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jeudi 30 juin 2011

Come fanno i marinai ? (Comment font les marins ?)



 
Francesco De Gregori e Lucio Dalla cantano Come fanno i marinai ? (Dalla - De Gregori, 1979) : 





Ma dove vanno i marinai
con le loro giubbe bianche
sempre in cerca di una rissa o di un bazar ?

Ma dove vanno i marinai
con le loro facce stanche
sempre in cerca di una bimba da baciar ?

Ma cosa fanno i marinai
quando arrivano nel porto
vanno a prendersi l'amore dentro al bar
qualcuno è vivo per fortuna
qualcuno è morto
c'è una vedova da andare a visitar.

Ma come fanno i marinai
a riconoscersi sempre uguali sempre quelli
all'Equatore e al Polo Nord ?

Ma come fanno i marinai
a baciarsi tra di loro
a rimanere veri uomini però ?

Intorno al mondo senza amore
come un pacco postale
senza nessuno che gli chiede come va
col cuore appresso a una donna
una donna senza cuore
chissà se ci pensano ancora, chissà ?

Ma dove vanno i marinai
mascalzoni imprudenti
con la vita nei calzoni
col destino in mezzo ai denti
sotto la luna puttana e il cielo che sorride...

Come fanno i marinai
con questa noia che li uccide
addormentati sopra un ponte
in fondo a malincuore
sognano un ritorno smaltiscono un liquore
affaticati dalla vita piena di zanzare
che cosa gliene frega
di trovarsi in mezzo al mare
a un mare che più passa il tempo
e più non sa di niente
su questa rotta inconcludente
da Genova a New York...

Ma come fanno i marinai
a fare a meno della gente
e rimanere veri uomini però ?

Intorno al mondo senza amore
come un pacco postale
senza nessuno che gli chiede come va
col cuore appresso a una donna
una donna senza cuore
chissà se ci pensano ancora,
chissà ?







Mais où vont les marins

avec leurs vareuses blanches

toujours en quête d'une rixe ou d'une embrouille ?


Mais où vont les marins

avec leurs visages fatigués

toujours en quête d'une fille à embrasser ?


Mais que font les marins

quand ils arrivent au port

ils vont chercher l'amour dans un bar
certains sont toujours vivants, par chance,

mais d'autre sont morts,

et il y a toujours une veuve à consoler.


Mais comment font les marins
pour rester tout le temps les mêmes

de l’Équateur au Pôle Nord ?


Mais comment font les marins

qui s'embrassent entre eux

tout en restant des hommes, des vrais ?

Ils parcourent le monde, sans un amour,

comme des colis postaux
sans personne pour prendre de leurs nouvelles

le cœur lié à une femme
une femme sans cœur

qui sait s'ils y pensent encore ?

Mais où vont les marins

voyous imprudents
avec leur vie dans leur froc

et leur destin entre les dents

sous la lune aguicheuse et le ciel souriant...


Comment font les marins

avec cet ennui qui les ronge

endormis sur un pont ;

au fond, c'est à contrecœur

qu'ils imaginent un retour en cuvant leur vin

fatigués de leur vie pleine de moustiques,

qu'est-ce que ça peut bien leur faire

de se retrouver en pleine mer
une mer qui jour après jour

a de moins en moins de goût

sur ce parcours incohérent
qui va de Gênes à New-York...


Mais comment font les marins

pour se suffire à eux-mêmes

tout en restant des hommes, des vrais ?


Ils parcourent le monde, sans un amour,

comme des colis postaux

sans personne pour prendre de leurs nouvelles

le cœur lié à une femme

une femme sans cœur

qui sait s'ils y pensent encore ?


(Traduction personnelle)









Images : en haut, Site Flickr

au centre, Site Flickr

en bas, Luca Rodriguez (Site Flickr)

mercredi 29 juin 2011

Harmonie du soir (Armonia della sera)





Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire Les Fleurs du mal Spleen et Idéal


Ora vibra sullo stelo ogni fiore,
svapora in aria come un incensiere,
suoni profumi affollano la sera :
valzer triste, vertigine, languore.

Svapora il fiore come un incensiere,
freme il violino, contristato cuore,
valzer triste, vertigine, languore !
Il cielo è bello e triste come un altare.

Freme il violino, contristato cuore,
un cuore ostile al nulla immenso, nero.
Il cielo è bello e triste come un altare :
il sole annega nel suo sangue d'oro.

Un cuore ostile al nulla immenso, nero,
del passato conserva ogni tesoro.
Il sole annega nel suo sangue d'oro...
Ostensorio è il tuo volto in me, raggiera !

Traduction : Antonio Prete (I Fiori del male Ed. Feltrinelli)









Les deux photographies sont de Renaud Camus (Site Flickr)

lundi 27 juin 2011

Plus je m'éloigne... (Più mi allontano...)





"Più mi allontano e più mi trovo al punto di partenza. Anni di distanza e basta un odore a riportarmi indietro. Basta un sapore a riportarmi indietro. E un suono lontano, magari appena accennato, mi risucchia verso casa. Un gregge visto dai finestrini di un treno. Un accento percepito in un ufficio pubblico, al ristorante, al supermercato. E il concorrente sardo al telequiz, al talent show... L'autore sardo in libreria. L'insegna col nuraghe nella grande città straniera. Il souvenir a casa di un conoscente. La cartolina estiva calamitata sul frigorifero... Tutto, tutto mi riporta a casa quando credo di esserne definitivamente partito."

Marcello Fois In Sardegna non c'è il mare







Un extrait du livre de Marcello Fois, In Sardegna non c'è il mare (En Sardaigne, il n'y a pas la mer). Il s'agit du chapitre intitulé : Vano tentativo di stabilire una distanza (Vaine tentative pour prendre ses distances). Il est bien sûr question ici de la Sardaigne, mais d'autres insulaires s'y reconnaîtront sans doute...


Quand j’étais enfant, les jours de fête, j’étais réveillé par l’odeur douce-amère de l’agneau ; on le préparait à l’extérieur, sur un terrain dégagé entre les oliviers et les chênes. Dans ma famille, ce sont toujours les hommes qui se sont occupés de la cuisson, un long travail fait de patience et de surveillance, et d’histoires que l’on se raconte pour passer le temps. Les femmes préparaient à la maison les raviolis de fromage frais et les malloreddos. À nous autres enfants incombait la tâche de placer la pâte fraîche sur une toile de lin pour la faire sécher. Le repas de fête était un rite collectif, une façon de s’assurer de l’unité de la famille. Les vieux se partageaient équitablement : les grands-mères à la maison pour prodiguer leurs conseils, les grands-pères dans la cour pour s’occuper du vin. Sur la cuisson de l’agneau, il y avait plusieurs écoles : les traditionalistes le voulaient «enterré», tandis que les modernistes le préféraient rôti. Les deux écoles étaient très éloignées, tant sur le plan de la méthode que sur celui de la philosophie. Les gens patients et expérimentés préféraient la cuisson dans la terre, alors que la broche convenait à ceux qui étaient plus expéditifs et souhaitaient avoir un contrôle total du processus.

La cuisson «enterrée» nécessitait une préparation complexe : on commençait par creuser un trou assez profond pouvant contenir l’agneau, puis on préparait la braise avec du bois de chêne, en ajoutant des baies de genièvre et des buissons de myrte ; sur ce lit ardent, on déposait l’animal dépiauté et on le laissait faisander pendant trois nuits, ensuite on le recouvrait de myrte, genièvre, thym et romarin, avant de le recouvrir une nouvelle fois de terre. Au sommet du tertre, on laissait une petite ouverture, et puis on attendait. Mais il ne s’agissait pas d’une attente passive : celui qui avait enterré l’agneau ne s’éloignait jamais du «four», et l’on aurait dit qu’il disposait d’un regard aux rayons X, puisqu’il savait exactement où on en était, selon la couleur de la fumée ou le parfum qui s’échappait de la petite ouverture. Après des heures d’attente, on estimait que c’était le bon moment, et avec délicatesse on enlevait la terre et la couche d’herbes aromatiques. L’agneau se trouvait au fond, brun et croquant, mais pas desséché, sa chair restait humide et savoureuse, une expérience unique.

La cuisson rôtie nécessitait un travail de préparation concernant surtout l’insertion correcte de la broche, à bonne distance de la braise, et, chose fondamentale, la position verticale de la viande à rôtir, à la turque ; les officiants contrôlaient la cuisson minute par minute et tournaient la broche. On obtenait ainsi une viande plus sèche au goût plus naturel. Une différence qui relève aussi de l’appartenance, une saveur qui est aussi affaire d’identité.

Plus je m’éloigne et plus je me retrouve au point de départ. Des années de distance, et il suffit d’une odeur, d’une saveur pour me ramener en arrière. Et un son lointain, même à peine esquissé, me ramène chez moi. Un troupeau vu derrière les vitres d’un train. Un accent perçu dans un bureau, au restaurant, au supermarché. Et le concurrent sarde dans les jeux télévisés... L’écrivain sarde dans les librairies. L’enseigne avec le nuraghe dans la grande ville étrangère. L’objet souvenir dans la maison d’une connaissance. La carte postale de vacances aimantée sur le réfrigérateur... Tout, tout me ramène chez moi chaque fois que je pense en être définitivement parti.

Marcello Fois In Sardegna non c'è il mare Ed. Laterza, 2008 (Traduction personnelle)










Images : en haut, Beniamino Calisai (Site Flickr)

en bas, Ettore Cavalli (Site Flickr)









lundi 20 juin 2011

Era d'estate (C'était en été)



Franco Battiato canta Era d'estate (Testo e musica : Sergio Endrigo, 1963) :




Era d’estate e tu eri con me
Era d’estate tanto tempo fa
Ora per ora noi vivevamo
Giorni e notti felici senza domani

Era d’autunno e tu eri con me
Era d’autunno poco tempo fa
Ora per ora senza un sorriso
Si spegneva l’estate negli occhi tuoi

Io ti guardavo e sognavo una vita
Tutta con te
Ma i sogni belli
Non si avverano mai

Era d’estate e tu eri con me
Era d’estate poco tempo fa
E sul tuo viso lacrime chiare
Mi dicevano solo addio


C'était en été et tu étais avec moi
C'était en été, il y a bien longtemps déjà
Heure après heure, nous vivions
Des jours et des nuits heureux sans lendemain

C'était en automne et tu étais avec moi
C'était en automne, il n'y a pas si longtemps de cela
Heure après heure, sans un sourire
L'été s'éteignait dans tes yeux

Je te regardais et rêvais d'une vie entière
Auprès de toi
Mais les beaux rêves
Ne se réalisent jamais

C'était en été et tu étais avec moi
C'était en été, il n'y a pas si longtemps de cela
Et sur ton visage des larmes limpides
Me disaient simplement adieu





 

Source des images : en haut, Agazio Tedesco (Site Flickr)

en bas, Site Flickr

jeudi 16 juin 2011

Chi sono ? (Qui suis-je ?)





Deux poésies d'Aldo Palazzeschi, qui chaque fois que je les lis me rappellent L'Étranger de Baudelaire :


Son forse un poeta ?
No, certo.
Non scrive che una parola, ben strana,
la penna dell'anima mia :
"follia".
Son dunque un pittore ?
Neanche.
Non ha che un colore
la tavolozza dell'anima mia :
"malinconia".
Un musico, allora ?
Nemmeno.
Non c'è che una nota
nella tastiera dell'anima mia:
"nostalgia".
Son dunque... che cosa ?
Io metto una lente
davanti al mio cuore
per farlo vedere alla gente.
Chi sono ?
Il saltimbanco dell'anima mia.

Aldo Palazzeschi Tutte le poesie Ed. Mondadori I Meridiani


Qui suis-je ?


Peut-être suis-je un poète ?
Non, certainement pas.
Elle n'écrit qu'un seul mot, bien étrange,
la plume de mon âme :

"folie".

Suis-je donc un peintre ?

Pas davantage.
Elle n'a qu'une seule couleur
la palette de mon âme :
"mélancolie".

Un musicien alors ?
Non plus.

Il n'y a qu'une seule note
sur le clavier de mon âme :
"nostalgie".

Que puis-je donc bien être ?
Je place une loupe
devant mon cœur
pour le montrer aux gens.
Qui suis-je ?

Le saltimbanque de mon âme.


(Traduction personnelle)







Lo sconosciuto

L'hai veduto passare stasera ?
L'ho visto.
Lo vedesti ieri sera ?
Lo vidi, lo vedo ogni sera.
Ti guarda ?
Non guarda da lato
soltanto egli guarda laggiù,
laggiù dove il cielo incomincia
e finisce la terra, laggiù
nella riga di luce
che lascia il tramonto.
E dopo il tramonto egli passa.
Solo ?
Solo.
Vestito ?
Di nero è sempre vestito di nero.
Ma dove si sosta ?
A quale capanna ?
A quale palazzo ?

Aldo Palazzeschi Tutte le poesie Ed. Mondadori I Meridiani


L'Inconnu


L'as-tu vu passer ce soir ?
Je l'ai vu.

L'as-tu vu hier soir ?

Je l'ai vu, je le vois tous les soirs.

Te regarde-t-il ?

Il ne regarde pas autour de lui

Il ne regarde que là-bas,

Là-bas où le ciel
commence
et où finit la terre, là-bas,
dans la ligne de lumière
que laisse le crépuscule.

Et après le crépuscule, il s'en va.

Seul ?

Seul.

Comment est-il habillé ?

De noir, il est toujours habillé de noir.

Mais où s'arrête-t-il ?
Dans quelle masure ?

Dans quel palais ?


(Traduction personnelle)






Toutes les photographies sont de Renaud Camus (Site Flickr)

lundi 13 juin 2011

Principio d'estate (Début d'été)




Dolore, dove sei ? Qui non ti vedo ;

ogni apparenza t'è contraria. Il sole
indora la città, brilla nel mare.
D'ogni sorta veicoli alla riva
partono in giro qualcosa o qualcuno.
Tutto si muove lietamente, come
tutto fosse di esistere felice.

Umberto Saba Canzoniere Ed. Mondadori


Douleur, où es-tu ? Ici, je ne te vois pas ;

toute apparence t'est contraire. Le soleil
dore la ville, brille dans la mer.
De toutes sortes de véhicules sur la rive
partent en voyage quelque chose ou quelqu'un.
Tout s'anime joyeusement, comme
si tout était heureux d'exister.

(Traduction personnelle)








Images : Site Flickr



dimanche 12 juin 2011

I Treni di Tozeur (Les Trains pour Tozeur)




Franco Battiato canta I Treni di Tozeur (Battiato - Consentino - Pio, 1984) :










Nei villaggi di frontiera, guardano passare i treni
Le strade deserte di Tozeur

Da una casa lontana, tua madre mi vede
Si ricorda di me delle mie abitudini

E per un istante ritorna la voglia di vivere a un'altra velocità
Passano ancora lenti i treni per Tozeur

Nelle chiese abbandonate si preparano rifugi
E nuove astronavi per viaggi interstellari

In una vecchia miniera, distese di sale
E un ricordo di me, come un incantesimo

E per un istante ritorna la voglia di vivere a un'altra velocità
Passano ancora lenti i treni per Tozeur...







Dans les villages le long de la frontière, les gens regardent passer
les trains
Les rues désertes de Tozeur

D'une maison lointaine, ta mère me voit
Elle se souvient de moi, de mes habitudes

Et tout à coup revient l'envie de vivre à un rythme différent
Les trains pour Tozeur continuent à passer lentement

Dans les églises abandonnées, on prépare des refuges
Et de nouveaux astronefs pour des voyages interstellaires

Dans une ancienne mine, des étendues de sel
Et un souvenir de moi, comme un mirage

Et tout à coup, revient l'envie de vivre à un rythme différent
Les trains pour Tozeur continuent à passer lentement...








Images : en haut, Mark Abel (Site Flickr)

au centre, Serena Guadagol (Site Flickr)

en bas, Rémi Spilliaert (Site Flickr)

samedi 11 juin 2011

Il primo cielo (Le premier ciel)






«Drizza la mente in Dio grata» mi disse,

«che n'ha congiunti con la prima stella».

Dante Paradiso II, 29-30








Un extrait du premier roman de Mario Fortunato, Il primo cielo, paru en Italie en 1990 et qui n'a pour le moment pas été traduit en français. Anna, l’héroïne, est violoniste et elle a décidé de ne plus donner de concert, se contentant d'enregistrer des disques. Dans le passage que je cite ici, elle rejoue pour la première fois depuis de longues années devant un public, à l’occasion d’une fête organisée en son honneur :


Quasi puntando a un effetto sorpresa, ho attaccato di colpo la Seconda Partita. Fra me e gli altri, si è subito aperto un vuoto. Ho immaginato una camera d’aria : la voce del violino era il sibilo, il segnale di qualcosa che, di botto, si sta sgonfiando. Una perdita, durata appena qualche istante, il tempo di poche battute. Da quel precipizio sonoro, sono riemersa a fatica nella pausa fra l’Allemanda e la Corrente. Ora stavo riprendendo con più dolcezza, cercando un sorriso dell’archetto, una tenerezza delle corde : ho allungato i movimenti, e i muscoli si sono adeguati a una diversa distensione del tempo. Stavo puntando a una sorta di distanza da me stessa, da tutto ciò che di ingombrante e di sovrapposto rappresentavo per le note. Volevo frenare a ogni costo l’impulso a essere io lo strumento, io la cassa armonica, io la voce e il suo timbro. Pensavo a un disco, a un sistema meccanico e insieme armonico, che girava su se stesso dentro e fuori di me. Era come spargere gli accordi nell’aria, senza più volerli raccogliere. Fantasticavo una semina, un gesto che si esauriva e tornava a ripetersi nell’atto stesso del suo compiersi. Non c’era più nessuna pausa fra un movimento e l’altro, non avevo bisogno di qualche istante di silenzio per riprendere fiato. Anzi, il silenzio era parte della musica stessa, si insinuava in ogni interstizio, irrigandola e permeandola in profondità. Quasi in modo autonomo, il capo si inclinava sempre più, cercando il contatto, lo struggersi della pelle e del legno.

Poi, arrivata alla Giga, sentii che non valeva più nulla continuare a suonare. Avvertii la musica che io stessa producevo come la forma di un grande vuoto in espansione, una galassia negativa di suoni. Era una progressione roteante verso l’alto o una spirale che si avvitava in giù, e sotto e sopra, prima e dopo, tempo e spazio tracciavano simultaneamente un profilo e la sua negazione. Trascinata in questa corrente, scorgevo un dialogo fra presente e passato, ma in questo scambio reciproco era contenuta una spinta all’indietro, sempre più indietro, verso un luogo spaventosamente lontano. Percepii la mia identità come qualcosa che non mi apparteneva più. Io non ero più io ; ero nulla ; ero il pentagramma prima della scrittura ; ero il suono prima di ogni nota. C’era solo un tono, un colore vocale che, come un’energia magnetica, legava e imbastiva il mio essere. Grazie a questo debole segnale acustico, ora capivo a un tratto il motivo delle mie disattenzioni e incertezze e confusioni. E comprendevo la sollicitudine di mio fratello e la sua paura che io perdessi del tutto, progressivamente, la memoria. Una volta, lui mi aveva anche parlato di alcuni rari casi di precoce demenza senile ; aveva usato una denominazione scientifica, cha avevo subito respinto e dimenticato. La mia malattia era dunque qualcosa di bianco e incorporeo, come la musica. A rigore, anzi, non era neppure una malattia, ma l’analogo di me stesso e di ciò che nel tempo avevo più amato. Cercando nel linguaggio dei suoni il codice della mia esistenza, ero giunto a una soglia, e quel varco non poteva che schiudere se stesso. Per questo, la musica fuori di me doveva ormai soltanto tacere. Non c’era più nessun ordine da stabilire ; nessun confine separava una cosa dall’altra ; nessun orizzonte era distinguibile fra cielo e terra. Tutto si svolgeva e era possibile secondo una continuità costante e imperfetta. Sognai, prima che l’ultima nota della Ciaccona si spegnesse nell’aria, una zona aperta in cui luce e ombra sfumavano una nell’altra, in cui dolore e gioia erano tutt’uno, e presente e passato si perdevano e riannodavano nel futuro. Chiamai mentalmente questo altrove, che era anche qui e ora, il primo cielo della dimenticanza, e quello era il luogo di un ricordare senza ricordi.

Mario Fortunato Il primo cielo Ed. Einaudi, 1990







Comme si je recherchais un effet de surprise, j’ai attaqué d’emblée la deuxième Partita. Entre les autres et moi s’est soudain créé un vide. J’ai pensé à une chambre à air : la voix du violon était le sifflement, le signe de quelque chose qui, brusquement, se dégonfle. Une perte, qui a duré l’espace d’un instant, le temps de quelques accords. Je me suis péniblement extraite de ce précipice sonore pendant la pause entre l’Allemande et la Courante. Je reprenais maintenant avec plus de douceur, en cherchant un sourire de l’archer, une tendresse des cordes : j’ai donné de l’ampleur à mes mouvements, et les muscles se sont adaptés à un tempo différent, plus apaisé. J’étais à la recherche d’une sorte de distance vis-à-vis de moi-même, de tout ce qui en moi était encombrant et superflu par rapport aux notes. Je voulais ralentir à tout prix l’élan qui me poussait à être moi-même l’instrument, la caisse de résonance, la voix et le timbre du violon. Je pensais à un disque, à un système à la fois mécanique et harmonieux, qui tournait sur lui-même en moi et en dehors de moi. C’était comme si je lançais les accords dans l’air, sans chercher à les recueillir. J’imaginais des semailles, un geste qui s’épuisait pour se réaliser à nouveau dans l’acte même de son accomplissement. Il n’y avait plus de pause entre un mouvement et l’autre, je n’avais plus besoin d’instant de silence pour reprendre souffle. Le silence était lui-même devenu une partie de la musique elle-même, il l’irriguait et l’imprégnait en profondeur, s’insinuant dans chaque interstice. Presque de façon autonome, ma tête s’inclinait toujours davantage, recherchant le contact, la fusion de la peau et du bois.

Puis, arrivée à la Gigue, je sentis qu’il était devenu inutile de jouer. Je perçus la musique que je produisais comme une sorte de grand vide en expansion, une galaxie négative de sons. C’était comme une avancée tourbillonnante vers le haut ou une spirale se déroulant vers le bas ; et dessus et dessous, avant et après, le temps et l’espace traçaient simultanément un profil et son effacement. Emportée dans ce courant, je découvrais un dialogue entre le présent et le passé, mais cet échange réciproque était aussi à l’origine d’un retour en arrière, toujours plus loin, vers un lieu terriblement éloigné. Je perçus mon identité comme une chose qui ne m’appartenait plus. Je n’étais plus moi ; je n’étais plus rien ; j’étais comme la portée sur laquelle aucun signe n’a encore été tracé ; le son avant la première note. Il y avait simplement une tonalité, une couleur vocale qui, comme une énergie magnétique, liait et construisait mon être. Grâce à ce faible signal sonore, je comprenais tout à coup le motif de mes distractions, incertitudes et confusions. Et je comprenais la sollicitude de mon frère et sa crainte de me voir perdre complètement, et de façon progressive, la mémoire. Il avait même évoqué une fois quelques rares cas de démence sénile précoce ; il avait employé un terme scientifique, que j’avais aussitôt écarté et oublié. Ma maladie était donc quelque chose d’immaculé et d’immatériel, comme la musique. À la rigueur, il ne s’agissait même pas d’une maladie, mais d’une sorte de coïncidence de mon être avec ce que j’avais le plus aimé tout au long de ma vie. En cherchant dans le langage des sons le code de mon existence, j’étais parvenue à un seuil, un passage qui ne pouvait que s’ouvrir devant moi. Pour cela, la musique extérieure à moi-même n’avait plus désormais qu’à faire silence. Il n’y avait plus aucun ordre à établir ; aucune frontière ne séparait plus les choses ; aucun horizon n’était plus perceptible entre le ciel et la terre. Tout se déroulait et s’affirmait selon une continuité constante et imparfaite. Avant que la dernière note de la Chaconne se fût éteinte dans la pièce, je songeai à une zone ouverte où la lumière et l’ombre se confondaient, où la joie et la douleur n’étaient plus qu’une seule et même chose, où le présent et le passé se perdaient et se réunissaient dans le futur. Mentalement, j’appelai cet ailleurs, qui était aussi ici et maintenant, le premier ciel de l’oubli, et c’était le lieu où l’on pouvait se souvenir sans souvenirs.

(Traduction personnelle)








Images : en haut, Juan (Site Flickr)

au centre, Julia Gabriel (Site Flickr)

en bas, Carrie Kaili (Site Flickr)


vendredi 10 juin 2011

Visita allo zoo di Lisbona




L'orso bruno che ammicca e si alza

e chiede cibo, il babbuino
che salta tra le sbarre e poi rientra,
la lontra che si tuffa contro il muro,
il canguro demente. Ma la tigre
rode il suo pasto con rabbia immutata,
non dimentica niente.
Sta in una gabbia d'angolo
e qualche volta scruta chi la addita.

Fabio Pusterla Le cose senza storia Ed. Marcos y marcos, 1994








Visite au zoo de Lisbonne


L'ours brun qui cligne de l’œil et se lève
et réclame de quoi manger, le babouin

qui saute entre les barreaux et puis rentre,

la loutre qui se jette contre le mur,
le kangourou dément. Mais le tigre
ronge sa pitance avec une colère immuable,
il n'oublie rien.
Il est dans une cage d'angle
et parfois il regarde fixement ceux qui le montrent du doigt.

(Traduction personnelle)









Images : en haut, Michel L'Huillier (Site Flickr)

au centre, Vitor Nunes (Site Flickr)

en bas, Margarida Augusto (Site Flickr)


jeudi 9 juin 2011

Visita notturna (Visite nocturne)





"wer
in diesem
Schattengeviert
schnaubt, wer
unter ihm
schimmert auf, schimmert auf, schimmert auf ?"

Paul Celan Atemwende







Stai sognando
cratassi, tirabraccia, il drago soffia-naso.
Chissà cosa sognava Anna Brichtova, che stanotte
viene a trovarci con il suo mosaico
di carte colorate : la sua casa
col tetto rosso, gli alberi
nel prato verde, il cielo : e fuori un lager.
Questo è il vero regalo
che ho portato da Praga senza dirtelo.
Era con me sul treno, la mattina
che ho creduto di vivere all'inferno : Stoccarda,
o giù di lì, dentro un ronzare
di gente che lavora a non sa cosa
o per chi, ma lavora, preme tasti,
invia messaggi a ignoti dentro l'aria.
Solo occhi e dita, solo
un giorno dopo l'altro, smisurato
trascorrere di un tempo che non varia, che appartiene
per sempre ad altri,
ad altro che a sé stessi, e la paura, l'odio
del paria contro il paria, questa rissa
d'anime perse, nuovi schiavi. Il Grande
Bevitore di Birra, la Donna Occhi nel Vuoto,
Mazinga, i miei compagni di viaggio.
Chissà come sognava Anna Brichtova,
a cosa sogni tu, e come vedete
il mondo voi bambini. Lo troverete,
fra i vostri giochi, il gioco che ci salvi ?

Noi tutti lo speriamo
guardandovi dormire.

Fabio Pusterla Le cose senza storia Ed. Marcos y Marcos, 1994






Visite nocturne


Tu rêves
de cratasses, de tire-bras, de dragon mouche-nez.
Qui sait ce dont rêvait Anna Brichtova qui, cette nuit,
vient nous trouver avec sa mosaïque
de papiers colorés : sa maison
au toit rouge, les arbres
dans le pré vert, le ciel : et dehors un lager.
C'est le vrai cadeau
que j'ai rapporté de Prague sans te le dire.
Il était avec moi dans le train, le matin
où j'ai cru être en enfer : Stuttgart,
ou par là, dans un bourdonnement
de gens qui travaillent sans savoir à quoi
ou pour qui, mais qui travaillent, pressent des touches,
envoient des messages dans l'air à des inconnus.
Rien que des yeux et des doigts,
un jour après l'autre, écoulement
démesuré d'un temps qui ne varie pas, qui appartient
pour toujours à d'autres,
à tout autre qu'à soi-même, et la peur, la haine
du paria pour le paria, ce combat
d'âmes perdues, nouveaux esclaves. Le Grand
Buveur de Bière, la Femme aux Yeux dans le Vide,
Mazinga : mes compagnons de route.
Qui sait ce dont rêvait Anna Brichtova,
et ce dont tu rêves toi, et comment vous voyez
le monde, vous les enfants. Le trouverez-vous,
parmi vos jeux, le jeu qui nous sauvera ?

Nous l'espérons tous
vous regardant dormir.

Fabio Pusterla Une voix pour le noir, Poésies 1985-1999, Editions d'en bas (Traduction : Mathilde Vischer)






Fabio Pusterla sur le site Terres de femmes




Images
: en haut, Paolo et Vittorio Taviani, La Notte di San Lorenzo

en bas, Source






mercredi 8 juin 2011

Le parole dell'addio (Les mots de l'adieu)




Sergio Endrigo canta Le parole dell'addio (Endrigo - Bacalov, 1971) :

Le parole dell’addio
Sono false sono di Giuda
Sono false come il fumo
Che si perde nel vento
Sanno di vino amaro
Di frutti tante volte caduti
A marcire tra l’erba
Le parole dell’addio

Le parole dell’addio
Sono il sale sulla ferita
Invenzioni di paura
In notti solitarie
Sanno di voci perdute
Di strade tante volte percorse
Che ti portano indietro
Le parole dell’addio

Abbiamo detto parole d’amore
Scintillanti come stelle
Scintillanti nel cielo del sud
Fresche come l’acqua d’estate
Bevuta dopo tanto deserto
Lasciamole là ferme e sospese
Nel sonno di quella notte
Sospese come stelle nell’aria
Non parlare amore mio
Vedi ho già parlato io





Les mots de l'adieu
Sont comme les mensonges de Judas
Ils sont trompeurs comme la fumée
Qui se perd dans le vent
Ils ont un goût de vin amer
De fruits tant de fois tombés
Et pourrissant dans l'herbe
Les mots de l'adieu.

Les mots de l'adieu
Sont comme le sel sur la blessure
C'est ce que la peur invente
Dans les nuits solitaires
Ils sont comme des voix perdues
Des routes tant de fois parcourues
Qui te ramènent vers le passé
Les mots de l'adieu.

Nous avons dit des mots d'amour
Etincelants comme des étoiles
Qui scintillent dans le ciel du sud
Frais comme l'eau en été
Bue après une grande soif
Laissons-les là immobiles, en suspens
Dans le sommeil de cette nuit
En suspens comme les étoiles dans le ciel
Ne parle pas, mon amour
Tu vois, j'ai déjà tout dit.

(Traduction personnelle)








Images : Michelangelo Antonioni, L'Eclisse

Source de la vidéo
: Site YouTube

lundi 6 juin 2011

Sirene (Sirènes)



Funesto spirito
Che accendi e turbi amore,
Affine io torni senza requie all’alto
Con impazienza le apparenze muti,
E già, prima ch’io giunga a qualche meta,
Non ancora deluso
M’avvinci ad altro sogno.
Uguale a un mare che irrequieto e blando
Da lungi porga e celi
Un’isola fatale,
Con varietà d’inganni
Accompagni chi non dispera, a morte.

Giuseppe Ungaretti
Vita d'un uomo Sentimento del tempo





Sirènes

Pensée funeste,
Toi qui embrases et qui troubles l'amour
Afin que je me tourne inlassablement vers le haut,
Tu modifies, impatiemment, les apparences
Et, avant même que je touche au but
Et me détrompe,
À d'autres songes déjà tu m'enchaînes.
Semblable à cette mer inquiète et flatteuse
Qui offre et cache au loin
L'île fatale,
Multipliant les leurres,
Tu mènes qui encore espère
À la mort.

(Traduction : Philippe Jaccottet)








Images
: en haut, Alessio (Site Flickr)

au centre, Jacqueline Poggi (Site Flickr)

en bas, Wiki Commons



samedi 4 juin 2011

La Madre (La Mère)







La Madre

E il cuore quando d’un ultimo battito
Avrà fatto cadere il muro d’ombra,
Per condurmi, Madre, sino al Signore,
Come una volta mi darai la mano.

In ginocchio, decisa,
Sarai una statua davanti all’Eterno,
Come già ti vedeva
Quando eri ancora in vita.

Alzerai tremante le vecchie braccia,
Come quando spirasti
Dicendo : Mio Dio, eccomi.

E solo quando m’avrà perdonato,
Ti verrà desiderio di guardarmi.

Ricorderai d’avermi atteso tanto,
E avrai negli occhi un rapido sospiro.

Giuseppe Ungaretti Sentimento del tempo, 1930






La mère


Et quand le cœur, d'un ultime battement,
Aura fait tomber le mur d'ombre,
Pour me conduire, Mère, jusqu'au Seigneur,
Comme autrefois tu me donneras la main.

À genoux, décidée,
Tu seras une statue devant l'Éternel,
Comme déjà il te voyait
Quand tu étais encore vivante.

Tremblante, tu lèveras tes vieux bras,
Comme quand tu es morte
En disant : Mon Dieu, me voici.

Et seulement quand il m'aura pardonné
Te viendra le désir de me regarder.

Tu te souviendras de m'avoir tant attendu,
Et dans tes yeux passera un rapide soupir.

(Traduction personnelle)


 
Pasolini interviewe Ungaretti (extrait du film Comizi d'amore, 1965)


Images : séquence finale du film de P.P. Pasolini, Mamma Roma

Source de la vidéo : Site YouTube

vendredi 3 juin 2011

Le Jour et l'Heure



Un extrait de
Luoghi naturali (Lieux naturels) de Mario Fortunato, paru en 1988 chez Einaudi et réédité en 2007 chez Bompiani. Il s'agit d'une suite de neuf récits liés par plusieurs thèmes récurrents : la marginalité, l'isolement, le poids de l'irrémédiable qui s'impose comme un "lieu naturel", un donné qui pèse et contre lequel on tente – en vain, le plus souvent – de lutter. Le passage que je cite ici est extrait du récit Ricorrenze (Anniversaires) :

Il colloquio con il dottor Reggiani era stato, all’inizio, calmo e anche vagamente distratto. Il medico gli aveva messo sotto il naso una serie di fogli con tracciati, puntini di sospensione, qualche cifra corrispondente a termini che per lui erano comunque incomprensibili. Fra quei dati, che il medico cercava di illustrargli, si era perso più volte, come davanti a un codice segreto o a un misterioso anagramma dentro il quale si nascondevano il suo futuro, i suoi gesti, la possibilità di pronunciare frasi come : «Quando sarò vecchio», oppure : «Fra un anno», eccetera. Aveva guardato Reggiani come uno sciamano dai poteri incalcolabili, capace di decidere, in base a una parzialissima lettura di quei fogli, il suo destino, di predire sciagura oppure felicità. Annidata fra uno zero e una virgola, gli sembrava di scorgere la sua stessa esistenza, tradotta in un altro alfabeto, eppure lì, visibile contro il bianco della carta. Complicata, confusa, ma visibile. Captò appena che il medico gli aveva accennato alla positività del test. Anzi, in un certo senso respinse quella parte del discorso come insensata, sottilmente provocatoria.

Fu a quel punto che si sentì dire : «Cosa dovrei fare ?» Si accorse che gli tremava la palbebra dell’occhio destro, e per un attimo, assurdamente, fu felice di aver tenuto gli occhiali da sole. Il medico non rispose direttamente. Fece allusioni a centri specializzati a Parigi, al fatto che non era detta l’ultima parola. Disse proprio così, anzi : «Non è detta l’ultima parola». Lui si chiese quale sarebbe stata la sua ultima parola, in che giorno e a che ora l’avrebbe pronunciata. Si domandò se sarebbe stata una parola degna di memoria o una sciocchezza qualsiasi, una parola come un’altra. Rifletté perfino sul fatto che magari nessuno l’avrebbe raccolta, ricordata. Emerse da quel fantasticare, disse : «Non so. Vorrei pensarci su». Il dottor Reggiani assunse l’espressione di un venditore che non è riuscito a persuadere appieno il cliente. Suggerì : «Si faccia vivo fra un paio di giorni. Nel frattempo proverò a mettermi in contatto con i colleghi francesi». Aggiunse che aveva studiato certi casi di malattie infettive proprio in quella clinica parigina, e che lì aveva qualche buon amico. Poi concluse : «Stia tranquillo. E intanto prende queste per la sua febbricola». Gli diede delle compresse. Lui salutò cordialmente, e uscì deciso a partire. Subito.

Mario Fortunato Luoghi naturali Ed. Bompiani, 2007





L’entretien avec le docteur Reggiani avait été, au début, tranquille et même vaguement distrait. Le médecin lui avait montré une série de feuillets remplis de tracés et de points de suspension, quelques chiffres renvoyant à des indications qui, de toute façon, étaient pour lui incompréhensibles. Il s’était souvent perdu au milieu de toutes ces données que le médecin s’efforçait de lui expliquer, comme s’il s’agissait d’un code secret ou d’un anagramme mystérieux où se cachaient son avenir, ses actions, la possibilité de prononcer des phrases comme : «Quand je serai vieux», ou bien : «Dans un an», etc. Il avait regardé Reggiani comme s’il s’agissait d’un chaman aux innombrables pouvoirs, capable, sur la base d’une lecture très partiale de ces feuillets, de décider de son destin, de lui prédire le malheur ou la félicité. Nichée entre un zéro et une virgule, il lui semblait apercevoir sa propre existence, transcrite dans un autre alphabet, et pourtant là, visible sur la blancheur du papier. Complexe, confuse, mais bien visible. Il saisit à peine que le médecin avait fait allusion à la positivité du test. D’une certaine façon, il rejeta même cette partie du discours qui lui parut insensée, subtilement provocatrice.

C’est à ce moment-là qu’il s’entendit dire : «Qu’est-ce qu’il faudrait que je fasse ?» Il s’aperçut que la paupière de son œil droit tremblait, et sur le moment, de façon un peu absurde, il fut heureux d’avoir gardé ses lunettes de soleil. Le médecin ne répondit pas directement. Il fit allusion à des centres spécialisés à Paris, et au fait que le dernier mot n’avait pas été dit. C’est même l’expression exacte qu’il a employée : «Nous n’avons pas dit notre dernier mot». Il pensa à ce que serait son dernier mot, en quel jour et à quelle heure il l’aurait prononcé. Il se demanda s’il s’agirait d’un mot digne d’être retenu ou d’une bêtise quelconque, un mot comme un autre. Il médita même sur le fait que peut-être personne ne l’aurait recueilli ou ne s’en serait souvenu. Il sortit enfin de ses rêveries et dit : «Je ne sais pas. Je voudrais y réfléchir». Le docteur Reggiani prit alors l’expression d’un vendeur qui n’a pas réussi à convaincre complètement son client. «Rappelez-moi dans deux jours, proposa-t-il, j’essaierai d’ici là de contacter mes confrères français.» Il ajouta qu’il avait justement étudié certains cas de maladies infectieuses dans cette clinique parisienne, et qu’il y avait quelques bons amis. Puis il conclut : «Ne vous inquiétez pas. Et en attendant, prenez cela pour cette petite fièvre». Il lui donna des comprimés. Il salua cordialement le médecin et sortit, décidé à s’en aller. Immédiatement.

(Traduction personnelle)






Lieux naturels
, de Mario Fortunato, est paru aux éditions Rivages en 1989, dans une traduction de François Bouchard.



Images : en haut et au centre : Stefano Montani (Site Flickr)

en bas, Federico Novaro (Site Flickr)

jeudi 2 juin 2011

Il giorno della mia morte (Le jour de ma mort)





"Io muoio, ed anche questo mi nuoce..."




Le poème Il giorno della mia morte, a été écrit par Pasolini au début des années cinquante en dialecte frioulan (Il dì da la me muàrt) ; il figure dans le recueil La meglio gioventù, publié en 1954. À l'occasion de cette publication, Pasolini a accompagné les vers originaux en frioulan d'une traduction italienne qu'il a lui-même réalisée. C'est cette traduction qui est reprise ci-dessous.


Il giorno della mia morte

In una città, Trieste o Udine,
per un viale di tigli,
quando di primavera
le foglie mutano colore,
io cadrò morto sotto il sole
che arde, biondo e alto,
e chiuderò le ciglia
lasciando il cielo al suo splendore.

Sotto un tiglio tiepido di verde,
cadrò nel nero della mia morte
che disperde i tigli e il sole.
I bei giovinetti
correranno in quella luce
che ho appena perduto,
volando fuori dalle scuole,
coi ricci sulla fronte.

Io sarò ancora giovane,
con una camicia chiara
e coi dolci capelli
che piovono sull'amara polvere.
Sarò ancora caldo,
e un fanciullo correndo per l'asfalto
tiepido del viale,
mi posera una mano sul grembo di cristallo.

Pier Paolo Pasolini La meglio gioventù (II. Suite furlana), 1954


Le jour de ma mort

Dans une ville, Trieste ou Udine,
le long d'une allée de tilleuls,
quand, au printemps,
les feuilles changent de couleur,
je tomberai mort sous le soleil
qui brûle, blond et haut,
et je fermerai les yeux,
abandonnant le ciel à sa splendeur.

Sous un tilleul tiède de verdure
je tomberai dans le noir de ma mort
qui dispersera les tilleuls et le soleil.
Les jeunes et beaux garçons
courront dans cette lumière
que je viendrai de perdre,
s'échappant des écoles,
avec leurs boucles sur le front.

Je serai encore jeune,
avec une chemise claire
et des cheveux soyeux tombant en pluie
sur l'amère poussière.
Je serai encore chaud,
et un enfant, courant
sur l'asphalte tiède de l'allée,
posera sa main sur mon ventre de cristal.

(Traduction personnelle)


Une édition bilingue des poèmes de jeunesse de Pasolini est disponible dans la collection Poésie / Gallimard.







L'intelligenza non avrà mai peso, mai
nel giudizio di questa pubblica opinione.
Neppure sul sangue dei lager, tu otterrai

da uno dei milioni d'anime della nostra nazione,
un giudizio netto, interamente indignato :
irreale è ogni idea, irreale ogni passione,

di questo popolo ormai dissociato
da secoli, la cui soave saggezza
gli serve a vivere, non l'ha mai liberato.

Mostrare la mia faccia, la mia magrezza –
alzare la mia sola puerile voce –
non ha più senso : la viltà avvezza

a vedere morire nel modo più atroce
gli altri, nella più strana indifferenza.
Io muoio, ed anche questo mi nuoce...

P.P. Pasolini Poesia in forma di rosa, (La Guinea), 1964


L'intelligence n'aura jamais de poids, jamais
dans les jugements de cette opinion publique.
Pas même sur le sang des camps d'extermination, tu n'obtiendras

de la part de l'une des millions d'âmes de notre nation,
un jugement net, pleinement indigné :
irréelle est chaque idée, chaque passion

de ce peuple désormais dissocié
depuis des siècles, et dont la douce sagesse
l'aide à vivre, et pas à être libre.

Exhiber mon visage, ma maigreur –
faire entendre ma voix solitaire et puérile –
cela n'a plus de sens : la lâcheté habitue

à voir mourir de la façon la plus atroce
les autres, dans la plus étrange indifférence.
Je meurs, et cela aussi me nuit.

(Traduction personnelle)

Source de l'image : Site Flickr

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