vendredi 28 avril 2017

Noi tre (Nous trois)




Dans Noi tre (Nous trois), Mario Fortunato, dont c'est peut-être le plus beau livre, raconte l'amitié qui l'a lié aux écrivains Pier Vittorio Tondelli et Filippo Betto, tous les deux disparus aujourd'hui. Pour les trois amis, c'est "le temps dissolu de la jeunesse", l'âge de la fête, des enthousiasmes littéraires (ils admirent Auden, Isherwood et Spender, et leur trio subit bien sûr l'influence de ces grands aînés), des élans irrépressibles et des fâcheries jamais définitives, du sexe insouciant juste avant l'apparition de l'acronyme meurtrier que Fortunato ne nomme qu'une seule fois mais qui va évidemment marquer ces trois destins. 
On retrouve dans le livre l'Italie des années quatre-vingt, où l'on n'avait pas encore la conscience de danser au-dessus d'un volcan, l'aspect bouillonnant et excitant de ce que l'auteur appelle une "ère du jazz au format de poche". Je traduis ici un extrait de ce très beau livre (pages 67 à 69), dans lequel Fortunato explique son projet littéraire : écrire le roman vrai d'une amitié, loin de toute précision biographique, faire revivre en quelques pages ("à la fois ode et épitaphe") un moment à jamais disparu, et comme il est dit dans les dernières lignes du texte "passer encore un peu de temps en compagnie de nous trois".

Tout bien réfléchi, le mieux, c’est toujours ce que nous ne disons pas, ce qui dans la vie passe en silence. C’est peut-être pour cela que la jeunesse nous apparaît a posteriori comme ce qu’il y a de meilleur dans chaque existence — parce que lorsqu’on est jeune on se tait beaucoup, par manque d’assurance ou défiance envers le monde, et le silence semble devoir envelopper la réalité tout entière. 

Il y a tant de choses que j’ignore de Pier et de Filippo, parce que tous les trois nous pouvions rester indéfiniment silencieux, que ce soit par timidité, entêtement, mauvais caractère ou lâcheté. Il y avait des sujets que nous n’abordions pas entre nous, des aspects de nos existences que nous réservions à d’autres. Je ne crois pas qu’il y avait à cela une motivation précise, sinon celle, inévitable, de devoir jouer des rôles divers en diverses occasions. Comme l’on dit : l’observateur modifie toujours l’observé. Ainsi, quand j’entends parler de l’un ou de l’autre leurs amis qui n’étaient pas également les miens, il me semble voir émerger de leurs souvenirs des individus presque inconnus, dont j’ai du mal à identifier clairement les traits. Est-ce qu’il en a été de même pour eux ? Ai-je été moi aussi une figure familière et en même temps énigmatique ? 

Ce doit être pour cela qu'en m'apprêtant à raconter notre histoire, j’ai totalement abandonné l’idée de faire appel à d’autres points de vue, ou de solliciter des souvenirs qui ne nous concernaient pas directement tous les trois. Pas de recherches, de lettres, de conversations téléphoniques. Je n’ai même pas consulté mes archives personnelles. Je n’ai pas ici l’ambition de raconter la vraie vie de Pier et de Filippo, et encore moins la mienne — qui demeure d’ailleurs pour celui qui écrit la plus mystérieuse. Tout au plus, j’aimerais siffloter de la façon la plus juste la chansonnette de nos jours enfuis — les années quatre-vingt du vingtième siècle, notre petite et familière « ère du jazz », si petite qu’elle pouvait tenir dans la poche, quand la jeunesse semblait une fête destinée à ne jamais finir et le sexe, juste avant que la peur s’empare de tous, était encore une découverte et un divertissement, sans aucune finalité matrimoniale.

Au contraire, maintenant que le vingt et unième siècle a déployé largement ses ailes d’hystérie, de migrations, de terrorisme islamique et de dette souveraine, il m’est impossible de ne pas détonner, et je crains d’ailleurs que ceux qui ont aujourd’hui l’âge et l’apparence que nous avions alors soient partagés entre un obscur désir sadomasochiste de domination ou de soumission et le rêve idéal de la petite famille parfaite, reconnue et fêtée, dans une profusion de peluches et de bons sentiments, une mièvre copie d’un modèle qui tout bien considéré a toujours été dérisoire. De ce point de vue, nous trois pourrions vraiment représenter un passé bien plus lointain que ce que l’on pourrait croire, si éloigné qu’il en est devenu presque invisible. Parce que si aujourd’hui la normalité est devenue désirable, pour notre part nous étions différents, et irréguliers, et très fiers de l’être. 

Voilà pourquoi ces pages, au moins dans les intentions, sont une ode et une épitaphe, hésitant entre la joie et la mélancolie, semblables à ces rêves qui, en raison de leur aspect indéchiffrable, peuvent de façon surprenante provoquer les pleurs ou le rire. Parce qu’elles évoquent une époque heureuse à jamais disparue et, sous des formes diverses, payée au prix fort par les trois protagonistes. Parce que d’eux d’entre eux s’en sont allés prématurément, comme pour marquer de façon incontestable la fin de cette saison. Et enfin parce que, dans ce printemps si bref, on s’est tellement amusés qu’une vie entière ne suffisait pas.

Mario Fortunato  Noi tre  Bompiani, 2016  (Traduction personnelle)



Filippo Betto

Mario Fortunato

Pier Vittorio Tondelli








Images : en haut, Fulvia Farassino

en bas, Alberto Roveri



dimanche 16 avril 2017

Il Parco (Le Parc)




"A Firenze, vendevano rose : certi giorni, tutta la città ne odorava, passeggiavo ogni sera alle Cascine e la domenica nei giardini di Boboli senza fiori." 








Je cite ici un extrait du recueil de nouvelles de Piero Santi Amici per le vie (Amis le long des rues), publié en 1939 et réédité en 1976 dans un joli volume illustré par Renato Guttuso et Ernesto Treccani. L'ouvrage est paru aux éditions de L'Indiano, la galerie que Piero Santi tenait à Florence, 3, Piazza dell'Olio, tout près du Duomo, avec son ami Paolo Marini, mort le douze mars dernier. La nouvelle reprise ci-dessous s'intitule Il Parco (Le Parc) ; il s'agit d'une belle évocation d'une fin de journée d'été, et d'une nuit, dans le parc des Cascine, à Florence :

Antonio gli strinse la mano e se ne andò. Il ragazzo rimase solo e sperduto. L’indomani sarebbe andato via. Vide tutte le strade e tutti i paesi che avrebbe traversato. In mezzo c’erano i monti. A poco a poco il pensiero gli si annebbiò : alte mura di città azzurre sorgevano in mezzo alle nuvole e lui camminava leggero. Si addormentò. Sopra, le siepi brillavano ancora al sole del pomeriggio inoltrato e gli alberi si univano fitti contro il cielo troppo puro ; si presentiva la fine dell’arsura. Biciclette passavano a gruppi ; una ragazza insegnava al fratellino a muovere i primi passi, e il fanciullo camminava tutto gonfio e scuro, guardando fissamente l’erba. Nella grande vasca del piazzale i pesci si riposavano, fermi nel fondo, ristorati appena dallo zampillo continuo. Ma la sera calava. Cominciarono ad alzarsi per prime le donne, raccogliendo fagotti e bambini, poi qualche giovane, infine qualche soldato che era venuto lì dalle caserne lontane. Qualcuno rimase seduto sulle panchine. I fiori perdettero a poco a poco lo splendore dei loro colori e le grandi aiuole rosse intorno alla vasca smuorirono lentamente, incupendo. 

Millo si risvegliò. E vedendo il fiume già scuro non comprese lì per lì l’ora. Poi si alzò incamminandosi verso il piazzale d’ingresso del parco : di sera, la vita si svolgeva prevalentemente lassù, vicino al ponte. Il buio calava sempre più fitto, il calore, ancora grande. Ma d’un tratto una brezza fresca venne giù dai monti e scese a rinfrescare l’asfalto. Le cime degli alberi cominciarono ad ondeggiare sotto l’alito rinvigorente, le foglie si aprirono per bere l’inaspettata frescura ; e il fiume s’alleggerì allargando un po’ lo spruzzo delle sue acque sulle rive. Millo aspirò il vento e si passò una mano sul volto accaldato. Intanto il parco si popolava di ombre. Il buio avvolgeva tutto, senza consolazioni pallide di luna. Nell’intrico delle siepi l’oscurità era assoluta. Il ragazzo non provava ormai più il senso di paura delle prime notti : ora conosceva quasi tutti i nascondigli, i viali riposti, gli spiazzati più impensati ; e costituiva per lui un quotidiano divertimento pensare in qual luogo avrebbe dormito. Ogni sera, quasi, cambiava. 

Camminò per il viale centrale. Lumi di biciclette, indagatori e curiosi, passavano piano accecati spesso dai fari delle automobili ed ogni tanto qualche lume più piccolo, appena avvertibile, rivelava una sigaretta accesa. 

Millo si sedé su una panchina, ma pensando che l’indomani si sarebbe dovuto svegliar presto, pensò di andare a dormire. Scelse per quella notte l’ippodromo delle corse al galoppo, dove aveva dormito, a volte con Antonio. Saltò la siepe che circonda il grandissimo prato e in pochi istanti fu vicino ad una costruzione in muratura dove erano addossate delle frasche. Si gettò su di esse dopo averle un po’ accomodate. 

Dal cielo cupo si riversava una dolorosa intimità sulla terra. L’isola verde del parco viveva la sua vita notturna, ritmata dal vento che muoveva le cime degli alberi più alti. Verso il mattino, i viali erano vuoti e vuoti i prati e i piazzali. Ad un tratto una persona entrò nel viale centrale : era Antonio. Scavalcò la siepe e fu nell’ippodromo. Dette une scrollone a Millo. Il ragazzo aprì i suoi occhi chiari che risplendevano appena sotto la luce leggerissima dell’alba. Il cielo andava schiarendosi. Sulle piante, sulle foglie, sulle panchine si era posata la brina umida della notte. Gli abiti di Millo erano bagnati. 

– Andiamo, fece Antonio ; e la sua voce parve a Millo rauca. Mentre a poco a poco le foglie riprendevano vigore e gli animali sorgevano dai loro nidi e dalle loro buche, i ragazzi si incamminarono. Nei viali c’era ancora una luce tepida. Millo strappò un ramo da una siepe di biancospino e lo portò alla bocca. Nessuno parlò. Al rumore di un’automobile che passava in fretta, in un’ora così insolita, nessuno dei due pensò a voltarsi. 

Piero Santi  Amici per le vie, Galleria L'Indiano, Firenze, 1976 (prima edizione : Circoli, Roma, 1939)






Antonio lui serra la main et s’en alla. Le garçon resta seul et désemparé. Le lendemain, il serait parti. Il vit toutes les routes et tous les pays qu’il aurait traversés. Au milieu, il y avait les montagnes. Petit à petit, ses pensées se brouillèrent : les hauts murs de villes bleues surgissaient des nuages et il marchait d’un pas léger. Il s’endormit. Au dessus de lui, les haies brillaient encore au soleil de l’après-midi bien avancée, et les arbres se réunissaient en files serrées contre le ciel trop limpide ; on devinait la fin de la sécheresse. Des bicyclettes passaient en groupes ; une jeune fille aidait son petit frère à faire ses premiers pas, et l’enfant avançait, concentré et triste, en regardant fixement l’herbe. Dans le grand bassin de l’esplanade, les poissons se reposaient, immobiles dans le fond, avec pour seul réconfort le jet d’eau continu. Mais le soir tombait. Les femmes se levèrent les premières, en rassemblant leurs paquets et leurs enfants, puis ce fut le tour de quelques jeunes gens, et enfin des soldats, venus de leurs casernes lointaines. Quelques-uns restèrent assis sur les bancs. Les fleurs perdirent peu à peu leurs splendides couleurs et les vastes allées rouges autour du bassin dépérirent lentement, en s’obscurcissant. 

Millo se réveilla. En voyant le fleuve déjà sombre, il ne se rendit pas compte immédiatement de l’heure. Puis il se leva et se dirigea vers l’esplanade à l’entrée du parc : le soir, l’activité se concentrait à cet endroit-là, près du pont. Il faisait de plus en plus noir, et encore assez chaud. Mais tout à coup, une brise légère descendit des montagnes pour rafraîchir l’asphalte. Les cimes des arbres commencèrent à ondoyer sous le souffle revigorant, les feuilles s’ouvrirent pour boire cette fraîcheur inespérée ; le fleuve s’allégea en éclaboussant le rivage de ses eaux. Millo aspira le vent et essuya d’une main son visage en sueur. Pendant ce temps-là, le parc se peuplait d’ombres. Le noir enveloppait tout, sans les consolations pâles de la lune. Dans l’enchevêtrement des haies, l’obscurité était totale. Le garçon n’éprouvait plus désormais le sentiment de peur des premières nuits : maintenant, il connaissait toutes les cachettes, les allées secrètes, les refuges les plus inattendus ; et réfléchir à l’endroit où il allait pouvoir dormir était devenu pour lui un divertissement quotidien. Il changeait presque chaque soir. 

Il avança dans l’allée centrale. Des lumières de bicyclettes, insistantes et curieuses, passaient lentement, souvent aveuglées par les phares des automobiles ; parfois, une lueur plus faible, à peine perceptible, révélait une cigarette allumée. 

Millo s’assit sur un banc, mais en songeant que le lendemain il devrait se lever tôt, il pensa à aller dormir. Il choisit pour la nuit l’hippodrome des courses de plat où il avait déjà dormi, parfois avec Antonio. Il sauta la haie qui entourait le vaste pré et en quelques instants il se retrouva près d’une construction en béton où étaient adossés des branchages. Il se jeta sur eux après les avoir un peu arrangés. 

Le ciel sombre inondait la terre d’une douloureuse intimité. L’île verte du parc vivait son existence nocturne, rythmée par le vent qui agitait les cimes des arbres les plus hauts. Au petit matin, les allées étaient vides, comme les prés et les esplanades. Tout à coup, quelqu’un entra dans l’allée centrale : c’était Antonio. Il enjamba la haie et se retrouva dans l’hippodrome. Il secoua Millo. Le garçon ouvrit ses yeux clairs qui brillaient à peine sous la pâle lumière de l’aube. Le ciel s'éclaircissait. Sur les plantes, sur les feuilles, sur les bancs s’était déposé le givre humide de la nuit. Les vêtements de Millo étaient trempés. 

– Allons-y, dit Antonio ; et Millo trouva que sa voix était rauque. Tandis que les feuilles retrouvaient progressivement leur vigueur et que les animaux sortaient de leurs nids et de leurs tanières, les deux garçons se mirent en chemin. Dans les allées, la lumière était encore douce. Millo arracha une branche d’une haie d’aubépines et la porta à la bouche. Personne ne parla. On entendit le bruit d’une automobile qui passait rapidement, à une heure aussi insolite, mais aucun des deux ne songea à se retourner. 

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Giacomo Bartalesi  (Site Flickr)

au centre, Giovanna  (Site Flickr)

en bas, Daniele Frediani  (Site Flickr)

vendredi 14 avril 2017

Mes seules larmes (D'un pianto solo mio)




1

Mio fiume anche tu, Tevere fatale,
Ora che notte già turbata scorre ;
Ora che persistente
E come a stento erotto dalla pietra
Un gemito d'agnelli si propaga
Smarrito per le strade esterrefatte ;
Che di male l'attesa senza requie,
Il peggiore dei mali,
Che l'attesa di male imprevedibile
Intralcia animo e passi ;
Che singhiozzi infiniti, a lungo rantoli
Agghiacciano le case tane incerte ;
Ora che scorre notte già straziata,
Che ogni attimo spariscono di schianto
O temono l'offesa tanti segni
Giunti, quasi divine forme, a splendere
Per ascensione di millenni umani ;
Ora che già sconvolta scorre notte,
E quanto un uomo può patire imparo ;
Ora ora, mentre schiavo
Il mondo d'abissale pena soffoca;
Ora che insopportabile il tormento
Si sfrena tra i fratelli in ira a morte;
Ora che osano dire
Le mie blasfeme labbra :
« Cristo, pensoso palpito,
Perchè la Tua bontà
S'è tanto allontanata ? »

(...)

3

Cristo, pensoso palpito,
Astro incarnato nell'umane tenebre,
Fratello che t'immoli
Perennemente per riedificare
Umanamente l'uomo,
Santo, Santo che soffri,
Maestro e fratello e Dio che ci sai deboli,
Santo, Santo che soffri
Per liberare dalla morte i morti
E sorreggere noi infelici vivi,
D'un pianto solo mio non piango più,
Ecco, Ti chiamo, Santo,
Santo, Santo che soffri.

Giuseppe Ungaretti  Il Dolore (1937-1946)





1

Fleuve mien toi aussi, Tibre fatal,
Maintenant que la nuit passe déjà troublée ;
Maintenant qu'insistant,
Comme exsudé à grand'peine de la pierre,
Un bêlement d'agneaux se multiplie
Égaré dans les ruelles atterrées ;
Que l'attente sans fin du mal,
Le pire mal,
Que l'attente du mal imprévisible
Entrave l'esprit et les pas ;
Que des pleurs infinis, que de longs râles
Glacent chaque demeure, antre peu sûr ;
Maintenant que passe la nuit déjà meurtrie,
Qu'à tout instant sont réduits à néant
Ou risquent les outrages tant de signes
Conduits, presque divins, à resplendir
À travers l'ascension des millénaires ;
Maintenant que déjà démembrée la nuit passe
Et que j'apprends tout ce qu'un homme peut souffrir ;
Maintenant, maintenant, tandis que le monde asservi
Étouffe au gouffre de douleur ;
Maintenant que l'intolérable peine
Se déchaine entre frères en haine à mort ;
Maintenant que ma bouche
Se risque à blasphémer :
« Christ, pensive palpitation,
Pourquoi s'est-elle éloignée
Aussi loin, Ta bonté ? »

(...)

3

C'est dans Ton cœur une plaie,
La somme de la douleur
Que l'homme répand sur la terre ;
Ton cœur, foyer ardent
De l'amour qui n'est point vain.

Christ, pensive palpitation,
Astre incarné dans la ténèbre humaine,
Frère perpétuellement
Immolé pour que soit refait
L'homme plus humainement,
Saint, Saint, Saint douloureux,
Pour délivrer de la mort tous les morts
Et soutenir nous autres malheureux vivants,
Je ne pleure plus mes seuls pleurs,
Vois, je T'appelle, Saint,
Saint, Saint douloureux.

Traduction : Philippe Jaccottet









Images : Passion et Crucifixion, de Bernardino Luini (terminé en 1529) Eglise de Santa Maria degli Angeli, Lugano

Source : Site Flickr



 

Erbarme dich, mein Gott, 
Um meiner Zähren Willen ! 
Shaue hier, Herz und Auge 
Weint vor dir bitterlich. 
Erbarme dich, mein Gott ! 

Aie pitié, mon Dieu, 
à la vue de mes larmes ! 
Vois, mon cœur et mes yeux 
pleurent amèrement devant toi. 
Aie pitié, mon Dieu !

mercredi 12 avril 2017

Ce qui est resté




"... è tutto morto, niente è servito a niente.
— No, dissi io, qualcosa resta sempre."

Antonio Tabucchi  Notturno indiano

"... tout est mort, rien n'a servi à rien.
— Non, dis-je, il reste toujours quelque chose."

Antonio Tabucchi  Nocturne indien






Un poème de Carlos Drummond de Andrade, extrait du recueil A Rosa do Povo [La Rose du Peuple] d'abord dans la version originale portugaise, puis dans la traduction italienne d'Antonio Tabucchi, et enfin dans une traduction française personnelle :


Resíduo

De tudo ficou um pouco
Do meu medo. Do teu asco.
Dos gritos gagos. Da rosa
ficou um pouco

Ficou um pouco de luz
captada no chapéu.
Nos olhos do rufião
de ternura ficou um pouco
(muito pouco).

Pouco ficou deste pó
de que teu branco sapato
se cobriu. Ficaram poucas
roupas, poucos véus rotos
pouco, pouco, muito pouco.

Mas de tudo fica um pouco.
Da ponte bombardeada,
de duas folhas de grama,
do maço
— vazio — de cigarros, ficou um pouco.

Pois de tudo fica um pouco.
Fica um pouco de teu queixo
no queixo de tua filha.
De teu áspero silêncio
um pouco ficou, um pouco
nos muros zangados,
nas folhas, mudas, que sobem.

Ficou um pouco de tudo
no pires de porcelana,
dragão partido, flor branca,
ficou um pouco
de ruga na vossa testa,
retrato.

Se de tudo fica um pouco,
mas por que não ficaria
um pouco de mim ? no trem
que leva ao norte, no barco,
nos anúncios de jornal,
um pouco de mim em Londres,
um pouco de mim algures ?
na consoante ?
no poço ?

Um pouco fica oscilando
na embocadura dos rios
e os peixes não o evitam,
um pouco: não está nos livros.

De tudo fica um pouco.
Não muito: de uma torneira
pinga esta gota absurda,
meio sal e meio álcool,
salta esta perna de rã,
este vidro de relógio
partido em mil esperanças,
este pescoço de cisne,
este segredo infantil...
De tudo ficou um pouco :
de mim ; de ti ; de Abelardo.
Cabelo na minha manga,
de tudo ficou um pouco;
vento nas orelhas minhas,
simplório arroto, gemido
de víscera inconformada,
e minúsculos artefatos :
campânula, alvéolo, cápsula
de revólver... de aspirina.
De tudo ficou um pouco.

E de tudo fica um pouco.
Oh abre os vidros de loção
e abafa
o insuportável mau cheiro da memória.

Mas de tudo, terrível, fica um pouco,
e sob as ondas ritmadas
e sob as nuvens e os ventos
e sob as pontes e sob os túneis
e sob as labaredas e sob o sarcasmo
e sob a gosma e sob o vômito
e sob o soluço, o cárcere, o esquecido
e sob os espetáculos e sob a morte escarlate
e sob as bibliotecas, os asilos, as igrejas triunfantes
e sob tu mesmo e sob teus pés já duros
e sob os gonzos da família e da classe,
fica sempre um pouco de tudo.
Às vezes um botão. Às vezes um rato.

Carlos Drummond de Andrade  A Rosa do Povo, 1945






Residuo

Di tutto è rimasto un poco, 
Della mia paura. Del tuo ribrezzo.
Dei gridi blesi. Della rosa
è rimasto un poco.

È rimasto un poco di luce
captata nel cappello.
Negli occhi del ruffiano
è restata un po' di tenerezza
(molto poco)

Poco è rimasto di questa polvere
che ti coprì le scarpe
bianche. Pochi panni sono rimasti,
pochi veli rotti,
poco, poco, molto poco.

Ma d'ogni cosa resta un poco.
Del ponte bombardato,
delle due foglie d'erba,
del pacchetto
— vuoto — di sigarette, è rimasto un poco.

Che di ogni cosa resta un poco.
È rimasto un po' del tuo mento
nel mento di tua figlia.
Del tuo ruvido silenzio
un poco è rimasto, un poco
sui muri infastiditi,
nelle foglie, mute, che salgono.

È rimasto un po' di tutto
nel piattino di porcellana,
drago rotto, fiore bianco,
di rughe sulla tua fronte,
ritratto.

Se di tutto resta un poco,
perché mai non dovrebbe restare
un po' di me ? Nel treno
che porta a nord, nella nave,
negli annunci di giornale,
un po' di me a Londra,
un po' di me in qualche dove ?
nella consonante ?
nel pozzo ?

Un poco resta oscillando
alla foce dei fiumi
e i pesci non lo evitano,
un poco : non viene nei libri.

Di tutto rimane un poco.
Non molto : da un rubinetto
stilla questa goccia assurda,
metà sale e metà alcool,
salta questa zampa di rana,
questo vetro di orologio
rotto in mille speranze,
questo collo di cigno,
questo segreto infantile...
Di ogni cosa è rimasto un poco :
di me ; di te ; di Abelardo.
Un capello sulla mia manica,
di tutto è rimasto un poco ;
vento nelle mie orecchie,
rutto volgare, gemito
di viscere ribelli,
e minuscoli artefatti :
campanula, alveolo, capsula
di revolver... di aspirina.
Di tutto è rimasto un poco.

E di tutto resta un poco.
Oh, apri i flacone di profumo
e soffoca
l'insopportabile lezzo della memoria.

Ma di tutto, terribile, resta un poco,
e sotto le onde ritmate,
e sotto le nuvole e i venti
e sotto i ponti e sotto i tunnel
e sotto le fiamme e sotto il sarcasmo
e sotto il muco e sotto il vomito
e sotto il singhiozzo, il carcere, il dimenticato
e sotto gli spettacoli e sotto la morte in scarlatto
e sotto le biblioteche, gli ospizi, le chiese trionfanti
e sotto te stesso e sotto i tuoi piedi già rigidi
e sotto i cardini della famiglia e della classe,
rimane sempre un poco di tutto.
A volte un bottone. A volte un topo.

Carlos Drummond de Andrade

(Traduction italienne : Antonio Tabucchi) 





 
Ce qui est resté

De tout il est resté un peu,
De ma peur. De ton dégoût.
Des cris bredouillés. De la rose
un peu est resté.

Il est resté un peu de lumière
captée dans le chapeau.
Dans les yeux du souteneur
il est resté un peu de tendresse
(très peu).

Peu de chose est resté de cette poussière
qui a recouvert tes chaussures
blanches. Il est resté peu de vêtements,
peu de voiles déchirés,
peu, peu, très peu.

Mais de chaque chose il reste un peu.
Du pont bombardé,
des deux feuilles d'herbe,
du paquet — vide — de cigarettes, il est resté un peu.

Parce que de chaque chose il reste un peu.
Il est resté un peu de ton menton
Dans le menton de ta fille.
De ton âpre silence
un peu est resté, un peu 
sur les murs agacés,
dans les feuilles, muettes, qui grimpent.

Il est resté un peu de tout
dans le petit plat de porcelaine,
dragon brisé, fleur blanche,
il est resté un peu de rides sur ton front,
comme un dessin.

S'il reste un peu de tout,
pourquoi ne devrait-il pas rester 
un peu de moi ? Dans le train
qui va vers le nord, dans le navire,
dans les nouvelles des journaux,
un peu de moi à Londres,
un peu de moi qui sait où ?
dans la consonne ?
dans le puits ?

Un peu reste, flottant
à l'embouchure des fleuves
et les poissons ne l'évitent pas,
un peu : on ne le trouve pas dans les livres.

De tout il reste un peu.
Pas beaucoup : d'un robinet
perle cette goutte absurde,
moitié sel et moitié alcool,
cette patte de grenouille bondit,
ce verre d'horloge
brisé en mille espoirs,
ce cou de cygne,
ce secret enfantin...
De chaque chose il est resté un peu :
de moi ; de toi ; d'Abélard.
Un cheveu sur ma manche,
de tout il est resté un peu ;
du vent dans mes oreilles,
un rot vulgaire, un gémissement
d'entrailles rebelles,
et de minuscules artéfacts :
une campanule, une alvéole, 
une balle de revolver... un cachet d'aspirine.
De tout il est resté un peu.

Et de tout il reste un peu.
Oh, ouvre le flacon de parfum
et te suffoque
l'insupportable puanteur de la mémoire.

Mais de tout, terriblement, il reste un peu,
et sous le rythme des vagues,
et sous les nuages et les vents
et sous les ponts et sous les tunnels
et sous les flammes et sous le sarcasme
et sous la glaire et sous le vomi
et sous le sanglot, la prison, l'oubli
et sous les spectacles et sous la mort écarlate
et sous les bibliothèques, les hospices, les églises triomphantes
et sous toi-même et sous tes pieds déjà raides
et sous les gonds de la famille et de la classe,
il reste toujours un peu de tout.
Parfois un bouton. Parfois un rat. 

Carlos Drummond de Andrade

(Traduction personnelle) 








Images : (1)  David Sebastian Roman  (Site Flickr)

(2)  Gianni Mazzetti  (Site Flickr)

(3)  Pietro Donofrio  (Site Flickr)

(4)  Andrea Salvioni  (Site Flickr)




samedi 8 avril 2017

La Cardinale




Un beau portrait de Claudia Cardinale, extrait de Quarante ans, de Marc Lambron, le journal qu'il a tenu en 1997 (l'année de ses quarante ans, donc) et qu'il publie vingt ans plus tard aux éditions Grasset. La rencontre avec l'actrice a eu lieu le mercredi 12 mars 1997, à Paris :

Elle est vêtue de grège, bottines et lunettes de belle Romaine, comme accordée à ce belvédère qui donne sur la Seine. Un beau soleil de printemps éclaire la pièce. Quand elle vous regarde, il y a quelques raisons de trouver dans ce regard de la séduction, et d'autres qui en font sentir l'humanité. De très fines cigarettes habillent la voix voilée, qui avec le rire prend cette raucité charmante, méditerranéenne et un peu pied noir. Elle a une disponibilité réservée qui ressemble à la pudeur. Le charme même de celles qui, pour avoir oublié qu'elles ont été un jour blessées, ont la civilisation de ne blesser personne. Curieux, tout de même, de voir incarnée devant soi celle qui était pour moi, dans les années 60 — j'avais dix ans, onze ans — la belle captive des Professionnels sur l'écran du cinéma Saint-Joseph, rue Sully à Lyon. Le cinéma a été rasé, Claudia Cardinale est bien vivante : les acteurs survivent parfois aux salles. Je la vois comme venue de l'autre côté de l'écran, et du temps, comme la jeune femme qui en 1963 entrait dans une salle de bal sicilienne, la jeune princesse indienne de La Panthère rose. Elle vient de ces dernières années où le cinéma aura eu le goût des chocolats de l'entracte, avec le cœur battant des jeunes filles embrassées dans l'ombre, les histoires en cinémascope qui appelaient à un au-delà du présent et de la vie. Elle est très Via Veneto et studios Universal, musique de Nino Rota et Paris-Match 1966. (...)




Conversation enregistrée pendant 90 minutes. Je veux l'amener du côté de quelques films magiques, elle m'y attend déjà, comme depuis toujours. Raconte comment Mastroianni, sur le plateau du Bel Antonio, la courtisait ; et elle méfiante, écartant le baratineur dont elle mettrait quelques années à comprendre qu'il était, à ce moment-là, réellement amoureux d'elle. Je lui dis, et je le crois, que peu d'actrices auront été comme elle accueillies dès le début par les meilleurs esprits d'une nation. À dix-neuf ans, elle va tourner avec Monicelli, Bolognini, Zurlini, Germi. Pasolini écrit pour elle. Moravia l'interroge pour Esquire, puis écrit un petit livre où il prend le corps de la Cardinale comme un objet dans l'espace, avec les parties duquel il dialogue. Elle a été la Galatée des pygmalions italiens des années 60, qui projetaient chacun sur l'écran de sa beauté une image de femme. 
— Bolognini, à partir de La Viaccia, m'a toujours vue comme une image de la perdition. Pour Fellini, j'étais la femme idéale, le rêve, la petite fiancée que tout le monde voulait avoir. Pour Comencini, dans La ragazza, j'étais la femme qui attend son homme. Visconti me voyait en femme forte, entre deux époques, entre deux mondes, comme pour Sandra ou l'Angelica du Guépard. (...)




Étrange de la sentir si réservée, un fond farouche, le charme de la voix française après ces épopées de celluloïd. Paris, les adorations passées, les tueurs de cinéma, le registre international, le temps d'avant raconté comme du bon temps, le goût de ces grandes carrures pittoresques, le Sud : la Cardinale a peut-être un registre que l'on n'attendait pas — un côté Hemingway. Elle n'a cessé de tirer sur ses fines cigarettes blondes, et j'ai sorti mes Dunhill. Entretien dans les volutes, même si je ne suis pas l'Indien de Blake Edwards. « On est des fumeurs », dit-elle avec ce ton de gaieté, cette voix de jeune femme qu'elle gardera toujours. La fin du vingtième siècle a du bon. Mieux vaut rencontrer la Cardinale en 1997 que la Duse en 1914.

Marc Lambron  Quarante ans, Grasset, 2017







Images : en haut, © Photo Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images



mercredi 5 avril 2017

La veduta




Un extrait du livre de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs :

Le 9 octobre, dans la Creuse

Les forêts se doraient, que le sorbier ponctuait de rouge. Les pommiers croulaient sous les fruits. Leurs contours japonisaient la rousseur des orées. Le vent arrachait des paillettes aux arbres des fossés. Elles tombaient en copeaux, motifs de Klimt. J'aurais donné un doigt de pied pour cheminer de concert avec un professeur de l'école du Louvre qui m'aurait dispensé à chaque coup d’œil un cours d'histoire de la peinture du paysage. Pourquoi les peintres européens avaient-ils mis si longtemps à quitter leurs ateliers pour planter leurs chevalets dans les paysages ? Pourquoi avaient-ils tardé à convier le monde dans leurs œuvres ? Il est probable que recevoir dans sa soupente de jolies modèles prêtes à poser nues prédispose à rester chez soi.




Les motifs religieux avaient longtemps été les seuls autorisés par le pouvoir. L'homme médiéval appartenait à Dieu, la peinture exprimait le sacré. La Renaissance avait libéré l'inspiration. Les Flamands avaient peint leurs campagnes. Bruegel avait fait des patineurs et des petits canards le sujet de ses toiles. Avant lui, certains artistes avaient tout de même contourné les impératifs de l’Église en inventant la veduta : ils ménageaient dans une scène sacrée une fenêtre par laquelle se déployait une perspective sauvage. Des Vierges à l'Enfant se trouvaient assises sous des croisées dans l'enchâssure desquelles serpentaient des rivières. Un maître de la Renaissance italienne, Bernardino Luini, avait représenté côte à côte la Vierge et sainte Élisabeth tenant respectivement sur leurs genoux un énorme Enfant Jésus et un petit saint Jean-Baptiste grassouillet. Le groupe se tenait devant une forêt luxuriante dont on entendait presque froufrouter les ramures. J'imaginais que le Christ aurait bien aimé s'échapper avec son camarade pour aller jouer aux Indiens dans les fourrés. Nouveau ressort de la fuite sur les chemins noirs : échapper aux conventions, passer par la veduta, rejoindre les forêts dans l'arrière-plan.

Sylvain Tesson  Sur les chemins noirs  Gallimard, 2016








Images : Bernardino Luini  Vierge à l'Enfant, avec sainte Élisabeth et saint Jean-Baptiste (1500-1532) Musée des Beaux-Arts de Budapest

Source des reproductions : DeBeer  Site Flickr

La photo de Sylvain Tesson dans la forêt (détail) est de Thomas Goisque
 


lundi 3 avril 2017

Quand tu aimes il faut partir (Quando tu ami bisogna partire)






Tu es plus belle que le ciel et la mer

Quand tu aimes il faut partir 
Quitte ta femme quitte ton enfant 
Quitte ton ami quitte ton amie 
Quitte ton amante quitte ton amant 
Quand tu aimes il faut partir 

Le monde est plein de nègres et de négresses 
Des femmes des hommes des hommes des femmes 
Regarde les beaux magasins 
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre 
Et toutes les belles marchandises 

II y a l’air il y a le vent 
Les montagnes l’eau le ciel la terre 
Les enfants les animaux 
Les plantes et le charbon de terre 

Apprends à vendre à acheter à revendre 
Donne prends donne prends 

Quand tu aimes il faut savoir 
Chanter courir manger boire 
Siffler 
Et apprendre à travailler 

Quand tu aimes il faut partir 
Ne larmoie pas en souriant 
Ne te niche pas entre deux seins 
Respire marche pars va-t’en 

Je prends mon bain et je regarde 
Je vois la bouche que je connais 
La main la jambe l’œil 
Je prends mon bain et je regarde 

Le monde entier est toujours là 
La vie pleine de choses surprenantes 
Je sors de la pharmacie 
Je descends juste de la bascule 
Je pèse mes 80 kilos 
Je t’aime 

Blaise Cendrars  Feuilles de route, 1924








 


Tu sei più bella del cielo e del mare

Quando tu ami bisogna partire 
Lascia la tua donna lascia il tuo bambino 
Lascia il tuo amico lascia la tua amica 
Lascia la tua amante lascia il tuo amante 
Quando tu ami bisogna partire 

Il mondo è pieno di negri e di negre 
Di donne di uomini di uomini di donne 
Guarda i bei magazzini 
Questa carrozza quest’uomo questa donna questa carrozza 
E tutte le belle mercanzie 

C’è l’aria c’è il vento 
 Le montagne l’acqua il cielo la terra 
I bambini gli animali 
Le piante e il carbon fossile 

Impara a vendere a comprare a rivendere 
Dai prendi dai prendi 

Quando tu ami bisogna sapere 
Cantare correre mangiare bere 
Fischiare 
E imparare a lavorare 

Quando tu ami bisogna partire 
Non piangere quando sorridi 
Non ti rannicchiare tra due seni 
Respira cammina parti vai via 

Io prendo il bagno e guardo 
Vedo la bocca che conosco 
La mano la gamba l’occhio 
Io prendo il bagno e guardo 

Il mondo intero è sempre là 
La vita piena di cose sorprendenti 
Io esco dalla farmacia 
Scendo or ora dalla bilancia 
Io peso i miei 80 chili 
Io ti amo 

Traduzione : Salvatore Lo Leggio

 


 



Images : Jours de France, de Jérôme Reybaud

(et tout en bas, Un chant d'amour, de Jean Genet)