samedi 30 juillet 2016

Estiva (Estivale)



Distesa estate, 
stagione dei densi climi 
dei grandi mattini 
dell'albe senza rumore — 
ci si risveglia come in un acquario — 
dei giorni identici, astrali, 
stagione la meno dolente 
d'oscuramento e di crisi, 
felicità degli spazi, 
nessuna promessa terrena 
può dare pace al mio cuore 
quanto la certezza di sole 
che dal tuo cielo trabocca, 
stagione estrema, che cadi 
prostrata in riposi enormi, 
dai oro ai più vasti sogni, 
stagione che porti luce 
a distendere il tempo 
di là dai confini del giorno, 
e sembri mettere a volte 
nell'ordine che procede 
qualche cadenza dell'indugio eterno.

 Vincenzo Cardarelli 




 Été étendu,
saison des denses climats
des longs matins
des aubes silencieuses —
on s'y réveille comme dans un aquarium —
des jours identiques, astraux,
saison la moins accablée
de nébulosités et de tensions,
félicité des espaces,
aucune promesse terrestre
ne peut apaiser mon cœur
comme la certitude de soleil
qui de ton ciel déborde,
saison extrême, qui t'effondre
épuisée en siestes immenses,
qui dore les songes les plus vastes,
 saison qui apporte la lumière
pour étirer le temps
au-delà des limites du jour,
et tu sembles mettre parfois
dans l'ordre qui avance
quelques accents de l'éternelle attente.

(Traduction personnelle)




Vincenzo Cardarelli sur ce blog : ici

lundi 25 juillet 2016

L'Immensità (L'Infini)




 Don Backy canta L'Immensità  (Aldo Caponi - Mogol - Detto Mariano, 1967) :

Io son sicuro che, per ogni goccia,
per ogni goccia che cadrà,
un nuovo fiore nascerà
e su quel fiore una farfalla volerà.

Io son sicuro che,
in questa grande immensità,
qualcuno pensa un poco a me
e non mi scorderà.

Sì, io lo so,
tutta la vita sempre sola non sarò,
un giorno troverò
un po' d'amore anche per me,
per me che sono nullità
nell'immensità.

Sì, io lo so,
tutta la vita sempre solo non sarò,
e un giorno io saprò
d'essere un piccolo pensiero
nella più grande immensità
del suo cielo.






 Je suis sûr que, pour chaque goutte,
pour chaque goutte qui tombera,
une nouvelle fleur naîtra,
et sur cette fleur un papillon se posera.

Oui, je suis sûr que 
dans cette immensité,
quelqu'un pense un peu à moi
et ne m'oubliera pas

Oui, je le sais,
je ne serai pas seul toute ma vie,
un jour, je trouverai
un peu d'amour

pour moi aussi,
pour moi qui ne suis que néant

dans l'infini... 


On trouve une belle exégèse de cette chanson dans le film de Dino Risi Straziami, ma di baci saziami (1969, sorti en France sous le titre : Fais-moi mal mais couvre-moi de baisers) :




Traduction du dialogue :

Marino (Nino Manfredi) : "Je suis sûr que dans cette grande immensité / Quelqu'un pense un peu à moi / Et ne m'oubliera pas / Et un jour, je trouverai un peu d'amour  / pour moi aussi "

Marisa (Pamela Tiffin) : "Pour moi qui suis une nullité / dans l'immensité..."  J'aime bien la musique, mais les paroles ne me plaisent pas !

Marino : Mais elles ont été écrites pour ceux qui s'aiment, comme toi et moi...

Marisa : Ah bon ? Merci beaucoup ! Alors moi, je serais une nullité ?

Marino : "Nullité" par rapport à l'immensité de l'univers...

Marisa : Non, je ne suis pas d'accord ! C'est notre amour qui est l'immensité ; la nullité, c'est tout le reste !

Marino : Dans le sens où il n'existe rien d'autre en dehors de notre amour ?

Marisa : Oui, plus ou moins...

Marino : C'est bien possible ! D'ailleurs, on retrouve la même idée dans la chanson Il y a une maison blanche qui... Attends, je vais te la lire...




Image : Andrea Cutaia  (Site Flickr)

mercredi 6 juillet 2016

Chiuso per ferie




Per quest'anno non cambiare 
stessa spiaggia stesso mare 
per poterti rivedere 
per tornare per restare insieme a te 
e come l'anno scorso 
sul mare col pattino 
vedremo gli ombrelloni 
lontano lontano 
nessuno ci vedra' vedra' vedra'...









Images : Sofie Nilsson  (Site Flickr)

lundi 4 juillet 2016

La lumière, changée (La luce, mutata)




"Fremd bin ich eingezogen,
fremd zieh ich wieder aus..."





La lumière, changée

Nous ne nous voyons plus dans la même lumière,
Nous n'avons plus les mêmes yeux, les mêmes mains.
L'arbre est plus proche et la voix des sources plus vive,
Nos pas sont plus profonds, parmi les morts.

Dieu qui n'es pas, pose ta main sur notre épaule,
Ébauche notre corps du poids de ton retour,
Achève de mêler à nos âmes ces astres,
Ces bois, ces cris d'oiseaux, ces ombres et ces jours.

Renonce-toi en nous comme un fruit se déchire,
Efface-nous en toi. Découvre-nous
Le sens mystérieux de ce qui n'est que simple
Et fût tombé sans feu dans des mots sans amour.

Yves Bonnefoy   Pierre écrite  1965






La luce, mutata

Non ci vediamo più nella stessa luce,
Gli occhi e le mani non sono più gli stessi.
L'albero è più vicino, più viva la voce delle fonti,
E più profondi i nostri passi, tra i morti.

Dio che non sei, posa la tua mano sulla nostra spalla,
Abbozza il nostro corpo col peso del tuo ritorno,
Compi la fusione delle nostre anime agli astri,
Ai boschi, alle grida d'uccelli, alle ombre e ai gorni.

Rinuncia te in noi come si squarcia un frutto,
E noi cancella in te. Rivela il senso
Misterioso di ciò che è solo semplice
E senza fuoco cadrebbe in parole senza amore.

Traduzione : Diana Grange Fiori









Images : en bas, (1) Fabricio  (Site Flickr)

(2) Denis Trente-Huittessan  (Site Flickr)



vendredi 1 juillet 2016

Une voix (Una voce)



In memoriam Yves Bonnefoy (24 juin 1923 - premier juillet 2016)






Souviens-toi de cette île où l'on bâtit le feu
De tout olivier vif au flanc des crêtes,
Et c'est pour que la nuit soit plus haute et qu'à l'aube
Il n'y ait plus de vent que de stérilité.
Tant de chemins noircis feront bien un royaume
Où rétablir l'orgueil que nous avons été,
Car rien ne peut grandir une éternelle force
Qu'une éternelle flamme et que tout soit défait.
Pour moi je rejoindrai cette terre cendreuse,
Je coucherai mon cœur sur son corps dévasté.
Ne suis-je pas ta vie aux profondes alarmes,
Qui n'a de monument que Phénix au bûcher ?



Demande pour tes yeux que les rompe la nuit,
Rien ne commencera qu'au delà de ce voile,
Demande ce plaisir que dispense la nuit
De crier sous le cercle bas d'aucune lune,
Demande pour ta voix que l'étouffe la nuit.

Demande enfin le froid, désire cette houille.

Yves Bonnefoy  Du mouvement et de l'immobilité de Douve, Éditions Gallimard


Ricordati dell'isola in cui si desta il fuoco
Di ogni olivo vivente su scoscesi pendii,
Ed è perché la notte sia più alta e all'alba
Il vento e la sterilità siano pari.
Quei sentieri abbrunati formeranno un regno
In cui restaurare l'orgoglio che fummo,
Nulla rinvigorisce una perenne forza
Quanto un'eterna fiamma e che tutto sia sfatto.
Per me raggiungerò quella terra cinerea,
Distenderò il mio cuore su quel corpo distrutto.
Non son io la tua vita dalle angosce profonde,
Che solo ha un monumento per Fenice sul rogo ?



Chiedi per i tuoi occhi che li rompa la notte,
Nulla comincerà se non dietro quel velo,
Chiedi il piacere che dispensa la notte
D'urlare sotto l'alone di lune inesistenti,
Chiedi per la tua voce che l'affoghi la notte.

Infine chiedi il freddo, anela a queste tenebre.

Traduzione : Diana Grange Fiori (Yves Bonnefoy, L'Opera poetica, I Meridiani, Mondadori, 2010) 




 



Images : grazie a Vincentello (Site Flickr)