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vendredi 30 décembre 2011

Sous-le-Vent



«Et ils vécurent éternellement malheureux.» C'est ainsi qu'il termine les contes qu'il écrit pour ne pas berner son fils.





Les Îles-Sous-le-Vent ! C'est comme si l'on vivait dans un aquarium, ou qu'on baignait dans l'huile. Tout y est paix ; la fumée du village s'élève en volutes vers le ciel, et son panache se reflète dans la mer. En traversant ces rues tranquilles, vous entendez le craquement des fleurs qui posent pour les natures mortes et se dessèchent dans la tiède torpeur de midi. Çà et là, un chantonnement étouffé, vous tombez sur un personnage drapé qui marmonne entre ses dents à la recherche d'une rime ; sur le seuil d'une maisonnette une inconnue vous invite à vous reposer, plus bas une autre vous appelle pour vous offrir une glace à la pistache. Je le répète, tout est paix ; la vie a rejoint ses limites.




Mais, au bout de quelques mois, par une nuit d'insomnie, résonne à votre oreille l'aigu grincement des rails du tramway au coin de la place du Risorgimento, et vous songez à la sciure de bois éparse sur le carrelage des bars, par les jours de pluie.

Ennio Flaiano Journal nocturne, Editions du Promeneur (Traduction : Soula Aghion et Christian Paoloni)






Images : en haut et au centre, Site Flickr

en bas, Fabiana (Site Flickr)

mercredi 28 décembre 2011

Autostrada (Autoroute)




L'Autostrada rende malato il viaggio, malato d'impotenza, perché annulla, in tanto correre, il senso del movimento che può essere dato soltanto dal cambiamento. Ecco è notte : facciamo cento, poi altri cento, poi cento ancora chilometri, e siamo sempre nello stesso posto : rettilineo, segnalazioni, curva di uscita, spazio ristrettissimo per urinare, sgranchirsi, guardare il nulla, l'Autogrill fiammeggiante nel buio, luce di forgia, con le pompe, i cessi sintetici, il panino, la coca. Davanti a noi, e dietro, grandi rettili preistorici su ruote gonfi di oscuri veleni, che ogni tanto cadono sul fianco, si squarciano e sprigionano nuvole di peste. Nelle soste, vedi degli esseri muoversi come in guerra, in un documentario cinematografico muto. Il rombo continuo delle corsie sostituisce tutte le voci possibili, gli scambi. I camionisti non parlano, i bambini sono addestrati a questo gioco disciplinato, le donne sono uomini taciturni, gli uomini fumano e dicono «prendi qualcosa ?» o «bene, partiamo».

L'autostrada non è pericolosa perché ci siano i pericoli a tutti noti, è pericolosa perché eccessivamente sicura, perché rassicura. L'impressione pericolosissima di Natura interamente controllata dagli uomini, sottomessa docilmente alla loro volontà, profondo baratro, cattura anche me, stanotte.

Guido Ceronetti La pazienza dell'arrostito Ed. Adelphi, 1990





L'Autoroute rend le voyage malade, malade d'impuissance, parce que la vitesse à laquelle on roule anéantit le sens du mouvement, qui ne peut être perçu que par le changement. Voilà, c'est la nuit : nous faisons cent, puis cent autres, et encore cent kilomètres, et nous sommes toujours au même endroit : ligne droite, signaux, bretelle de sortie, un tout petit espace pour uriner, se dégourdir les jambes, regarder nulle part, l'Autogrill flamboyant dans le noir, une lueur de forge, et les pompes, les toilettes chimiques, le sandwich, la bouteille de Coca. Devant nous, et derrière, il y a de grands reptiles préhistoriques sur des roues gonflées de poisons obscurs, qui parfois s'affaissent, se déchirent en dégageant des nuées pestilentielles. À l'arrêt, on voit des gens se déplacer comme en temps de guerre ; on se croirait dans un film documentaire muet. Le vrombissement incessant de la circulation se substitue aux sons de toutes les voix, à tous les échanges. Les camionneurs ne parlent pas, les enfants sont entraînés à ce jeu discipliné, les femmes sont des hommes taciturnes, les hommes fument et disent «tu prends quelque chose ?» ou bien «allez, on y va !».

L'autoroute n'est pas dangereuse en raison des périls bien connus de tous, elle est dangereuse parce qu'elle est excessivement sûre, parce qu'elle est rassurante. L'impression très dangereuse d'une Nature entièrement contrôlée par les hommes, soumise docilement à leur volonté, abîme sans fond, me saisit moi aussi, cette nuit.

(Traduction personnelle)






Images : en haut, Site Flickr

au centre, Luca Cerini (Site Flickr)

en bas, Site Flickr



vendredi 16 décembre 2011

Torrente (Torrent)


«Parfois cet amour des promenades le conduisait plus loin que d'habitude, et c'était un vrai plaisir de pouvoir partager avec lui ce parcours. Je ne pourrai jamais oublier, par exemple, l'excursion faite ensemble tant de fois, de Casarola jusqu'à la Bora del Bosco, une merveilleuse forêt de châtaigniers peuplée d'énormes rochers recouverts de mousse, constellée de séchoirs en ruine (ceux-là même dont il est question dans l'une des poésies du Voyage d'hiver, Le vent et la pluie) et pleine de "présences" : elfes, lutins, gnomes, fées, minuscules créatures de l'eau et de l'herbe, cachées dans l' "univers vert". Dans ce contexte, Attilio semblait parfaitement à son aise ; bien que déjà âgé, il parcourait les sentiers pierreux, entre les arbustes et les buissons, avec la souplesse et l'agilité d'un vrai montagnard. Cette aisance, cette agilité étaient contagieuses. Mais c'étaient surtout ses paroles, adaptées au rythme de ses pas, qui devenaient en ces circonstances un précieux viatique. C'est surtout dans ces moments-là que la composante magique de sa perception et de son imagination – cette façon de cueillir au vol de minuscules révélations – s'entrouvrait, comme un fruit délicat et savoureux.»

Paolo Lagazzi La casa del poeta, Ed. Garzanti, 2008 (Traduction personnelle)








Torrente

Spumeggiante, fredda,
Fiorita acqua dei torrenti,
Un incanto mi dai
Che più bello non conobbi mai ;
Il tuo rumore mi fa sordo,
Nascono echi nel mio cuore.
Ove sono ? fra grandi massi
Arruginiti, alberi, selve
Percorse da ombrosi sentieri ?
Il sole mi fa un po' sudare,
Mi dora. Oh, questo rumore tranquillo
Questa solitudine.
E quel mulino che si vede e non si vede
Fra i castagni, abbandonato.
Mi sento stanco e felice
Come une nuvola o un albero bagnato.

Attilio Bertolucci Sirio (1929), Ed. Garzanti








Torrent

Écumante, fraîche,
Eau vive des torrents,
Tu es pour moi un enchantement
Comme je n'en connus jamais de plus beau ;
Ton grondement m'assourdit,
Et résonne dans mon cœur.
Où suis-je ? au milieu de gros rochers
Rouillés, d'arbres, de forêts
Parcourues par des sentiers ombreux ?
Le soleil me fait un peu transpirer,
Il me dore. Oh, cette rumeur tranquille
Cette solitude.
Et ce moulin que l'on voit sans le voir
Entre les châtaigniers, abandonné.
Je me sens las et heureux
Comme un nuage ou un arbre mouillé.

(Traduction personnelle)







Grazie agli amici di Legambiente Parma per le loro bellissime fotografie (Site Flickr)

jeudi 15 décembre 2011

Pontelagoscuro





Tornai al mio giornale.
Ed ecco, in fondo alla pagina di sinistra, di riscontro a quella sportiva, gli occhi mi caddero su un titolo di media grandezza.Diceva :


NOTO PROFESSIONISTA FERRARESE ANNEGATO NELLE ACQUE DEL PO PRESSO PONTELAGOSCURO


Credo che per qualche secondo il cuore mi si fermasse. Eppure non avevo capito bene, ancora non avevo capito bene, ancora non mi ero reso ben conto. Respirai profondamente. E adesso capivo, sì, avevo capito già prima che cominciassi a leggere il mezzo colonnino sotto il titolo, il quale non parlava affatto di suicidio, s'intende, ma, secondo lo stile dei tempi, soltanto di disgrazia (a nessuno era lecito sopprimersi, in quegli anni : nemmeno ai vecchi disonorati e senza più ragione alcuna di restare al mondo...).Non finii di leggerlo, comunque. Abbassai le palpebre. Il cuore aveva ripreso a battere regolare. Aspettai che l'Elisa, riapparsa per un attimo, ci lasciasse un'altra volta soli, e poi, quietamente, ma subito :« È morto il dottor Fadigati », dissi.


Giorgio Bassani Gli occhiali d'oro Ed. Mondadori


Je repris mon journal.Et voici qu'au fond de la page de gauche, en face de celle des sports, mes yeux tombèrent sur un titre de grosseur moyenne.Il était écrit :


UN MÉDECIN BIEN CONNU DE FERRARE SE NOIE DANS LES EAUX DU PÔ PRÈS DE PONTELAGOSCURO


Il me semble que pendant quelques secondes mon cœur s'est arrêté. Et pourtant, je n'avais pas pas bien compris, je n'avais pas encore bien réalisé.Je respirai profondément. Et maintenant je comprenais, oui, j'avais déjà compris avant de lire la demi-colonne sous le titre, dans lequel il n'était pas question de suicide, bien sûr, mais, selon le style de l'époque, seulement d'un accident (il n'était consenti à personne de mettre fin à ses jours, en ce temps-là, pas même aux vieillards déshonorés qui avaient perdu toute raison de vivre...).Quoi qu'il en soit, je n'achevai pas ma lecture. Je fermai les yeux. Mon cœur s'était remis à battre de façon régulière. J'attendis qu'Élise, un instant réapparue, nous laissât à nouveau seuls, et puis, calmement, je dis aussitôt :« Le docteur Fadigati est mort. »








PONTELAGOSCURO

Dimenticami, se alla ruota sfavillante di raggi
ti affidi lungo gli asfalti dorati nella brezza
celeste che ti spalanca a sogni di giovinezza
infinita la fresca sera dei sottopassaggi.

Verso un borgo d'obliqui camini fumiganti,
bassi sull'erba madida della sgombra pianura,
emergi tu e ti dilegui. Vengono per l'aria scura
angeli in tuta azzurra, a sciami, in un fuoco di canti.

Giorgio Bassani Storie dei poveri amanti Ed. Mondadori






PONTELAGOSCURO

Oublie-moi, si à la roue étincelante de rayons
tu te confies le long de l'asphalte doré dans la brise
azurée que le soir frais des passages souterrains
ouvre pour toi à des rêves de jeunesse infinie.

Vers un bourg de cheminées penchées qui fument
en bas sur l'herbe humide de la plaine vide,
tu émerges et tu te dissipes. À travers l'air obscur arrivent
des anges en salopette bleue, en essaim, dans l'embrasement des chants.


Traduction
: Muriel Gallot (Giorgio Bassani, Poèmes, Cahiers de l'Hôtel de Galliffet, 2007)






Images
: en haut et en bas, Paolo C. (Site Flickr)






lundi 12 décembre 2011

Ombres





Le ombre, a Sils Maria, le ombre...
Così distese, la mattina,
sul fondovalle che più volte
sorpassano gli oggetti veri,
e case e alberi e colline ;
e poi la sera, ridistese
nel senso opposto, ad annunciare
che al lungo giorno segue, ancora
più lunga, l'incipiente notte.

Remo Fasani  Novenari (68)

Les ombres, à Sils Maria, les ombres...
Si étendues, le matin,
au fond de la vallée, que souvent
elles dépassent les vrais objets,
et les maisons, les arbres et les collines ;
et puis le soir, elles s'étendent à nouveau
dans le sens opposé, pour annoncer
qu'au long jour va succéder, encore
plus longue, la nuit qui commence.

(Traduction personnelle)








Une belle édition bilingue des Novenari de Remo Fasani (99 poèmes de neuf vers de neuf syllabes, composés à Sils Maria au cours de l'été 2000) vient de paraître aux éditions de la revue Conférence.


À propos des Novenari : une très belle étude, en italien (format PDF).




Les deux photographies sont de Renaud Camus (Site Flickr)

vendredi 9 décembre 2011

Une mélancolie sarde




Je reviens ici sur l’œuvre du peintre sarde Brancaleone Cugusi da Romana, oubliée pendant plus de soixante ans et redécouverte au début de ce siècle, principalement grâce au critique d’art Vittorio Sgarbi, qui lui consacra en 2004 une grande exposition en Sardaigne, et une importante monographie. Je reprends ici quelques extraits de la préface de cet ouvrage (Brancaleone da Romana, Skira, 2004) : «Regardons-les, ces œuvres : on y voit surtout des hommes, sujet favori de Cugusi, la plupart du temps jeunes, voire très jeunes, de bel aspect, représentés dans un décor toujours semblable, dépouillé et peu attrayant, avec parfois un siège ou une table que l’on a déplacés à l’autre bout de la salle, mais que le peintre veut absolument reproduire sur sa toile. Ces hommes et ces garçons annoncent-ils déjà ceux que l’on découvrira peu de temps après dans quelques uns des plus grands chefs d’œuvre du cinéma néo-réaliste (Ossessione, Rome ville ouverte, Sciuscià, Le voleur de bicyclette) ? Ce sont plutôt les acteurs d’une pièce qui veut représenter autre chose.»
 



Sgarbi s’interroge un peu plus loin sur l’usage de la photographie dans l’œuvre de Brancaleone : «Dans le cas des photographies qu’il utilise pour fixer les poses de ses modèles, Cugusi s’est aperçu qu’elles captent la lumière de façon plus intense que n’aurait pu le faire l’œil humain ; c’est une lumière caravagesque, qui révèle et fouille le modelé, agissant sur lui comme s’il s’agissait d’une matière tangible. Au fond, Caravage a été le premier photographe de l’histoire de la peinture, quand la photographie n’existait pas encore. Et puis elle est arrivée, pour confirmer les intuitions de Caravage.» 

Cet usage si particulier de la photographie s’allie chez Brancaleone à celui du reticolo, une sorte de grille qui lui permet de retrouver sur sa toile les proportions exactes de la photographie (Brancaleone s’inspire ici de la technique d’Antonio Mancini, un peintre de l’école vériste romaine). La grille était d’abord reproduite directement sur la photographie puis «copiée» sur la toile ; par la suite, elle sera directement posée sur la toile et retirée à la fin de l’exécution du tableau ; les traces des fils étaient dans un premier temps effacées par le peintre, elles furent ensuite volontairement laissées en évidence. Sgarbi note à ce propos : «C’est l’expédient révélé, de façon pleinement assumée par l’artiste, c’est la peinture comme technique et la technique comme métier qui s’offrent à l’observateur pour ce qu’elles sont, sans artifices et sans tricheries, en s’affirmant non pas comme une image, une marque de valeurs artistiques particulières ou une vision lyrique du monde, mais comme un métier. C’est comme si un ébéniste montrait volontairement les marques laissées par ses outils sur le bois, plutôt que de les dissimuler dans les élégantes arabesques d’une marqueterie, cherchant ainsi à mettre en évidence, au-delà de la beauté du meuble, le savoir et l’habileté artisanale qui ont permis de le réaliser. Plus qu'il ne représente des jeunes garçons boudeurs qui jouent à être des adultes, Cugusi se représente lui-même dans la mesure où il traduit ce fait de réalité en art, transformant son atelier et son propre métier en une maison de verre mise à la disposition de tous.» 

Les commentaires de Sgarbi sont toujours très éclairants, mais on a du mal à le suivre sur ce point. Il y a tout de même beaucoup de mystère dans la personnalité de Brancaleone, et dans ces tableaux aux titres si mélancoliques et évocateurs (Pensieri tristi, Giovane vinto dalla vita, Ragazzo convalescente, Giovane assorto...). Il est d’autre part très frappant que l’exhaustive biographie (Brancaleone, mio zio, Ed. Tema, 2010) que lui a consacrée son neveu, Francesco Leone Cugusi (le fils de Guglielmo, l’un des frères du peintre) ne dise pas un mot de la vie sentimentale de Brancaleone, malgré le sous-titre de l’ouvrage, qui deviendrait pour le coup presque ironique : La vie privée de Brancaleone Cugusi da Romana. Certes, le biographe s’interroge sur le grand nombre de modèles masculins dans les toiles de son oncle, mais son explication est plutôt expéditive : il note simplement que les vêtements féminins sont particulièrement complexes à représenter pour un peintre obsédé par la recherche de la vérité en peinture, raison pour laquelle il privilégie les modèles masculins dans ses tableaux, alors qu’il y a beaucoup plus de présences féminines dans ses dessins... On peut également voir dans l’ouvrage le seul nu de toute l’œuvre de Brancaleone ; il n'en existe plus aujourd’hui qu’une photographie en noir et blanc, l’œuvre ayant été détruite par l’artiste. Le tableau, de très grande taille, très suggestif et très beau, autant que l’on puisse en juger par une simple photographie, est intitulé Nudo dormiente (Nu endormi) et s’inspire de la sculpture romaine de l’Hermaphrodite endormi que l’on peut voir au musée du Louvre. Dans une lettre adressée à son frère Guglielmo (qui fut avec son épouse Cesira et la sœur de cette dernière, Alda, une sorte de mécène, adressant régulièrement à Brancaleone pendant plusieurs années diverses sommes d’argent pour lui permettre de mener à bien son travail de peintre), il parle avec beaucoup de précautions de ce tableau si particulier : «Je ne vous en envoie pas la photographie, parce que le tableau terminé est plus scabreux que je ne l’aurais voulu (en raison de la pose du modèle). Si on le voit parmi d’autres, dans une exposition par exemple, il perd son côté impudique, mais après l’avoir photographié, je me suis aperçu qu’il n’était pas très convenable de vous le montrer de façon isolée.» (lettre du 29 novembre 1936). Finalement, Brancaleone choisira de détruire ce tableau, comme il demandera quelques années plus tard à son modèle favori, Tonuccio Addis, le Jeune homme à l’imperméable, de détruire les lettres qu’il lui envoie. 




On peut aussi se demander s’il n’y a pas dans la technique du reticolo (la fameuse grille) interposé entre le modèle et le peintre une volonté de mise à distance, d’éloignement, un noli me tangere dont les traces laissées sur la toile achevée sont aussi l’étrange témoignage. Cet aspect troublant de l’œuvre et de la personnalité de Brancaleone n’a d’ailleurs pas échappé à Vittorio Sgarbi, qui a choisi trois tableaux du peintre sarde (Pensieri tristi, Giovane assorto, Giovane seduto) pour figurer dans l’exposition Art et homosexualité, de von Gloeden à Pierre et Gilles, prévue à Milan en septembre 2007, et qui se tiendra finalement à Florence deux mois plus tard, en raison du veto du maire de Milan (à l’époque la très prude Letizia Moratti). Dans cette exposition, à côté d’œuvres beaucoup plus explicites et provocatrices, les trois grands tableaux de Brancaleone tranchaient par leur pouvoir évocateur, leur grande force suggestive derrière une apparente sagesse. Voici ce qu’en disait Sgarbi dans le catalogue de l’exposition : «Les tableaux de Brancaleone retenus pour cette exposition sont des chefs d’œuvre de littérature en peinture, expression de troubles, de pensées secrètes, d’inclinations refoulées auxquelles le peintre donne une forme de façon presque inconsciente. Sans aucune ambiguïté morbide, Brancaleone perçoit et révèle par ses modèles un double aspect, déjà présent chez Caravage : virilité affichée, homosexualité dissimulée.» (soit dit en passant, on ne voit pas trop pourquoi les deux aspects (la virilité et l’homosexualité) seraient nécessairement antithétiques, sinon dans la vision ici bien manichéenne de Sgarbi...). 

Que veulent-ils donc nous dire, ces jeunes hommes songeurs, dont certains nous fixent tandis que d'autres détournent le regard, absorbés dans leurs pensées tristes, leur inguérissable mélancolie ? Ils ont aussi parfois une expression de défi, comme s’ils voulaient signifier à la vie qu’ils n’étaient pas dupes de ses fallacieuses promesses. Ils sont là, pour toujours, dans ces grands tableaux et ce miraculeux clair-obscur, et nous n’en aurons jamais fini de percer leur mystère.






Oeuvres de Brancaleone : (1) Giovane  col mantello, 1941 

(2) Ritratto di Chiccu, 1936 

(3) Ragazzi in strada, 1940-1941

(4) Studio per ritratto di giovane, 1934

jeudi 8 décembre 2011

Ignominiosamente




Muore ignominiosamente la repubblica.
Ignominiosamente la spiano
i suoi molti bastardi nei suoi ultimi tormenti.
Arrotano ignominiosamente il becco i corvi nella stanza accanto.
Ignominiosamente si azzuffano i suoi orfani,
si sbranano ignominiosamente tra di loro i suoi sciacalli.
Tutto accade ignominiosamente, tutto
meno la morte medesima - cerco di farmi intendere
dinanzi a non so che tribunale
di che sognata equità. E l’udienza è tolta.

Mario Luzi   Al fuoco della controversia, Ed. Garzanti, 1978
 

 


La république meurt ignominieusement.
Ignominieusement l'épient
ses nombreux bâtards en ses tourments ultimes.
Les corbeaux aiguisent ignominieusement leur bec dans la pièce d'à côté.
Ignominieusement se querellent ses orphelins,
ses chacals s'entre-dévorent ignominieusement.
Tout arrive ignominieusement, tout
sauf la mort elle-même – j'essaie de me faire entendre
devant je ne sais quel tribunal
de quelle imaginaire équité. Et l'audience est levée.

(Traduction personnelle)








Image : en bas, Danilo Olivieri  (Site Flickr)




lundi 5 décembre 2011

Tacea la notte placida




"Sei tu, invocata ogni sera, dipinta sulle nuvole
che arrossano la nostra pianura e che si muove in essa,
bambini freschi come foglie e donne umide in viaggio
verso la città nella luce d'un acquazzone che smette,
sei tu, madre giovane eternamente in virtù della morte

che t'ha colta, rosa sul punto dolce di sfioritura,
tu, l'origine di ogni nevrosi e ansia che mi tortura,
e di questo ti ringrazio per l'età passata presente e futura."

Attilio Bertolucci   A sua madre, che aveva nome Maria







Fino a Novecento tutti hanno sempre detto che i miei film erano impostati sulla figura paterna, sulla ricerca del padre. La luna non lo è. Stavo ancora riprendendomi dall'avventura di Novecento quando all'improvviso mi torna in mente un ricordo infantile, di quando avevo due-tre anni : ero seduto dentro una cesta attaccata al manubrio della bicicletta di mia madre, ero con le spalle rivolte alla strada e guardavo il suo viso. Tornavamo da una visita alla mia nonna materna, mio padre ci pedalava a fianco, nella sera d'estate della campagna parmigiana, piena di ombre, di profumi. A un certo punto, dietro il viso di mia madre ecco che appare la luna. Nel ricordi facevo un po' di confusione tra il viso di mia madre, così giovane, e il viso della luna, così antico...


Bernardo Bertolucci La mia magnifica ossessione Ed. Garzanti, 2010


Jusqu'à 1900, on a toujours dit que mes films étaient centrés sur la figure paternelle, sur la recherche du père. Ce n'est pas le cas de La luna. Je me remettais à peine de l'aventure de 1900 quand soudain, un souvenir d'enfance me revient à l'esprit, de l'époque où j'avais deux ou trois ans : j'étais assis dans un panier fixé au guidon de la bicyclette de ma mère ; je tournais le dos à la route et je regardais son visage. Nous revenions d'une visite à ma grand-mère maternelle, mon père pédalait à côté de nous, dans le soir d'été de la campagne autour de Parme, pleine d'ombres et de parfums. À un certain moment, derrière le visage de ma mère, la lune est apparue. Dans mon souvenir, j'avais tendance à confondre le visage de ma mère, si jeune, et celui de la lune, si ancien...


(Traduction personnelle)







Image
: Alberto Cima (Site Flickr)

Source de la vidéo : Site YouTube

vendredi 2 décembre 2011

Stagno Lombardo, come un addio...





"Il tempo
ha ceduto di colpo.
Mi sento,
con i panni e con l'anima di allora,
in una luce di folgore ; al cuore
una gioia si abbatte vorticosa
come la fine.
Ma non grido.
Muto
parto dell'ombre per l'immenso impero."

Umberto Saba Ceneri


"Le temps
a cédé d'un coup.
Je me sens,
avec les vêtements et l'âme d'autrefois,
dans une foudroyante lumière ; au cœur
fond une joie vertigineuse
comme la fin.
Mais je ne crie pas.
Muet
je pars pour l'immense empire des ombres."

Umberto Saba Cendres





 


Étang près du Pô – jour

 
 La rive d'un étang communiquant avec le Pô. Les peupliers. Goliardo Padova, peintre de la basse-plaine. La toile blanche déjà montée sur le chevalet. Tandis qu'il commence à parler, insert en couleurs du pinceau qui fait le premier signe sur la toile blanche : c'est une tache marron, qui prend rapidement la forme d'un tronc. Plan du peintre Goliardo Padova.

PEINTRE (peu audible pendant toute la séquence). Quand j'étais enfant, j'allais charmer les grenouilles, d'ailleurs c'est aussi devenue une expression péjorative : «Il est bon qu'à charmer les grenouilles !» Il y a aussi les moustiques, peut-être que depuis le temps, on a fait connaissance ; en tout cas, ils ne me piquent pas !

Plan général et plongée : une petite clairière entourée d'arbres et se confondant imperceptiblement avec l'eau de l'étang. À côté du chevalet du peintre, une barque. Le peintre continue à parler (on distingue «peut-être...»). Gina monte une pente jusqu'à un chemin surélevé, où se tient un homme de dos. Elle vient vers lui, le prend par le bras, l'emmène.

GINA. Mon cher... mon cher. Mon grand ami. Mon Puck. (Ils marchent sur le chemin, suivis en travelling latéral). J'étais une petite fille, je ne t'aimais pas tant, et toi, tu me gâtais. Maintenant c'est moi qui t'aime. Et toi... je ne sais pas... je ne sais plus.

PUCK. Petite menteuse ! Tu sais bien que je t'ai toujours aimée.

GINA (lâchant son bras et marchand en avant de lui). Alors, faisons un test : regarde-moi dans les yeux.

Elle s'arrête et se retourne vers lui.

PUCK (off, en français). Je te regarde, chérie !

GINA. Quand j'avais quelque chose, c'était toujours toi le premier à comprendre.

Plan américain. Gina, les yeux fermés, Puck de dos, au premier plan, avançant vers elle, suivi en travelling.

PUCK (en français). Chérie, tu n'as plus confiance en ton vieil ami, alors, c'est fini la vieille amitié ?

Elle lève la tête et rit.

GINA (de nouveau sérieuse). J'ai vraiment un secret, un grand secret. (Elle le prend par le bras et le ramène.) Mais attention, si tu essaies de le deviner... (Elle lui pince le bras en riant.) ...nous ne serons plus amis !

Plan rapproché de Gina et Puck marchant. Il lui montre l'étang. Panoramique découvrant l'ensemble du paysage.

PUCK. Quant à mes secrets, tu peux les voir ici : la digue, l'étang, et Padova le peintre, le seul avec qui j'arrive encore à parler. (Indiquant la direction du chemin.) Et là-bas le Pô, qui reste caché, sans jamais apparaître...

Tout au fond du champ apparaît un petit groupe.

CESARE. Mais tu le sens toujours présent.

Plan rapproché : Puck de face, sort ses lunettes de sa veste.

PUCK. Que de gens en un seul jour ! Je n'y suis plus habitué.

Demi-ensemble, légère contreplongée. Puck sur le chemin. En retrait, sur le talus, Fabrizio et Cesare qui marchent, précédés par une bonne en tablier. Du premier plan apparaît Gina.

GINA. J'ai oublié de te le dire : je suis suivie !

Cesare et Fabrizio descendent le talus vers eux. Cesare serre la main à Gina qui fait les présentations.

GINA (à Cesare). Bonjour. Cesare, Puck.

PUCK. Bonjour.

CESARE. Comment allez-vous ?

GINA. Et Fabrizio, mon neveu.

Gros plan de Puck sans ses lunettes. Il sourit à Fabrizio. Demi-ensemble de la berge avec le peintre. Puck, suivi de Cesare, descend la pente vers lui. Au premier plan, Fabrizio retient Gina par le poignet.

FABRIZIO. Qu'est-ce que tu es venue faire ici ?

GINA. Laisse-moi, tu me fais mal !

FABRIZIO. Tu as changé de genre aujourd'hui ? Tu fais vite, hein ?

GINA (se dégage et court vers Puck). J'arrive !

Elle saute en riant dans les bras de Puck.

Plan rapproché de Padova qui peint et parle.

PEINTRE. Les grenouilles... Il y en a même qui sont géantes, et d'autres plus petites. Mais celles de forme... énorme m'intéressent davantage.




Plan moyen de Puck et Gina assis à l'écart sur un fagot de branches coupées.

GINA. Quelle nostalgie de te revoir ; tant de temps est passé...

PUCK. Tu es toujours la même. Tu viens me voir seulement quand tu es amoureuse... (il regarde Fabrizio) ...et que tu te trompes.

GINA. Toi aussi, tu es le même. Tu as compris tout de suite, dès que tu m'as regardée.

Plan américain : Fabrizio et Cesare, assis sur le rebord de la barque. Fabrizio jette un coup d'œil vers Gina et Puck. Plan moyen de Gina et Puck, comme précédemment.

GINA. Je me suis tellement trompée qu'il ne me reste qu'à m'enfuir.

Puck a pris la main de Gina et la lui embrasse lentement. Plan américain de Fabrizio et Cesare. Fabrizio se lève. Plan rapproché de Gina et Puck, Gina favorisée.

PUCK. Je ne savais pas que tu avais un si grand neveu. Il est de Parme, non ? (Il se tourne vers Fabrizio) Ça se voit à ses chaussures. À Parme, on trouvait toujours une paire de chaussures anglaises, même pendant la guerre : on traversait le Pô pour en acheter. Ça nous semblait très important, alors, d'être anglophiles. (à Gina) Comment s'appelle-t-il ?

Gros plan de Fabrizio de profil, tourné vers Cesare.

FABRIZIO. Fabrizio !

Demi-ensemble plongée. Cesare, assis près du peintre, intervient à l'adresse de Puck.

CESARE. Et la terre ? C'est une bonne terre, non ?


Gros plan de Puck, de profil, vers Cesare. Panoramique vers lui, puis sur Gina.

PUCK. Elle est bonne, mais entièrement hypothéquée. Et le cinq mai, je dois trouver l'argent pour la banque. (Il se retourne vers Gina) C'est la date limite.

GINA. Mais ce n'est pas possible... Stagno Lombardo aussi ?

Plan rapproché de Puck de face.

PUCK. Ciao... À cette époque, dans un an, qui sait à qui sera Stagno Lombardo ? Depuis que mon père est mort, il y a cinq ans, tout part à la dérive. S'il avait pu imaginer une telle ruine, je suis sûr qu'il ne serait pas mort. (Plan plus large, Puck de profil.) Vous m'imaginez, sans le couvert assuré ? Qu'est ce que je devrai faire ? Me mettre à travailler ? Je ne l'ai jamais fait, même pas pour plaisanter.

Plan rapproché de Cesare, qui écoute.

PUCK (off). Mes parents disaient qu'un diplôme ne me servirait à rien, parce que j'avais la terre, et que la terre ne trahit jamais.

Plan de Puck, comme précédemment.

PUCK. Résultat, je suis plus ignorant qu'une taupe.

Bref gros plan de Fabrizio en plongée. Retour sur Puck.

PUCK. J'aurais honte d'aller voler un salaire. Quelque travail que je fasse, ce serait comme voler, manger à l'œil.

Gros plan en plongée de Fabrizio.

FABRIZIO. Pourquoi ? Jusqu'à aujourd'hui, comment avez-vous mangé ? La fausse sincérité me fait rire.

Gros plan de Gina, assise à côté de Puck, qui se lève d'un coup.

GINA. Fabrizio !

PUCK (la prend par le bras et la fait rasseoir). Gina, laisse-le !

Gros plan de Fabrizio qui se lève (légère contre-plongée).

FABRIZIO. C'est trop commode, de se mettre à faire son examen de conscience une fois qu'on n'a plus une lire en poche. Pourquoi ne l'avez-vous pas fait avant, quand vous aviez le couvert assuré, comme vous dites ?

Gros plan de Gina, comme précédemment. Elle se lève.

GINA. Fabrizio... (gros plan de Cesare, elle continue off.) ...tu es un goujat !

Retour sur Gina, qui se rassied. Puck se tourne vers Fabrizio.

PUCK. Non, non, tu as raison, Fabrizio. Je te tutoie, maintenant que tu t'es compromis avec moi. C'est de ma faute, je vous ennuie avec un cas sans importance.

FABRIZIO (gros plan). Ce n'est pas un cas sans importance. En fait, des cas sans importance comme le vôtre... (gros plan de Cesare baissant la tête ; Fabrizio continue off) ...il y en a trop en Italie.

Plan de Gina et Puck.

PUCK. C'est justement ce que tu n'as pas compris, Fabrizio ! Tu n'as pas compris ce que veut dire l'habitude, l'accoutumance à son propre état. Voilà pourquoi je n'en ai pas honte.

FABRIZIO (gros plan). Bien sûr, on justifie tout avec l'habitude. Le fascisme, Franco, le racisme, on s'habitue à tout. Mais vous dites : «Pourtant, je n'ai pas honte» !

Plan américain des trois. Gina se lève, recule d'un pas, puis redescend vers Fabrizio.

GINA. Tu es stupide, présomptueux, tu parles, tu parles, tu crois tout comprendre, alors que tu ne comprends rien ni personne.

FABRIZIO. Toi, tais-toi, tu ne peux pas parler !

Gina gifle Fabrizio à toute volée, trois fois. Puck intervient, la retient, l'emmène lentement à l'écart en la tenant contre lui. Musique (thème de la séquence). Bruit d'oiseaux. Ils relèvent la tête, Puck en gros plan regarde dans le lointain.




PUCK. Le fleuve non, le fleuve, assez ! Il faut l'oublier, le fleuve ! Ils nous disent de lui dire adieu, ils nous ordonnent de lui dire adieu !

Demi-ensemble. dans le brouillard, un pêcheur pousse sa barque avec une grande rame à travers les roseaux sur l'étang. Plan américain de Puck. De dos, il descend vers l'étang, les bras écartés.

PUCK. Ils viendront ici avec des machines...

Plan de Padova à son chevalet, qui murmure, presque inaudible.


PEINTRE. Les tanches...

Plan américain. Puck marche le long de la berge, levant les bras.

PUCK. Ils viendront ici avec leurs dragues. Il y aura...




 Plan de l'homme dans sa barque, dans la brume.

PUCK (off). ...d'autres hommes, et le bruit des moteurs.

Plan américain : Puck porte les mains à sa tête en gémissant.

Panoramique sur les grands arbres dans la brume. Plan de Padova.

PADOVA (inaudible).

PUCK (off). Qui pensera à s'occuper des peupliers, afin qu'ils ne gèlent pas ?

PADOVA (sur lui, inaudible).

Une rangée d'arbres.

PUCK (off). Il ne restera plus rien.

PADOVA (sur lui). Les eaux...

Autres arbres (plan général).

PUCK (off). Il n'y aura plus d'été !

PADOVA (sur lui). Les canaux...

La surface de l'eau et des arbustes.

PUCK (off). Il n'y aura plus d'hiver !

PADOVA (sur lui). Les crapauds...

Un bosquet d'arbres. Plan de Puck, de dos, faisant des gestes à l'homme dans sa barque, hors champ.

PUCK. Pour toi aussi, c'est fini !

Long panoramique sur les eaux et les plantes.

PUCK (off). Va-t'en, retire-toi ! (sur lui) Fais-la couler, ta barque !




Plan de l'homme qui avance sur les eaux.

PUCK (off). Oui, je parle aussi pour toi ! Nous ne pêcherons plus le brochet ensemble. (Plan de Puck se retournant vers la gauche.) Et nous ne pêcherons pas non plus les carpes. Et les canards ne passeront pas... (Plan aérien de champs inondés ; il continue off.) Ils ne reviendront plus dans le viseur de mon fusil. (Autre plan aérien.) Fini, les foulques, fini le vol des oies sauvages !

Les bottes de Puck enfoncées dans l'eau. Travelling avant le recadrant, en plan américain de dos.

PUCK. Voyez-vous, mes amis... (Travelling avant le cadrant en plan rapproché. Il se tourne de profil.) Ici finit la vie et commence la survie. (De face.) Alors, adieu Stagno Lombardo ! Adieu... (de nouveau de dos.) Adieu fusil, et adieu... Puck !




Plan général en plongée des quatre personnages : Fabrizio à l'écart, Cesare et le peintre assis, Gina et Puck debout. Cesare se lève et regarde le tableau.

CESARE. Quelle belle lumière !

Gina vient regarder.

GINA. Nous sommes dedans, nous aussi. Tous.

L'image se fige.

VOIX DE FABRIZIO. À ce moment, je me rendis compte que Puck avait aussi parlé pour moi. En lui, je m'étais vu, des années plus tard, et j'avais eu la sensation que pour nous, enfants de la bourgeoisie, il n'y avait aucune issue.

(Extrait du découpage du film de Bernardo Bertolucci Prima della Rivoluzione, L'Avant-Scène Cinéma, numéro 82, juin 1968)



La photo du pêcheur dans la brume est de Patrick Chartrain (Site Flickr)

jeudi 1 décembre 2011

Excipit





"C'est ainsi qu'un jour, par hasard, nous nous rappelons tant de visages, tant de choses, mais il n'y a plus personne pour se souvenir de nous, et nous sommes encore vivants."

Angelo Rinaldi La dernière fête de l'Empire Editions Gallimard, 1980

"Ed è così che un giorno, per caso, ripensiamo a tanti visi, a tante cose, ma non c'è più nessuno che si ricordi di noi, mentre noi siamo ancora vivi."

(Traduzione : Roberta Ferrara)  






Merci à Marie pour les deux photographies (Site Flickr)