Alida Chelli chante Sinno' me moro (Sinon je meurs) (P. Germi - C. Rustichelli) :
Amore amore amore, amore mio, in braccia a te me scordo ogni dolore, voglio resta' co'tte sinno' me moro voglio resta' co'tte sinno' me moro.
Nun piagne amore, nun piagne amore mio, nun piagne, statte zitto su sto core, ma si te fa soffrì dimmelo pure quello che m'hai da di' dimmelo pure
(Mon amour, dans tes bras, j'oublie toutes mes douleurs, je veux rester près de toi, sinon je meurs.)
Cette chanson a été écrite par Pietro Germi en 1958, pour son film Un maledetto imbroglio (libre adaptation du roman de Gadda Quer pasticciaccio brutto de via Merulana). On l'entend dès le générique, tandis que défilent les images de Piazza Farnese et du Palazzo Roccagiovine, siège de l'action.
Mina chante Lacreme napulitane(Larmes napolitaines), en version jazzy (1974) :
LACREME NAPULITANE (Buongiovanni - L. Bovio)
Mia cara madre, sta pe' trasí Natale, e a stá luntano cchiù mme sape amaro.... Comme vurría allummá duje o tre biancade... comme vurría sentí nu zampugnaro!...
A 'e ninne mieje facitele 'o presebbio e a tavula mettite 'o piatto mio... facite, quann'è 'a sera d''a Vigilia, comme si 'mmiez'a vuje stesse pur'io...
E nce ne costa lacreme st'America a nuje Napulitane!... Pe' nuje ca ce chiagnimmo 'o cielo 'e Napule, comm'è amaro stu ppane!
Mia cara madre, che só', che só' 'e denare? Pe' chi se chiagne 'a Patria, nun só' niente! Mo tengo quacche dollaro, e mme pare ca nun só' stato maje tanto pezzente!
Mme sonno tutt''e nnotte 'a casa mia e d''e ccriature meje ne sento 'a voce... ma a vuje ve sonno comm'a na "Maria"... cu 'e spade 'mpietto, 'nnanz'ô figlio 'ncroce!
E nce ne costa lacreme st'America ........................................ ...............
Mm'avite scritto ch'Assuntulella chiamma chi ll'ha lassata e sta luntana ancora... Che v'aggi''a dí? Si 'e figlie vònno 'a mamma, facítela turná chella "signora".
Io no, nun torno...mme ne resto fore e resto a faticá pe' tuttuquante. I', ch'aggio perzo patria, casa e onore, i' só' carne 'e maciello: Só' emigrante!
E nce ne costa lacreme st'America
(Elle nous en aura coûté des larmes, cette Amérique, A nous Napolitains ! Pour nous qui regrettons le ciel de Naples, Combien ce pain a un goût amer !)
"Moriemur inultae, sed moriamur" ait, "Sic, sic iuvat ire sub umbras" ("Nous mourrons sans vengeance, mais mourons", dit-elle. "Oui, c'est bien ainsi qu'il me plaît de descendre chez les Ombres")
Je suis frappé par la tonalité léopardienne du dernier roman de Renaud Camus, Loin. Jean, le personnage central, semble un frère de Tristan, du Dialogue de Tristan et d'un ami (dans les Petites œuvres morales), que Renaud Camus cite d'ailleurs (page 167) parmi les livres que son héros a l'habitude d'abandonner au hasard de ses pérégrinations. Comme le sarcastique et mélancolique Tristan de Leopardi, Jean est en butte aux reproches de son entourage : Ono, la jeune fille qu'il rencontre sur sa route et qui va l'accompagner quelques semaines dans son voyage, le trouve bizarre, trop poli, trop attaché aux convenances ; Jacques, son riche cousin, lui reproche de vivre dans une autre époque, «une époque imaginaire qui n'a jamais existé» ; il raille son caractère velléitaire et ronchonneur («Tu ronchonnes en silence, tu es amer, tu désapprouves, mais tu ne fais rien.», page 109). Le décalage est systématique: ces bruits dans les hôtels, cette «musique d'ambiance» obsédante dans les restaurants, les magasins, les stations-service, ces déchets qui flottent dans le courant des rivières, ces crépis que l'on arrache sur la façade des vieilles maisons, ce vide que l'on comble au détriment de l'espace et de la liberté, ils semblent ne déranger personne ; et donc, si Jean est le seul à en souffrir, c'est bien que «le problème, puisque problème il y a, n'en est qu'un pour lui, se trouve tout entier en lui» (pages 142-143).
De la même manière, Tristan constate que sa mélancolie, ses lamentations devant la vie comme elle va ne rencontrent chez les autres aucun écho favorable : «Quand j'ai entendu affirmer que la vie n'est pas malheureuse et que si elle me paraît telle, c'est sans doute en raison de quelque infirmité ou misère personnelle, j'en suis resté d'abord interdit, stupéfait, pétrifié, et, pendant quelques jours, je me suis cru emporté dans un autre monde. Ensuite, revenant à moi, je me suis un peu indigné, puis je me suis mis à rire. (...) Partout, les hommes, s'ils veulent vivre, doivent croire la vie précieuse et belle, et, ce faisant, ils se fâchent contre celui qui se permet d'en juger autrement. En somme, le genre humain croit toujours, non à ce qui est vrai, mais à ce qui paraît le mieux lui convenir.» Face à ce constat, Tristan se réfugie dans une ironie mordante, et dans l'espérance de la mort : «je suis mûr pour la mort, et il me paraît trop absurde, alors que je suis mort spirituellement, et que la fable de l'existence est achevée pour moi, de devoir durer encore quarante ou cinquante ans, comme m'en menace la nature.»
N'est-ce pas aussi la voie qu'a choisie Jean ? Dans Loin, la mort est omniprésente, et ce dès l'épigraphe, empruntée à Conrad : «Dans tous vos rapports avec moi désormais, je vous prie de vous comporter comme un mort.» Tout le roman est scandé par ces mots obsédants: l'évitement, l'abandon, l'absence, la disparition, la rupture, l'adieu, l'effacement, l'évanouissement, l'isolation, l'éloignement, la dissidence, la sécession, l'écart, la distance, le retrait, l'errance, le passage, la fuite. Ce sont les leitmotive qui accompagnent le héros, «dissident du moment», «sécessionniste du temps», «maquisard de la réalité du jour», qui ne cesse de se délester du superflu pour aller vers la légèreté, la transparence. Pourtant, ce n'est pas l'humanité que Jean déteste, «c'est de la voir se dépouiller d'elle-même qu'il déplore au contraire» (page 292) ; d'où cette fuite vers le nord, les îles envahies par le brouillard, les territoires de l'effacement où l'on peut espérer encore trouver des endroits vides, des nuits étoilées, des moments de silence offerts au vent et aux oiseaux.
Ce thème du lointain, de l'éloignement (la «lontananza», qui en italien désigne à la fois l'éloignement et l'absence), auquel renvoie le titre du roman, on le retrouve souvent chez Leopardi, dans ses poésies comme dans son monumental journal. Il est lié au souvenir (la «rimembranza») : «On peut comparer le souvenir du plaisir à l'espérance, car il produit à peu près les mêmes effets. Comme l'espérance, il présente plus d'attraits que le plaisir lui-même : il est beaucoup plus doux de se souvenir d'un bonheur jamais éprouvé, mais qui, vu de loin, semble l'avoir été, que d'en jouir ; tout comme il est plus doux d'espérer sa venue puisque, dans l'éloignement, il nous semble toujours possible d'y goûter. Dans l'un et l'autre cas, l'éloignement nous est favorable. On peut en conclure que le plus mauvais moment de l'existence est celui du plaisir et de la jouissance. (13 mai 1821)» La «lontananza» est aussi liée au penchant de l'homme vers l'infini, l'horizon ouvert dans lequel on peut se perdre. C'est évidemment le thème central du poème le plus célèbre de Leopardi, L'Infinito («E il naufragar m'è dolce in questo mar.» Et dans cette mer, il m'est doux de sombrer), et on le retrouve aussi dans de nombreuses pages du Zibaldone : «Pour les sensations qui nous charment par leur seul aspect indéfini, on peut se reporter à mon idylle sur l'infini et évoquer l'idée d'un paysage si fortement incliné que le regard, à une certaine distance, ne s'étend pas jusqu'à la vallée ; ou celle d'une rangée d'arbres dont on ne distingue pas la fin parce qu'elle est très longue ou qu'elle est également en pente, etc. Un bâtiment, une tour, etc., vus de telle façon qu'ils paraissent s'élever seuls au-dessus de l'horizon, sans qu'on perçoive ce dernier, produisent un contraste très puissant, sublime même, entre le fini et l'indéfini, etc. (1er août 1821)»
Cette attirance léopardienne pour le lointain est présente tout au long du roman de Renaud Camus, et de façon poignante dans les dernières pages, qui évoquent l'arrivée de Jean dans ces îles extérieures «plus solitaires, plus écartées, plus lointaines, mieux au-delà» ; comme nulle part ailleurs, on y éprouve cette sensation voluptueuse de n'être plus là, «qui conduit jusqu'au bord des larmes». Dans ces terres de l'effacement, Jean devient «l'étranger» (le terme fait sans doute écho au personnage d'Albert Camus, mais aussi à celui de Baudelaire, qui n'aime que «les nuages... les nuages qui passent... là bas... là bas... les merveilleux nuages!») ; il lui faut maintenant aller jusqu'au bout de ce qui a commencé pour lui comme une expérience, et qui est devenu «une voie sans retour» (page 271).
Dans ce finis terrae, l'amateur d'absence s'applique à «circonscrire ses ambitions» : il décide de s'inscrire définitivement dans le moment présent et dans cette certitude de la perte qui devient comme une drogue puissante, exaltant chaque instant, décuplant la puissance de chaque sensation («de tout ce qu'il découvrait, il se disait : "Ah ah : voici ce que je vais quitter.» page 163). On pense là aussi à Leopardi, et à ce passage du Zibaldone [298-299] : «En effet, l'imminence du malheur augmente le plaisir du présent (...) je n'ai jamais trouvé tant de plaisir dans la vie, je n'ai jamais été autant transporté par de tels accès de joie démente mais totalement pure qu'en ces moments où je m'attendais à un malheur imminent et que je me disais il te reste tant de temps pour en profiter et pas plus, je me repliais alors en moi-même, chassant toutes mes autres pensées, et surtout celle de ce malheur, pour ne penser qu'à prendre du plaisir, malgré mon tempérament mélancolique et très réfléchi. Cela augmentait peut-être encore l'intensité de mon plaisir ou de ma décision d'en profiter.»
C'est dans l'affirmation de cette expérience existentielle du présent et de la rupture que s'achève Loin, et plus précisément sur cette phrase : «Et d'autant plus vivant qu'à demi-mort déjà.» Quand il referme l'ouvrage sur ces mots énigmatiques, le lecteur de Leopardi entend monter en lui le chœur des morts du Dialogue de Frédéric Ruysch et de ses momies :
Che fummo ? Che fu quel punto acerbo Che di vita ebbe nome ? Cosa arcana e stupenda Oggi è la vita al pensier nostro, e tale Qual de' vivi al pensiero L'ignota morte appar. Come da morte Vivendo rifuggia, così rifugge Dalla fiamma vitale Nostra ignota natura ; Lieta, no ma sicura, Però ch'esser beato Nega ai mortali e nega a' morti il fato. (Qu'étions-nous ? Quel fut le moment cruel que l'on nomme vie ? Aujourd'hui, pour nous, la vie Est un mystère qui nous laisse stupides, Tout comme à l'esprit des vivants Apparaît la mort inconnue. Vivante, elle fuyait la mort, Notre nature nue ; et morte, Elle fuit la flamme vitale ; Heureuse, oh non ! mais délivrée de tout, Puisque le sort refuse le bonheur aux mortels Comme il le refuse aux morts.) Loin, de Renaud Camus, est paru chez P.O.L en octobre 2009. Citations de Leopardi : Petites oeuvres morales Traduction : Joël Gayraud (éditions Allia) Zibaldone Traduction : Bertrand Schefer (éditions Allia)
Si copiano, si insultano Corrono a soluzione, Cercano le comparse per vie di approvazione, Vogliono coi pensieri Significare tutto, Le sfere tra le mani, Bacchino come è brutto. Sono così centrati Riescono solo in posa Bacchino la tua rosa Perfetta tra i capelli Bacchino scendi piano Mettiti tra i più belli.
Ils se copient, ils s'insultent Courent à des solutions, Cherchent des figurants En quête d'approbation, Ils veulent par des idées Tout signifier, Les sphères entre les mains, Bacchino que c'est vilain. Ils sont tellement figés, Ne sont eux-mêmes qu'en pose Bacchino avec ta rose Parfaite dans les cheveux Descends mon Bacchino Au milieu des plus beaux.
[2102] Espressione degli occhi. Perchè si ha cura fino ab antico di chiuder gli occhi ai morti? Perchè con gli occhi aperti farebbero un certo orrore. E questo orrore da che verrebbe? Non da altro che da un contrasto fra l’apparenza della vita, e l’apparenza e la sostanza della morte. Dunque la significazione degli occhi è tanta, ch’essi sono i rappresentanti della vita, e basterebbero a dare una sembianza di vita agli estinti. Egli è certo che la sede dell’anima quanto all’esteriore, son gli occhi, e quell’animale o quell’uomo estinto, a cui non si vedono gli occhi, facilmente si crede che non viva; ma finattanto che gli occhi se gli vedono, si ha pena a credere che l’anima non alberghi in essi, (quasi fossero inseparabili da lei), e il contrasto fra quest’apparenza, questa specie di opinione, e la certezza del contrario, cagiona un raccapriccio, massime trattandosi de’ nostri simili, perchè ogni sensazione è viva, ogni contrasto è notabile in tali soggetti (cioè morte del nostro simile); eccetto [2103] il caso di abitudine formata a tali sensazioni, ec. (15 Nov. 1821.) Giacomo Leopardi, Zibaldone [2102-2103] [2102] Expression des yeux. Pourquoi prend-on la peine depuis l'Antiquité de fermer les yeux des morts ? Parce qu'ils nous feraient horreur les yeux ouverts. Et cette horreur, d'où vient-elle ? De nulle part ailleurs que du contraste entre l'apparence de la vie et l'apparence et la substance de la mort. Donc, la signification des yeux est telle qu'ils représentent la vie et suffiraient à donner un semblant de vie aux défunts. Il est certain que les yeux sont extérieurement le siège de l'âme et que l'on croit facilement à la mort d'un animal ou d'un homme défunt dont on ne voit pas les yeux. Mais tant que les yeux sont visibles, on a de la peine à croire que l'âme n'habite plus en eux (comme si elle en était inséparable) ; ainsi, le contraste entre cette apparence, ce type d'opinion et la certitude de son contraire nous font horreur, surtout s'il s'agit de nos semblables, parce que tout ce que l'on ressent est vivant, et parce que tout contraste est remarquable dans ces sujets (à savoir la mort de nos semblables), excepté [2103] dans le cas où l'on a pris l'habitude de ressentir ces choses, etc. (15 novembre 1821.)
Non pretendo di dire la parola che scoccata dal cuore traversi le dodici scuri forate fino a forare il cuore del pretendente. Io traccio il mio bersaglio intorno all'oggetto colpito, io non colgo nel segno ma segno ciò che colgo, baro, scelgo il mio centro dopo il tiro e come con un'arma difettosa di cui conosco ormai lo scarto, adesso miro alla mira.
Valerio MagrelliPoesie (1980-1992) (Nature e venature, In giro), ed. Einaudi
Fu nel verde di màcero e di neve dove la strada incide nel tornante lo striscio del vetrato, fu nel breve mancare che ti dissi : « in un istante,
chiusi gli orecchi dal silenzio, avremo tutti gli anni dei morti come un giorno ». E non udivi nulla, altro che il remo d'una barca sul Lete, il bianco intorno.
Alfonso Gatto, Rime di viaggio per la terra dipinta
Tournants de montagne
Ce fut dans le vert de roui et de neige où la route grave au tournant la rayure du verglas, ce fut dans une brève défaillance que je te dis : « en un instant,
nos oreilles bouchées par le silence, tous les ans des morts ne seront pour nous qu'un jour. » Et tu n'entendais rien, rien que la rame d'une barque sur le Léthé, le blanc tout autour.
Ergo iter inceptum peragunt fluvioque propinquant. Navita quos iam inde ut Stygia prospexit ab unda per tacitum nemus ire pedemque advertere ripae, sic prior adgreditur dictis atque increpat ultro: " Quisquis es, armatus qui nostra ad flumina tendis, fare age, quid venias, iam istinc et comprime gressum. Umbrarum hic locus est, somni noctisque soporae: corpora viva nefas Stygia vectare carina."
VirgileEneide(VI, 385-391)
Ed ecco verso noi venir per nave un vecchio, bianco per antico pelo, gridando: " Guai a voi, anime prave !
Non isperate mai veder lo cielo : i' vegno per menarvi a l'altra riva ne le tenebre etterne, in caldo e 'n gelo.
E tu che se' costì, anima viva, pàrtiti da cotesti che son morti ". Ma poi che vide ch'io non mi partiva,
disse: " Per altra via, per altri porti verrai a piaggia, non qui, per passare : più lieve legno convien che ti porti ".
E 'l duca lui: " Caron, non ti crucciare : vuolsi così colà dove si puote ciò che si vuole, e più non dimandare ".
Quinci fuor quete le lanose gote al nocchier de la livida palude, che 'ntorno a li occhi avea di fiamme rote.
DanteCommedia, Inferno, canto III, 82-99
Image : Jean-Paul Marcheschi, Le Nocher et son Ombre. Photo : Renaud Camus (Site Flickr)
Catalogue de l'exposition Les Fastes (Jean-Paul Marcheschi et Jacques Roubaud)
« Et brusquement l'action reprend, sans prévenir, et c'est de nouveau la même scène qui se déroule, une fois de plus... Maria Callas est extrêmement agitée. La musique dont l'intensité va croissant, s'empare du vide, sous le lustre immense, animé d'un mouvement presque insensible. Puis ce sont les couloirs déserts bien entendu. La représentation continue, ou bien est-ce : la représentation se poursuit? Toujours est-il qu'on distingue encore la voix, plus forte, il doit s'agir de l'air fameux, et en effet, on entend, à peine étouffée maintenant, l'exclamation tant attendue. Il court sur le tapis épais, devant une rangée de loges en demi-cercle. Il fantasma ! Il dévale quelques marches. Il débouche dans le hall. Elle est en train de le traverser en oblique, se dirigeant vers la sortie. Elle est seule. Elle a atteint les portes. Puis, se retournant à demi, elle l'aperçoit. Ils se rejoignent sous la marquise où ils demeurent un instant arrêtés, côte à côte. Verdi, Verdi, Verdi, sempre Verdi ! Et ceci donc, à quelques variantes près semblable, à l'opéra de Parme, à la Fenice ou à Covent Garden. »
Durante le riprese del Vangelo, per la scena del battesimo di Gesù ha scoperto un luogo incantevole nelle colline del viterbese, tra le forre del torrente Chia, ai piedi di un caravanserraglio con mura merlate e un'alta torre di avvistamento. Si è innamorato del luogo, l'ha acquistato, e ora, all'inizio degli anni Settanta, l'ha reso anche abitabile. Non appena riesce ad allontanarsi dagli stabilimenti cinematografici, è il luogo prediletto dei suoi ritiri. Attorno all'antico rudere al centro del caravanserraglio ha fatto costruire un'abitazione semicircolare a grandi vetrate. A pochi passi, nascosto dalla vegetazione, c'è un vasto padiglione in legno che funge da studio e dove, dopo molti anni, ha ripreso a disegnare. Il padiglione di Chia è anche il luogo ideale per il lavoro attorno al suo nuovo romanzo Petrolio, che prevede lungo, forse interminabile. Nel 1973 è in piena gestazione, ma viene spesso sospeso per l'incalzare degli impegni cinematografici. Con gli amici ne parla solo per accenni, si limita a mostrare una gran massa di fogli dattiloscritti, cinquecento, seicento pagine. Anche se nei suoi calcoli lo prevede interminabile, lo annuncia all'editore Garzanti. (...) Alla Torre di Chia i sogni del passato possono conservarsi più durevolmente e allo stesso tempo dare una visione più chiara di ciò che è sparito del mondo antico. Questo mondo con i suoi tempi lenti dell'esistere, le abitudini ripetute indefinitamente, i rapporti duraturi e assoluti, egli lo ha conosciuto dapprima in Friuli, poi nella Roma popolare e infine nel Terzo Mondo. Ora questa ritualità o si è già decomposta o si sta decomponendo.
Uscì di casa. Era il suo giorno libero. Da poco tempo aveva lasciato l'ospedale in cui prestava servizio, per passare alla Difesa Civile. Si incamminò attraverso la città, come per trovare all'esterno un balsamo che la calmasse. Da Pimlico si spinse verso Victoria Station. Il cielo era basso e grigio, pochi i passanti. Chi poteva aveva lasciato Londra e chi vi era rimasto, a quell'ora del mattino, si trovava già al lavoro. Fra i palazzi, di tanto in tanto, si aprivano i crateri lasciati dai bombardamenti dell'autunno 1940. Edna ricordò di aver letto che, fra il settembre di quell'anno e l'aprile successivo, si erano contati quarantamila morti in città, due milioni le case distrutte. I numeri ebbero per un attimo l'effetto di pacificarla. Le sembrò che il dolore di Alastair fosse nulla, in confronto, e che solo a Londra toccasse lo strazio più profondo, quello cieco e disperato che non sa neppure farsi parola. Raggiunse Belgrave Square, bianca e spettrale come un'ammonizione. La piazza con gli edifici disegnati da George Basevi pareva immersa in un silenzio e una solitudine senza vie di uscita. Nulla si muoveva. Qualcuno – ma chi ? – le aveva detto una volta che in quella piazza ci si trova sempre in un punto diverso da quello in cui si crede di essere : in Belgrave Square – quel qualcuno le aveva detto – si è sempre sul lato sbagliato. Ora l'indicazione risuonò sinistra. Edna ripensò di nuovo ai giorni di Cambridge. Con Alastair si dava spesso appuntamento al Fitzwilliam Museum, davanti un piccolo quadro di Fantin-Latour che raffigura una candida tazza da tè col suo cucchiaino. Anche il Fitzwilliam, come la piazza in cui ora si trovava, era stato progettato da Basevi, ma risultava più libero, meno oppresso dal rigore delle regole e da un'idea classica di armonia (in verità sottilmente ossessiva e claustrofila) come quella dominante in Belgrave Square.
Les saints italiens sont simples : on dirait des artisans et des paysans. Ils sont vêtus comme les pauvres gens, toujours décemment habillés chez nous. Comme les artisans, les paysans et les petites gens, ils sont ingénieux, ont les mains agiles ; ils sont maigres, lestes, déliés aussi bien d'esprit que de gestes, ne perdent jamais de temps comme, à force de chair épaisse et d'engourdissement, font les saints allemands. Un maçon tombe-t-il d'un échafaudage ? Vite, ils tendent la main et le rattrapent avant qu'il ne touche terre. Une rivière débordée menace-t-elle le village ? Vite, ils l'arrêtent ou prennent dans leur robe tout le village et volent le mettre en lieu sec. Trouvent-ils sur leur chemin un paralytique ? Ils le touchent d'un petit geste de rien du tout et le font marcher, comme on fait de ces jouets d'enfant où le mécanisme s'est arrêté. Un aveugle tourne-t-il la face vers eux ? De doigts légers comme ailes de papillons, ils effleurent ses paupières et lui redonnent la vue.
(...)
O aisance, légèreté et modestie des saints italiens, finesse de leur esprit, grâce simple et heureuse de leur âme, agilité de leurs mains, facilité honnête de leurs paroles, comme il faut nous en louer ! Comme il faut nous en faire gloire ! Pour ce qui est de leurs miracles, simples et honnêtes, ils les font comme la ménagère fait ses paupiettes, avec un peu de mie de pain, une branche de persil, une feuille d'herbes fines – que nous appelons « odeurs » – un brin d'oignon hâché et un soupçon d'ail, en roulant le tout dans la paume de ses mains pour lui donner forme et consistance ; et ce sont des miracles pour le bien de tous et non pas seulement celui des seigneurs. Leur parler est simple et clair, tout le monde peut le comprendre, même ceux qui ne savent pas le latin. Combien leur pauvreté est avenante et leur prodigalité grande et merveilleuse, étant, comme ils sont, les plus pauvres et les plus prodigues des Italiens – lesquels sont d'autant plus prodigues qu'ils sont plus pauvres : et donnent non seulement tout ce qu'ils ont, mais ce qu'ils n'ont pas, qui est beaucoup plus que ce qu'ils ont, et jamais ne jugent, jamais ne condamnent, jamais n'envoient personne en enfer, aiment et respectent le pêcheur plus que le vertueux, se couchent à côté des malades, des pestiférés, des lépreux et baisent leurs plaies !
(...)
Là où ces saints passent, la fièvre descend, les malades retrouvent la parole, la sueur ne perle plus sur leur peau. Sans ces saints, le peuple aurait davantage à souffrir ; il y a tant de misère dans le monde ! Non qu'ils aient le remède contre la misère, fièvre maligne qui ne passe jamais. Mais ils ont une façon à eux de parler de la faim, des abus des seigneurs, de l'égoïsme des riches, de la méchanceté des sbires à la solde des seigneurs ; une façon si tranquille de compatir aux malheurs du peuple, et en même temps des yeux si pleins de feu que, à les écouter, le pauvre monde sent l'espoir renaître dans son cœur et, peut-être encore mieux que l'espoir, la certitude d'un temps meilleur. Et une chaude odeur de pain se répand dans l'air.
J'ouvre ma fenêtre et c'est la nuit de Capri sur la mer. Je la ferme et c'est la nuit de Capri dans ma maison solitaire, à pic sur la mer, la nuit italienne sur les livres et tableaux de ma bibliothèque : La plage normande de Dufy, trois des Paysages parisiens de Delaunay, La Jeune Femme au concert de Kokoschka, Le Déjeuner sur l'herbe de Pascin, Le Crucifiement de Chagall ; la nuit grecque de Capri sur le bouquet de fleurs de Giorgio Morandi, sur La Plage de Versilia de De Pisis, sur le carrelage de faïence blanche à la lyre couronnée de laurier, dessiné par Goethe en marge du manuscrit de son voyage en Italie. J'ouvre la fenêtre et bientôt ce sera l'aube. Le ciel est clair sur les sommets du Cilento blancs de neige, sur les colonnes des temples de Paestum, là, en face : sur le promontoire d'Agropoli et le cap Palinure. D'ici peu le soleil brisera la coque de l'horizon et sur la mer, les montagnes, le rivage de ce désert d'eau, de rochers, de pins, de myrtes, de cyprès, naîtra la voix de l'homme. Je sors : c'est déjà l'aube. Je prends le sentier de Matromania et, sur la prairie d'asphodèles, je m'arrête pour cueillir un rameau d'yeuse. Ce rameau est l'image de l'Italie ; ces feuilles vertes, découpées comme un rivage de mer, ces feuilles sont l'Italie. Laquelle est chose de la nature, un produit de la nature, et les hommes qui y naissent sont, eux aussi, chose de la nature ; ils sont les fruits de ce rameau, de beaux animaux. Dans la clarté argentée de l'aube, je les entends s'appeler de rocher à rocher, d'olivier à olivier, de barque à barque. Ils ont des voix douces, lentes, lointaines. Ce ne sont pas des voix d'hommes, ce sont des voix de la nature, comme la voix de la mer, du vent, des feuillages ; des oiseaux marins ; comme les voix des bêtes qui s'entr'appellent de la terre et de la mer.
Curzio MalaparteCes chers Italiens, Stock, 1962.
Traduction : Mathilde Pomès.
La meilleure biographie de Malaparte : L'Arcitaliano, de Giordano Bruno Guerri, ed. Bompiani. (Traduction française : Malaparte, Denoël, 1980 (épuisée)).
PRANZO IN DROGHERIA ? Ho scritto semplicemente così stamattina nell'sms che alla fine ho deciso di mandare a Serenella. Lei, dopo tipo un'ora, mi ha risposto OK. Poi, giusto per tenermi un po' in allenamento, mi sono trascinato la tavola da surf da casa fino in piazza Vittorio, i passanti che come al solito si voltavano a guardarmi. E sono inciampato in una deficiente con un cane, cadendo all'altezza di via Accademia Albertina. Evvai. Cosi ora sto aspettando Serenella nei pressi del dehors del locale con gli Evisu limited edition strappati all'altezza del ginocchio destro sanguinante, la giacca vintage Gucci lacerata e sporca come la T-shirt Stussy e un livido grosso così all'altezza delle costole. Che comunque il tutto fa molto figo. Come sempre qui in Drogheria, i tavolini pullulano di cabinotti vestiti Carhartt dalla testa ai piedi. Poco più in là, un pensionato sta rovistando in un cestino della spazzatura. Su una delle colonne del porticato che percorre piazza Vittorio, qualcuno ha scritto POVERINI. E qualcun altro ci ha pisciato contro. Dato che Serenella è in ritardo, provo a chiamare Zombi per raccontargli che cosa ho scoperto a proposito della nuova serata Boombastic leggendo i commenti di torinoforum. Ma lui non risponde. Starà dormendo. Faccio per scrivergli un sms quando sotto i portici avvisto Serenella. Lascio perdere e spengo il cellulare.
Improvvisa gioia d'una sosta del viaggio senza chiedere più di proseguire. Tutta la via percorsa è fra gli otto angoli d'un castello, sciolta in musica del vento la tirannia degli occhi.
Il vento che a notte fischierà da queste finestre anche me porterà, se ha memoria il mare delle vite vissute negli abissi anche il vento mi terrà.
Arabo greco tedesco latino e questa lingua che amo e mi ama le mura ascoltarono da una bocca sola fermare altre giornate : il vento impediva anche all'Imperatore di comandare il silenzio.
Roberto Pazzi
Le poème est extrait du recueil Lingua, la jeune poésie italienne, publié en 1995 aux éditions Le Temps qu'il fait.
Vedere il lato bello, accontentarsi del momento migliore, fidarsi di quest'abbraccio e non chiedere altro perché la sua vita è solo sua e per quanto tu voglia, per quanto ti faccia impazzire non gliela cambierai in tuo favore. Fidarsi del suo abbraccio, della sua pelle contro la tua, questo ti deve essere sufficiente, lo vedrai andare via tante altre volte e poi una volta sarà l'ultima, ma tu dici stasera, adesso, non è già l'ultima volta ? Vedere il lato bello, accontentarsi del momento migliore, fidarsi di quando ti cerca in mezzo alla folla, fidarsi del suo addio, avere più fiducia nel tuo amore che non gli cambierà la vita, ma che non dannerà la tua perché se tu lo ami, e se soffri e se vai fuori di testa questi sono problemi solo tuoi ; fidarsi dei suoi baci, della sua pelle quando sta con la tua pelle, l'amore è niente di più, sei tu che confondi l'amore con la vita.
Pier Vittorio TondelliBiglietti agli amici, ed. Bompiani.
La casa era sull'orlo della china di tetti verso il vallone. Salii la scaletta esterna, fui sul pianerottolo. Sapevo che mi sarebbe piaciuto non aver da entrare, non aver da cercare cibo e letto, essere piuttosto in treno, e mi fermai. Il freddo era intenso, e in basso c'erano lumi, in alto pure, a piccoli gruppi sparsi di quattro o cinque ; e l'aria era azzurra. Nel cielo scintillava il ghiaccio di una grande stella abbandonata. Era notte, sulla Sicilia e la calma terra : l'offeso mondo era coperto di oscurità, gli uomini avevano lumi accanto chiusi con loro nelle stanze, e i morti, tutti gli uccisi, si erano alzati a sedere nelle tombe, meditavano. Io pensai, e la grande notte fu in me notte su notte. Quei lumi in basso, in alto, e quel freddo nell'oscurità, quel ghiaccio di stella nel cielo, non erano una notte sola, erano infinite ; e io pensai alle notti di mio nonno, le notti di mio padre, e le notti di Noè, le notti dell'uomo, ignudo nel vino e inerme, umiliato, meno uomo d'un fanciullo o d'un morto.
Elio VittoriniConversazione in Sicilia, ed. Rizzoli.
La maison était au bord de la pente de toits qui allait vers le vallon. Je montai le petit escalier extérieur, parvins au palier. Je savais qu'il m'eût plu de ne pas avoir à entrer, de ne pas avoir à chercher nourriture et lit, d'être plutôt dans le train, et je m'arrêtai.
Le froid était intense et, en bas, il y avait des lumières, en haut aussi, par petits groupes épars de quatre ou cinq ; et l'air était bleu. Dans le ciel scintillait la glace d'une grande étoile abandonnée.
Il faisait nuit, sur la Sicile et sur la calme terre : l'obscurité recouvrait le monde offensé, les hommes avaient des lumières près d'eux, des lumières enfermées avec eux dans leurs chambres, et les morts, tous les tués, s'étaient assis dans leurs tombes, et ils méditaient. Je pensai, et, en moi la grande nuit fut de la nuit sur de la nuit. Ces lumières en bas, en haut, et ce froid dans l'obscurité, cette glace d'étoile dans le ciel, n'étaient pas une seule nuit, c'étaient d'innombrables nuits ; et je pensai aux nuits de mon grand-père, aux nuits de mon père, et aux nuits de Noé, aux nuits de l'homme nu dans le vin et désarmé, humilié, moins homme qu'un enfant ou qu'un mort.
Come spesso accade sull'Adriatico, ai primi di settembre la stagione di colpo mutò. Piovve un giorno soltanto, il 31 agosto. Ma il bel tempo dell'indomani non ingannò nessuno. Il mare era inquieto, d'un verde vegetale ; il cielo d'una trasparenza esagerata, da pietra preziosa. Nel tepore stesso dell'aria si era insinuata una piccola persistente punta di freddo. Il numero dei villegianti cominciò a diminuire. Sulla spiaggia le tre o quattro file di tende e ombrelloni si ridussero in breve a due, e poi, dopo una nuova giornata di pioggia, a una sola. Di là dai capanni ormai in buona parte smontati, le dune, ricoperte fino a pochi giorni avanti di una sterpaglia stenta e bruciacchiata, apparivano punteggiate da una quantità incredibile di meravigliosi fiori gialli, alti sui gambi come gigli. Per rendersi esatto conto del significato di quella fioritura bastava un po' conoscere la costa romagnola. L'estate era finita : da quel momento non sarebbe stato più che un ricordo.
Giorgio BassaniIl Romanzo di Ferrara, Gli occhiali d'oro. Ed. Mondadori.
Ainsi qu'il arrive souvent sur l'Adriatique, le temps, dès les premiers jours de septembre, changea brusquement. Il ne plut qu'un seul jour, le 31 août. Mais le beau temps du lendemain ne trompa plus personne. La mer, agitée, était verte, d'un vert végétal ; et le ciel, d'une transparence exagérée, de pierre précieuse. Dans la tiédeur même de l'air s'était insinuée une légère et persistante pointe de froid. Le nombre des estivants commença à diminuer. Sur la plage, les trois ou quatre rangées de tentes et de parasols se réduisirent bientôt à deux et puis, après une nouvelle journée de pluie, à une seule. Au-delà des cabines, désormais en grande partie démontées, les dunes recouvertes, il y a quelques jours encore, d'une maigre broussaille désséchée, étaient à présent semées d'une incroyable quantité de merveilleuses fleurs jaunes, aussi hautes sur tige que des lis. Il suffisait de connaître un peu la côte romagnole pour savoir ce que signifiait cette floraison. L'été était fini : à partir de cet instant, il n'allait plus être qu'un souvenir.
Glauco, un fanciullo dalla chioma bionda, dal bel vestito di marinaretto, e dall'occhio sereno, con gioconda voce mi disse, nel natio dialetto :
Umberto, ma perché senza un diletto tu consumi la vita, e par nasconda un dolore o un mistero ogni tuo detto ? Perché non vieni con me sulla sponda
del mare, che in sue azzurre onde c'invita ? Qual'è il pensiero che non dici, ascoso, e che da noi, così a un tratto, t'invola ?
Tu non sai come sia dolce la vita agli amici che fuggi, e come vola a me il mio tempo, allegro e immaginoso.
Umberto SabaCanzoniere, Poesie dell'adolescenza e giovanili.
Glauco, un enfant à la blonde chevelure, au bel habit de petit marin, et à l'œil limpide, d'une voix enjouée me dit, dans son dialecte natal :
Umberto, mais pourquoi sans plaisir consumes-tu ta vie, et sembles-tu cacher une souffrance ou un mystère dans chacune de tes paroles ? Pourquoi ne viens-tu pas avec moi sur la rive
de la mer, qui dans ses vagues d'azur nous invite ? Quelle est cette pensée que tu ne dis pas, secrète, et qui à nous, d'un seul coup, t'arrache ?
Tu ne sais pas combien douce est la vie aux amis que tu fuis, ni comment pour moi fuit le temps, plein de gaieté et d'imagination.
Firenze è una grande capitale culturale ma, a differenza di altre città, in essa è ancora possibile rintracciare e vivere qualcosa che le altre città, o metropoli, hanno perduto, o forse, nemmeno lontanamente, hanno mai avuto : il centro. Poiché Firenze conserva, fra due piazze, un ponte e qualche via, un centro vitale e fervido in cui batte il cuore della città. Basta sedersi ai tavoli di uno fra i tre famosi caffè di Piazza Repubblica (Gilli, Patzowski, Giubbe Rosse) fra il tramonto e le prime ore della notte. Sugli stessi tavoli, appoggiandosi agli stessi schienali, ecco dapprima i vetusti esemplari della borghesia cittadina che sorseggiano l'aperitivo. Un ottantenne con le dita inanellate, la consorte dai capelli sfumati color pervinca che risponde con il capino ai cenni di saluto di altre ottuagenarie che entrano. Più tardi l'ambiente umano trascolora nelle tinte dei neri e dei grigi. Entrano i commessi dark delle boutique del centro che, da un po', hanno la consuetudine di ospitare nelle vetrine interventi di giovani artisiti internazionali. Eleganti e trascurati, come solo sanno essere i più fedeli adepti delle ultime waves di moda filofrancese e filonipponica. Hanno appena chiuso i negozi e parlottano a gruppi, decidendo quale sarà l'andamento della nottata. Verso le otto e mezzo arrivano invece i rampanti, cercano gettoni per telefonare, vestono all'inglese come ogni giovanotto fiorentino per bene ama fare da generazioni, sorseggiano spumante italiano. Poi arriva la fauna in attesa del cinema, arrivano i ragazzotti di periferia in sella alle loro moto truccate, arrivano i gruppi di soldati che passeggiano avanti e indietro, senza il coraggio di entrare in un bar. Di ora in ora, la piazza cambia storia fino al grande mescolamento e alla promiscuità della notte, quando i ragazzi escono dalle discoteche e, ancora qui nel centro, vengono a cercare sigarette e tramezzini e il caffè delle tre del mattino. Le ragazze escono accaldate dal vicino Jab Jum, i gay dal Tabasco, gli yuppie dalle discoteche della collina sulle le loro Range Rover. In alto, sopra la piazza, l'orologio elettronico segna ora, giorno, mese e temperatura. I segnali luminosi rosseggiano intermittenti, la luce pulsa a intervalli regolari. I tassisti parlottano davanti alle loro auto bianche. Anche le ultime frequenze di vita si affievoliscono. Cala il torpore, la stanchezza. Il centro della città, il suo vecchio cuore millenario si irrigidisce nel silenzio e, privo di vita, ancora una notte si accascia.
[1986]
Pier Vittorio TondelliUn week end postmoderno, Bompiani, 1990.
L'Arno divaga in una luce cieca, attendono acqua i morti con le gole asciutte e nei vivi si piaga la memoria : secca con gli anni, si screpola la sua pianura, attende questa o un altra luce, varia, ma il pozzo non dà linfa al moto incatenato della noria, la draga trapana quest'aria senza traffigerla.
Piero Bigongiari Le Mura di Pistoia, Editions Sud, 1988.
L'Arno divague sous une lumière aveugle, les morts attendent l'eau avec la gorge sèche et la mémoire chez les vivants se blesse : désséchée par les ans, sa plaine se craquèle ; elle attend cette lumière ou une autre, un peu différente, mais le puits ne fournit pas de sève au mouvement enchaîné de la noria, la drague creuse l'air sans le trouer.
(Traduction : Philippe Jaccottet et André Ughetto)
Fra tutte le statue di Firenze, la statua di Giovanni delle Bande Nere è quella che più si meriterebbe un par di ceffoni nel muso. Guàrdalo un pò, come se ne sta seduto comodo in San Lorenzo, con quel suo tronco di randello nel pugno. O piove, o tira vento, Giovanni è sempre là, col suo sorriso molle nel viso barbuto. E che barba da paino, tutta riccioletti corti, ben pettinata, ben lisciata, intorno a una bocca che par quella di una donna con la voglia del cocomero. Non si scomoda neanche se tu lo pungi nel sedere con uno spillo. « Ci sto bene, e ci sto » par che dica, « e pròvati a farmi alzare, se ti riesce. » E quel bastone in mano, che se ne fa ? O perché non l'adopra ? Già, perché non l'adopra ? Non si può dire che in questi ultimi tempi non gli siano mancati il modo e le occasioni. Curzio MalaparteMaledetti toscani.
Parmi toutes les statues de Florence, la statue de Jean des bandes noires (1)est celle qui mériterait le plus une paire de gifles sur la gueule. Regardez donc un peu comme il se tient assis bien à l'aise à San Lorenzo, avec son morceau de trique au poing. Qu'il pleuve ou qu'il vente, Jean est toujours là, avec son sourire mou dans son visage barbu. Et quelle barbe de petit efféminé, toute en bouclettes courtes, bien peignée, bien lissée autour d'une bouche semblable à celle d'une femme qui aurait envie d'une pastèque. Il ne se dérange pas, même si vous le piquez dans le derrière avec une aiguille. « Je suis bien ici, j'y reste, semble-t-il dire ; essaie de me faire lever, si tu peux. » Et ce bâton qu'il tient en main, qu'en fait-il ? Pourquoi ne l'emploie-t-il pas ? On ne peut pas dire qu'en ces derniers temps la manière et l'occasion lui aient manqué.
(1) Condottiere, parent de Leon X, chargé par celui-ci de mettre à la raison quelques tyranneaux de la Marche d'Ancône. Il créa à cette occasion la cavalerie légère dite des Bandes noires, portant le deuil de Leon X (1498-1526).
Traduction : Georges Piroué. (Ces sacrés Toscans, éditions Denoël, 1957)
Ecco Lucca, calda, crudele, serrata e verde. Mi sento qui nella carne di ogni persona che incontro. Esamino i connotati come se chi passa portasse via, nei suoi panni, il mio corpo. E' la mia terra, è il mio sangue. Ne ho un tormento e un desiderio come chi si scostasse da un incesto ; – ma non può dominare la fatalità dei suoi sensi ! Queste giornate, in questi luoghi, mi fanno soffrire, e mi coprono di voluttà, e mi tengono limitato come in una bara. Riprenderò la via del mondo. Andrò dove sono forestiero : Dove non è peccato, sacrilegio, essere curiosi di sè nelle cose che godi. Qui finirei col riprendere la zappa, col rimescolarmi ai contadini, col dimenticare le acredini e i miracoli delle lettere, col lodare, al sole l'altro grano d'oro, mentre si falcia, e le coscie delle donne sorprese a fecondarsi di te in una gran perdizione di sguardi e di morsi bestiali ;
e non sai più se è una pesca o labbra quella forma che hai divorato, se non fosse l'odor forte della donna ; e poi al sole che ti dà un abbandono, un abbandono così esteso, che accogli il sonno come una pace vera di morte.