vendredi 30 mai 2014

Sleeping (Dormir) (Dormire)




"Luci care, care, care e gradite,
Dormite, dormite, homai dormite, dormite..."






He slept on his hands.
On a rock.
On his feet.
On someone else's feet.
He slept on buses, trains, in airplanes.
Slept on duty.
Slept beside the road.
Slept on a sack of apples.
He slept in a pay toilet.
In a hayloft.
In the Super Dome.
Slept in a Jaguar, and in the back of a pickup.
Slept in theaters.
In jail.
On boats.
He slept in line shacks and, once, in a castle.
Slept in the rain.
In blistering sun he slept.
On horseback.
He slept in chairs, churches, in fancy hotels.
He slept under strange roofs all his life.
Now he sleeps under the earth.
Sleeps on and on.
Like an old king.

Raymond Carver  Ultramarine, Vintage Books,1986




Il a dormi sur les mains.
Sur un rocher.
Sur ses pieds.
Sur les pieds de quelqu'un d'autre.
Il a dormi dans des bus, des trains, des avions.
Dormi pendant le service.
Dormi au bord de la route.
Dormi sur un sac de pommes.
Il a dormi dans une sanisette.
Dans un grenier à foin.
Au Super Dome.
Dormi dans une Jaguar et sur la plate-forme d'un pick-up.
Dormi au théâtre.
En prison.
Sur des bateaux.
Il a dormi dans des baraquements et, une fois, dans un château.
Dormi sous la pluie.
Sous un soleil ardent il a dormi.
A cheval.
Il a dormi sur des chaises, dans des églises, des hôtels de luxe.
Il a dormi sous des toits étrangers toute sa vie.
Maintenant il dort sous la terre.
Il n'en finit pas de dormir.
Comme un vieux roi.


Traduction : Emmanuel Moses 




Ha dormito sulle proprie mani.
Su una pietra.
In piedi. Sui piedi di qualcun altro.
Ha dormito su autobus, treni, aerei.
Ha dormito sul lavoro.
Ha dormito per la strada.
Ha dormito su un sacco pieno di mele.
Ha dormito in una latrina a pagamento.
In un fienile.
Nel Super Dome.
Ha dormito in una Jaguar e sul retro d'un furgoncino.
Ha dormito a teatro.
In galera.
In barca.
Ha dormito in casotti ferroviari e, una volta, in un castello.
Ha dormito sotto la pioggia.
Sotto il sole rovente, ha dormito.
A cavallo.
Ha dormito su sedie, banchi di chiesa e alberghi alla moda.
Ha dormito sotto strani tetti tutta la vita.
E adesso dorme sottoterra.
Dorme, dorme e non si sveglia mai.
Come un vecchio re.

Traduzione : Riccardo Duranti 








 Images : (1) Site Flickr



(4) Jérémie Rocher  (Site Flickr)

(5) Jori Avlis  (Site Flickr)



4 commentaires:

  1. "La vitesse foudroyante du passé", c'est sous ce titre, n'est-ce pas qu'il est paru en France ?
    Ce dormeur , ces dormeurs, ils sont dans notre quotidien, sur les trottoirs, sous les porches, sur les quais du métro. Souvent le visage caché et le vin d'oubli pas très loin.
    La mort ? un grand sommeil.
    Parfois on cherche le sommeil pour échapper à ce qui n'a pas ou plus de sens...

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  2. Carver ! Quel plaisir de le découvrir dans ce blog ! Il est mon modèle, mon obsession. Dans ce texte, c'est évidemment "comme un vieux roi" qui me laisse rêveur.
    Ce "final" qui sépare le simple observateur du poète. Puisque nous sommes aux EU, connaissez-vous leur maître à tous : Richard Hugo ? Pour une fois, l'expression n'est pas usurpée, l'homme a vraiment enseigné l'art d'écrire à des jeunes hommes comme Harrison, Crumley ou Carver. Son roman "La mort et la belle vie" est un vrai chef-d'oeuvre d'intelligence, de poésie et d'humour. Quant à ses poèmes, ils sont encore plus "aériens" que ceux de Carver. ( et ce n'est pas peu dire).
    ps : Dans les films dont nous parlions dans le post sur "le Fanfaron", il doit bien y avoir un ou deux scénarios de Flaiano , non?

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    1. Richard Hugo : je retiens cette référence car je ne connais pas cet auteur.

      Tous les premiers films de Fellini (jusqu'en 1965) sont écrits en collaboration avec Flaiano, mais il savait faire preuve de beaucoup d'éclectisme puisqu'il est aussi le scénariste de "La Notte", d'Antonioni.

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