vendredi 17 avril 2015

Un pensoso incanto (Un charme pensif)




Le texte que je cite ici est extrait d'une conférence prononcée en mai 1955 dans plusieurs villes de Suisse par l'écrivain et juriste Piero Calamandrei. Intitulé Parlare di Firenze (Parler de Florence), le texte de cette fort belle conférence a été récemment publié, dans un élégant volume de grand format, en version bilingue et accompagné de belles illustrations, aux éditions de la revue Conférence.

Dolce città, Firenze, piena di incanto ; ma è un pensoso incanto. Non è un incanto fatto per stordirsi e per dimenticare ; ma è un incanto consapevole, responsabile. Anche il paesaggio toscano, con quelle pietre e quei cipressi e quegli ulivi, è un paesaggio pieno di limpida grazia, ma anche di chiaroveggente mestizia. Non per nulla i cipressi che sono gli alberi fatti per le ville sono anche gli alberi fatti per i viali dei cimiteri. La gente toscana, è stato osservato giustamente, si è sempre inorgoglita di guardare in viso la morte. Il pensiero della morte è come disciolto nell'aria di questo paesaggio cristallino.

Quant'è bella giovinezza
che si fugge tuttavia :
chi vuol esser lieto sia
del diman non v'è certezza.

Racconta Vespasiano da Bisticci che Cosimo il Vecchio, nei suoi ultimi anni talvolta, concentrandosi a pensare, stava in silenzio per ore intere. La moglie gli chiedeva perché stesse così zitto. E lui le rispondeva : «Quando tu hai da andare in villa, tu stai quindici di impacciata per ordinare questa andata : avendo io da partirmi da questa vita e andare per l'altra, non ti pare che egli vi sia assai da pensare ?»

Era costume antico in Toscana, e se ne vedono ancora esempi a Cortona e a San Gimignano, costruire in ogni casa, accanto alla porta da cui entravano e uscivano gli uomini vivi, un'altra porta più piccola, un po' rialzata da terra, larga tanto quanto bastasse per farvi passare una bara : si chiamava la «porta del morto» : stava sempre chiusa e s'apriva soltanto i dì dei funerali. La porta del morto : un accessorio, un servizio indispensabile della casa dei vivi : come la culla o il desco o il focolare. E anche nelle arti figurative, nella pittura e nella scultura, nei marmi funebri del Rinascimento, e perfino nei canti carnascialeschi, vita e morte compongono una sola allegoria, e si trovano intrecciate in un'unica danza di puttini e di scheletri.

Piero Calamandrei Parlare di Firenze   Éditions de la revue Conférence, 2010





Douce ville que Florence, et pleine de charme ; mais c'est un charme pensif. Il n'est pas fait pour s'étourdir et oublier : c'est un charme traversé de conscience, de mémoire, de responsabilité. Même le paysage toscan, avec ses pierres, ses cyprès et ses oliviers, est un paysage rempli d'une grâce limpide – mais c'est aussi d'une tristesse lucide. Ce n'est pas pour rien que les cyprès, qui sont faits pour les villes, sont aussi des arbres faits pour les allées des cimetières. Le peuple de Toscane, a-t-on remarqué avec justesse, s'est toujours glorifié de regarder la mort en face. La pensée de la mort est comme répandue dans l'air de ce paysage cristallin.

Oh, comme la jeunesse est belle
Qui cependant se fait la belle ;
On veut être heureux ? Qu'on s'y tienne :

Vespasiano da Bisticci raconte que Cosme l'Ancien, dans ses dernières années, restait parfois plongé dans ses pensées durant des heures, dans le plus profond silence. Son épouse lui demandait pourquoi il était aussi silencieux. Il lui répondait : «Quand tu dois te rendre à la campagne, tu restes des heures pour arranger le voyage ; et quand j'ai à quitter cette vie pour aller dans l'autre, ne crois-tu pas qu'il y ait beaucoup à penser ?»




C'était une coutume ancienne en Toscane – on en voit encore des exemples à Cortone et à San Gimignano – de construire dans chaque maison, à côté de la porte par où entraient et sortaient les vivants, une autre porte plus petite, légèrement surélevée, assez large pour laisser passer un cercueil : on l'appelait la «porte du mort». Elle restait toujours fermée et ne s'ouvrait que le jour des funérailles. La porte du mort : un accessoire, un service indispensable dans la maison des vivants, comme le berceau, la table ou la cheminée. Dans les arts figuratifs, dans la peinture et la sculpture, dans les marbres funéraires de la Renaissance, et jusque dans les chansons de carnaval, vie et mort composent une seule allégorie et s'entrelacent en une danse unique de puttis et de squelettes.

 Piero Calamandrei Parler de Florence, traduction : Christophe Carraud   Éditions de la revue Conférence, 2010

 






Images : (1)  Gaetano Catalano (Site Flickr)

(2) Site Flickr

(3) Carol Asher (Site Flickr)

(4) Trionfo della morte, Pisa (détail) Site Flickr




3 commentaires:

  1. Ceci étant écrit en lien avec la méditation sur la mort, je reviens au début du texte. Très beau portrait d'une ville pensive. Je pense à cette pensée d'André Suarès traversant la Sicile ("Temples grecs - Maisons des Dieux") :
    "Fleur du ciel, éclose sur toute la tristesse de la terre...
    Cependant, quelque part, au bord de la marine, une voix chante : un air qui tombe en cendres tièdes comme les fatigues du jour. La mandoline tinte. je crois être au milieu du désert. Je rêve d'une flûte grêle, au loin d'un mirage d'eau."

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    1. Très belle citation de Suarès, merci Christiane !

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