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mardi 3 juillet 2018

Les baisers sont définitifs




Ligne B, Colosseo / Piramide, 16 h 29

Une femme assise dans le métro — à la station Colosseo, à Rome — exhibe un tatouage somptueux et plutôt démonstratif. Il représente un dragon flamboyant qui se déploie de l'avant-bras jusqu'aux doigts de la main. 
L'animal est, en effet, impérial. Il saisit dans ses griffes un rocher orné d'étendards et de cerisiers auguraux tandis que dans ses yeux brillent tous les présages de victoire.
Un dessin qui témoigne, sinon de l'inquiétude, du moins de la forte personnalité de la femme, une musicienne.
Elle s'appelle Tosca et elle transporte, rangé dans un étui, un instrument à cordes. Et musicienne aussi est son amie qui, un petit tas de partitions sur les genoux, observe cet enchevêtrement avec circonspection avant de donner son avis.
La femme au tatouage, Tosca justement, s'aperçoit de la stupeur de son amie et dit :
"C'est juste du henné, ça part facilement."
L'autre, alors, ne manque pas de répondre :
"Moi, je ne veux rien de définitif sur mon corps."
Un homme assis près d'elles — entre-temps, la rame est déjà arrivée à la station Piramide, tout le monde descend en direction de Testaccio — prend la liberté de parler :
"... à l'exception des baisers."
Les deux amies le regardent, lui adressent un coup d’œil en forme de question — comme pour lui demander : "qu'est-ce que vous voulez dire ?" — et lui, sans se démonter, conclut ainsi la discussion, avec cette réponse :
"Les baisers sont définitifs."

Pietrangelo Buttafuoco  I baci sono definitivi  La nave di Teseo Editore, 2017 (Traduction personnelle)










Images : en haut, départ du bateau Amerigo Vespucci, Livourne 1963, auteur inconnu

en bas, (1) Valerio Pompilio  (Site Flickr)

(2) Andrea Donato Alemanno  (Site Flickr)

(3) Alessandra Striglioni  (Site Flickr)



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