lundi 11 mars 2013

Allegro espansivo







 

Dimanche 26 décembre, minuit et quart. D'un sommeil post-coïtal, au début de l'après-midi, j'ai été tiré par une impérieuse envie d'écouter la troisième symphonie de Nielsen. C'est la première fois que m'arrive une chose pareille, je crois bien : une phrase musicale tout à fait silencieuse m'a réveillé. Il fallait que je l'écoute au plus vite. C'était le motif dominant et quelque peu triomphant du premier mouvement (il revient dans le dernier) de la symphonie Expansive. Et en effet il n'est pas du genre à frapper timidement à la porte. Sa manière serait plutôt de la faire sauter d'un coup d'épaule. Le comble est qu'on ne lui en veut pas, tant il est joyeux et bon garçon.




Quelle vigoureuse merveille que cette symphonie ! Et quel grand compositeur que Nielsen ! Il est tout ce que Alfvén, Peterson-Berger, Atterberg et même, hélas, Bax, je suis obligé de le reconnaître (malgré le merveilleux Into the Twilight), ne sont pas. Il est concis, efficace, charpenté, vigoureux, constamment inspiré. Je ne comprends pas pourquoi il ne s'impose pas parmi les tout à fait grands compositeurs du répertoire international. À ma connaissance, il est très peu joué en dehors du Danemark, et presque jamais en France. On serait tenté d’incriminer sa nationalité, mais celle de Sibelius aurait dû être encore moins favorable et elle n'a nullement fait obstacle. Non, vraiment, je ne comprends pas pourquoi les grandes symphonies de Nielsen, la troisième (ma préférée, je crois bien), la quatrième, la cinquième, ou son admirable musique pour piano, ne sont pas jouées régulièrement, au même titre que la musique de Sibelius ou de Strauss, par exemple – il ne me semble pas leur être très inférieur.

Renaud Camus Parti pris Journal 2010 Éditions Fayard, 2011








Un chapitre de l'ouvrage de Renaud Camus Demeures de l'esprit Danemark Norvège est consacré à Carl Nielsen (pages 61-73).



Images
: en haut, Peter Christian Skovgaard, Les Falaises de Moen, 1852

au centre et en bas, photographies de Renaud Camus (Site Flickr)

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