Translate

jeudi 30 octobre 2014

Autunno (Automne)




Ecco, su noi cadere i trapassi delle stagioni. Va' a casa e leggiti il Canto d'autunno prima d'andare a letto. Recita la tua orazione per i tempi che passano e per le necessarie espiazioni. Questi brividi che ci allontanano da quel che eravamo ancora ieri, incalcolabilmente, non sono che le prime, inutili reazioni del nostro spirito all'inevitabile oblio. L'aria è già piena di vaneggiamenti e tentazioni che non hanno altro scopo se non d'illudere i nostri peniseri per lasciarsi poi, disorientati e soli, sulla soglia d'orizzonti nuovi. Ecco che l'uomo sente un irrazionale bisogno di dormire. Il tempo intanto, come un gran mago, lo prende su leggermente e lo porta dove vuole lui. Il tempo diviene contagioso, influente. Addio sicuri indugi, ardenti audacie dell'estate ! Ora non possiamo star fermi. Non possiamo uscire nei momenti più divini. Qualchecosa si opera velatamente nella natura che ha bisogno di non essere visto, di star solo. 
E anche la nostra volontà di essere si ritira, emigra.

Vincenzo Cardarelli  Viaggi nel tempo (1916-1917)




Et voici que s'abat sur nous le passage des saisons. Rentre à la maison et lis le Chant d'automne avant de te coucher. Récite ton oraison pour les temps qui passent et pour les nécessaires expiations. Ces frissons qui nous éloignent de ce que nous étions encore hier, incalculablement, ne sont que les premières, inutiles réactions de notre esprit face à l'oubli inévitable. L'air est déjà plein de divagations et de tentations qui n'ont d'autre but que de leurrer nos pensées pour nous laisser ensuite, désorientés et seuls, sur le seuil d'horizons nouveaux. Voici que l'homme éprouve un irrationnel besoin de dormir. Au même moment, le temps, comme un grand magicien, le soulève avec légèreté et l'emporte là où il veut. Le temps devient contagieux, influent. Adieu, tranquilles hésitations, ardentes audaces de l'été ! Maintenant, nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous ne pouvons pas sortir dans les moments les plus divins. Dans la nature, de façon cachée, quelque chose se passe qui a besoin de ne pas être vu, de demeurer seul.
Et à son tour notre volonté d'être se replie, émigre.

(Traduction personnelle)






Images : en haut et au centre, Costanza Valle  (Site Flickr)

en bas, Aurelio Candido  (Site Flickr)



lundi 27 octobre 2014

Le lacrime del mondo (Les larmes du monde)




Il tuo sorriso
cerca nei miei occhi
e non vi scorge
il muto pianto.
Così, lungo il ruscello,
di pietra in pietra,
scorrono in silenzio
le lacrime del mondo.

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013 


Ton sourire
cherche dans mes yeux
et n'y aperçoit pas
les pleurs muets.
Ainsi, le long du ruisseau,
de pierre en pierre,
coulent en silence
les larmes du monde.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Chiara Fratocchi  (Site Flickr)

en bas, GianPaolo Berto  (Site Flickr)
 



jeudi 23 octobre 2014

Via Broletto 34 (34, rue Broletto)




Via Broletto est une rue élégante de Milan, dans les parages du Dôme et de la Scala. C'est le décor que Sergio Endrigo a choisi pour mettre en scène un crime passionnel, dans une chanson étrange où la musique sautillante et détachée semble prendre ses distances avec le drame qui est évoqué dans les paroles. Et comme un dernier indice mystérieux, on fera remarquer que, si l'on passe par la courte via Broletto, on peut s'apercevoir que le numéro 34 n'y figure pas...

Sergio Endrigo chante Via Broletto 34, paroles et musique de Sergio Endrigo, 1962 :


Se passate da via Broletto
Al numero 34
Toglietevi il cappello e parlate sottovoce
Al primo piano dorme l'amore mio
È tanto bella la bimba mia
E giura sempre di amarmi tanto
Ma quando io la bacio
Lei ride e parla d'altro
O mangia noccioline

Troppe volte mi lascia solo
E torna quando le pare
E poi mi guarda appena, non dice dov'è andata
Tante volte penso di lasciarla
Io vorrei ma non posso andare
È la mia croce, la mia miseria
Ma è tutta la mia vita
Per me è tutto il mondo
È tutto quel che ho

Se passate da via Broletto
Al numero 34
Potete anche gridare, fare quello che vi pare
L'amore mio non si sveglierà
Ora dorme e sul suo bel viso
C'è l'ombra di un sorriso
Ma proprio sotto il cuore
C'è un forellino rosso
Rosso come un fiore

Sono stato io
Mi perdoni Iddio
Ma sono un gentiluomo
E a nessuno dirò il perché
A nessuno dirò il perchè






Si vous passez dans la rue Broletto
Au numéro 34
Ôtez votre chapeau et parlez à mi-voix
Au premier étage mon amour dort
Elle est si belle, ma toute petite
Et elle est toujours prête à jurer qu'elle n'aime que moi
Mais quand je l'embrasse
Elle rit et parle d'autre chose
Ou elle grignote des cacahuètes

Elle me laisse trop souvent seul
Et elle rentre quand cela lui chante
Elle me regarde à peine, elle ne dit pas d'où elle vient
Tant de fois j'ai pensé à la quitter
Je voudrais bien mais je ne peux pas
C'est mon calvaire, c'est ma misère
Mais elle est toute ma vie
Elle est le monde entier
Elle est tout ce que j'ai

Si vous passez rue Broletto
Au numéro 34
Vous pouvez même hurler, faire ce qu'il vous plaît
Mon amour ne se réveillera pas
Maintenant elle dort et sur son beau visage
Il y a l'ombre d'un sourire
Mais juste sous son cœur
Il y a un petit trou rouge
Rouge comme une fleur

Le coupable, c'est moi
Que Dieu me pardonne
Mais je suis un gentilhomme
Et à personne je ne dirai pourquoi
À personne je ne dirai pourquoi

(Traduction personnelle)






Images : en haut et en bas, Site Flickr

samedi 18 octobre 2014

Ogni volta (Chaque fois)




Ogni volta che quasi
di soppiatto ripasso da Luino
sulla piazzza del lago
schizzato fuori da un negozio corre
un tale ad abbracciarmi
farfugliando il nome di mia madre.
Faceva lo stesso anni fa
un suo fratello più grande
e come allora adesso subitanea
sbocciata da una parete d'argilla
a ritroso lungo la trafila
dei morti ci stravolge una mano.

Vittorio Sereni  Stella variabile  Garzanti Editore, 1981






Chaque fois que presque
en cachette je repasse par Luino
sur la place du lac
surgi d'une boutique quelqu'un
accourt pour m'embrasser
bredouillant le nom de ma mère.
Faisait de même voici des années
un de ses frères plus grand
et aujourd'hui comme alors soudain
éclose d'un mur d'argile
à rebours dans la filière
des morts nous bouleverse une main.

Traduction : Bernard Simeone et Philippe Renard








Images :  (1)  Site Flickr

(2)  Site Flickr 

(3) Mario Personeni  (Site Flickr) 

jeudi 16 octobre 2014

Grandi attori (Grands acteurs)




Une jolie anecdote, extraite du livre de Masolino d'Amico, Lampadine :

Un amico anziano, inglese, vecchia volpe dello showbusiness, ci ha invitato ad ascoltare il più grande attore del mondo, del quale è oltre che adoratore, grande amico ; e finito lo spettacolo, che è meraviglioso, ci conduce addirittura nel camerino di Sir Laurence, non ancora Lord Olivier.

Il divo ci accoglie cortesissimo, e ascolta sorridendo i complimenti del nostro ospite. Il quale a un certo punto, trascinato dall'entusiasmo, dice :
« Il tuo primo ingresso in scena, Larry, è sensazionale. Lo sai ? È come se la scena si illuminasse di colpo. »
Sir Laurence drizza le orecchie.
« Dici davvero ? Molto ? »
« Come, molto ? »
« Si illumina molto ? »
« Per me sì. Ma anche per tutto il pubblico. È come se si illuminasse... tale è la tua presenza... »
« No, dimmi sul serio. Si vede ? Non è eccessivo ? »
« Ma cosa ? »
« Be', in effetti ho dato ordine, quando entro io, di rinforzare un po' le luci. Ma non vorrei che esagerassero... »

Masolino d'Amico  Lampadine  Il Mulino Editore, 1994






Un ami anglais, vieux renard du showbusiness, nous a invités à écouter le plus grand acteur du monde, dont il est un fervent admirateur, mais aussi un grand ami ; et à la fin du spectacle, qui est merveilleux, il nous conduit dans la loge de Sir Laurence, qui n'était pas encore Lord Olivier. 

Le divo nous accueille fort courtoisement, et écoute en souriant les compliments de notre hôte. Lequel, à un certain moment, emporté par l'enthousiasme, lui dit : 

« Ton entrée en scène, Larry, est sensationnelle. Vraiment, c'est comme si, tout à coup, la scène s'illuminait. »
Sir Laurence dresse l'oreille :
« Ah oui ? Beaucoup ? »
« Comment, beaucoup ? »
« Elle est vraiment illuminée ? »
« Pour moi, oui. Mais aussi pour tout le public. C'est comme si elle s'illuminait, par l'effet de ta seule présence... »
« Non, parle-le moi sérieusement. Cela se remarque beaucoup ? Ce n'est pas excessif ? »
« Mais quoi ? »
« Hé bien, en effet, j'ai donné l'ordre de renforcer un peu les lumières quand j'entre en scène. Mais je ne voudrais pas qu'ils exagèrent... »

(Traduction personnelle)






Images : Laurence Olivier dans Hamlet

vendredi 10 octobre 2014

Pour ne pas se perdre




Presque onze heures du soir. Quand il se trouvait seul chez lui, à cette heure-là, il ressentait souvent ce qu'on appelle un « passage à vide ». Alors, il allait dans un café des environs, ouvert très tard, la nuit. La lumière vive, le brouhaha, les allées et venues, les conversations auxquelles il avait l'illusion de participer, tout cela lui faisait surmonter, au bout d'un moment, son passage à vide. Mais depuis quelque temps il n'avait plus besoin de cet expédient. Il lui suffisait de regarder par la fenêtre de son bureau l'arbre planté dans la cour de l'immeuble voisin et qui conservait son feuillage beaucoup plus tard que les autres, jusqu'en novembre. On lui avait dit que c'était un charme, ou un tremble, il ne savait plus. Il regrettait toutes les années perdues au cours desquelles il n'avait pas fait assez attention aux arbres ni aux fleurs. Lui qui ne lisait plus d'autres ouvrages que l'Histoire naturelle de Buffon, il se rappela brusquement un passage des Mémoires d'une philosophe française. Celle-ci était choquée de ce qu'avait dit une femme pendant la guerre : « Que voulez-vous, la guerre ne modifie pas mes rapports avec un brin d'herbe. » Elle jugeait sans doute que cette femme était frivole ou indifférente. Mais pour lui, Daragane, la phrase avait un autre sens : dans les périodes de cataclysme ou de détresse morale, pas d'autre recours que de chercher un point fixe pour garder l'équilibre et ne pas basculer par-dessus bord. Votre regard s'arrête sur un brin d'herbe, un arbre, les pétales d'une fleur, comme si vous vous accrochiez à une bouée. Ce charme — ou ce tremble — derrière la vitre de sa fenêtre le rassurait. Et bien qu'il soit presque onze heures du soir, il était réconforté par sa présence silencieuse.

Patrick Modiano  Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier  Éditions Gallimard, 2014








Images : en haut, Site Flickr

en bas, Paulette Chevrin  (Site Flickr)




lundi 6 octobre 2014

Una lunga storia d'amore (Une longue histoire d'amour)




J'aime les chansons de Gino Paoli parce qu'elles savent en très peu de mots, sans peser ni poser, dire l'essentiel. C'est cette capacité d'aller droit au cœur de l'auditeur tout en faisant preuve d'une grande retenue dans l'émotion et d'une parfaite concision qu'exprime très bien l'écrivain Edoardo Nesi dans un récent article de L'Espresso : "ses chansons parlent à nos pauvres âmes perdues ; ces longues histoires d'amour, on sent bien que Gino Paoli les a déjà toutes vécues, et que contrairement à nous, il a toujours trouvé le moyen d'en sortir debout. Bien sûr, Paoli ne chante pas seulement l'amour. Comme tous les poètes, il chante la vie, cette immensité énigmatique qu'est la vie. Il chante la douleur et les défaites, mais toujours comme un survivant, jamais comme une victime ; et il n'y a pas d'artiste qui soit plus capable de nous faire ressentir dans chaque chanson combien il peut être terriblement beau de réussir à survivre à la souffrance, ne serait-ce que pour pouvoir la raconter..."


Gino Paoli canta Una lunga storia d'amore (testo e musica di Gino Paoli), 1984 :




Quando ti ho vista arrivare
bella così come sei
non mi sembrava possibile che
tra tanta gente che tu ti accorgessi di me.

È stato come volare
qui dentro camera mia
come nel sonno più dentro di te
io ti conosco da sempre e ti amo da mai.

Fai finta di non lasciarmi mai anche se dovrà finire prima o poi
questa lunga storia d'amore
ora è già tardi ma è presto se tu te ne vai.

Fai finta che solo per noi due passerà il tempo ma non passerà
questa lunga storia d'amore

Ora è già tardi ma è presto se tu te ne vai
È troppo tardi ma è presto se tu te ne vai.






Une longue histoire d'amour

Quand je t'ai vu arriver
toi si belle
il me semblait impossible que
parmi tant de gens tu puisses me remarquer.
C'était comme si je volais
à l'intérieur de ma chambre
comme dans ton rêve le plus secret
je te connais depuis toujours et je t'aime depuis jamais.

Fais semblant de ne jamais me quitter même si tôt ou tard 
cette longue histoire d'amour devra se terminer
maintenant il est déjà tard, mais il est trop tôt si tu t'en vas.

Fais semblant que pour nous deux seulement le temps passera
mais que cette longue histoire n'aura jamais de fin.

Maintenant il est déjà tard mais il est trop tôt si tu t'en vas
Il est trop tard mais bien trop tôt si tu t'en vas.

(Traduction personnelle)









Images : en haut, Site Flickr

au centre,Viola Madau  (Site Flickr)

en bas, (1) Francesco  (Site Flickr)

(2) Francesca  (Site Flickr)

vendredi 3 octobre 2014

Epitaphe




Nagrobek 

Tu leży staroświecka jak przecinek
autorka paru wierszy. Wieczny odpoczynek
raczyła dać jej ziemia, pomimo że trup
nie należał do żadnej z literackich grup.
Ale tez nic lepszego nie ma na mogile
oprócz tej rymowanki, łopianu i sowy.
Przechodniu, wyjmij z teczki mózg elektronowy
i nad losem Szymborskiej podumaj przez chwilę.

Wisława Szymborska  Sól, 1962






Epitaffio

Qui giace come virgola antiquata
l'autrice di qualche poesia. La terra l'ha degnata
dell'eterno riposo ; sebbene la defunta
dai gruppi letterari stesse ben distante.
E anche sulla tomba di meglio non c'è niente
di queste poche rime, d'un gufo e la bardana.
Estrai dalla borsa il tuo personal, passante,
e sulla sorte di Szymborska medita un istante.

Traduzione : Pietro Marchesani 






Epitaphe

Ci-gît comme une archaïque virgule
l'auteur de quelques poésies. La terre a daigné lui accorder
l'éternel repos ; bien que la défunte
se soit toujours tenue à l'écart des coteries littéraires.
Et même sur sa tombe il n'y a rien de mieux
que cette poignée de rimes, un hibou et de la bardane.
Sors de ton sac ton ordinateur portable, passant,
et sur le sort de Szymborska médite un instant.

(Traduction personnelle)



mercredi 1 octobre 2014

Sardegna (Sardaigne)




Deux poèmes de Paola Cannas, consacrés à sa terre natale, la Sardaigne :


Sardegna

Se il piede 
un giorno affonderà
nella cocente sabbia,
se le mani grondanti ritrarrò
di azzurro mare,
mentre lo sguardo disegnerà
la costa,
allora vorrà dire
che son venuta a te,
mia vera terra,
Sardegna non mai vista,
sempre amata.
Allora,
come l'esule, prostrata,
bacerò le zolle aride assolate,
e poi tremando
accosterò l'orecchio
alle dischiuse labbra della roccia,
ascoltando la voce dei miei padri.

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013


Sardaigne

Si le pied 
un jour s'enfoncera
dans le sable brûlant,
et que je retirerai mes mains ruisselantes
de l'azur de la mer,
tandis que le regard dessinera
alors cela voudra dire
que je suis venue vers toi,
ma vraie terre,
Sardaigne parfois vue,
toujours aimée.
Alors,
comme l'exilée, prostrée,
j'embrasserai ta terre brûlée par le soleil
et en tremblant
j'approcherai mon oreille
des lèvres entrouvertes du rocher,
pour écouter la voix de mes ancêtres. 

(Traduction personnelle) 






Il richiamo

Lungo tempo 
che da te sono lontana,
mia terra.
Sommesso,
tra le aspre rocce,
il vento chiama.
Passa sui greggi,
sui ruscelli,
e chiama. 
A me basta un cenno
per capire.
Come le pietre,
e i duri olivi,
i figli di quest'isola
son parchi di parole ;
ma profondo,
pieno di anfratti è il cuore.

Lungo tempo,
lo so ;
ma presto torno a te.

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013


L'appel

Il y a longtemps
que je suis loin de toi,
Tout bas,
dans les rochers escarpés,
le vent appelle.
Il passe sur les troupeaux,
et il appelle.
Il me suffit d'un signe
pour comprendre.
Comme les pierres
et les solides oliviers,
les fils de cette île
sont avares de mots ;
mais profond
et grand ouvert est leur cœur.

Il y a longtemps,
je le sais ;
mais bientôt je reviens vers toi.







Maria Carta canta No potho reposare (Je ne peux pas trouver le repos) 






Images : (1)  Site Flickr

(2) Viviana  (Site Flickr)

(3) Alessandro Canni  (Site Flickr)

(4) Davide Bartolomei  (Site Flickr)

vendredi 26 septembre 2014

Lettre de Calypso, nymphe, à Ulysse, roi d'Ithaque






Lettera di Calipso, ninfa, a Odisseo, re di Itaca

« Violetti e turgidi come carni segrete sono i calici dei fiori di Ogigia ; piogge leggere e brevi, tiepide, alimentano il verde lucido dei suoi boschi ; nessun inverno intorbida le acque dei suoi ruscelli.

È trascorso un battere di palpebre dalla tua partenza che a te pare remota, e la tua voce, che dal mare mi dice addio, ferisce ancora il mio udito divino in questo mio invalicabile ora. Guardo ogni giorno il carro del sole che corre nel cielo e seguo il suo tragitto verso il tuo occidente ; guardo le mie mani immutabili e bianche ; con un ramo traccio un segno sulla sabbia — come la misura di un vano conteggio ; e poi lo cancello. E i segni che ho tracciato e cancellato sono migliaia, identico è il gesto e identica è la sabbia, e io sono identica. E tutto.

Tu, invece, vivi nel mutamento. le tue mani si sono fatte ossute, con le nocche sporgenti, le salde vene azzurre che le percorrevano sul dorso sono andate assomigliando ai cordami nodosi della tua nave ; e se un bambino gioca con esse, le corde azzurre sfuggono sotto la pelle e il bambino ride, e misura contro il tuo palmo la piccolezza della sua piccola mano. Allora tu lo scendi dalle ginocchia e lo posi per terra, perché ti ha colto un ricordo di anni lontani e un'ombra ti è passata sul viso : ma lui ti grida festoso attorno e tu subito lo riprendi e lo siedi sulla tavola di fronte a te : qualcosa di fondo e di non dicibile accade e tu intuisci, nella trasmissione della carne, la sostanza del tempo.

Ma di che sostanza è il tempo ? E dove esso si forma, se tutto è stabilito, immutabile, unico ? La notte guardo gli spazi fra le stelle, vedo il vuoto senza misura ; e ciò che voi umani travolge e porta via, qui è un fisso momento privo di inizio e di fine.

Ah, Odisseo, poter sfuggire a questo verde perenne ! Potere accompagnare le foglie che ingiallite cadono e vivere con esse il momento!  Sapermi mortale.

Invidio la tua vecchiezza, e la desidero : e questa è la forma d'amore che sento per te. E sogno un'altra me stessa, vecchia e canuta, e cadente ; e sogno di sentire le forze che mi vengono meno, di sentirmi ogni giorno più vicina al Grande Circolo nel quale tutto rientra e gira ; di disperdere gli atomi che formano questo corpo di donna che io chiamo Calipso. E invece resto qui, a fissare il mare che si distende e si ritira, a sentirmi la sua immagine, a soffrire questa stanchezza di essere che mi strugge e che non sarà mai appagata — e il vacuo terrore dell'eterno. »

Antonio Tabucchi  I volatili del Beato Angelico  Sellerio editore Palermo, 1987






 Lettre de Calypso, nymphe, à Ulysse, roi d'Ithaque

« Violets et turgides comme des chairs secrètes sont les calices des fleurs d’Ogygie ; des pluies légères et brèves, tièdes, alimentent le vert brillant de ses bois ; aucun hiver ne trouble les eaux de ses ruisseaux. 

Le temps d’un battement de paupières s’est écoulé depuis ton départ qui te semble si lointain, et ta voix, qui depuis la mer me dit adieu, blesse encore mon ouïe divine en ce temps pour moi infranchissable. Je regarde chaque jour le char du soleil qui court dans le ciel et je suis son trajet vers ton occident ; je regarde mes mains immuables et blanches ; avec une branche je trace une marque sur le sable — comme la mesure d’un comptage vain ; et puis je l’efface. Et les signes que j’ai tracés et effacés sont des milliers, identique est le geste et identique est le sable, et je suis identique. Comme tout le reste.




Toi, au contraire, tu vis dans le changement. Tes mains sont plus décharnées, avec les jointures plus saillantes, les solides veines bleues qui les parcouraient ressemblent maintenant aux cordages noueux de ton navire ; et si un enfant joue avec elles, les cordes bleues disparaissent sous la peau et l’enfant rit, et mesure contre ta paume la petitesse de sa propre main. Alors tu le fais descendre de tes genoux et tu le poses à terre, parce que s’est emparé de toi un souvenir des années lointaines et une ombre est passée sur ton visage : mais lui continue à te faire la fête et tu le soulèves aussitôt pour l’asseoir sur la table en face de toi : quelque chose de profond et d’indicible se produit et tu pressens, dans la transmission de la chair, la substance du temps. 

Mais de quelle substance est le temps ? Et où prend-il sa forme, si tout est établi, immuable, unique ? La nuit, j’observe les espaces entre les étoiles, je vois le vide incommensurable ; et ce qui bouleverse et emporte les humains n’est ici qu’un moment fixe sans commencement ni fin.

Ah, Ulysse, si je pouvais échapper à ce vert éternel ! Si je pouvais accompagner les feuilles qui lorsqu’elles jaunissent tombent et vivre avec elles ce moment ! Me savoir mortelle. 




J’envie ta vieillesse et je la désire : voilà la forme d’amour que j’éprouve pour toi. Et je rêve d’une autre moi-même, vieille et chenue, et croulante ; et je rêve de sentir mes forces décroître, de me sentir chaque jour plus proche du Grand Cercle dans lequel tout revient et tourne ; de disperser les atomes qui forment ce corps de femme que j’appelle Calypso. Mais je reste là, à fixer cette mer qui s’étend et se retire, à me sentir semblable à elle, à souffrir cette fatigue d’exister qui m’épuise et qui ne sera jamais apaisée — et la terreur vide de l’éternité. »

(Traduction personnelle)






Images : (1)  Site Flickr

(2)  Jose Joaquin Pérez Gamero  (Site Flickr)

(3)  Carlos Larlos  (Site Flickr)

(4)  Source

(5)  José Rambaud  (Site Flickr)

mercredi 24 septembre 2014

Message de la pénombre




Un extrait de l'ouvrage d'Antonio Tabucchi I volatili del Beato Angelico [Les oiseaux de Fra Angelico] : il s'agit d'un texte mélancolique et mystérieux, l'une de ces "proses lacunaires", "bruit de fond devenu écriture", selon les définitions qu'en donne lui-même l'auteur.

La nuit, sous ces latitudes, tombe brusquement, avec un éphémère crépuscule, le temps d’un souffle, et c'est l'obscurité. Ma vie est comprise dans ce bref espace de temps, et pour le reste je n’existe pas. Ou plutôt, je suis là, mais c’est comme si je n’y étais pas, parce que je suis ailleurs, en cet endroit précis, là où je t’ai laissée, et partout ailleurs aussi, dans tous les lieux de la terre, sur les mers, dans le vent qui gonfle les voiles des voiliers, parmi les voyageurs qui traversent les plaines, sur les places des villes, avec leurs marchands, leurs voix et le flot anonyme de la foule. Il est difficile de dire de quoi est faite ma pénombre, et ce qu’elle signifie. C’est comme un rêve que l’on serait conscient de rêver, et en cela consiste sa vérité : dans le fait d’être réel en dehors de toute réalité. Sa morphologie est celle de l’iris, ou plutôt des gradualités fugaces qui déjà ne sont plus alors qu’elles sont encore là, comme le temps de notre vie. Je peux le reparcourir, ce temps qui n’est plus à moi et qui a été à nous, et il défile à toute vitesse à l’intérieur de mes yeux : si vite que j’y aperçois des paysages et des lieux que nous avons habités, des moments que nous avons partagés, et même nos discussions d’autrefois, tu t’en souviens ?, nous parlions des parcs de Madrid et d’une maison de pêcheurs où nous aurions voulu vivre, et des moulins à vent, et des rochers à pic sur la mer une nuit d’hiver quand nous avons mangé du pain perdu, et de la chapelle avec les ex-voto des pêcheurs : des madones aux visages de femmes du peuple et des naufragés comme des marionnettes qui se sauvent de la tempête en s’agrippant à un rayon de lumière tombé du ciel. Mais tout cela qui défile dans mes yeux, et que je parviens malgré tout à déchiffrer avec une parfaite exactitude, est si rapide dans sa course inexorable qu’il n’est plus qu’une couleur : c’est le mauve du matin sur le haut plateau, le jaune safran des champs, l’indigo d’une nuit de septembre, avec la lune suspendue à l’arbre sur l’esplanade devant la vieille maison, l'odeur forte de la terre et ton sein gauche que j’aimais passionnément, et la vie était là, paisible et rythmée par le chant du grillon qui logeait à côté, et cette nuit était la plus belle de toutes les nuits, parce que c’était une nuit liquide, comme la pulpe d’un abricot.




Dans le temps de ce minuscule infini, qui est l’intervalle entre mon maintenant et notre autrefois, je te dis au revoir et je sifflote Yesterday et Guaglione. J’ai posé mon pull-over sur le fauteuil d'à côté, comme au temps où nous allions au cinéma et que j’attendais que tu reviennes avec les cacahuètes. 

Antonio Tabucchi  I volatili del Beato Angelico  Sellerio editore Palermo, 1987  (Traduction personnelle)








Images : en haut, Site Flickr

au centre, Site Flickr

en bas, Site Flickr




lundi 22 septembre 2014

L'azur des collines




L'imagination compte au nombre des facultés primordiales en usage dans la promenade. Existe-t-il en effet une sensation plus exaltante que de se laisser ensorceler par les airs, au sommet d'une montagne, les yeux fermés, en rêvant que nous sommes propulsés à l'ère secondaire, tandis qu'au-dessus de nous volent de hideuses bestioles ? 

L'ivresse qui naît de la fréquentation de la nature nous hisse hors de l'histoire ; grâce à ce paradis artificiel nous quittons quelques instants, ou quelques heures, le monde contemporain enlaidi de technique, pour ravir des bribes d'éternité. À qui sait le pressentir, la promenade mène à un Eden perdu dans lequel se mêlent, sans que l'on sache exactement pourquoi, la paix et l'effroi.




 Rien ne ressemble autant à la liberté que la désertion promise par les chemins. Le vieux procédé qui consiste à s'échapper pour mieux se retrouver hors des contingences, tout près de l'unique nécessaire, me semble si efficace ! Je l'expérimente chaque fois que je prends ma voiture pour le cheval d'Angelo Pardi et que je file n'importe où, fenêtres ouvertes, dans l'air vif du matin. Il ne me reste qu'à fumer de petits cigares et la magie opère : je ne vois que l'émeraude des prés et l'ocre des bois ; je traverse un paysage intemporel, emporté mieux que sur un tapis d'Orient, léger, pur esprit dans l'azur des collines, enivré de la grâce qui pleut comme une onde sur celui qui ne l'a pas méritée. Havre, asile, refuge, abri protecteur et consolateur, je ne me gausse pas des conceptions romantiques qui s'insinuent si bien, près de deux siècles après leur profération, dans les replis cachés de mon âme.

Rémi Villedecaze  De la promenade  Editions du Bon Albert, 1997









Images : (1) et (2) Le Hussard sur le toit, film de Jean-Paul Rappeneau, d'après le roman de Jean Giono

(3) et (4)  Thierry Bouts  (Site Flickr)



dimanche 21 septembre 2014

Via Cigna




In questa città non c'è via più frusta.
È nebbia e notte ; le ombre sui marciapiedi
Che il chiaro dei fanali attraversa
Come se fossero intrise di nulla, grumi
Di nulla, sono pure i nostri simili.
Forse non esiste più il sole.
Forse sarà buio sempre : eppure
In altre notti ridevano le Pleiadi.
Forse è questa l'eternità che ci attende :
Non il grembo del Padre, ma frizione,
Freno, frizione, ingranare la prima.
Forse l'eternità sono i semafori.
Forse era meglio spendere la vita
in una sola notte, come il fuco.

2 febbraio 1973

Primo Levi  Ad ora incerta, Garzanti editore, 1984






Il ne saurait y avoir, dans cette ville, rue plus fruste.
La nuit et le brouillard : sur le trottoir, ces ombres,
Par la lueur des réverbères traversées,
Comme si elles étaient imprégnées de néant,
Des caillots de néant, sont pourtant nos semblables.
Peut-être, le soleil n'existe plus.
Peut-être fera-t-il noir à jamais : cependant,
En d'autres nuits, on voyait rire les Pléiades.
Peut-être est-ce là l'éternité qui nous attend :
Non pas au sein du Père, mais embrayer,
Freiner, débrayer, mettre en première.
Peut-être est-ce l'éternité que ces feux tricolores.
Peut-être eût-il mieux valu brûler sa vie
En une seule nuit, comme le faux bourdon.

2 février 1973

Traduction : Louis Bonalumi








Images : en haut, Allan Dransfield  (Site Flickr)

au centre, Site Flickr

en bas, Fabio Pirovano  (Site Flickr)




samedi 20 septembre 2014

Gli Altri (Les Autres)




Françoise Hardy canta Gli Altri (H. Pagani - F. Hardy), 1967 :




E già
Io sto sempre con gli altri
Però
La ragione la sai
Non ci sei mai
E già
Io m'annoio con gli altri
Però
Sola cosa farei ?
Tu sei con lei
E già
Cosa vuoi
Ho bisogno di te

Se mi vuoi
Sono tua un'altra volta
Caro guardami ed ascolta
Io ti amo
Ti amo
Ti amo

No non puoi
Stare lì senza
Dir niente
Non capisci che è importante ?
Io ti amo
Ti amo
Ti amo

Ma sì
Me ne torno dagli altri
Son tanti
Tutti pazzi di me
Proprio così
E tu
Torna pure da quella
Se l'ami
O così pare a te
Corri da lei
Però
Ogni tanto ricordati che

Se mi vuoi
Sono tua come una volta
Caro guardami ed ascolta
Io ti amo
Ti amo
Ti amo

No non puoi
Stare lì
Senza dir niente
Non capisci che è importante ?
Io ti amo
Ti amo
Ti amo

Hé oui, 
Je suis toujours avec les autres
Mais
Tu sais pourquoi
Tu n'es jamais là
Hé oui,
Je m'ennuie avec les autres
Mais
Je ne peux pas être toujours seule...