jeudi 28 juillet 2011

Los Abrazos rotos (Les Étreintes brisées)



Cinema Giulio Cesare, Los abrazos rotos ; ma perché i film di Almodovar sono sempre così pieni di ricordi ? Il flashback comincia con “è una lunga storia” – Danilo invece una storia non ce l’ha, il suo passato non serve a niente : è stato tante persone diverse e non ce n’è una a cui valga la pena di tornare. Nessun abbraccio memorabile, di quelli che ipotecano una vita. Quel modo meravigliosamente spagnolo di girare, tra Zurbaran e Dalì (un’unica lacrima, tonda, che scivola su un pomodoro). Perché i suoi paesaggi, le scale, le terrazze emozionano come una febbre ? La gelosia è afona : per goderne i morsi, bisogna ricorrere a un lavoro di ricostruzione e di doppiaggio. “I film bisogna finirli, anche se alla cieca” ; che minchiata, pensa Danilo – lui non vorrebbe finire proprio niente, anzi prega che tutto resti in sospeso. Never explain, never complain. All’uscita sulla strada, gli spettatori già parlano d’altro :

«Ora mi sto occupando di una altra catena in franchising per l’Africa sttentrionale, gelati e caffetteria... abbiamo aperto il primo punto a Beirut... il grande studia ingegneria, quando si ricorda... no, con Arturo sai, più che compagno ormai è convivente... lo so che sembra egoismo ma io non posso farmi carico anche dei suoi problemi, le mie priorità... come una pazza, saltabecco su e giù dagli aerei ma la mia dimenzione è internazionale... abbiamo altre case in Calabria però due se le stanno mangiando le frane... che vuoi farci, la natura è capricciosa, speriamo nei contributi statali...»

Danilo ascolta atterrito ; due fidanzati per salutarsi intralciano il passaggio e se ne sbattono – “sono questi i nuovi padroni del mondo”.

Walter Siti Autopsia dell'ossessione Ed. Mondadori, 2010





Cinéma Giulio Cesare, Los Abrazos rotos ; mais pourquoi les films d’Almodovar sont-ils toujours pleins de souvenirs ? Le flashback commence ainsi : "c’est une longue histoire" – Danilo, au contraire, n’a pas d’histoire, son passé ne sert à rien : il a été tant de personnes différentes et il n’y en a pas une seule à laquelle il vaille la peine de revenir. Aucune étreinte mémorable, de celles qui engagent une vie. Cette façon merveilleusement espagnole de filmer, entre Zurbaran et Dalì (une seule larme, toute ronde, qui glisse sur une tomate). Pourquoi ses paysages, les escaliers, les terrasses, sont-ils si émouvants, si fiévreux ? La jalousie est aphone : pour jouir de ses morsures, il faut se livrer à un travail de reconstruction et de doublage. "Les films, il faut les finir, même si c’est à l’aveugle" ; quelle connerie, pense Danilo – lui, il ne voudrait jamais rien finir, au contraire, il prie pour que tout reste en suspens. Never explain, never complain. À la sortie, dans la rue, les spectateurs parlent déjà d’autre chose :

«Maintenant, je m’occupe d’une autre chaîne en franchising pour l’Afrique septentrionale, glaciers et cafeterias... on a ouvert le premier établissement à Beyrouth... le plus grand fait des études d’ingénieur, enfin, quand il y pense... non, Arturo maintenant, plutôt qu’un compagnon, c’est un colocataire... je sais que ça peut sembler égoïste, mais moi, je ne peux pas m’occuper de tous ses problèmes, j’ai mes priorités... c’est dingue, je suis toujours en train de sauter entre deux avions, mon destin, c’est l’international... on a d’autres maisons en Calabre, mais on risque d'en perdre deux à cause des glissements de terrain... qu’est ce qu’on peut y faire, ce sont les caprices de la nature, espérons que l’Etat nous dédommagera...»

Danilo écoute, terrifié ; un couple bloque le passage pour se saluer, sans en avoir rien à foutre – "ce sont eux, les nouveaux maîtres du monde".

(Traduction personnelle)



Un videochat avec Walter Siti à propos d'Autopsia dell'ossessione, mais aussi de diverses autres choses (en italien).









Images
: Pedro Almodovar, Los Abrazos rotos







dimanche 10 juillet 2011

Voglio andare ad Alghero...





À bientôt !








Giuni Russo chante
Alghero (1986), de Giuni Russo et M.Antonietta Sisini :








Musica, è come musica
Il desiderio regna nella mente
E parto senza voglia di tornare
Musica, è come musica
La smania che mi prende di vestirmi da sirena
E’ come una visione magica

Mia madre non lo deve sapere

Non lo deve sapere, non lo deve sapere
Mia madre non lo deve sapere
Non lo deve sapere che
Voglio andare ad Alghero
In compagnia di uno straniero
Su spiagge assolate
Mi parli in silenzio
Con languide occhiate
Voglio andare ad Alghero
In compagnia di uno straniero
Le corse sfrenate
Su moto cromate
Di sera l’estate

Che scandalo da sola ad Alghero

Da sola ad Alghero
Con uno straniero
Mia madre non lo deve sapere
Non lo deve sapere

Musica, la sabbia è musica

Cristalli scintillanti sulla pelle
Che colorano un tramonto caldo e mitico

Mia madre non lo deve sapere

Non lo deve sapere, non lo deve sapere
Mia madre non lo deve sapere
Non lo deve sapere che
Voglio andare ad Alghero
In compagnia di uno straniero
Su spiagge assolate
Mi parli in silenzio
Con languide occhiate
Sono ancora ad Alghero
In compagnia dello straniero
Le corse sfrenate
Su moto cromate
Di sera l’estate

Che scandalo da sola ad Alghero

Da sola ad Alghero
Con uno straniero
Mia madre non lo deve sapere
Non lo deve sapere






Il ne faut rien dire à ma mère

Je veux partir à Alghero

En compagnie d'un étranger


Sur des plages ensoleillées

Tu me parles en silence

Avec des regards languides


Je suis encore à Alghero

En compagnie d'un étranger
Les courses folles

Sur des motos chromées

Les soirs d'été


Quel scandale : je suis partie toute seule à Alghero

Avec un étranger
Surtout, ne dites rien à ma mère !






Images
: Grazie a enricomurgia (Site Flickr)

jeudi 7 juillet 2011

Allegro espansivo









Dimanche 26 décembre, minuit et quart.
D'un sommeil post-coïtal, au début de l'après-midi, j'ai été tiré par une impérieuse envie d'écouter la troisième symphonie de Nielsen. C'est la première fois que m'arrive une chose pareille, je crois bien : une phrase musicale tout à fait silencieuse m'a réveillé. Il fallait que je l'écoute au plus vite. C'était le motif dominant et quelque peu triomphant du premier mouvement (il revient dans le dernier) de la symphonie Expansive. Et en effet il n'est pas du genre à frapper timidement à la porte. Sa manière serait plutôt de la faire sauter d'un coup d'épaule. Le comble est qu'on ne lui en veut pas, tant il est joyeux et bon garçon.





Quelle vigoureuse merveille que cette symphonie ! Et quel grand compositeur que Nielsen ! Il est tout ce que Alfvén, Peterson-Berger, Atterberg et même, hélas, Bax, je suis obligé de le reconnaître (malgré le merveilleux Into the Twilight), ne sont pas. Il est concis, efficace, charpenté, vigoureux, constamment inspiré. Je ne comprends pas pourquoi il ne s'impose pas parmi les tout à fait grands compositeurs du répertoire international. À ma connaissance, il est très peu joué en dehors du Danemark, et presque jamais en France. On serait tenté d’incriminer sa nationalité, mais celle de Sibelius aurait dû être encore moins favorable et elle n'a nullement fait obstacle. Non, vraiment, je ne comprends pas pourquoi les grandes symphonies de Nielsen, la troisième (ma préférée, je crois bien), la quatrième, la cinquième, ou son admirable musique pour piano, ne sont pas jouées régulièrement, au même titre que la musique de Sibelius ou de Strauss, par exemple – il ne me semble pas leur être très inférieur.

Renaud Camus Parti pris Journal 2010 Éditions Fayard, 2011








Un chapitre de l'ouvrage de Renaud Camus Demeures de l'esprit Danemark Norvège est consacré à Carl Nielsen (pages 61-73).



Images
: en haut, Peter Christian Skovgaard, Les Falaises de Moen, 1852

au centre et en bas, photographies de Renaud Camus (Site Flickr)

mardi 5 juillet 2011

L'Appuntamento (Le Rendez-vous)









Vendredi 5 juin, 10 : 17. «Qu'est-ce que tu fais ? me demande Flatters au téléphone.
– Oh, j'ai lu Borges, je me préparais à entendre le concerto pour violoncelle de Schnittke, mais j'ai entraperçu Marc Porel à la télévision, alors je regarde Big Guns, un vieux film de gangsters italien...
– Et voilà : le diable, ce vieux pro...»

Renaud Camus Le Château de Seix, Journal 1992, P.O.L, 1997


















Source des vidéos
: Site YouTube