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jeudi 30 juillet 2015

La Bella aurora (La Belle aurore)




Ecco ridente in cielo
spunta la bella aurora,
e tu non sorgi ancora
e puoi dormir così ?

Sorgi, mia dolce speme,
vieni, bell'idol mio,
rendi men crudo, o Dio !
lo stral che mi ferì...

Rossini   Il Barbiere di Siviglia, Cavatina del Conte d'Almaviva (Libretto di Cesare Sterbini)






Voici que riante dans le ciel

apparaît la belle aurore,
et tu ne te montres pas encore
comment peux-tu dormir ainsi ?

Parais, mon doux espoir,
viens, ma belle idole,
rends moins cruel, ô Dieu !
le trait qui m'a blessé...






Images : en haut, Andrea Zucchi (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

Source de la vidéo : Site YouTube


(...)


dimanche 26 juillet 2015

Dix heures et demie du soir en été






Comment décrire 
Le jardin dévasté 
Dix heures du soir en été... 

À quoi bon vous dire 
La chaleur lourde 
D'avant la foudre ? 

La vie qui part 
La terre qui s'ouvre 
Le feu aux poudres... 

Dans leurs regards 
Entre leurs mains, 
La fin de l'histoire... 

À tout jamais 
La beauté niée 
Détournée... 

L'orage éclaté 
La pluie qui tombe 
Dans un fracas de fin du monde...



On aimerait rire 
Des faux soupirs... 
Au moins lui dire... 

Le vain miroir 
Qu'elle tend, les fards... 
Le vent qu'elle vend... 

Comment décrire 
Tout le carnage 
D'après l'orage ? 

Dix heures en été : 
La nuit qui tombe 
Dans un néant de fin du monde... 

Il devrait fuir 
Les faux sourires 
Se dessaisir 

Du vain miroir 
Qu'elle tend, des fards 
Du vent qu'elle vend...






Images : en bas, (1) Pierre-Paul Feyte  (Site Flickr)

(2) extrait de Dix heures et demie du soir en été, de Marguerite Duras





samedi 25 juillet 2015

Testamento (Testament)




Mauro Marè (1935-1993) est un poète romain dont la totalité de l’œuvre poétique est écrite en romanesco, le dialecte de Rome. Testamento est un de ses poèmes les plus connus ; on peut entendre dans l'extrait vidéo placé à la fin de ce message l'adaptation qu'en a faite le chanteur Simone Cristicchi :

Me piacerebbe d'esse seppellito, 
magara doppo morto, in cima a un colle, 
senza la cassa, a pelle cò le zolle, 
in pizzo ar mare, limpido e infinito. 

E ar posto della croce un arberello, 
che sia piantato sull'istessa tera, 
de limone, così che a primavera, 
quanno er mare è più liscio e brillarello, 

se spargerà er profumo tutt'attorno, 
vieranno le farfalle cò l'ucelli 
a sugamme li fiori tenerelli 
e sarò alegro, giorno doppo giorno… 

 e allora canterò : "Fior de limone… 
la vita è un soffio, un mozzico, un sospiro, 
cò la morte diventerà un respiro, 
un profumo, 'na brezza, 'na canzone". 

Mauro Marè 





J'aimerais être enterré,
si possible après ma mort, au sommet d'une colline,
sans cercueil, à même la terre,
près de la mer, limpide et infinie.

Et au lieu d'une croix, un petit arbre,
planté dans la même terre,
un citronnier, pour qu'au printemps,
quand la mer est plus calme et plus lumineuse,

il répande tout autour son parfum,
 les papillons et les oiseaux viendront
butiner les fleurs délicates
et je serai joyeux, jour après jour...

et alors je chanterai : "Fleur de citron...
la vie est un souffle, une bouchée, un soupir,
avec la mort, elle deviendra une halte,
un parfum, une brise, une chanson". 

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Diana  (Site Flickr)

au centre, Allen  (Site Flickr)

en bas, Neda  (Site Flickr)



vendredi 24 juillet 2015

La Dernière Danse




"Cuando se revelen los recuerdos
y me pongan contra la pared..."






Sans cesse je roulais d'un coin du lit à l'autre,
je n'eus plus qu'à me retirer de mon alcôve
pour aller me rouler dans les bars de la ville :
là je vis des gens comme moi dans la débile
ordure musicale tombant sur nos têtes
attendre comme moi l'issue de cette fête
mais d'être là ensemble à nous saouler faisait
oublier la sentence qui nous menaçait,
ensemble nous levions à travers la fumée
nos verres pour y noyer la pensée
trop claire qui nous crie lorsque la nuit commence :
« Ami, viens par ici, c'est ta dernière danse. »

William Cliff   Amour perdu  Le Dilettante, 2015








Images : en haut et en bas, Frank Kloskowski  (Site Flickr)

au centre, Lorenzo Giunchi  (Site Flickr)



mardi 21 juillet 2015

Mi manchi (Tu me manques)




Questa è per te...









Simone Cristicchi canta Mi manchi (Tu me manques)  Testo : S. Cristicchi / F. Di Salvo  Musica : R. Pacco, 2013 :

Mi manchi, come manca il mare a un’isola 
Come ad un bottone l’asola 
come un mese al calendario 
e a un teatro il suo sipario 
a una suora il suo rosario 
come le ali a un aeroplano 
l’altalena ad un bambino 
la sua patria a un emigrato 

Mi manchi, come l’ago ad un pagliaio 
allo Yeti il suo ghiacciaio 
come il vento agli aquiloni 
come il cacio ai maccheroni 
e la penna ad un notaio 
come manca un pesce all’amo 
come a volte manca il fiato 
e a me dirti che ti amo… 

Lo nasconderò questo nostro amore 
 perché tu non lo veda, perché tu non ci creda 
quando ti dirò che ti amo ancora, 
che ti amo ancora e che mi manchi.

Mi manchi come le radici a un albero 
come il campo ad un trattore 
come al lampo manca il tuono 
e al peccato il suo perdono 
al mercato il suo frastuono 
al ciclista la discesa 
a un altare la sua chiesa 
come a Dio la mia preghiera 

Lo nasconderò questo grande amore 
 perché il mondo non veda, perché tu non ci creda 
quando ti dirò che ti amo ancora, 
che ti amo ancora e che mi manchi.

Mi manchi come tela ad un pittore 
come adesso le parole 
come a me manca il tuo amore.




Tu me manques, comme la mer manque à une île
comme à un bouton la boutonnière
comme un mois au calendrier
et à un théâtre son rideau
à une sœur son chapelet
comme les ailes à un avion
la balançoire à un enfant
et sa patrie à un émigré

Tu me manques, comme l'aiguille à une botte de foin
au Yéti son glacier
comme le vent aux cerfs-volants
comme le fromage aux macaronis
et le stylo à un notaire
comme manque un poisson à l'hameçon
comme parfois manque le souffle
et à moi te dire que je t'aime...

Tu me manques, comme les racines à un arbre
comme le champ à un tracteur
comme à l'éclair manque le tonnerre
et au péché son pardon
au marché son vacarme
au cycliste la descente
à un autel son église
comme à Dieu ma prière

Tu me manques, comme la toile à un peintre
comme maintenant me manquent les mots
comme me manque ton amour.







Images : (1), (2) et (3)  Massimo  (Site Flickr)

(2)  Stefano Corso  (Site Flickr)

lundi 6 juillet 2015

La canzone del sole (La chanson du soleil)




À bientôt !





Si l'on réunit quelques Italiens un soir d'été autour d'un feu de camp, de préférence sur une plage, il ne faudra pas attendre bien longtemps avant qu'ils entonnent La canzone del sole, composée en 1971 par Lucio Battisti, sur un texte de Mogol. Vous pouvez vous entraîner à la fredonner en suivant les paroles reprises dans la vidéo :







Images : en haut, Elisa Moretti  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

samedi 4 juillet 2015

Είμαστε όλοι Ελληνες







 Che fece... il gran rifiuto

Σε μερικούς ανθρώπους έρχεται μια μέρα
που πρέπει το μεγάλο Ναι ή το μεγάλο το Όχι
να πούνε. Φανερώνεται αμέσως όποιος τόχει
έτοιμο μέσα του το Ναι, και λέγοντάς το πέρα

πηγαίνει στην τιμή και στην πεποίθησί του.
Ο αρνηθείς δεν μετανοιώνει. Aν ρωτιούνταν πάλι,
όχι θα ξαναέλεγε. Κι όμως τον καταβάλλει
εκείνο τ’ όχι — το σωστό —  εις όλην την ζωή του. 




 Che fece... il gran rifiuto (1)

Pour certains hommes, il vient un jour où il faut dire le grand OUI ou le grand NON. Celui qui l'a prêt en soi, ce OUI, se manifeste tout de suite ; en le disant, il progresse dans l'estime d'autrui et selon ses propres lois.

Celui qui a refusé ne regrette rien : si on l'interrogeait de nouveau, il répèterait NON — et cependant ce NON, ce juste NON, l'accable pendant toute sa vie.

Constantin Cavafis  (Traduction : Marguerite Yourcenar)

(1) :  le titre de ce poème de Cavafis vient du troisième chant de l'Enfer de Dante (vers 60), où il est question de Célestin V, le pape qui "fit le grand refus", c'est-à-dire qui renonça à la tiare pontificale. On remarquera que Cavafis omet volontairement la partie centrale du vers ("che fece per viltade il gran rifiuto", "qui fit par lâcheté le grand refus"), dont la reprise aurait considérablement altéré la signification profonde du poème.



Che fece... il gran rifiuto

À quelques-uns arrive un jour
d'avoir à choisir entre le grand Oui
et le grand Non. Se révèle aussitôt celui
qui a le Oui tout prêt en lui, et de le dire

le fait aller plus loin dans l'honneur et dans sa conviction.
Celui qui refuse ne regrette rien. Si on lui reposait la question,
c'est non qu'il redirait. Et pourtant il l'accable,
ce non — dans sa justesse — durant toute sa vie.

Traduction : Dominique Grandmont




Che fece... il gran rifiuto 

Arriva per taluni un giorno, un'ora
in cui devono dire il grande Sì
o il grande No. Subito appare chi
ha pronto il Sì : lo dice, e sale ancora

nella propria certezza e nella stima.
Chi negò non si pente. Ancora No,
se richiesto, direbbe. Eppure il No,
il giusto No, per sempre lo rovina.

Traduzione : Filippo Maria Pontani






Images : en haut, Carron Brown  (Site Flickr)

vendredi 3 juillet 2015

Torneranno le sere (Les soirs reviendront)



 
Torneranno le sere a intepidire
nell’azzurro le piazze, ai bianchi muri
la luna in alto s’alzerà dal mare
e nella piena dei giardini il vento
fitto di case, d’alberi, di stelle
passerà per la grande aria serena.
Torneranno nel sogno anche le voci
delle famiglie illuminate a cena,
la rapida ebrietà del loro riso.


O finestrelle, pozzi, logge, vetri
attaccati alla vita, allo spiraglio
delle fresche delizie e dei rimpianti,
o luna nuova sulla mia memoria,
tornate ad albeggiare con quel canto
di parole perdute, con quei suoni
struggenti, con quei baci morsi al buio.
Siate la polpa rossa dell’anguria
spaccata in mezzo alla tovaglia bianca.


Alfonso Gatto La storia delle vittime, Mondadori, 1966.
 
Les soirs reviendront tiédir dans le bleu les places,
aux murs blancs la lune, haut, montera de la mer
et dans la crue des jardins le vent
dru de maisons, d'arbres, d'étoiles
passera dans le grand air serein.
Reviendront en rêve jusqu'aux voix
des familles éclairées au dîner,
la rapide ivresse de leur rire.

Ô fenestrelles, puits, loggias, vitres
attachés à la vie, à la lueur
des frais plaisirs et des regrets,
ô lune neuve sur ma mémoire,
revenez comme l'aube avec ce chant
de mots perdus, avec ces sons
déchirants, ces baisers mordus dans le noir.
Soyez la pulpe rouge de la pastèque
fendue au milieu de la nappe blanche.


 (Traduction : Bernard Simeone)






Grazie a Teresa (Site Flickr) per le sue bellissime fotografie di Salerno



mardi 30 juin 2015

Carmela




Une des chansons napolitaines que je préfère, Carmela (Paroles : Salvatore Palomba, Musique : Sergio Bruni, 1976), merveilleusement interprétée par Mina :

Stu vico niro nun fernesce maje 
e pure 'o sole passa e se ne fuje. 
Ma tu stai llà, tu rosa preta 'e stella, 
Carmela Carmè ! 

Tu chiagne sulo si nisciuno vede 
e strille sulo si nisciuno sente, 
ma nun' è acqua 'o sanghe dint' 'e vvene, 
Carmela Carmè ! 

Si ll' ammore è 'o cuntrario d' 'a morte, 
e tu 'o ssaje. 
Si dimane è surtanto speranza, 
e tu 'o ssaje. 
Nun me può fà aspettà fin' a dimane, 
astrigneme 'int' 'e braccia pe' stasera, 
Carmela Carmè ! 

Ma tu stai llà,tu rosa preta 'e stella, 
Carmela Carmè 
Ma nun' è acqua 'o sanghe dint' 'e vvene, 
Carmela Carmè ! 

Si ll' ammore è 'o cuntrario d' 'a morte, 
e tu 'o ssaje. 
Si dimane è surtanto speranza, 
e tu 'o ssaje. 
Nun me può fà aspettà fin' a dimane, 
astrigneme 'int' 'e braccia pe' stasera, 
Carmela Carmè !




Cette ruelle obscure ne finit jamais
Même le soleil la traverse et s'enfuit.
Mais c'est là que tu vis, toi la rose, la poussière d'étoile.
Carmela, Carmela !

Tu ne pleures que lorsque personne ne te voit
et tu ne cries que si personne ne peut t'entendre,
mais ce n'est pas de l'eau qui coule dans tes veines,
Carmela, Carmela !

L'amour est le contraire de la mort,
et tu le sais.
Le lendemain est porteur d'espérance,
et tu le sais.
Mais ne me fais pas attendre jusqu'à demain,
serre-moi dans tes bras dès ce soir,
Carmela, Carmela !

(Traduction personnelle) 











Images : (1) et (3) Sophia Loren dans Une journée particulière, d'Ettore Scola

(2) Gustavo Pisani  Vicolo, olio su tela



La version du compositeur, Sergio Bruni

vendredi 26 juin 2015

Tutto quello che passa in una via (Tout ce qui passe par une rue)




Tutto quello che passa in una via

Passa con la sua fascinetta sotto il braccio
il povero spazzacamino tutto nero
che getta il suo grido acuto e triste
pieno di nostalgia, che fa pensare
a un Natale tra i monti
e a tante cose bianche e malinconiche ;
passa il filosofo cenciaiuolo
che si ferma a frugare col bastone
nell'immondizie accumulate
ai canti delle case ;
passa l'imbacuccata cerinaia,
poverina! che ha tanto freddo e porta
tanto fuoco con sé
da incendiare tutta la città ;
passano i mendicanti campagnoli
che si ferman di porta in porta
a chiedere la carità ;
passan le grigie squadre d'Orsoline
che vanno a passeggiare sulle mura
nel pomeriggio di domenica
ed i neri seminaristi
che si spargon tra gli alberi forensi
come corvi a pasturarsi,
reclute del paradiso ;
passan le coppie degli amanti preoccupati,
passan le coppie pallide degli sposi,
passano i vecchi stanchi,
passani i poveri morti
che vanno all'ultima dimora ;
passano i girovaghi
con la lor musica a tracolla
che non è buona che di piangere
o gli organi di Barberia
che ridon e piangono per pochi soldi
come i pagliacci ;
passano i curvi pellegrini stranieri
che domandano il cammino di Roma.

Corrado Govoni  Armonia in grigio e in silenzio, 1903






Tout ce qui passe par une rue

Passe avec son petit fagot sous le bras

le pauvre ramoneur tout noir
qui lance son cri aigu et triste
plein de nostalgie, qui fait penser
à un Noël dans la montagne
et à tant de choses blanches et mélancoliques ;
passe le philosophe chiffonnier
qui s'arrête pour fouiller de son bâton
les ordures amoncelées
aux coins des maisons ;
passe la marchande d'allumettes emmitouflée,
la pauvre ! elle a si froid alors qu'elle porte
assez de feu sur elle
pour incendier la ville entière ;
passent les mendiants campagnards
qui s'arrêtent de porte en porte
pour demander la charité ;
passent les grises files d'Ursulines
qui vont se promener sur les remparts
le dimanche après-midi
et les noirs séminaristes
qui s'éparpillent dans les arbres majestueux
comme des corbeaux cherchant leur pitance,
dans l'attente du paradis ;
passent les couples d'amants préoccupés,
passent les couples pâles des époux,
passent les vieux fatigués,
passent les pauvres morts
qui rejoignent leur dernière demeure ;
passent les vagabonds
avec leur musique en bandoulière
qui n'est bonne qu'à pleurer
ou les orgues de Barbarie
qui rient et pleurent pour quelques sous
comme les clowns ;
passent, le dos courbé, les pèlerins étrangers
qui demandent le chemin de Rome.

(Traduction personnelle)








Images : en haut et au milieu : Paolo Squarzoni  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr



mardi 23 juin 2015

Gradisca...





Magali Noël  (27 juin 1931 - 23 juin 2015)









Le temps passe et il y met le temps 
Les oiseaux s'envolent sur l'étang 
Le ciel bas, rayé de pluie et d'ombre 
Pèse sur les champs sombres 
Où rôde aussi le vent

 Je suis seule depuis déjà longtemps
 Je suis seule, je suis triste et j'attends 
Vers l'oubli glissent des jours sans nombre 
Le temps passe et il y met le temps 

Pourtant j'étais jeune et je valsais 
Au bal de la princesse 
Les hommes, les femmes et leurs rires frais 
Tournaient, tournaient autour de mon cœur 

Mais mon cœur est mort en plein printemps 
Il est là tout au fond de l'étang 
Dans les feux glissent des jours sans nombre 
Le temps passe et il y met le temps...

vendredi 19 juin 2015

La Mer




Je cite ici, dans une traduction personnelle, un deuxième extrait de l'ouvrage I racconti di Nené, d'Andrea Camilleri ; je rappelle qu'il ne s'agit pas à l'origine d'un texte écrit, mais de la retranscription d'une conversation de l'écrivain avec deux journalistes :

« Mer...
La mer me fait d’abord penser aux pêcheurs, les merveilleux pêcheurs de mon pays. 
D’abord avec leurs tartanes, qui étaient des sortes de barques à voile, puis avec les chalutiers, dans la période faste de Porto Empedocle, qui était alors le deuxième port de pêche italien, avant de perdre cette place en faveur de Mazara del Vallo. 
Chaque fois que je monte sur une bateau, je sens se recomposer en moi une sorte d’équilibre, que je perds aussitôt quand je regagne la terre ferme.
Je peux encore plonger et rester sous l’eau assez longtemps. Et je m’amusais beaucoup en jouant ce bon tour à ceux qui ne me connaissaient pas : rester longtemps sous l’eau en apnée et susciter l’inquiétude chez ceux qui m’accompagnaient. Et je parviens à la faire encore aujourd’hui malgré toutes les cigarettes que je fume.




En somme, l’élément aquatique est fondamental pour moi. 
La première fois que je quittai Porto Empedocle pour gagner l’intérieur de la Sicile, j’allai à Caltanisseta avec mon père, pour je ne sais plus quelle raison ; nous partagions la même chambre. 
J’étais enfant et je n’arrivai pas à trouver le sommeil. 
Mon père me demanda : "Pourquoi ne dors-tu pas ?"
Je ne parvenais pas à m’endormir sans comprendre pourquoi. Puis je me rendis compte que le bruit de la mer me manquait. 
J’ai assisté à de grands moments d’héroïsme liés à la mer. J’ai passé toute la période de la guerre à Porto Empedocle, où se trouvaient les navires de l'armée, et là, j’ai pu connaître des gens qui recevraient par la suite la médaille de la Valeur Militaire. 
Je me souviens par exemple de l’attaque mémorable d’un contre-torpilleur à trois cheminées, du même modèle que ceux que l’on utilisait pendant la guerre de 14-18. Ce contre-torpilleur était commandé par le Capitaine de vaisseau Margottini, qui avait amené son chien à bord. 
Un jour, pendant une patrouille, il se retrouva en face de la totalité de la flotte anglaise qui commença à le bombarder. Il comprit aussitôt que s’il voulait essayer de les couler, il devait s’approcher d’au moins trois-cents mètres, ce qui le rendait particulièrement vulnérable. Il arriva à trois-cents mètres de distance avec son navire en flammes, et il tira ; il toucha un croiseur, mais coula avec tout son équipage. 
Son chien, quand il le vit sur le point de se noyer, le saisit au collet et le ramena à la surface, lui sauvant ainsi la vie. 
Quand le Capitaine Margottini vint nous rendre visite, le chien eut droit à la place d’honneur et prit part avec nous aux festivités qui durèrent toute la soirée. 
J’aurais bien d’autres épisodes du même genre à raconter !




Toujours au sujet de la mer, je dois dire que le plus beau prix littéraire que j’ai reçu, celui que j’ai le plus apprécié, m’est venu de l’île bretonne d’Ouessant, là où les plus gros bateaux de pêche, ceux qui restent en mer pendant des mois, font escale avant leur départ. 
Sur l’île d’Ouessant, dont on peut faire le tour en quatre heures, et qui n’est qu’un morceau de terre autour d’un phare, avec quelques maisons et un port de pêche, on décerne chaque année un prix littéraire consacré à la littérature insulaire, autrement dit aux auteurs qui vivent dans une île.
Mon roman Il Birraio di Preston [Le Brasseur de Preston] (1) se trouvait parmi les ouvrages sélectionnés. Le jury se réunit sur un chalutier et décida de me décerner le prix. 
La dotation était de quinze mille francs, mais on me précisa qu’il n’était pas nécessaire que je me déplace sur l’île pour les recevoir ; il suffisait que je fournisse mon adresse et mes coordonnées bancaires. On m’envoya donc la somme accompagnée de la motivation du jury qui était exactement celle-ci : "Bon livre" (2). 
C’est à mon avis l’une des plus belles motivations que l’on puisse trouver pour attribuer un prix à un roman ! »

Andrea Camilleri   I racconti di Nené  Universale Economica Feltrinelli, 2014  (Traduction personnelle)

(1) Il Birraio di Preston est paru en France sous le titre L'Opéra de Vigata, Editions Métailié, 1999.

(2) en français dans le texte








Images : (1) et (2) Angelo Spataro  (Site Flickr)


(4) Giovanni Fucà  (Site Flickr)




mercredi 17 juin 2015

L'amitié en Sicile




I racconti di Nenè reprend de larges extraits d’une interview télévisée qu’Andrea Camilleri a accordée en 2006 à deux journalistes, Francesco Anzalone et Giorgio Santelli. Camilleri y raconte les étapes fondamentales de sa vie et il y parle aussi de façon plus générale de la Sicile et de certains aspects du caractère insulaire. Dans le texte que je reprends ici, dans une traduction personnelle, il est question des caractéristiques de l’amitié sicilienne, bien difficiles à comprendre de l’extérieur. Il faut préciser qu’il ne s’agit pas à l'origine d’un texte écrit, mais de la retranscription d’une conversation, ce qui explique l’aspect parfois relâché du style, qui vise à conserver la spontanéité de la source orale :

« Sur le sujet de l’amitié, je crois que l’on a déjà écrit des centaines de livres, et je ne pense pas que je puisse ajouter grand-chose de nouveau. Je me bornerai donc à parler de l’amitié sicilienne, en cherchant à préciser ce qu’est le concept d’amitié en Sicile et comment il est mis en pratique. 
Je pense à un exemple que j’ai toujours trouvé frappant. 
Luigi Pirandello et Nino Martoglio (1) étaient des amis intimes, de vrais amis. C’est Martoglio qui a fait débuter Pirandello au théâtre, et qui l’a par la suite aidé de toutes les façons possibles. Ils étaient liés à la vie, à la mort. Dans leurs lettres, ils employaient même des expressions qui seraient aujourd’hui considérées comme embarrassantes, comme "Je vous embrasse sur la bouche, cher ami". 
On en vient alors à se demander : "Mais de quel type d’amitié peut-il bien s’agir ?"
Un lien encore plus fort que celui qui unit deux frères jumeaux : c’est un peu une définition par défaut de l’amitié, mais elle s’approche de la vérité.
Et puis, un jour, cette amitié s’est interrompue. 
Pour expliquer à Martoglio les raisons de cette interruption, Pirandello lui écrit : "Cher ami, l’autre soir, vous avez dit un mot, un seul mot, que vous n’auriez pas dû prononcer... "
Cela semble ridicule, mais ce mot avait à lui tout seul un poids qui remettait en question toutes les années d’amitié qui l’avaient précédé. 
On peut donc se demander si l’amitié sicilienne n’est pas un art plutôt difficile à pratiquer. 
Je me suis souvent rendu compte qu’entre Siciliens, un véritable ami ne doit pas demander à l’autre quelque chose ; cela n’est pas nécessaire puisqu’il sera précédé par l’offre de l’ami, qui a déjà compris la demande qu’on était sur le point de lui faire. 
C’est un processus un peu complexe. En fait, obliger un ami à formuler une requête est la preuve d’une amitié imparfaite. 
Voilà pourquoi je parlais de jumeaux, parce que souvent, entre eux, on constate des échanges mentaux, par lesquels chacun comprend de façon magique les nécessités de l’autre.




Il y a encore une autre caractéristique merveilleuse de l’amitié sicilienne, et je vais l’illustrer avec un exemple. 
J’avais un ami très cher que je ne voyais plus depuis dix ans. J’étais déjà marié et je venais de m’installer à Rome. Il m’appelle et me dit : 
"J’ai deux heures de libre entre un train et l’autre et j’aimerais venir te voir."
Il vient à la maison et nous nous embrassons chaleureusement avant de nous asseoir côte à côte sur le divan. Deux heures s’écoulent et mon ami se lève, m’embrasse et s’en va. 
Ma femme, qui non seulement n’est pas sicilienne mais a de plus reçu une éducation milanaise, me dit avec stupéfaction : 
"Mais vous ne vous êtes même pas parlé, vous ne vous êtes rien dit, vous êtes restés silencieux, vous avez à peine échangé cinq ou six mots !"
Elle ne pouvait pas comprendre combien de choses nous nous étions dites, en amis véritables, à travers tout ce silence. 
Et voilà un autre aspect mystérieux et indéchiffrable de l’amitié sicilienne. »

Andrea Camilleri  I racconti di Nené   Universale Economica Feltrinelli, 2014  (Traduction personnelle)

(1) Nino Martoglio (1870 - 1921) a été un célèbre poète et dramaturge sicilien ; il mit en scène les première œuvres théâtrales de Pirandello, et écrivit même avec lui des pièces in dialetto, c'est-à-dire en sicilien.



lundi 15 juin 2015

Cu' mme (Avec moi)




Quand on évoque en France la chanson napolitaine, on pense surtout aux grands classiques, souvent repris par des ténors comme Placido Domingo, Luciano Pavarotti, ou plus récemment Vittorio Grigolo et Roberto Alagna ; il existe toutefois une chanson napolitaine d'aujourd'hui, de qualité certes inégale, mais qui parvient parfois à s'approcher des grandes réussites du passé. C'est le cas me semble-t-il de Cu'mme [Avec moi], une chanson d'Enzo Gragnaniello, composée en 1991 et interprétée par un vétéran de la chanson napolitaine, l'excellent Roberto Murolo, et par Mia Martini, une belle voix italienne qui connut un destin tragique :


Scinne cu ‘mme
nfonno o mare a truva’
chillo ca nun tenimmo acca’

vieni cu mme
e accumincia a capi’
comme e’ inutile sta’ a suffri’

guarda stu mare
ca ci infonne e paure
sta cercanne e ce mbara’

ah comme se fa’
a da’ turmiento all’anema
ca vo’ vula’
si tu nun scinne a ffonne
nun o puo’ sape’

no comme se fa’
adda piglia’ sultanto
o male ca ce sta’
eppoi lassa’ stu core
sulo in miezz a via

saglie cu ‘mme
e accumincia a canta’
insieme e note che l’aria da’

senza guarda’
tu continua a vula’
mientre o viento ce porta la’

addo ce stanno
e parole chiu’ belle
che te pigliano pe mbara’

ah comme se fa’
a da’ turmiento all’anema
ca vo’ vula’
si tu nun scinne a ffonne
nun o puo’ sape’

no comme se fa’
adda piglia’ sultanto
o male ca ce sta’
eppoi lassa’ stu core
sulo in miezz a via

ah comme se fa’
a da’ turmiento all’anema
ca vo’ vula’
si tu nun scinne a ffonne
nun o puo’ sape’

no comme se fa’
adda piglia’ sultanto
o male ca ce sta’
eppoi lassa’ stu core
sulo in miezz a via




Descends avec moi 
au fond de la mer pour trouver
tout ce qui nous manque ici.

Viens avec moi
 et tu commenceras à comprendre
qu'il ne sert à rien de continuer à souffrir.

Regarde cette mer 
qui nous effraie
elle cherche à nous apprendre...

Ah, comment peut-on
faire du mal à une âme 
qui veut s'envoler ?
Si tu ne touches pas le fond,
tu ne le sauras jamais !

Non, comment peut-on
vivre uniquement
pour répandre le mal
et abandonner cette âme solitaire
au milieu de la rue ?

Monte avec moi
et commence à chanter
avec les notes que l'air nous donne.

Sans regarder en bas
tu continues à voler
tandis que le vent nous conduit là-bas.

Là où se trouvent
les mots les plus beaux
que j'emporte pour te les apprendre.

Ah, comment peut-on
faire du mal à une âme 
qui veut s'envoler ?
Si tu ne touches pas le fond,
tu ne le sauras jamais !

Non, comment peut-on
vivre uniquement
pour répandre le mal
et abandonner cette âme solitaire
au milieu de la rue ?

(Traduction personnelle)








Images : en haut, Alessandra Russo  (Site Flickr)

en bas, Michele Mazzella  (Site Flickr)




Une version de Cu'mme plus dépouillée et plus récente, interprétée par l'auteur, Enzo Gragnaniello

vendredi 12 juin 2015

Captures d'écran




Dans Ludwig, de Luchino Visconti, Marc Porel interprète le rôle de Richard Hornig, l'écuyer du roi Louis II de Bavière. Voici quelques captures d'écran pour se souvenir de sa brève mais belle présence dans le film :