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jeudi 30 octobre 2014

Autunno (Automne)




Ecco, su noi cadere i trapassi delle stagioni. Va' a casa e leggiti il Canto d'autunno prima d'andare a letto. Recita la tua orazione per i tempi che passano e per le necessarie espiazioni. Questi brividi che ci allontanano da quel che eravamo ancora ieri, incalcolabilmente, non sono che le prime, inutili reazioni del nostro spirito all'inevitabile oblio. L'aria è già piena di vaneggiamenti e tentazioni che non hanno altro scopo se non d'illudere i nostri peniseri per lasciarsi poi, disorientati e soli, sulla soglia d'orizzonti nuovi. Ecco che l'uomo sente un irrazionale bisogno di dormire. Il tempo intanto, come un gran mago, lo prende su leggermente e lo porta dove vuole lui. Il tempo diviene contagioso, influente. Addio sicuri indugi, ardenti audacie dell'estate ! Ora non possiamo star fermi. Non possiamo uscire nei momenti più divini. Qualchecosa si opera velatamente nella natura che ha bisogno di non essere visto, di star solo. 
E anche la nostra volontà di essere si ritira, emigra.

Vincenzo Cardarelli  Viaggi nel tempo (1916-1917)




Et voici que s'abat sur nous le passage des saisons. Rentre à la maison et lis le Chant d'automne avant de te coucher. Récite ton oraison pour les temps qui passent et pour les nécessaires expiations. Ces frissons qui nous éloignent de ce que nous étions encore hier, incalculablement, ne sont que les premières, inutiles réactions de notre esprit face à l'oubli inévitable. L'air est déjà plein de divagations et de tentations qui n'ont d'autre but que de leurrer nos pensées pour nous laisser ensuite, désorientés et seuls, sur le seuil d'horizons nouveaux. Voici que l'homme éprouve un irrationnel besoin de dormir. Au même moment, le temps, comme un grand magicien, le soulève avec légèreté et l'emporte là où il veut. Le temps devient contagieux, influent. Adieu, tranquilles hésitations, ardentes audaces de l'été ! Maintenant, nous ne pouvons pas rester immobiles. Nous ne pouvons pas sortir dans les moments les plus divins. Dans la nature, de façon cachée, quelque chose se passe qui a besoin de ne pas être vu, de demeurer seul.
Et à son tour notre volonté d'être se replie, émigre.

(Traduction personnelle)






Images : en haut et au centre, Costanza Valle  (Site Flickr)

en bas, Aurelio Candido  (Site Flickr)



lundi 27 octobre 2014

Le lacrime del mondo (Les larmes du monde)




Il tuo sorriso
cerca nei miei occhi
e non vi scorge
il muto pianto.
Così, lungo il ruscello,
di pietra in pietra,
scorrono in silenzio
le lacrime del mondo.

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013 


Ton sourire
cherche dans mes yeux
et n'y aperçoit pas
les pleurs muets.
Ainsi, le long du ruisseau,
de pierre en pierre,
coulent en silence
les larmes du monde.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Chiara Fratocchi  (Site Flickr)

en bas, GianPaolo Berto  (Site Flickr)
 



jeudi 23 octobre 2014

Via Broletto 34 (34, rue Broletto)




Via Broletto est une rue élégante de Milan, dans les parages du Dôme et de la Scala. C'est le décor que Sergio Endrigo a choisi pour mettre en scène un crime passionnel, dans une chanson étrange où la musique sautillante et détachée semble prendre ses distances avec le drame qui est évoqué dans les paroles. Et comme un dernier indice mystérieux, on fera remarquer que, si l'on passe par la courte via Broletto, on peut s'apercevoir que le numéro 34 n'y figure pas...

Sergio Endrigo chante Via Broletto 34, paroles et musique de Sergio Endrigo, 1962 :


Se passate da via Broletto
Al numero 34
Toglietevi il cappello e parlate sottovoce
Al primo piano dorme l'amore mio
È tanto bella la bimba mia
E giura sempre di amarmi tanto
Ma quando io la bacio
Lei ride e parla d'altro
O mangia noccioline

Troppe volte mi lascia solo
E torna quando le pare
E poi mi guarda appena, non dice dov'è andata
Tante volte penso di lasciarla
Io vorrei ma non posso andare
È la mia croce, la mia miseria
Ma è tutta la mia vita
Per me è tutto il mondo
È tutto quel che ho

Se passate da via Broletto
Al numero 34
Potete anche gridare, fare quello che vi pare
L'amore mio non si sveglierà
Ora dorme e sul suo bel viso
C'è l'ombra di un sorriso
Ma proprio sotto il cuore
C'è un forellino rosso
Rosso come un fiore

Sono stato io
Mi perdoni Iddio
Ma sono un gentiluomo
E a nessuno dirò il perché
A nessuno dirò il perchè






Si vous passez dans la rue Broletto
Au numéro 34
Ôtez votre chapeau et parlez à mi-voix
Au premier étage mon amour dort
Elle est si belle, ma toute petite
Et elle est toujours prête à jurer qu'elle n'aime que moi
Mais quand je l'embrasse
Elle rit et parle d'autre chose
Ou elle grignote des cacahuètes

Elle me laisse trop souvent seul
Et elle rentre quand cela lui chante
Elle me regarde à peine, elle ne dit pas d'où elle vient
Tant de fois j'ai pensé à la quitter
Je voudrais bien mais je ne peux pas
C'est mon calvaire, c'est ma misère
Mais elle est toute ma vie
Elle est le monde entier
Elle est tout ce que j'ai

Si vous passez rue Broletto
Au numéro 34
Vous pouvez même hurler, faire ce qu'il vous plaît
Mon amour ne se réveillera pas
Maintenant elle dort et sur son beau visage
Il y a l'ombre d'un sourire
Mais juste sous son cœur
Il y a un petit trou rouge
Rouge comme une fleur

Le coupable, c'est moi
Que Dieu me pardonne
Mais je suis un gentilhomme
Et à personne je ne dirai pourquoi
À personne je ne dirai pourquoi

(Traduction personnelle)






Images : en haut et en bas, Site Flickr

samedi 18 octobre 2014

Ogni volta (Chaque fois)




Ogni volta che quasi
di soppiatto ripasso da Luino
sulla piazzza del lago
schizzato fuori da un negozio corre
un tale ad abbracciarmi
farfugliando il nome di mia madre.
Faceva lo stesso anni fa
un suo fratello più grande
e come allora adesso subitanea
sbocciata da una parete d'argilla
a ritroso lungo la trafila
dei morti ci stravolge una mano.

Vittorio Sereni  Stella variabile  Garzanti Editore, 1981






Chaque fois que presque
en cachette je repasse par Luino
sur la place du lac
surgi d'une boutique quelqu'un
accourt pour m'embrasser
bredouillant le nom de ma mère.
Faisait de même voici des années
un de ses frères plus grand
et aujourd'hui comme alors soudain
éclose d'un mur d'argile
à rebours dans la filière
des morts nous bouleverse une main.

Traduction : Bernard Simeone et Philippe Renard








Images(1)  Site Flickr

(2)  Site Flickr 

(3) Mario Personeni  (Site Flickr

jeudi 16 octobre 2014

Grandi attori (Grands acteurs)




Une jolie anecdote, extraite du livre de Masolino d'Amico, Lampadine :

Un amico anziano, inglese, vecchia volpe dello showbusiness, ci ha invitato ad ascoltare il più grande attore del mondo, del quale è oltre che adoratore, grande amico ; e finito lo spettacolo, che è meraviglioso, ci conduce addirittura nel camerino di Sir Laurence, non ancora Lord Olivier.

Il divo ci accoglie cortesissimo, e ascolta sorridendo i complimenti del nostro ospite. Il quale a un certo punto, trascinato dall'entusiasmo, dice :
« Il tuo primo ingresso in scena, Larry, è sensazionale. Lo sai ? È come se la scena si illuminasse di colpo. »
Sir Laurence drizza le orecchie.
« Dici davvero ? Molto ? »
« Come, molto ? »
« Si illumina molto ? »
« Per me sì. Ma anche per tutto il pubblico. È come se si illuminasse... tale è la tua presenza... »
« No, dimmi sul serio. Si vede ? Non è eccessivo ? »
« Ma cosa ? »
« Be', in effetti ho dato ordine, quando entro io, di rinforzare un po' le luci. Ma non vorrei che esagerassero... »

Masolino d'Amico  Lampadine  Il Mulino Editore, 1994






Un ami anglais, vieux renard du showbusiness, nous a invités à écouter le plus grand acteur du monde, dont il est un fervent admirateur, mais aussi un grand ami ; et à la fin du spectacle, qui est merveilleux, il nous conduit dans la loge de Sir Laurence, qui n'était pas encore Lord Olivier. 

Le divo nous accueille fort courtoisement, et écoute en souriant les compliments de notre hôte. Lequel, à un certain moment, emporté par l'enthousiasme, lui dit : 

« Ton entrée en scène, Larry, est sensationnelle. Vraiment, c'est comme si, tout à coup, la scène s'illuminait. »
Sir Laurence dresse l'oreille :
« Ah oui ? Beaucoup ? »
« Comment, beaucoup ? »
« Elle est vraiment illuminée ? »
« Pour moi, oui. Mais aussi pour tout le public. C'est comme si elle s'illuminait, par l'effet de ta seule présence... »
« Non, parle-le moi sérieusement. Cela se remarque beaucoup ? Ce n'est pas excessif ? »
« Mais quoi ? »
« Hé bien, en effet, j'ai donné l'ordre de renforcer un peu les lumières quand j'entre en scène. Mais je ne voudrais pas qu'ils exagèrent... »

(Traduction personnelle)






Images : Laurence Olivier dans Hamlet

lundi 13 octobre 2014

Autunno in Toscana (Automne en Toscane)




Parlate, o mura dell'antica torre
e dite, quale sguardo posò
dalle finestre anguste
sull'oro della valle
così dolce e amica.
Voci di cavalieri antichi
e scalpitare di cavalli sul sentiero,
dove corrono adesso i miei bambini,
e canto di madonna,
che lieta contemplò le azzurre nebbie
e le dorate foglie della vita.
In un mattino quieto come questo
solo il gallo si sente,
solo ogni tanto uno sparo di fucile.
E lentamente il sole inonda la campagna
in questo autunno dolce come allora.
E i secoli son nulla.

Paola Cannas   Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013






Parlez, murs de l'antique tour
et dites quel regard se posa
depuis les fenêtres étroites
sur l'or de la vallée
si douce et amicale.
Des voix de chevaliers antiques
et des chevaux qui piaffent sur le sentier,
où courent maintenant mes enfants,
et le chant d'une Dame,
qui joyeuse contempla les brumes bleues
et les feuilles dorées de la vie.
En un matin tranquille comme celui-ci
on n’entend que le chant du coq,
et de temps à autre un coup de fusil.
Et lentement le soleil inonde la campagne
en cet automne doux comme autrefois.
Et les siècles ne sont rien.

(Traduction personnelle)








 
Images : en haut, Antonio Romei  (Site Flickr)

au centre, Francesco  (Site Flickr)

en bas, Rodriguez  (Site Flickr


 

vendredi 10 octobre 2014

Pour ne pas se perdre




Presque onze heures du soir. Quand il se trouvait seul chez lui, à cette heure-là, il ressentait souvent ce qu'on appelle un « passage à vide ». Alors, il allait dans un café des environs, ouvert très tard, la nuit. La lumière vive, le brouhaha, les allées et venues, les conversations auxquelles il avait l'illusion de participer, tout cela lui faisait surmonter, au bout d'un moment, son passage à vide. Mais depuis quelque temps il n'avait plus besoin de cet expédient. Il lui suffisait de regarder par la fenêtre de son bureau l'arbre planté dans la cour de l'immeuble voisin et qui conservait son feuillage beaucoup plus tard que les autres, jusqu'en novembre. On lui avait dit que c'était un charme, ou un tremble, il ne savait plus. Il regrettait toutes les années perdues au cours desquelles il n'avait pas fait assez attention aux arbres ni aux fleurs. Lui qui ne lisait plus d'autres ouvrages que l'Histoire naturelle de Buffon, il se rappela brusquement un passage des Mémoires d'une philosophe française. Celle-ci était choquée de ce qu'avait dit une femme pendant la guerre : « Que voulez-vous, la guerre ne modifie pas mes rapports avec un brin d'herbe. » Elle jugeait sans doute que cette femme était frivole ou indifférente. Mais pour lui, Daragane, la phrase avait un autre sens : dans les périodes de cataclysme ou de détresse morale, pas d'autre recours que de chercher un point fixe pour garder l'équilibre et ne pas basculer par-dessus bord. Votre regard s'arrête sur un brin d'herbe, un arbre, les pétales d'une fleur, comme si vous vous accrochiez à une bouée. Ce charme — ou ce tremble — derrière la vitre de sa fenêtre le rassurait. Et bien qu'il soit presque onze heures du soir, il était réconforté par sa présence silencieuse.

Patrick Modiano  Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier  Éditions Gallimard, 2014








Images : en haut, Site Flickr

en bas, Paulette Chevrin  (Site Flickr)




mercredi 8 octobre 2014

Polesine, autunno (L'automne en Polésine)




En novembre 1932, Giuseppe Ungaretti voyage dans la plaine de la Polésine, en Vénétie, entre le Pô et l'Adige. C'est pour Ungaretti "le pays de l'eau", une terre plate et nue comme le désert, en grande partie immergée, attirée par l'abîme marin ; terre biblique, submergée et gorgée d'eau, comme si l'on était après le Déluge... Il raconte ce voyage dans un chapitre de son ouvrage Il deserto e dopo [À partir du désert] :

Riflessi

Ne ho visti paesi ; ma, in Italia, uno senza attorno monti — eppure tutto dipendente da monti invisibili — senza un'ondulazione apparente, piano come un vassoio, chi se l'aspettava ? E l'averlo visto d'autunno, e come coperto dal fiato grosso d'un bove, è averne indovinato l'ora. Perché non esiste terra nuda : o c'è il sole, o l'acqua, o la neve, o, come ora qui, — nei punti più patetici, sul grano nascente — c'è un nuvolame torpido.


L'autunno è un sogno che stenta a scomporsi, è la solitudine e la violenza che si dànno l'ultimo addio, può tentennare in uno sfarzo bizantino, pieno di suoni di campane e di trombe, oppure, di cattivo umore, può, a dispetto della stanchezza, sentire non la decadenza cui allude, ma che il sogno rinascerà. E, meno rassegnato e più magico che in questo triangolo colle acque convenute da tutte le parti, che è come un campo di battaglia dei fiumi e del mare, dove trovare un autunno ? Non gli ori e i bronzi — ci sono, è vero, i cumuli di canapuli — accanto a bacini d'acqua ora dormente sotto le croste, a ciottoli ammucchiati dolcemente lisci, che servirono a tenere la canapa a fondo — gli stessi dell'acciottolato che fa di queste strade come letti smessi di fiumi — non l'oro antico dei canapuli, né la porpora conta qui nel tramonto dell'anno ; ma l'acqua pregna dei suoi riflessi, e quest'autunno è come una lama nei fumi, insieme un che di teso e tenero, di farneticante e di materno.

Certo sono qui oggi gran begli effetti, e fossi pittore non mi staccherei da questi posti : nelle lontananze autunnali, l'acqua coi suoi riflessi mette un balenìo, suscita mille di queste difficoltà che sempre faranno gola a ogni artista vero ; dovreste vedere, come qui i pioppi si coprono, col ciuffo quasi volatilizzato dai pennacchi dell'umidità, al minimo dondolìo, d'un tremito di squamme ! In mezzo ai campi, tratto come un dado, un casone rosso fiammante colle persiane verde pappagallo, tra le iridescenze e le nebbioline, se ne sta come sfornato ora dal maiolicaro.

E della sera, che direste della sera ? Il rosso è appena appena una strisciolina ed è un rosso lavato, ma sotto, aprendo uno spazio senza fine, prolungando la pianura all'infinito, c'è un cielo fattosi orizzontale, che simula il mare, un incredibile cielo di porcellana. Nessuna malinconia supererà questa : la terra ridotta un'ombra vagante verso quell'alcova di cielo lunatico.

Giuseppe Ungaretti  Il deserto e dopo  Mondadori Editore, 1961






Reflets

J'ai vu mainte contrée : mais en Italie, en trouver une sans montagnes alentour (encore que toute soumise à des montagnes invisibles), sans une ondulation apparente, un vrai plateau, qui l'eût cru possible ? Et l'avoir découverte à l'automne, comme sous l'haleine énorme d'un bœuf, c'est l'avoir surprise à son heure. La terre n'est jamais seule ; ou il y a le soleil, ou les eaux, ou la neige, ou, comme ici (en ses points les plus touchants, au-dessus du jeune blé), une longue nuée engourdie.

L'automne est un songe qui tarde à se défaire, c'est le dernier adieu de la solitude et de la violence ; il peut tituber dans un faste byzantin, plein de bruits de cloches et de cuivres, ou, de méchante humeur, en dépit de sa fatigue, pressentir non la décadence qu'il évoque, mais le renoncement du songe. Et où trouver automne plus magique, moins résigné qu'en ce triangle où les eaux confluent de toutes parts, champ de bataille de la mer et des fleuves ? Ce ne sont pas les ors et les bronzes (il y a pourtant les tas de chènevottes) à côté des bassins d'eau maintenant stagnante sous ses croûtes, à côté des doux galets polis amoncelés qui servirent à maintenir le chanvre au fond (les mêmes cailloux qui font de ces routes des lits de rivière à sec), ce n'est pas l'or ancien des chèvenottes, ni la pourpre qui comptent ici dans le crépuscule de l'année ; mais l'eau enceinte de ses reflets ; et cet automne est comme une lame dans les fumées, quelque chose à la fois de tendre et de tendu, de fiévreux et de maternel.

Ah ! il y a ici aujourd'hui des effets admirables ! Peintre, je ne pourrais m'arracher à ces lieux : dans les lointains automnaux, l'eau, de ses reflets, allume une succession d'éclairs, suscite mille de ces difficultés qui exciteront toujours le véritable artiste ; il faut voir ici les peupliers, la cime presque volatilisée par les panaches de l'humidité, se couvrir, à la moindre oscillation, d'un tremblement d'écailles ! Jetée comme un dé au milieu d'un champ, une maison d'un rouge flamboyant aux persiennes vert perroquet semble, parmi les iridescences et les traînées de brume, sortir du four du faïencier. 

Et de ce soir aussi, que diriez-vous ? De rouge, il n'y a guère qu'une très étroite bande, et c'est un rouge lavé ; mais au-dessous, ouvrant un espace sans bornes, prolongeant la plaine à l'infini, il y a un ciel horizontal qui imite la mer, un incroyable ciel de porcelaine. Aucune mélancolie ne peut surpasser celle-ci : la terre, réduite à une ombre, errant vers cette alcôve, vers ce ciel lunatique.

Traduction : Philippe Jaccottet  (À partir du désert, Éditions du Seuil, 1965)











Images : (1) Antonio  (Site Flickr)

(2) et (4) Fabrizio Pivari  (Site Flickr)

(3) Giuseppe  (Site Flickr)




lundi 6 octobre 2014

Una lunga storia d'amore (Une longue histoire d'amour)




J'aime les chansons de Gino Paoli parce qu'elles savent en très peu de mots, sans peser ni poser, dire l'essentiel. C'est cette capacité d'aller droit au cœur de l'auditeur tout en faisant preuve d'une grande retenue dans l'émotion et d'une parfaite concision qu'exprime très bien l'écrivain Edoardo Nesi dans un récent article de L'Espresso : "ses chansons parlent à nos pauvres âmes perdues ; ces longues histoires d'amour, on sent bien que Gino Paoli les a déjà toutes vécues, et que contrairement à nous, il a toujours trouvé le moyen d'en sortir debout. Bien sûr, Paoli ne chante pas seulement l'amour. Comme tous les poètes, il chante la vie, cette immensité énigmatique qu'est la vie. Il chante la douleur et les défaites, mais toujours comme un survivant, jamais comme une victime ; et il n'y a pas d'artiste qui soit plus capable de nous faire ressentir dans chaque chanson combien il peut être terriblement beau de réussir à survivre à la souffrance, ne serait-ce que pour pouvoir la raconter..."


Gino Paoli canta Una lunga storia d'amore (testo e musica di Gino Paoli), 1984 :




Quando ti ho vista arrivare
bella così come sei
non mi sembrava possibile che
tra tanta gente che tu ti accorgessi di me.

È stato come volare
qui dentro camera mia
come nel sonno più dentro di te
io ti conosco da sempre e ti amo da mai.

Fai finta di non lasciarmi mai anche se dovrà finire prima o poi
questa lunga storia d'amore
ora è già tardi ma è presto se tu te ne vai.

Fai finta che solo per noi due passerà il tempo ma non passerà
questa lunga storia d'amore

Ora è già tardi ma è presto se tu te ne vai
È troppo tardi ma è presto se tu te ne vai.






Une longue histoire d'amour

Quand je t'ai vu arriver
toi si belle
il me semblait impossible que
parmi tant de gens tu puisses me remarquer.
C'était comme si je volais
à l'intérieur de ma chambre
comme dans ton rêve le plus secret
je te connais depuis toujours et je t'aime depuis jamais.

Fais semblant de ne jamais me quitter même si tôt ou tard 
cette longue histoire d'amour devra se terminer
maintenant il est déjà tard, mais il est trop tôt si tu t'en vas.

Fais semblant que pour nous deux seulement le temps passera
mais que cette longue histoire n'aura jamais de fin.

Maintenant il est déjà tard mais il est trop tôt si tu t'en vas
Il est trop tard mais bien trop tôt si tu t'en vas.

(Traduction personnelle)









Images : en haut, Site Flickr

au centre,Viola Madau  (Site Flickr)

en bas, (1) Francesco  (Site Flickr)

(2) Francesca  (Site Flickr)

vendredi 3 octobre 2014

Epitaphe




Nagrobek 

Tu leży staroświecka jak przecinek
autorka paru wierszy. Wieczny odpoczynek
raczyła dać jej ziemia, pomimo że trup
nie należał do żadnej z literackich grup.
Ale tez nic lepszego nie ma na mogile
oprócz tej rymowanki, łopianu i sowy.
Przechodniu, wyjmij z teczki mózg elektronowy
i nad losem Szymborskiej podumaj przez chwilę.

Wisława Szymborska  Sól, 1962






Epitaffio

Qui giace come virgola antiquata
l'autrice di qualche poesia. La terra l'ha degnata
dell'eterno riposo ; sebbene la defunta
dai gruppi letterari stesse ben distante.
E anche sulla tomba di meglio non c'è niente
di queste poche rime, d'un gufo e la bardana.
Estrai dalla borsa il tuo personal, passante,
e sulla sorte di Szymborska medita un istante.

Traduzione : Pietro Marchesani 






Epitaphe

Ci-gît comme une archaïque virgule
l'auteur de quelques poésies. La terre a daigné lui accorder
l'éternel repos ; bien que la défunte
se soit toujours tenue à l'écart des coteries littéraires.
Et même sur sa tombe il n'y a rien de mieux
que cette poignée de rimes, un hibou et de la bardane.
Sors de ton sac ton ordinateur portable, passant,
et sur le sort de Szymborska médite un instant.

(Traduction personnelle)



mercredi 1 octobre 2014

Sardegna (Sardaigne)




Deux poèmes de Paola Cannas, consacrés à sa terre natale, la Sardaigne :


Sardegna

Se il piede 
un giorno affonderà
nella cocente sabbia,
se le mani grondanti ritrarrò
di azzurro mare,
mentre lo sguardo disegnerà
la costa,
allora vorrà dire
che son venuta a te,
mia vera terra,
Sardegna non mai vista,
sempre amata.
Allora,
come l'esule, prostrata,
bacerò le zolle aride assolate,
e poi tremando
accosterò l'orecchio
alle dischiuse labbra della roccia,
ascoltando la voce dei miei padri.

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013


Sardaigne

Si le pied 
un jour s'enfoncera
dans le sable brûlant,
et que je retirerai mes mains ruisselantes
de l'azur de la mer,
tandis que le regard dessinera
alors cela voudra dire
que je suis venue vers toi,
ma vraie terre,
Sardaigne parfois vue,
toujours aimée.
Alors,
comme l'exilée, prostrée,
j'embrasserai ta terre brûlée par le soleil
et en tremblant
j'approcherai mon oreille
des lèvres entrouvertes du rocher,
pour écouter la voix de mes ancêtres. 

(Traduction personnelle) 






Il richiamo

Lungo tempo 
che da te sono lontana,
mia terra.
Sommesso,
tra le aspre rocce,
il vento chiama.
Passa sui greggi,
sui ruscelli,
e chiama. 
A me basta un cenno
per capire.
Come le pietre,
e i duri olivi,
i figli di quest'isola
son parchi di parole ;
ma profondo,
pieno di anfratti è il cuore.

Lungo tempo,
lo so ;
ma presto torno a te.

Paola Cannas  Respiri e sospiri  Felici Editore, 2013


L'appel

Il y a longtemps
que je suis loin de toi,
Tout bas,
dans les rochers escarpés,
le vent appelle.
Il passe sur les troupeaux,
et il appelle.
Il me suffit d'un signe
pour comprendre.
Comme les pierres
et les solides oliviers,
les fils de cette île
sont avares de mots ;
mais profond
et grand ouvert est leur cœur.

Il y a longtemps,
je le sais ;
mais bientôt je reviens vers toi.







Maria Carta canta No potho reposare (Je ne peux pas trouver le repos






Images : (1)  Site Flickr

(2) Viviana  (Site Flickr)

(3) Alessandro Canni  (Site Flickr)

(4) Davide Bartolomei  (Site Flickr)