And who by fire, who by water,
Who in the sunshine, who in the night time,
Who by high ordeal, who by common trial,
Who in your merry merry month of may,
Who by very slow decay,
And who shall i say is calling ?
Leonard Cohen Who by fire
Rosa Balistreri chante Morsi cu morsi (Qui est mort est mort) (texte et musique de Giuseppe Ganduscio) :
Morsi cu morsi… cu m'amava persi
Comu fineru li jochi e li spassi,
Comu fineru li jochi e li spassi...
'Sta bedda libbirtà comu la persi
L'hannu 'n putìri li canazzi corsi,
L'hannu 'n putiri li canazzi corsi...
Chianciti tutti, li lïùna e l'ursi
Chianci me matri ca 'a vivu mi persi,
Chianci me matri ca vivu mi persi...
Cu dumànna 'i mìa?…Comu 'un ci fussi
Scrivitimi a lu libbru di li persi,
Scrivitimi a lu libbru di li persi...
Qui est mort est mort, et j'ai perdu qui m'aimait
Le temps des jeux et du bonheur est passé...
J'ai perdu ma belle liberté
Livrée aux chiens courants...
Vous pleurez tous, même les lions et les ours,
Comme pleure ma mère qui vivant me perdit...
À qui demande de mes nouvelles, dites que je n'existe plus,
Inscrivez mon nom dans le livre des disparus...
Comu fineru li jochi e li spassi,
Comu fineru li jochi e li spassi...
'Sta bedda libbirtà comu la persi
L'hannu 'n putìri li canazzi corsi,
L'hannu 'n putiri li canazzi corsi...
Chianciti tutti, li lïùna e l'ursi
Chianci me matri ca 'a vivu mi persi,
Chianci me matri ca vivu mi persi...
Cu dumànna 'i mìa?…Comu 'un ci fussi
Scrivitimi a lu libbru di li persi,
Scrivitimi a lu libbru di li persi...
Qui est mort est mort, et j'ai perdu qui m'aimait
Le temps des jeux et du bonheur est passé...
J'ai perdu ma belle liberté
Livrée aux chiens courants...
Vous pleurez tous, même les lions et les ours,
Comme pleure ma mère qui vivant me perdit...
À qui demande de mes nouvelles, dites que je n'existe plus,
Inscrivez mon nom dans le livre des disparus...

Leonardo Sciascia parle de cette chanson dans son recueil de courts essais Cruciverba (Mots croisés, Fayard, 1985), plus précisément dans le texte qu'il consacre à Renato Guttuso. Je cite ici ce passage dans la traduction de Jean-Noël Schifano :
«J’observe Guttuso tandis qu’il écoute les chansons désespérées de Rosa Balistreri. C’est comme s’il était arrivé aux racines de son angoisse, au fouillis nu des peurs antiques, des antiques souffrances. Quand Guttuso est à Palerme, les soirées sont fréquentes, chez les amis, où Rosa Balistreri chante : avec sa voix viscérale et déchirée, pleine d’amour et de rancœur. D’entre tous les chants, Guttuso semble préférer Morsi cu morsi : un chant de détenu mystérieusement dolent, qui cèle une identité, une histoire. "Elle est morte celle qui est morte et j’ai perdu celle qui m’aimait, les jeux et le bon temps sont finis" : et on traduit tout naturellement "morte" au lieu de "mort" car on a le sentiment que l’homme a tué celle qui l’aimait et qui l’aimait : il découvre, alors, qu’il l’a tuée injustement ; de là le remords, et la contemplation du bonheur lointain et disparu.
"J’ai perdu la belle liberté, je suis désormais au pouvoir des sbires, féroces comme chiens courants ; ainsi tous ils pleurent, même les lions et les ours ; et pleure ma mère, qui moi vivant me perdit. À qui demande de mes nouvelles, faites comme si je n’étais plus : écrivez mon nom au livre des perdus." Nous tuons toujours les choses que nous aimons, nous regrettons toujours les verts paradis de l’enfance et de l’amour ; le monde est une prison, les chiens courants nous plantent leurs crocs. Mais pleure la mère, la nature qui est mère pleure avec elle : et ce ne sont que pleurs sur notre être vivant. Mieux vaut donc être mort, coulé dans le livre des perdus.»

«J’observe Guttuso tandis qu’il écoute les chansons désespérées de Rosa Balistreri. C’est comme s’il était arrivé aux racines de son angoisse, au fouillis nu des peurs antiques, des antiques souffrances. Quand Guttuso est à Palerme, les soirées sont fréquentes, chez les amis, où Rosa Balistreri chante : avec sa voix viscérale et déchirée, pleine d’amour et de rancœur. D’entre tous les chants, Guttuso semble préférer Morsi cu morsi : un chant de détenu mystérieusement dolent, qui cèle une identité, une histoire. "Elle est morte celle qui est morte et j’ai perdu celle qui m’aimait, les jeux et le bon temps sont finis" : et on traduit tout naturellement "morte" au lieu de "mort" car on a le sentiment que l’homme a tué celle qui l’aimait et qui l’aimait : il découvre, alors, qu’il l’a tuée injustement ; de là le remords, et la contemplation du bonheur lointain et disparu.
"J’ai perdu la belle liberté, je suis désormais au pouvoir des sbires, féroces comme chiens courants ; ainsi tous ils pleurent, même les lions et les ours ; et pleure ma mère, qui moi vivant me perdit. À qui demande de mes nouvelles, faites comme si je n’étais plus : écrivez mon nom au livre des perdus." Nous tuons toujours les choses que nous aimons, nous regrettons toujours les verts paradis de l’enfance et de l’amour ; le monde est une prison, les chiens courants nous plantent leurs crocs. Mais pleure la mère, la nature qui est mère pleure avec elle : et ce ne sont que pleurs sur notre être vivant. Mieux vaut donc être mort, coulé dans le livre des perdus.»


















