

L'Odeur de Trévise




La Piste Pasolini est le titre du premier livre d'un jeune écrivain de vingt-trois ans, Pierre Adrian. Je crois bien que c’est l’un des meilleurs ouvrages que l’on ait écrits sur Pasolini en français, parce qu’il n’est pas simplement un essai sur l’œuvre, mais également un passionnant voyage dans l’Italie d’aujourd’hui sur les traces d’un poète profondément aimé. Le prologue nous ramène sur la plage d’Ostie où tout s’est achevé il y a (déjà) quarante ans puis l’on va revenir au point de départ (Casarsa et le Frioul) avant de suivre les autres étapes de la vie de Pasolini : Rome (la stazione Termini, la Piazza Costaguti, le marché du campo de’ Fiori, les bords du Tibre, la via Salaria et le quartier de l’EUR, où Pasolini a habité jusqu'à la fin de sa vie), et enfin la tour de Chia, le dernier refuge, auquel sont consacrées les très belles dernières pages du livre. À Casarsa, l’auteur rencontre les derniers témoins de la jeunesse de Pasolini ; il se rend ensuite à Trévise, où réside Nico Naldini, cousin et biographe du poète, ce qui nous vaut des pages mélancoliques et désenchantées sur l’Italie d’aujourd’hui, dans laquelle Naldini se sent terriblement étranger ; il rencontre également à Rome, dans son appartement de la via Alessandria, le critique et cinéaste Carlo di Carlo, qui fut l’assistant de Pasolini pour Mamma Roma et le documentaire La Rabbia ; toujours à Rome, l’auteur se rend au cimetière acattolico, sur la tombe de Gramsci (là où Pasolini alla lui-même, comme en témoigne une célèbre photographie), ce qui lui permet de se livrer à plusieurs considérations passionnantes sur les nombreux thèmes qui unissent les œuvres de ces deux grands auteurs (on se souvient bien sûr des vers des Cendres de Gramsci, parmi les plus beaux qu’a écrits Pasolini). Pour donner une idée du ton très personnel de cet ouvrage et de la familiarité de ce jeune auteur avec la pensée de Pasolini, je cite ici un passage où il évoque le scénario sur saint Paul que le cinéaste ne parvint pas à réaliser, et le désert moderne que constitue pour lui la ville de Trévise qu’il visite un soir d’hiver : 

Pasolini a voulu tourner un film sur saint Paul. Je n’ai pas été étonné de l’apprendre. Il y a dans les écrits de Pasolini une similitude avec le converti de Damas. « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » demande Dieu. Pasolini demande à Dieu : « Seigneur, pourquoi suis-je persécuté ? » Saint Paul, Pasolini... Deux figures molestées, tuées aux portes de Rome. 

[...] 

Pasolini transpose saint Paul au cœur du monde moderne. New York, épicentre du monde de l’après-guerre, remplace Rome. Comme si Pasolini s’accordait avec Chesterton, lequel écrit déjà en 1926 que « la folie de demain n’est pas à Moscou, mais plutôt à Manhattan ». Les Pharisiens sont les intellectuels et les journalistes de notre époque, et Paul intervient dans les conférences et les tables rondes au milieu de nos grandes métropoles. C’est au pied des buildings new-yorkais que Pasolini imagine son assassinat, dans le même hôtel que Martin Luther King. Le film n’a pas trouvé de financement. Il ne s’est jamais fait. Publié, le scénario se lit facilement. Plus de quarante ans après cet avortement, qui devait être la suite de L’Évangile selon Saint Matthieu, les mots de Pasolini sont encore actuels. J’ai aussi retenu ceux-ci : 

« Aucun désert ne sera jamais plus désert qu’une maison, une place, une rue où vivent les hommes mille neuf cent soixante dix ans après Jésus-Christ. Ici, c’est la solitude. Coude à coude avec ton voisin qui s’habille dans les mêmes grands magasins que toi, fréquente les mêmes boutiques que toi, lit les mêmes journaux que toi, regarde la même télévision que toi, c’est le silence. » (extrait de Saint Paul, de PPP)




La ville moderne a son désert. Et au moment d’entrer à Trévise à une grosse heure de Casarsa, je découvre un désert plus aride encore que celui des années 70. Entourée de remparts, Trévise est un rectangle qui renferme quelques canaux ; presque chaque rue débouche sur une place, un campo. Elle a tous les attributs d’une charmante ville de province, charme balayé par le fric. Ce dimanche après-midi, Trévise dégoûte en ses ruelles, et la métaphore du désert est là, plus vraie qu’ailleurs. Les boutiques sont toutes ouvertes, dégueulant sur la rue la même musique sans émotion, les chariots de cintres qui trimbalent les dernières frusques à la mode. « Saldi, saldi, saldi. » Temps béni des soldes, où les magasins ne connaissent plus d’horaires. La foule court parmi les boutiques, entre et sort, elle se bouscule comme des têtards dans un bocal. Je suis surpris. Je m’attendais à l’ambiance d’un village, et je découvre un ghetto de nouveaux riches, avec leurs doudounes luisantes, leurs jeans délavés, toute cette gomme dans leurs cheveux et cette crème sur leur peau. L’odeur de Trévise est celle qu’on respire à l’approche des parfumeries. Un mélange salace et nauséeux de climatisation moite et d’arômes de grandes marques. Le contraste à Trévise est plus fort encore car la ville, qui repose sur ses vestiges, paraît fatiguée par la fierté petite-bourgeoise de ses habitants. Fierté de porter la dernière doudoune Moncler, fierté de serrer contre soi cette femme gavée de fond de teint. Elle joue l’équilibriste sur les pavés avec ses talons hauts.




Dimanche après-midi, moment sacré de la consommation, du lèche-vitrines. Moment sacré de l’absence de sacré. Retrouver cette sensation, là, dans une petite ville délicieuse de la plaine du Pô, montre encore plus l’absurdité de ce système de consommation. Réservé aux grandes villes ? Non. Des métropoles aux villes, il dégouline jusqu’aux villages, où la municipalité s’offre parfois le luxe de disséminer des enceintes dans ses rues pour que la musique soit là, partout et tout le temps. « Il n’y a pas d’autre métaphore du désert que la vie quotidienne. » écrit toujours Pasolini dans Saint Paul.

Pierre Adrian  La Piste Pasolini  Éditions des Équateurs, 2015






Images : en haut, Marina  (Site Flickr)

samedi 28 novembre 2015

La Notte (La Nuit)





Venne la notte e fu compita la conquista dell'ancella. Il suo corpo ambrato la sua bocca vorace i suoi ispidi neri capelli a tratti la rivelazione dei suoi occhi atterriti di voluttà intricarono una fantastica vicenda. Mentre più dolce, già presso a spegnersi ancora regnava nella lontananza il ricordo di Lei, la matrona suadente, la regina ancora ne la sua linea classica tra le sue grandi sorelle del ricordo: poi che Michelangiolo aveva ripiegato sulle sue ginocchia stanche di cammino colei che piega, che piega e non posa, regina barbara sotto il peso di tutto il sogno umano, e lo sbattere delle pose arcane e violente delle barbare travolte regine antiche aveva udito Dante spegnersi nel grido di Francesca là sulle rive dei fiumi che stanchi di guerra mettono foce, nel mentre sulle loro rive si ricrea la pena eterna dell'amore. E l'ancella, l'ingenua Maddalena dai capelli ispidi e dagli occhi brillanti chiedeva in sussulti dal suo corpo sterile e dorato, crudo e selvaggio, dolcemente chiuso nell'umiltà del suo mistero. La lunga notte piena degli inganni delle varie immagini.

Dino Campana    Canti Orfici


La nuit vint et la conquête de la servante fut consommée. Son corps ambré, sa bouche vorace, ses noirs cheveux hirsutes, par moment la révélation de ses yeux terrifiés de volupté, enchevêtrèrent un fantastique événement. Alors que plus doux, déjà sur le point de s'éteindre, régnait encore le souvenir d'Elle, la matrone persuasive, la reine encore en sa ligne classique, entre ses grandes sœurs du souvenir : après que Michel-Ange eut replié sur ses genoux fatigués de chemin celle qui plie, qui plie et ne repose pas, reine barbare sous le poids de tout le rêve humain, après que Dante eut entendu le battement des poses mystérieuses et violentes des reines barbares, antiques, révérées, s'éteindre dans le cri de Francesca, là, sur les rives des fleuves qui, fatigués de guerres, mettent en embouchure, alors que sur leurs rives se recrée la peine éternelle de l'amour. Et la servante, l'ingénue Madeleine aux cheveux hirsutes et aux yeux brillants, demandait en sursauts de son corps stérile et doré, cru et sauvage, doucement fermé dans l'humilité de son mystère. La longue nuit pleine des tromperies des nombreuses images.

Traduction : David Bosc, éditions Allia






Carmelo Bene récite Dino Campana :






vendredi 20 novembre 2015

I dolori del giovane Werther (Les Souffrances du jeune Werther)



"Perché mi svegli, soffio di primavera ?"





Il giovane Werther amava Carlotta 
e già della cosa fu grande sussurro. 
Sapete in che modo si prese la cotta ? 
La vide una volta spartir pane e burro. 

Ma aveva marito Carlotta, ed in fondo 
un uomo era Werther dabbene e corretto ; 
e mai non avrebbe (per quanto c'è al mondo), 
voluto a Carlotta mancar di rispetto. 

Cosí, maledisse la porca sua stella ; 
strillò che bersaglio di guai era, e centro ; 
e un giorno si fece saltar le cervella, 
con tutte le storie che c'erano dentro. 

Lo vide Carlotta che caldo era ancora, 
si terse una stilla dal bell'occhio azzurro ; 
e poi, vòlta a casa (da brava signora), 
riprese a spalmare sul pane il suo burro.

Ernesto Ragazzoni  Buchi nella sabbia e pagine invisibili  Einaudi Editore, 2000 






Le jeune Werther aimait Charlotte
et déjà la nouvelle fit grand bruit.
Savez-vous comment cet amour naquit ?
Il la vit une fois étaler du beurre sur du pain.

Mais Charlotte avait un mari, et par nature
Werther était un homme comme il faut et correct ;
et (pour rien au monde) jamais il n'aurait
voulu à Charlotte manquer de respect.

Ainsi, il maudit sa mauvaise étoile ;
hurla qu'elle était la cible et le centre de tous les malheurs ;
et un jour il se fit sauter la cervelle,
avec toutes les histoires qu'il y avait à l'intérieur.

Charlotte le vit alors qu'il rendait l'âme,
elle essuya une larme perlant sur ses beaux yeux bleus ;
et puis, rentrée au foyer (comme une bonne épouse),
elle se remit à étaler du beurre sur son pain.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Jonas Kaufmann dans Werther (Massenet)

au centre, gravure pour une édition des Souffrances du jeune Werther, de Goethe

en bas, François-Charles Baude (1880 - 1953), La Mort de Werther



mercredi 18 novembre 2015

Risa sotto la mitraglia (Rire sous la mitraille)




Salutiamo ! Rintanati in una trincea, – irsuti e belli – figure di vivente fango ed anime di fuoco, – un gruppo d'uomini – soldati d'Italia, – col petto offerto alla morte pur si balocca colla morte. La mitraglia squarcia il cielo, la granata trasforma in un cratere in eruzione la terra che tocca, l'aria è piena di sibili e di tuoni, la fine può essere ad un passo, può essere tra un minuto, – e sulle labbra giovani, sulle labbra forse sul punto di chiudersi, il sorriso pur dura, e la celia, il frizzo, l'arguzia non s'aggelano. Le palle fischiano senza interruzione : « senti stamattina come i rusignoli cantano ! » dice uno. – Una bomba si affonda nella melma senza scoppiare. « La signora prende il suo bagno » un altro osserva, « ma si buscherà un raffreddore ». Un cannone, dalla vallata, tenta cogliere una posizione elevata. Lo si commisera : « è un tenore, ma poveretto, è costretto a cantare da basso ». E dinanzi ai fulmini, tra la ruina, sotto alle tempeste del piombo e del ferro, la risata non si tace, ma zampilla, pullula, si propaga, e la morte che guarda, la morte onnipotente che è da per tutto e il piú umile, se tocca, trasforma in eroe, la morte la rende questa risata sublime. 

Signori, salutiamo !

Ernesto Ragazzoni  Buchi nella sabbia e pagine invisibili  Einaudi Editore, 2000





Salut à tous ! Terrés dans une tranchée, — hirsutes et beaux — visages  de boue et âmes de feu, — un groupe d'hommes — soldats d'Italie, — la poitrine offerte à la mort et pourtant jouant avec la mort. La mitraille déchire le ciel, les obus transforment en cratère fumant la terre qu'ils touchent, l'air est plein de sifflements et de détonations, la fin peut être proche, à moins d'une minute peut-être, — et sur les lèvres qui sont sans doute sur le point de se fermer, le sourire demeure, et le rire, la plaisanterie, la boutade ne se figent pas. Les balles sifflent sans trêve : « écoute comme les rossignols chantent ce matin ! » dit l'un. — Une bombe s'enfonce dans la boue sans exploser. « Madame prend son bain » observe un autre, « mais elle risque d'attraper un rhume ». Un canon, depuis la vallée, tente d'atteindre une position élevée. On le plaint : « il a une voix de ténor, mais le pauvre ne peut chanter que d'en bas ». Et au milieu des éclairs, au cœur du désastre, sous les tempêtes de plomb et de fer, le rire ne se tait pas, mais il jaillit, il pullule, il se propage, et la mort qui regarde, la mort toute puissante et omniprésente qui lorsqu'elle frappe peut transformer le plus humble en héros, la mort rend ce rire sublime.

Messieurs, nous vous saluons !

(Traduction personnelle)







vendredi 13 novembre 2015

Buchi nella sabbia (Des trous dans le sable)




Une ballade ironique et désenchantée du poète piémontais Ernesto Ragazzoni (1870-1920) :


Ballata

Se ne vedono pel mondo 
che son osti... cavadenti 
boja, eccetera... o, secondo 
le fortune, grandorienti ; 
c'è chi taglia e cuce brache, 
chi leoni addestra in gabbia, 
chi va in cerca di lumache, 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
io fo buchi nella sabbia. 

I poeti, anime elette, 
riman laudi e piagnistei 
per l'amore di Giuliette 
di cui mai sono i Romei ; 
i fedeli questurini 
metton argini alla rabbia 
dei colpevoli assassini ; 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
io fo buchi nella sabbia. 

Sento intorno susurrarmi 
che ci sono altri mestieri..... 
bravi ; a voi ! scolpite marmi, 
combattete il beri-beri, 
allevate ostriche a Chioggia, 
filugelli in Cadenabbia 
fabbricate parapioggia, 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
io fo buchi nella sabbia. 

O cogliete la cicoria 
e gli allori. A voi ! Dio v'abbia 
tutti e quanti in pace, in gloria ! 
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 
io fo buchi nella sabbia.

Ernesto Ragazzoni  Buchi nella sabbia e pagine invisibili, Einaudi, 2000






Ballade

On voit des gens de par le monde
qui sont aubergistes... arracheurs de dents
bourreaux, etc... ou, selon 
les fortunes, francs-maçons ;
il y a des gens qui coupent et cousent des pantalons,
qui dressent des lions en cage,
qui vont ramasser des escargots,
..............................................................
moi, je fais des trous dans le sable.

Les poètes, âmes élues,
font des vers passionnés et pleurnicheurs
pour l'amour de Juliette
dont ils ne sont jamais les Roméo ;
les flics loyaux
cherchent à endiguer la rage
des coupables assassins ;
............................................................
moi, je fais des trous dans le sable.

Autour de moi certains murmurent
qu'il existe beaucoup d'autres métiers...
Très bien ! Allez-y ! Sculptez dans le marbre,
combattez le béribéri
élevez des huitres à Chioggia,
des vers à soie à Cadenabbia
fabriquez des parapluies,
..........................................................
moi, je fais des trous dans le sable.

Ou récoltez de la chicorée
et des lauriers. Allez-y ! Que Dieu
vous garde tous dans sa paix et dans sa gloire !
..........................................................
moi, je fais des trous dans le sable. 

(Traduction personnelle) 








Images : en haut, Jason Prefontaine  (Site Flickr)

au centre, Thomas Pyle  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr




Vittorio Gassman dit Buchi nella sabbia

mercredi 11 novembre 2015

Soledades




En el entierro de un amigo

Tierra le dieron una tarde horrible
del mes de julio, bajo el sol de fuego.

A un paso de la abierta sepultura
había rosas de podridos pétalos,
entre geranios de áspera fragancia
y roja flor. El cielo
puro y azul. Corría
un aire fuerte y seco.

De los gruesos cordeles suspendido,
pesadamente, descender hicieron
el ataúd al fondo de la fosa
los dos sepultureros...

Y al reposar sonó con recio golpe,
solemne, en el silencio.

Un golpe de ataúd en tierra es algo
perfectamente serio.

Sobre la negra caja se rompían
los pesados terrones polvorientos...

El aire se llevaba
de la honda fosa el blanquecino aliento.

– Y tú, sin sombra ya, duerme y reposa,
larga paz a tus huesos...

Definitivamente,
duerme un sueño tranquilo y verdadero.

Antonio Machado  Soledades






Per la sepoltura di un amico

Lo sotterrarono une sera a luglio,
orribile, sotto un sole di fuoco.

A un passo dall'aperta sepoltura,
c'erano rose dagli appassiti
petali tra gerani dal profumo
aspro e il fior rosso. Il cielo
puro e azzurro. Un vento
forte e secco spirava.

Due becchini calarono
nel fondo della fossa
una bara, sospesa a grosse corde
pesantemente...

E giacendo vibrò con secco colpo,
solenne, nel silenzio.

Il colpo di una bara in terra, ahimé
come risuona grave !

Sopra la nera cassa le pesanti 
zolle polverose si rompevano...

Il vento emanava il soffio cenerino
dal fondo della fossa.

– E tu, ormai senz'ombra, dormi e riposa,
sia eterna pace alle tue ossa...

Definitivamente,
dormi un sonno che sia tranquillo e vero.

Traduzione : Claudio Rendina






Pour l'enterrement d'un ami

On l'enterra un horrible soir 
de juillet, sous un soleil de feu.

Tout près de la tombe ouverte,
il y avait des roses aux pétales fanés 
parmi des géraniums rouges 
au parfum âpre. Le ciel 
était pur et bleu. Il soufflait
un vent fort et sec.

Suspendu à deux grosses cordes,
pesamment, les deux fossoyeurs 
descendirent au fond de la fosse
le cercueil...

Et il heurta le sol avec un bruit sourd,
solennel, dans le silence.

Le bruit d'un cercueil qui touche la terre
est toujours quelque chose de grave.

Sur la caisse noire se brisaient
les mottes de terre lourdes et poussiéreuses...

Le vent faisait remonter
du fond de la fosse un souffle cendreux.

– Et toi, désormais sans ombre, dors et repose,
que tes os trouvent la paix éternelle...

Définitivement,
dors d'un sommeil tranquille et véritable.

(Traduction personnelle)








Images : (1) Federico Romero  (Site Flickr)

(2) Federico Romero Galán  (Site Flickr)

(3 et 4)  Site Flickr




samedi 7 novembre 2015

Tigre ! Tigre !




"...into the heart of an immense darkness."







The Tyger

Tyger ! Tyger ! burning bright
In the forests of the night,
What immortal hand or eye
Could frame thy fearful symmetry ?

In what distant deeps or skies
Burnt the fire of thine eyes ?
On what wings dare he aspire ?
What the hand dare sieze the fire ?

And what shoulder, & what art.
Could twist the sinews of thy heart ?
And when thy heart began to beat,
What dread hand ? & what dread feet ?

What the hammer ? what the chain ?
In what furnace was thy brain ?
What the anvil ? what dread grasp
Dare its deadly terrors clasp ?

When the stars threw down their spears,
And watered heaven with their tears,
Did he smile his work to see ?
Did he who made the Lamb make thee ?

Tyger ! Tyger ! burning bright
In the forests of the night,
What immortal hand or eye
Dare frame thy fearful symmetry ?

William Blake, Songs of Experience





La Tigre

Tigre, tigre, oh bagliore
Nella notte, incendio che sei lume
Delle foreste, quale
Occhio o mano immortale
La simmetria della tua figura
Plasmò tutta paura ?

In quali abissi o cieli lontani
Si arroventò il fuoco dei tuoi occhi ?
Di quali ali ardisce avere il volo ?
Manipolano il tuo fuoco quali mani ?

E quale braccio artista, del tuo cuore
Torse le nervature ? Di Chi era
L’ inesorata mano che lo estrasse
Dal profondo braciere palpitante ?
Quali piedi tremendi misurarono
Il tuo scheletro orripilante ?

Chi fu il tuo maglio ? Chi la catena ?
Quale altoforno colò la tua mente ?
Chi fu l’incudine, chi la stretta dura
Che di abbrancarvi non ebbe timore,
Micidiali terrori ?

Quando le picche furono scagliate
Giù dal cielo irrorato
Dai pianti delle stelle, il Forgiatore
Guardando la sua opera – sorrise ?
Fece l’agnello e te un solo Creatore ?

Tigre, tigre, oh bagliore
Nella notte, incendio che sei lume
Delle foreste, quale
Occhio o mano immortale
La simmetria della tua figura
Plasmò tutta paura ?

Traduzione : Guido Ceronetti, Trafitture di tenerezza, ed. Einaudi






Le Tigre

Tigre, tigre, brûlant éclair
Dans les forêts de la nuit ;
Quel œil, quelle main immortelle
A pu ordonner ta terrifiante symétrie ?

Dans quelles profondeurs lointaines, dans quels cieux
Brûlait le feu de tes yeux ?
Sur quelles ailes ose-t-il se dresser ?
Quelle main osa saisir ce feu ?

Et quelle épaule et quel art
Put tordre les muscles de ton cœur ?
Et quand ton cœur commença à battre,
Quelle terrible main, quels terribles pieds ?

Quel fut le marteau, quelle fut la chaîne ?
Dans quelle fournaise était ta cervelle ?
Quelle fut l'enclume ? Quel terrible pouvoir
Osa en étouffer les mortelles terreurs ?

Quand les étoiles jetèrent leurs lances
Et abreuvèrent le ciel de leurs armes,
Sourit-il en contemplant son œuvre ?
Celui qui créa l'agneau te créa-t-il ?

Tigre, tigre, brûlant éclair
Dans les forêts de la nuit,
Quel œil, quelle immortelle main
Osa ordonner ta terrifiante symétrie ?

Traduction : Marie-Louise et Philippe Soupault 



Images : (1)  Site Flickr

(2)  Devesh Jagatram  (Site Flickr)




mercredi 4 novembre 2015

Dal Loggione (Du Paradis)








Lampi... fuori nel buio temporale
Lampi, qui nel Teatro Comunale
Lampi, sulle signore ingioiellate
Lampi, su legni e trombe lucidate...

Io, che sono qui per rivederti,
io, che sono qui per ritrovarti,
io, che sono qui per adorarti,
io, che non so un tubo di concerti...

Viva la musica che ti va
fin dentro all'anima che ti va...
penso di credere che finirò
sempre di vivere di te
parapunzipunzipunzipum, parapunzipunzipunzipum ...

Su, su dal loggione io ti osservo
bella, che tuo marito ne è superbo...
forse, forse tu vuoi che io ci sia
e aspetti di avere un lampo di follia...

Ma già le luci sfumano nell'ombra
ecco, ti sei voltata, o almeno sembra...
ma ora, il buio cala e non rimane
altro che l'incantesimo sublime...

E allora ... viva la musica che ti va
fin dentro all'anima che ti va...
penso di credere che finirò
sempre di vivere di te...

Testo e musica : Paolo Conte




Des éclairs... dehors dans l'orage nocturne
Des éclats, ici dans le Théâtral Communal
Des éclats, sur les dames embijoutées
Des éclats, sur les bois et les cuivres astiqués...

Et moi qui suis là pour te revoir
moi, qui suis là pour te retrouver
moi, qui suis là pour t'adorer
moi, qui ne comprend rien aux concerts...

Vive la musique qui va
jusqu'au fond de l'âme
il me semble que je vais finir
par ne vivre que pour toi...

Depuis le Paradis, je t'observe
si belle que ton mari en est si fier...
tu es peut-être heureuse que je sois là
peut-être n'attends-tu qu'un éclair de folie...

Mais déjà, les lumières déclinent
tiens, il me semble que tu t'es retournée...
mais maintenant le noir se fait et il ne reste
plus rien d'autre qu'un sublime enchantement...

Et alors, vive la musique qui va...

(Traduction personnelle)




Images : Prima della Rivoluzione (Bernardo Bertolucci)

dimanche 1 novembre 2015

A Pa'




C'était il y a quarante ans, dans la nuit du premier au deux novembre 1975, sur la plage d'Ostie, près de Rome...





Francesco De Gregori chante A Pa' (1985). Il est également l'auteur des paroles et de la musique de cette chanson :


 
 
 
Non mi ricordo se c'era luna,
e nè che occhi aveva il ragazzo,
ma mi ricordo quel sapore in gola
e l'odore del mare come uno schiaffo.
A Pà.

E c'era Roma così lontana,
e c'era Roma così vicina,
e c'era quella luce che ti chiama,
come una stella mattutina. A Pà.
A Pà. Tutto passa, il resto va.

E voglio vivere come i gigli nei campi,
come gli uccelli del cielo campare,
e voglio vivere come i gigli dei campi,
e sopra i gigli dei campi volare.


Je ne me rappelle pas s'il y avait la lune,

et j'ai oublié les yeux du garçon,

mais je me souviens de ce goût dans la bouche

et de l'odeur de la mer comme une gifle.


Et Rome était si lointaine
,
et Rome était si proche,

et il y avait cette lumière qui t'appelle,
comme une étoile du matin.


Je veux vivre comme les lys dans les champs,

comme les oiseaux dans le ciel,

je veux vivre comme les lys des champs,
et au-dessus des lys des champs voler.

(Traduction personnelle)
 
 
Sur le même sujet : Deposizione

Una sera di novembre
 
 
 
 

 



 
 
 
Images : Mamma Roma, Pier Paolo Pasolini
 
tout en bas, Ernest Pignon-Ernest, PASOLINI. 40 ans après son assassinat. Collage à Rome, Ostia, Naples, Matera, Mai/Juin 2015 (Source)
 



Témoignage de la femme qui a été la première à découvrir le corps de Pasolini au matin du deux novembre : « C'était à six heures et demie, je sortais de ma voiture et je me suis dit : "C'est incroyable, ils jettent vraiment leurs ordures n'importe où !" Je me suis approchée un peu plus près et là, j'ai compris que ce n'était pas des ordures, mais un cadavre... »