Translate

vendredi 5 juin 2015

La Nuit complice




Mylène Demongeot se souvient de sa participation, en 1959, au film de Mauro Bolognini La Notte brava (sur un scénario de Pasolini, le titre français — toujours aussi inspiré — est Les Garçons) :

« Mauro Bolognini me demande de participer, pour un sketch, trois jours de tournage, à son film Les Garçons. En vedettes, Laurent Terzieff et Jean-Claude Brialy côté hommes, Elsa Martinelli et Antonella Lualdi pour les dames... Chacun a son attaché de presse privé et n'a guère l'air d'aimer beaucoup l'autre, ce qui est assez folklorique à observer... Mon sketch est un duo avec Terzieff, et mon Dieu qu'il est beau dans ces années-là ! Le charme slave personnifié. Pour la première et unique fois de ma vie, je craque complètement pour mon partenaire avec qui, pour tout arranger, je n'ai qu'une longue scène de rencontre amoureuse !





Je craque, mais Bolognini a craqué, lui aussi... 
Ça l'excite de nous regarder nous étreindre, alors, le monstre, il nous fait recommencer les mêmes plans interminablement... Dix prises, quinze prises. Nous roulons sur le sol en nous embrassant voluptueusement, à bouche que veux-tu... Je n'en peux plus, je suis une femme fidèle et je m'en veux d'être aussi troublée ! 
Le soir, quand je rentre, je pleure et je vais dormir toute seule. Coste (1) n'est pas très content — je le comprends —, mais je refuse absolument qu'il vienne sur le plateau. Manquerait plus que ça ! C'est la première fois que ça m'arrive... 
Et le lendemain, on remet ça... Trois jours de supplice !





Quand je revois ce film en noir et blanc où, franchement, je suis merveilleusement photographiée, je me trouve vraiment belle et la sensualité qui se dégage de cette scène n'est pas bidon, non, non ! 
Il y aura, un soir, un dîner de fin de film. À Ostia, près de la plage, par une belle nuit étoilée. Alain Cuny est là avec nous, je ne sais pas pourquoi, et court après Terzieff, voulant absolument jouer au ballon avec lui sur la plage ! 
Nous essayons, Laurent et moi, de nous isoler un moment pour pouvoir discuter un peu et nous dire au revoir. Coste, lui, me cherche partout. On dirait un vaudeville... Tout le monde surveille tout le monde... Brialy se marre. 
Fin de l'épisode. 
À Paris, nous nous reverrons pour le doublage de notre scène en italien. La traduction, très mauvaise, ne correspond en rien à ce que nous avons dit... (Oui, oui, il y avait du texte tout de même !) Donc, nous décidons de retrouver sur nos mouvements de bouche notre vrai texte et nous y arrivons très bien. C'est plutôt amusant à faire. Je range mon premier trouble de femme mariée dans un tiroir bien fermé à clé, mais c'est, encore aujourd'hui, un très joli souvenir qui a conservé toute sa magie... Rien, rien, il ne s'est rien passé dont nous puissions être honteux. »

Mylène Demongeot   Tiroirs secrets   Éditions Le Pré aux Clercs, 2001

(1) Il s'agit du photographe Henri Coste, que Mylène Demongeot a épousé en 1958 (ils resteront mariés jusqu'en 1968).








8 commentaires:

  1. Il est de très doux supplices, n'est-ce pas? Laurent Terzieff avait sans doute fait craquer nombre de spectatrices et épouses l'année d'avant dans les Tricheurs...

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne suis pas d'accord avec vous, Christiane : l'éclat, la séduction et l'insouciance de la jeunesse, évoqués dans le souvenir d'une actrice, ce n'est pas "sans intérêt", même si, bien entendu, cela ne résume pas la carrière d'un grand acteur, ce qu'a aussi été Terzieff, en particulier au théâtre ; mais j'aime également me souvenir de lui dans la splendeur de sa jeunesse, éclatante dans ses premiers films. D'ailleurs, "Les Garçons" n'est pas du tout un film mineur : derrière le marivaudage, il y a un poignant désespoir qui affleure, et Pasolini n'en est pas pour rien le scénariste... D'autre part, j'aime l'idée que le cinéma existe aussi pour fixer la beauté, la pérenniser et la solenniser (comme dit Renaud Camus dans une phrase que je citais ici).

      Comme Terzieff, Alain Cuny était également un grand claudélien, cela n'empêche pas qu'il me plaît de les imaginer tous les deux, à travers le souvenir de Mylène Demongeot, en train de jouer au ballon dans le crépuscule, sur la plage d'Ostie. La légèreté n'est pas l'antithèse de la profondeur, et l'on assiste ici à une petite épiphanie, une fugace manifestation de la grâce, comme j'aime en conserver la trace dans ce blog...

      Supprimer
    2. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

      Supprimer
    3. Chère Christiane, pourquoi avez-vous supprimé vos commentaires ? La discussion (même virtuelle) est toujours féconde, et l'on peut être en désaccord sans que cela constitue une offense. Votre commentaire était intéressant et maintenant qu'il a disparu, ma réponse n'a plus aucun sens ; il me semble que vous parliez de "querelle" dans votre dernier message, ce n'est pas du tout ainsi que je l'entendais et c'est avec plaisir et intérêt que je discute avec vous...

      Supprimer
    4. Oh, ça n'a aucun rapport avec vous, J'étais en colère. Il fallait que je casse quelque chose, alors j'ai cassé mes mots ! Et puis votre raisonnement m'a paru juste. Mon rapport à la personnalité grave et poétique des dernières années de Laurent Terzieff toutes vouées au théâtre et à la poésie m'avaient rendu presque impossible de revoir ces belles photos de sa jeunesse incluses dans votre page. Quant aux confidences des acteurs et comédiens, je les lis rarement ayant séparé ce qui nous vient d'eux par leur interprétation dans les films et leurs souvenirs souvent écrits quand ils sont loin des écrans. Contrairement au beau film de W.Allen "La rose pourpre du Caire", je n'ai jamais eu envie de traverser l'écran pour basculer dans ces vies fictives. J'adore le cinéma mais j'aime après le mot "Fin" revenir à mon monde intérieur.
      Moi aussi j'ai du plaisir à échanger avec vous. Donc ni offense, ni querelle.

      Supprimer
  3. Mais vous pouvez les remettre si vous les avez encore. Moi, je ne les ai pas ! Je crois que j'exprimais un regret de voir l'immense Laurent terzieff évoqué par ces images de jeunesse. Le film (même écrit par Pasolini) ne m'évoquait rien de majeur et les dires de M.Demangeot me paraissaient peu intéressants. Voilà qui devrait éclairer vos réponses !
    Je citais ensuite le beau portrait de L.T. proposé par "Esprits Nomades": http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/terzieff/terziefflaurent.html

    RépondreSupprimer