jeudi 30 juillet 2015

La Bella aurora (La Belle aurore)




Ecco ridente in cielo
spunta la bella aurora,
e tu non sorgi ancora
e puoi dormir così ?

Sorgi, mia dolce speme,
vieni, bell'idol mio,
rendi men crudo, o Dio !
lo stral che mi ferì...

Rossini   Il Barbiere di Siviglia, Cavatina del Conte d'Almaviva (Libretto di Cesare Sterbini)






Voici que riante dans le ciel

apparaît la belle aurore,
et tu ne te montres pas encore
comment peux-tu dormir ainsi ?

Parais, mon doux espoir,
viens, ma belle idole,
rends moins cruel, ô Dieu !
le trait qui m'a blessé...






Images : en haut, Andrea Zucchi (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

Source de la vidéo : Site YouTube


(...)


dimanche 26 juillet 2015

Dix heures et demie du soir en été






Comment décrire 
Le jardin dévasté 
Dix heures du soir en été... 

À quoi bon vous dire 
La chaleur lourde 
D'avant la foudre ? 

La vie qui part 
La terre qui s'ouvre 
Le feu aux poudres... 

Dans leurs regards 
Entre leurs mains, 
La fin de l'histoire... 

À tout jamais 
La beauté niée 
Détournée... 

L'orage éclaté 
La pluie qui tombe 
Dans un fracas de fin du monde...



On aimerait rire 
Des faux soupirs... 
Au moins lui dire... 

Le vain miroir 
Qu'elle tend, les fards... 
Le vent qu'elle vend... 

Comment décrire 
Tout le carnage 
D'après l'orage ? 

Dix heures en été : 
La nuit qui tombe 
Dans un néant de fin du monde... 

Il devrait fuir 
Les faux sourires 
Se dessaisir 

Du vain miroir 
Qu'elle tend, des fards 
Du vent qu'elle vend...






Images : en bas, (1) Pierre-Paul Feyte  (Site Flickr)

(2) extrait de Dix heures et demie du soir en été, de Marguerite Duras





samedi 25 juillet 2015

Testamento (Testament)




Mauro Marè (1935-1993) est un poète romain dont la totalité de l’œuvre poétique est écrite en romanesco, le dialecte de Rome. Testamento est un de ses poèmes les plus connus ; on peut entendre dans l'extrait vidéo placé à la fin de ce message l'adaptation qu'en a faite le chanteur Simone Cristicchi :

Me piacerebbe d'esse seppellito, 
magara doppo morto, in cima a un colle, 
senza la cassa, a pelle cò le zolle, 
in pizzo ar mare, limpido e infinito. 

E ar posto della croce un arberello, 
che sia piantato sull'istessa tera, 
de limone, così che a primavera, 
quanno er mare è più liscio e brillarello, 

se spargerà er profumo tutt'attorno, 
vieranno le farfalle cò l'ucelli 
a sugamme li fiori tenerelli 
e sarò alegro, giorno doppo giorno… 

 e allora canterò : "Fior de limone… 
la vita è un soffio, un mozzico, un sospiro, 
cò la morte diventerà un respiro, 
un profumo, 'na brezza, 'na canzone". 

Mauro Marè 





J'aimerais être enterré,
si possible après ma mort, au sommet d'une colline,
sans cercueil, à même la terre,
près de la mer, limpide et infinie.

Et au lieu d'une croix, un petit arbre,
planté dans la même terre,
un citronnier, pour qu'au printemps,
quand la mer est plus calme et plus lumineuse,

il répande tout autour son parfum,
 les papillons et les oiseaux viendront
butiner les fleurs délicates
et je serai joyeux, jour après jour...

et alors je chanterai : "Fleur de citron...
la vie est un souffle, une bouchée, un soupir,
avec la mort, elle deviendra une halte,
un parfum, une brise, une chanson". 

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Diana  (Site Flickr)

au centre, Allen  (Site Flickr)

en bas, Neda  (Site Flickr)



vendredi 24 juillet 2015

La Dernière Danse




"Cuando se revelen los recuerdos
y me pongan contra la pared..."






Sans cesse je roulais d'un coin du lit à l'autre,
je n'eus plus qu'à me retirer de mon alcôve
pour aller me rouler dans les bars de la ville :
là je vis des gens comme moi dans la débile
ordure musicale tombant sur nos têtes
attendre comme moi l'issue de cette fête
mais d'être là ensemble à nous saouler faisait
oublier la sentence qui nous menaçait,
ensemble nous levions à travers la fumée
nos verres pour y noyer la pensée
trop claire qui nous crie lorsque la nuit commence :
« Ami, viens par ici, c'est ta dernière danse. »

William Cliff   Amour perdu  Le Dilettante, 2015








Images : en haut et en bas, Frank Kloskowski  (Site Flickr)

au centre, Lorenzo Giunchi  (Site Flickr)



mercredi 22 juillet 2015

L'affaire Vivaldi




L’affare Vivaldi [L’affaire Vivaldi], qui paraît en ce moment en Italie aux éditions Sellerio, raconte l’extraordinaire histoire de la redécouverte des partitions manuscrites de Vivaldi, dans les années vingt du siècle précédent. L’auteur de l’ouvrage, Federico Maria Sardelli est musicologue et musicien (il a déjà consacré plusieurs ouvrages très savants à l’œuvre de Vivaldi, en particulier à ses concertos pour flûte), mais il devient ici romancier pour raconter de façon extrêmement plaisante la recherche de ces précieux manuscrits, en mêlant avec virtuosité les époques et en ménageant tout au long du récit un suspense haletant, sans jamais perdre de vue la vérité historique. 
Lorsque Vivaldi meurt le 28 juillet 1741 à Vienne, où il s’est réfugié pour fuir les créanciers qui l’assaillaient à Venise, il n’est plus le musicien à la mode fêté et adulé que l’on surnommait le "Prêtre Roux" ; sa musique n’est plus guère jouée et lorsque, tout de suite après sa mort, son frère tente de vendre à un collectionneur bibliophile les centaines de partitions manuscrites que le musicien a laissées à Venise, il n’en tire qu’un bien maigre profit. Dès lors, ces manuscrits vont passer de main en en main pour se retrouver finalement au début du vingtième siècle entassés dans le poussiéreux grenier d’un collège salésien à Borgo San Martino, dans le Piémont. C’est là que les deux personnages centraux de cette aventure, Luigi Torri, directeur de la Bibliothèque Nationale de Turin, et Alberto Gentili, compositeur et musicologue à l’Université de Turin, vont enfin les retrouver en 1926 pour permettre la redécouverte d’un génial compositeur, dont on ne connaissait plus que quelques concertos, dont ceux fameux des Saisons
Parmi les nombreux rebondissements qui vont conduire à l’élucidation de "l’affaire Vivaldi", on signalera tout particulièrement un savoureux entretien avec Mussolini, pendant lequel le Duce se lance dans l’interprétation catastrophique d’une romance, sur un violon ayant prétendument appartenu à Vivaldi, et une délirante intervention d’Ezra Pound, en pleine période d’exaltation fasciste, transporté par le génie italique de Vivaldi qu’il tient à faire connaître au monde entier, même s’il faut pour cela outrepasser ses compétences en matière de musicologie. 
Je cite ici, dans une traduction personnelle, un beau passage du roman, correspondant au moment où les précieux manuscrits ont été enfin récupérés et ramenés à la Bibliothèque de Turin ; Alberto Gentili va pour la première fois lire ces partitions abandonnées et plus jamais jouées depuis deux siècles : 

« La petite pièce était austère et poussiéreuse : une armoire pleine de vieux dossiers, un petit cadre avec la photo du roi, deux fauteuils défoncés, un vieux piano qui n’avait plus été accordé depuis des années, une faible lampe trop haute qui répandait sur toute la pièce une lumière triste et désolée. Il [Alberto Gentili] ouvrit le gros volume qu’il avait emporté et tenta de le placer sur le pupitre du piano. C’était impossible, il glissait et tombait à chaque fois : il était trop épais pour que le mince support en bois puisse le soutenir. Impatient d’entendre ces musiques et presque agacé, il se résolut alors à l’appuyer sur le couvercle. Cela le contraignait à se tenir debout de façon inconfortable, le dos vouté et les mains tendues vers le clavier, mais c’était sans importance : il devait jouer de toute urgence. 
Et il joua le passage qui avait peu de temps auparavant éveillé sa curiosité. Il chercha longtemps parmi les centaines de pages pour retrouver cette phrase. La voilà : In memoria aeterna erit justus. Éternel sera le souvenir du juste. C’était un fragment du psaume Beatus Vir, il se souvenait de la version de Mozart, mais il ignorait que Vivaldi l’avait lui aussi mis en musique. Il était surpris par le fait que l’œuvre était écrite pour trois voix, l’alto, le ténor et la basse, sans voix de soprano. Il commença à jouer, Andante molto, violons et altos seuls, début en canon, d’abord le premier violon, puis le second, suivi de l’alto. Chaque croche était surmontée d’un petit trait vertical, toutes détachées, comme des gouttes clairsemées qui commençaient à tomber. Au fur et à mesure que les instruments intervenaient, cette musique presque vide, raréfiée, s’emparait progressivement de lui et le bouleversait. C’était sublime, d’une douceur indicible, à la fois sereine et dramatique. Il tourna la page, et les voix arrivèrent : d’abord l’alto, puis le ténor, et enfin la basse ; ils chantaient ces paroles narquoises sur la mémoire : celui qui les avait écrites était mort depuis des siècles et personne ne s’était plus souvenu de lui. Il avait écrit ce sublime testament mais personne ne l’avait encore ouvert. Les croches tombaient goutte à goutte et de ses yeux commencèrent à tomber des larmes sur les doigts qui jouaient. 
"Professeur, on va fermer !" lui cria le gardien. 
"Oui, oui, j’arrive tout de suite !" répondit-il en se réveillant de l’éternité. »

Federico Maria Sardelli  L'affare Vivaldi, Sellerio editore Palermo, 2015  (Traduction personnelle)






Image : en haut, Francesco Guardi (1712-1793) Les Fondamenta Nuove avec la lagune et l'île de San Michele, huile sur toile, vers 1757.



mardi 21 juillet 2015

Mi manchi (Tu me manques)




Questa è per te...









Simone Cristicchi canta Mi manchi (Tu me manques)  Testo : S. Cristicchi / F. Di Salvo  Musica : R. Pacco, 2013 :

Mi manchi, come manca il mare a un’isola 
Come ad un bottone l’asola 
come un mese al calendario 
e a un teatro il suo sipario 
a una suora il suo rosario 
come le ali a un aeroplano 
l’altalena ad un bambino 
la sua patria a un emigrato 

Mi manchi, come l’ago ad un pagliaio 
allo Yeti il suo ghiacciaio 
come il vento agli aquiloni 
come il cacio ai maccheroni 
e la penna ad un notaio 
come manca un pesce all’amo 
come a volte manca il fiato 
e a me dirti che ti amo… 

Lo nasconderò questo nostro amore 
 perché tu non lo veda, perché tu non ci creda 
quando ti dirò che ti amo ancora, 
che ti amo ancora e che mi manchi.

Mi manchi come le radici a un albero 
come il campo ad un trattore 
come al lampo manca il tuono 
e al peccato il suo perdono 
al mercato il suo frastuono 
al ciclista la discesa 
a un altare la sua chiesa 
come a Dio la mia preghiera 

Lo nasconderò questo grande amore 
 perché il mondo non veda, perché tu non ci creda 
quando ti dirò che ti amo ancora, 
che ti amo ancora e che mi manchi.

Mi manchi come tela ad un pittore 
come adesso le parole 
come a me manca il tuo amore.




Tu me manques, comme la mer manque à une île
comme à un bouton la boutonnière
comme un mois au calendrier
et à un théâtre son rideau
à une sœur son chapelet
comme les ailes à un avion
la balançoire à un enfant
et sa patrie à un émigré

Tu me manques, comme l'aiguille à une botte de foin
au Yéti son glacier
comme le vent aux cerfs-volants
comme le fromage aux macaronis
et le stylo à un notaire
comme manque un poisson à l'hameçon
comme parfois manque le souffle
et à moi te dire que je t'aime...

Tu me manques, comme les racines à un arbre
comme le champ à un tracteur
comme à l'éclair manque le tonnerre
et au péché son pardon
au marché son vacarme
au cycliste la descente
à un autel son église
comme à Dieu ma prière

Tu me manques, comme la toile à un peintre
comme maintenant me manquent les mots
comme me manque ton amour.







Images : (1), (2) et (3)  Massimo  (Site Flickr)

(2)  Stefano Corso  (Site Flickr)

lundi 6 juillet 2015

La canzone del sole (La chanson du soleil)




À bientôt !





Si l'on réunit quelques Italiens un soir d'été autour d'un feu de camp, de préférence sur une plage, il ne faudra pas attendre bien longtemps avant qu'ils entonnent La canzone del sole, composée en 1971 par Lucio Battisti, sur un texte de Mogol. Vous pouvez vous entraîner à la fredonner en suivant les paroles reprises dans la vidéo :







Images : en haut, Elisa Moretti  (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

samedi 4 juillet 2015

Είμαστε όλοι Ελληνες







 Che fece... il gran rifiuto

Σε μερικούς ανθρώπους έρχεται μια μέρα
που πρέπει το μεγάλο Ναι ή το μεγάλο το Όχι
να πούνε. Φανερώνεται αμέσως όποιος τόχει
έτοιμο μέσα του το Ναι, και λέγοντάς το πέρα

πηγαίνει στην τιμή και στην πεποίθησί του.
Ο αρνηθείς δεν μετανοιώνει. Aν ρωτιούνταν πάλι,
όχι θα ξαναέλεγε. Κι όμως τον καταβάλλει
εκείνο τ’ όχι — το σωστό —  εις όλην την ζωή του. 




 Che fece... il gran rifiuto (1)

Pour certains hommes, il vient un jour où il faut dire le grand OUI ou le grand NON. Celui qui l'a prêt en soi, ce OUI, se manifeste tout de suite ; en le disant, il progresse dans l'estime d'autrui et selon ses propres lois.

Celui qui a refusé ne regrette rien : si on l'interrogeait de nouveau, il répèterait NON — et cependant ce NON, ce juste NON, l'accable pendant toute sa vie.

Constantin Cavafis  (Traduction : Marguerite Yourcenar)

(1) :  le titre de ce poème de Cavafis vient du troisième chant de l'Enfer de Dante (vers 60), où il est question de Célestin V, le pape qui "fit le grand refus", c'est-à-dire qui renonça à la tiare pontificale. On remarquera que Cavafis omet volontairement la partie centrale du vers ("che fece per viltade il gran rifiuto", "qui fit par lâcheté le grand refus"), dont la reprise aurait considérablement altéré la signification profonde du poème.



Che fece... il gran rifiuto

À quelques-uns arrive un jour
d'avoir à choisir entre le grand Oui
et le grand Non. Se révèle aussitôt celui
qui a le Oui tout prêt en lui, et de le dire

le fait aller plus loin dans l'honneur et dans sa conviction.
Celui qui refuse ne regrette rien. Si on lui reposait la question,
c'est non qu'il redirait. Et pourtant il l'accable,
ce non — dans sa justesse — durant toute sa vie.

Traduction : Dominique Grandmont




Che fece... il gran rifiuto 

Arriva per taluni un giorno, un'ora
in cui devono dire il grande Sì
o il grande No. Subito appare chi
ha pronto il Sì : lo dice, e sale ancora

nella propria certezza e nella stima.
Chi negò non si pente. Ancora No,
se richiesto, direbbe. Eppure il No,
il giusto No, per sempre lo rovina.

Traduzione : Filippo Maria Pontani






Images : en haut, Carron Brown  (Site Flickr)

vendredi 3 juillet 2015

Torneranno le sere (Les soirs reviendront)



 
Torneranno le sere a intepidire
nell’azzurro le piazze, ai bianchi muri
la luna in alto s’alzerà dal mare
e nella piena dei giardini il vento
fitto di case, d’alberi, di stelle
passerà per la grande aria serena.
Torneranno nel sogno anche le voci
delle famiglie illuminate a cena,
la rapida ebrietà del loro riso.


O finestrelle, pozzi, logge, vetri
attaccati alla vita, allo spiraglio
delle fresche delizie e dei rimpianti,
o luna nuova sulla mia memoria,
tornate ad albeggiare con quel canto
di parole perdute, con quei suoni
struggenti, con quei baci morsi al buio.
Siate la polpa rossa dell’anguria
spaccata in mezzo alla tovaglia bianca.


Alfonso Gatto La storia delle vittime, Mondadori, 1966.
 
Les soirs reviendront tiédir dans le bleu les places,
aux murs blancs la lune, haut, montera de la mer
et dans la crue des jardins le vent
dru de maisons, d'arbres, d'étoiles
passera dans le grand air serein.
Reviendront en rêve jusqu'aux voix
des familles éclairées au dîner,
la rapide ivresse de leur rire.

Ô fenestrelles, puits, loggias, vitres
attachés à la vie, à la lueur
des frais plaisirs et des regrets,
ô lune neuve sur ma mémoire,
revenez comme l'aube avec ce chant
de mots perdus, avec ces sons
déchirants, ces baisers mordus dans le noir.
Soyez la pulpe rouge de la pastèque
fendue au milieu de la nappe blanche.


 (Traduction : Bernard Simeone)






Grazie a Teresa (Site Flickr) per le sue bellissime fotografie di Salerno