mercredi 13 janvier 2016

Roma sonora




Lo Stivale [La Botte] est un recueil de textes écrits par Bruno Barilli (merveilleux écrivain, compositeur et critique musical) au fil de ses voyages en Italie (du Sud au Nord, de Procida à Milan) et parus à l'origine dans divers journaux, des années vingt aux années quarante du siècle précédent. Il s'agit du dernier ouvrage publié par Barilli, en 1952 (l'année de sa mort). C'est l'un des rares livres de Barilli qui a connu une réédition (en 2002), presque tous les autres sont aujourd'hui introuvables, si ce n'est chez les bouquinistes et sur les sites de vente de livres d'occasion... L'extrait que je cite ici a été publié pour la première fois dans le journal Il Popolo di Roma en 1940 :

La buona acustica non è che il corollario, la limpida conferma della bella architettura. Sono le stesse leggi di trasmissione, di ritmo, di equilibrio e d’elasticità : tutto parte, rimbalza, si moltiplica, si accorda, ritorna ; così anche il suono, come l’acqua, corre vivo, come la luce, echeggia sui marmi monumentali. 
Per questa ragione Roma è la città più sonora del Meditteraneo. Tutte le voci del mondo si concentrano là. È una conchiglia. Il suono non muore mai, non si cheta, scroscia nei suoi meandri : fragore ascoso, perpetuo. Un segreto detto presto o tardi vien fuori ; venature, cavità, orifizi lo riconducono all’aria. 

Sotto i tuoi piedi c’è il dedalo : catacombe, cripte, labirinti — canali evacuati dalla storia — Roma è costruita sul vuoto. 
Innocuo e decrepito, laggiù, fra i pilastri di tufo, s’aggira un terremoto rullando sul suo tamburo con una solerzia commemorativa degna di far paura, ma non spaventa nessuno. 
A mezzodì il colpo di cannone si ripercuote e sfiata nell’azzurro, e i sette colli si danno la voce. 
Poi tre timbri, tre note fondamentali riprendono il discorso di prima : la pietra, il bronzo, e l’acqua. 
Più tardi il sole picchia sulla cupola delle basiliche come il martello sull’incudine. 

A Roma le ore del giorno sono altrettanti capitoli di un romanzo : temporali, fontane, tumulti di campane riempiono le piazze d’un armonia varia, trasparente e profonda. I palazzi son dei veri "stradivari". Le arcane facciate fanno una curva corale intorno agli obelischi. I portoni son tante bocche che vociano. 
Clamorosa città che non dà tregua ai timpani, dove piazza Navona è l’accordo perfetto. Acustica fenomenale. Giuochi stupendi e liquidi ; la gran piazza agonale è un serbatoio immenso. Pròvati a sussurrare contro il muro una parola, se corri presto puoi raccorglierla nell’orecchio centro metri più in là. 

(…) 

In questo multanime istrumento, solo il Tevere è tardo, silenzioso, torbido — e scava nella campagna i suoi ghirigori che somigliano all’ "esse" di un violino.

Bruno Barilli  Lo Stivale  Editori Riuniti, 2002




La bonne acoustique n’est que le corollaire, la confirmation limpide de la belle architecture. Ce sont les mêmes lois de transmission, de rythme, d’équilibre et d’élasticité : tout part, rebondit, se multiplie, s’accorde, revient ; et ainsi le son, comme l’eau, suit son cours, comme la lumière, il retentit sur les marbres monumentaux. C’est la raison pour laquelle Rome est la ville la plus sonore de la Méditerranée. Toutes les voix du monde se concentrent ici. C’est un coquillage. Le son ne meurt jamais, il ne s’apaise pas, il gronde dans ses méandres : fracas dissimulé, perpétuel. Un secret confié finit toujours tôt ou tard par être révélé ; des veines, des cavités, des orifices le ramènent à l'air libre.

Sous tes pieds, il y a un dédale : des catacombes, des cryptes, des labyrinthes — canaux évacués de l’histoire — Rome est construite sur le vide. 
Inoffensif et décrépit, là-bas, entre les piliers de tuf, rôde un séisme qui fait rouler son tambour avec un zèle commémoratif que l’on pourrait trouver impressionnant, mais qui n’effraie plus personne. 
À midi, le coup de canon se répercute et se perd dans l’azur, et les sept collines se donnent le mot. 
Puis trois timbres, trois notes fondamentales reprennent le discours antérieur : la pierre, le bronze et l’eau. 
Plus tard, le soleil tape sur la coupole des basiliques comme le marteau sur l’enclume. 

À Rome, les heures du jour sont autant de chapitres d’un roman : les orages, les fontaines, les tumultes des cloches emplissent les places d’une harmonie variée, transparente et profonde. Les palais sont de vrais Stradivarius. Les mystérieuses façades font une courbe chorale autour des obélisques. Les portails sont autant de bouches qui hurlent. 
Ville bruyante qui n’accorde aucune trêve aux tympans, où place Navona est l’accord parfait. Une acoustique phénoménale. Jeux splendides et liquides ; la grande place aux allures de stade est un immense réservoir. Essaie de susurrer un mot contre le mur, si tu cours assez vite, tu peux le recueillir dans l’oreille cent mètres plus loin. 

(…) 

Dans cet instrument aux âmes multiples, seul le Tibre est lent, silencieux, trouble — et il creuse dans la campagne ses gribouillis qui ressemblent au "S" d’un violon.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Lee Howard  (Site Flickr

au centre, Eszter Hargittai  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

 


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