lundi 26 avril 2010

Nulla muta quaggiù


O mio cuore incorreggibile
o assetato, o senza posa,
lo sai bene
nulla muta quaggiù.
Le meraviglie sognate
son d'altri lidi ;
questi cieli
(oh il bello stellato di stanotte !)
sono quasi immutabili.
Attendevi un bell'angiolo d'oro
(o delizia, o freschezza, o mistero)
ed è venuto il vecchio amico
che credevi perduto,
più pallido e stanco,
attendevi l'ebbrezza capziosa
e hai avuto la mesta grazia.
Vedi questo lucido cielo di settembre
è quello dell'anno passato
e le stesse foglie ha il vecchio rampicante.
Tutto ritorna
tutto sfiorisce
tutto stanca
tutto passa
ma nulla muore
o mio amore.
Vedi, una nuvola passa :
è quella che
un giorno sognammo.

Filippo De Pisis
Poesie Garzanti ed.








Rien ne change ici-bas


Ô mon cœur incorrigible
assoiffé, sans répit,
tu le sais bien
rien ne change ici-bas.
Les merveilles que nous avons rêvées
sont sur d'autres rivages ;
tous ces ciels
(oh comme le firmament était beau cette nuit !)
sont presque immuables.
Tu attendais un bel ange doré
(ô délice, ô fraîcheur, ô mystère)
et c'est ton vieil ami qui est venu
alors que tu pensais l'avoir perdu,
plus pâle et plus las,
tu attendais la captieuse ivresse
et tu as eu la grâce mélancolique.
Regarde ce lumineux ciel de septembre
c'est le même que celui de l'an passé
et le vieux lierre a les mêmes feuilles.
Tout revient
tout se fane
tout lasse
tout passe
mais rien ne meurt
ô mon amour.
Regarde, un nuage passe :
c'est celui
qu'un jour nous avons rêvé.

(Traduction personnelle)


En haut : Filippo De Pisis Le cipolle di Socrate (1927)
En bas : Filippo De Pisis Il Gladiolo fulminato (1930)

Herméneutique du jogging


Cedere a un colpo di sonno in una biblioteca è una gran vergogna. Mi capita sempre più spesso. Ci vado sempre meno e ci resto poco, perché la testa non mi caschi sui libri. (Se si tratta di dizionari, resto più sveglio). Ormai imparo quasi tutto per strada. La lettura fatta in autobus è quella che mi profitta di più. Nei giardini pubblici sto a guardare quelli che fanno jogging.

Guido Ceronetti Pensieri del tè Adelphi ed.


Céder à un accès de sommeil dans une bibliothèque est vraiment honteux. Cela m'arrive de plus en plus souvent. J'y vais de moins en moins et j'y reste peu de temps, pour éviter que ma tête ne retombe sur les livres. (S'il s'agit de dictionnaires, je reste plus éveillé). Maintenant, c'est dans la rue que j'apprends presque tout. La lecture faite dans les autobus est pour moi la plus profitable. Dans les jardins publics, je passe du temps à regarder ceux qui font du jogging.


Image : Site Flickr

dimanche 25 avril 2010

Foglie




Le foglie stanno volando via dal mondo e sopra c'erano dei messaggi e degli enigmi che non abbiamo decifrato. Anche le mani : lette poco, troppo poco ; anche le rughe, i lobi... Non abbiamo letto che dei libri.

Guido Ceronetti Pensieri del tè Adelphi ed.


Les feuilles s'envolent loin du monde, porteuses de messages et d'énigmes que nous n'avons pas déchiffrées. Les mains aussi : peu, trop peu lues ; et aussi les rides, les lobes... Nous n'avons lu que des livres.

Image : Site Flickr

vendredi 23 avril 2010

Non piangete i casi miei

In Memoriam Werner Schroeter (7 avril 1945 – 12 avril 2010)




Extrait de Malina (Werner Schroeter, 1991) Soprano : Genny Drivala

"Non piangete i casi miei,
non v'affanni il mio tormento,
quest’è l'unico momento
della mia felicità.
Fur sì barbari gli dei,
fu sì avversa a me la sorte
che riguardo la mia morte
come un segno di pietà"

"Ne pleurez pas sur mes infortunes,
ne vous affligez pas de mon tourment,
car voici venu mon seul moment
de bonheur.
Les dieux furent si barbares,
mon sort fut si cruel
que j'accueille la mort
comme une marque de pitié."

Tommaso Traetta Antigone (Libretto : Marco Coltellini)

Source de la vidéo : Site YouTube

Pallido viso



Le temps du dessin et de la poésie, chez de Pisis, était différent du temps du travail pictural. Il était souvent nocturne, lorsque l'artiste se retrouvait dans la solitude, après le plaisir ; ou bien il précédait de peu le plaisir, en ces après-midi dionysiaques que les proses parisiennes nous ont révélées. Je veux ajouter que ces dessins charnels, des corps ou des visages, ne sont presque jamais signés par de Pisis mais que celui-là les faisait signer par le modèle, ou, si l'on veut, le sujet, ce qui souligne leur fonction mémoriale. Des signatures ont souvent été ajoutées par des faussaires, et des visages aux corps qui n'étaient que des corps, et de la couleur là où de Pisis n'aurait pas songé à la mettre. Les poèmes, comme les dessins, participent d'un anonymat qui est tragique même quand il semble sourire. Que l'on ne s'y trompe pas, les dessins et les poèmes de de Pisis sont ainsi que des lampes dans une nuit qui pourrait faire peur. Raison pourquoi je les aime.
André Pieyre de Mandiargues


Pallido viso


Morto ignoto e lontano
a te tutto il mio cuore.
Tanta inutile gente
blàtera vicino, importuna.
Tu, partito per sentieri alpestri
hai trovato un letto di rose
o la fredda terra ?
Talora a te penso
come alla cara libertà il prigioniero.
Il tuo volto appena ricordo,
ma nel mio sangue resta l'armonia della tua forma.
Nessuna "nota stonata" più
per le miserie quotidiane.
O pallido volto sorridimi
da più pure sfere.

Pâle visage

Mort inconnu lointain
tout mon cœur est à toi.
Tant d'importuns m'entourent
inutiles bavards.
Mais toi sur les sentiers alpestres
as-tu trouvé un lit de roses
ou bien la froide terre ?
Parfois je pense à toi
comme à sa chère liberté le prisonnier.
De ton visage à peine j'ai souvenir
mais dans mon sang demeure
l'harmonie de ta forme.
Nulle «fausse note» ne reste
sous les misères quotidiennes.
Pâle visage souris-moi
du haut de plus pures sphères.

Filippo De Pisis Onze plus un poèmes éditions Fata Morgana, 1983 (Traduction : André Pieyre de Mandiargues)

Image : Filippo De Pisis Ritratto di giovane con cappello


mercredi 21 avril 2010

Velieri



Il molo


Per me al mondo non v'ha un più caro e fido
luogo di questo. Dove mai più solo
mi sento e in buona compagnia che al molo
San Carlo, e più mi piace l'onda e il lido ?

Vedo navi il cui nome è già un ricordo
d'infanzia. Come allor torbidi e fiacchi
– forse aspettando dell'imbarco l'ora –
i garzoni s'aggirano ; quei sacchi
su quella tolda, quelle casse a bordo
di quel veliero, eran principio un giorno
di gran ricchezze, onde stupita avrei
l'accolta folla a un lieto mio ritorno,
di bei doni donati i fidi miei.
Non per tale un ritorno or lascerei
molo San Carlo, quest'estrema sponda
d'Italia, ove la vita è ancora guerra ;
non so, fuori di lei, pensar gioconda
l'opera, i giorni miei quasi felici,
così ben profondate ho le radici
nella mia terra.

Né a te dispiaccia, amica mia, se amore
reco pur tanto al luogo ove son nato.
Sai che un più vario, un più movimentato
porto di questo è solo il nostro cuore.

Umberto Saba Il Canzoniere, Trieste e una donna Einaudi ed.





Le môle

Il n'y a pas pour moi au monde un lieu plus cher et plus sûr
que celui-là. Où pourrais-je donc me sentir plus seul
et en meilleure compagnie qu'au môle
San Carlo, où me plairaient davantage les flots et le rivage ?

Je vois des bateaux dont le nom déjà est un souvenir
d'enfance. Comme en ce temps-là, troublés et fatigués
– en attendant peut-être l'heure de l'embarquement –
les garçons rôdent ; tous ces sacs
sur le pont, ces caisses à bord
de ce voilier, étaient alors l'annonce
de grandes richesses, par lesquelles j'aurais étonné
la foule accourue pour fêter mon retour,
et comblé de beaux présents mes amis fidèles.
Même pour un tel retour, je ne quitterais aujourd'hui
le môle San Carlo, cette rive extrême
d'Italie, où la vie est encore une guerre ;
je ne sais pas, loin d'ici, imaginer un travail joyeux,
et mes journées presque heureuses,
tant mes racines sont profondément enfoncées
dans ma terre.

Et ne t'offusque pas, mon amie, si j'ai tant d'amour
pour les lieux où je suis né.
Tu sais bien qu'un port plus varié et plus animé que celui-là
n'existe qu'en notre cœur.

(Traduction personnelle)


Images
: Renaud Camus (Autoportrait au grand voilier, Site Flickr)

Tiziana de Meis (Trieste, Molo San Carlo, Site Flickr)

mardi 20 avril 2010

Abusi (2)


Mi sono svegliato come sempre alle sei, dopo un'ora che tenevo del tutto gli occhi chiusi. La caffetteria era già aperta, non lo sapevo, ma è per turisti che partono presto per le escursioni. Mangio qualcosa, mi scivola il coltello e mi impiastro di marmellata di fichi e, leccandomi le dita per tutto il tragitto, vado in spiaggia a vedere sorgere il sole. Eccola là, la sfera strafottente attraversata da una barchetta nera. Sembra dapprima una mongolfiera a rallentatore, per via del riflesso sull'acqua che schiaccia la rotondità della palla, e poi un salvadanaio di terracotta. Un monito a mettere via la vita, e capitalizzarla per quando ce ne sarà poca – avvertimento stupido: chi risparmia vita adesso non solo non avrà di più dopo ma avrà sempre meno a misura che aumenterà il risparmio. Certi tesori si guadagnano solo disperdendoli. E così eccolo lì, il dio luce, che viene da queste parti ogni mattina, puntuale a modo suo, metodico nel non lasciar stare niente : tutto deve muoversi al suo arrivo e tutto deve respirare a occhi aperti, spinto a vivere per attrazione verso la morte, che vuole chiudere il ciclo alla svelta e chi s'è visto s'è visto, gli altri no.

Piccioni rosso-crema sulla rena fra i rifiuti di plastica, un tronco imponente di palma fra i flutti calmi ; corridore in lontananza. L'acqua è tiepida, un inno a se stesse l'andare e venire delle onde basse. E ecco, s'è levato, i secchi sono stati di nuovo distribuiti.

Aldo Busi Sodomie in corpo 11 (Oscar Mondadori)






Je me suis réveillé comme toujours à six heures, après avoir gardé les yeux complètement fermés pendant une heure. La cafétéria était déjà ouverte, je ne le savais pas, mais c’est pour les touristes qui partent tôt en excursion. Je mange quelque chose, mon couteau glisse et je me tartine de confiture de figues et, en me léchant les doigts pendant tout le trajet, je vais sur la plage voir le soleil se lever. Et la voilà, la sphère qui se fout de tout, traversée par une barque noire. On dirait d’abord une montgolfière à ralentisseur, à cause du reflet sur l’eau qui écrase la rotondité de la boule, et ensuite une tirelire de terre cuite. Un avertissement à mettre la vie de côté et à la capitaliser pour le jour où il n’en restera plus beaucoup – avertissement stupide : qui épargne sa vie non seulement n’en aura pas plus après mais en aura toujours moins à mesure que son épargne augmentera. Certains trésors ne se gagnent qu’en les dilapidant. Et le voilà donc, le dieu lumière, qui vient dans ces contrées tous les matins, ponctuel à sa manière, méthodique dans sa façon de ne jamais rien laisser de côté : tout doit se mouvoir à son arrivée et tout doit respirer les yeux ouverts, poussé à vivre par attraction vers la mort, laquelle veut clore le cycle en vitesse, et qui est vu est pris, les autres non.

Pigeons rouge-crème sur le sable parmi les détritus de plastique, un tronc de palmier imposant au milieu des flots calmes ; quelqu’un qui court au loin. L’eau est tiède, le va-et-vient des vagues basses est comme un hymne à elles-mêmes. Et voilà, il s’est levé ; une nouvelle fois, les seaux ont été distribués.

Aldo Busi Sodomie en corps onze Presses de la Renaissance, 1991 (Traduction (légèrement revue) : Françoise Brun)

Les deux photographies ont été prises à Sousse, en Tunisie, le lieu où est situé le passage que je cite. Elles proviennent du site Flickr.

dimanche 18 avril 2010

L'angelo


Angelo biondo di dove sei venuto
a consolarmi, di dove ?
O l'oro antico dei tuoi capelli
e la fronte pura
e l'occhio ridente, pur nella tua nequizia
(è un giorno e mezzo che non mangi, hai detto)
e le spalle gentili
e le gambe marmo antico
e il tuo sorriso nell'ombra
e la tua voce.
Un bacio sulla fronte ti ho dato
e leggero ho abbozzato il segno della croce
sul tuo petto di giovane atleta.
Sulla porta hai voluto rendermi
fuggevole un bacetto.
Sull'albero di verde cupo
ho visto accendersi una luce in cielo,
e poi sei scomparso.

Filippo De Pisis Poesie ed.Garzanti

L'ange

Ange blond, d'où donc es-tu venu
pour me consoler ?
Ô le vieil or de tes cheveux
et le front pur
et l'œil rieur, même dans ton iniquité
(tu n'as rien mangé depuis un jour et demi, m'as-tu dit)
et les épaules gracieuses
et les jambes d'un marbre antique
et ton sourire dans l'ombre
et ta voix.
Je t'ai donné un baiser sur le front
et j'ai esquissé un léger signe de croix
sur ta poitrine de jeune athlète.
Sur le seuil tu as voulu me rendre
un furtif baiser.
Sur l'arbre d'un vert sombre
j'ai vu briller une lumière dans le ciel,
et tu as disparu.

(Traduction personnelle)

Image : Filippo De Pisis Ragazzo nudo (1927)

samedi 17 avril 2010

Mai più incontrato (Jamais revu)


Renaud Camus nous dit dans le dernier tome paru de son Journal, Une chance pour le temps, qu’il a finalement accepté, «non sans hésitation, une traduction partielle de Tricks en italien» (cf. page 15). Cette traduction était annoncée en 2008 aux éditions Textus (situées à L’Aquila), mais la parution de l’ouvrage a été sans cesse reportée depuis, et on l’attend toujours... On a toutefois déjà pu lire en italien deux chapitres de Tricks, puisqu’ils ont été publiés dans l’ouvrage de Renzo Paris, Cronache francesi, paru aux éditions Transeuropa en 1989. Le sous-titre du livre est «un panorama della nuova narrativa francese» (un aperçu de la nouvelle fiction française) ; le choix des textes et des auteurs est fort éclectique, puisque l’on y retrouve notamment Tony Duvert, Annie Ernaux, Mathieu Lindon, François Bon, Danièle Sallenave, Jean Echenoz, Le Clezio, Hervé Guibert, Guy Hocquenghem, et donc Renaud Camus, «parmi tous ces auteurs, sans doute le plus scandaleux» nous dit Renzo Paris dans sa préface... Les deux tricks retenus ici (tous les deux new-yorkais) sont le trente-cinquième, Anonyme en salopette (pages 355-360 dans l’édition P.O.L de 1988) et le trente-septième, Le cow-boy (pages 373-380, op. cit.). La traduction est de Dario Bellezza, par ailleurs écrivain et poète de valeur, mort du sida en 1993. Un de ses romans a été traduit en français : L’amour heureux, Salvy, 1998. Je donne ici quelques extraits de cette traduction qui m’a paru précise et fort réussie :

Anonimo con la salopette (a Severo Sarduy)

Lunedì 24 luglio 1978
(Racconto trascritto a Parigi, giovedì 11 marzo 1982).

M’aggiravo, verso la fine del pomeriggio, nello stretto corridoio su cui s’aprono le cabine di proiezione, nel settore più lontano della “libreria” che sta all’angolo tra Christopher e Hudson Streets. Fuori faceva ancora caldo, e così non c’era molta gente in questo retrobottega scuro, praticamente senza aerazione. Un uomo sui trenta-trentacinque anni, abbastanza piccolo, bruno, baffuto, mi stava scrutando. Portava dei grandi occhiali con la montatura di tartaruga e, per vestito, una salopette azzurro-mare che gli lasciava nudi i fianchi, la parte superiore del torace, le spalle e le braccia. Non si poteva dire se fosse bello o brutto, ma certo era un po’ comico per il contrasto tra i suoi occhiali da intelletuale e la sua tenuta da stagnaio, e per i baffoni alla Ben Turpin. Mi seguiva lungo il corridoio, che porta sempre al punto di partenza, oppure aspettava il mio successivo passaggio e allora mi guardava fisso.

Sono andato ad appostarmi in una rientranza particolarmente buia tra due cabine. Lui m’ha subito raggiunto e immediatamente m’ha messo la mano sulla patta. Stavo a torso nudo, la mia camicia sgualcita infilata dalla parte del colletto nella tasca posteriore dei jeans (secondo un vezzo della moda molto diffuso quell’anno). Ho fatto qualche passo indietro, per appoggiarmi al muro, lui m’è venuto incontro.

(...)

Ho passato la mia mano sul suo petto, solido e molto peloso, e sul suo ventre, molto peloso ma meno solido. Potevo anche, avendo slacciato due bottoni sui suoi fianchi, toccare direttamente il suo culo, le coscie e il sesso. Ma appena arrivato a quel punto, lui m’ha proposto d’andare in una cabina. Ho accettato. La prima che aveva scelto aveva la porta che non funzionava e ne ho preferita un’altra, proprio di fronte. Ci sono entrato e lui m’è venuto dietro. Ho sbottonato la mia patta. Lui m’ha accarezzato il torace e m’ha tirato fuori il sesso. Gli ho tirato giù le bretelle della salopette scoprendogli così tutto il torace. Ma allora lui ha introdotto una moneta nella fessura dell’apparecchio di proiezione. Non so se lo ha fatto per una sorte di dovere, temendo che i gestori della “libreria” ci richiamassero all’obbligo un po’ duramente (“C’mon, I want to hear those quarters !”, però io avevo l’impressione che avessero rinunciato a quel tipo di politica, e che il dollaro che esigevano all’ingresso del retrobottega fosse ormai la loro sola pretesa), o forse perché aveva voglia di vedere un film. Comunque sia, siccome io stavo appoggiato contro la parete su cui veniva proiettato il film, le prime immagini sono arrivate sul mio torace. Abbiamo allora cambiato posizione e ci siamo messi uno di fronte all’altro, stavolta per il largo della cabina, così stretta d’altronde che potevamo appoggiarci confortevolmente tutti e due, di spalle, a una parete, e tenere i nostri bacini e i nostri cazzi stretti l’uno contro l’altro. Il film veniva così proiettato tra i nostri petti, il centro dell’immagine solamente arrivava sul tramezzo, mentre i bordi si perdevano sui nostri corpi.

(...)

Ho detto che non avevo nessuna intenzione di godere. Ma ciò che ha indebolito la mia decizione è stato il pensiero di questa cronaca, e del racconto che potevo trarre da un episodio così enfaticamente, così grossolanamente, “artistico” : “fellatio in corso mentre un’altra viene proiettata sui partecipanti della prima, tatuaggio mobile ; è la pornografia che i nuovi saddhus dell’Hudson imprimono sui loro corpi, al posto dei Veda cari ai loro fratelli del Gange (dei quali, in approssimativo contraccambio, Severo Sarduy scrive in La Doublure (Flammarion, 1981, p. 78) che con i loro finissimi pennelli, la loro cipria nera, e i loro “vanity-case che maneggiano con abilità” : “– li avevo scambiati per delle frocie –.”). Come mi sono venute queste idee, fui perduto, tanto più irremediabilmente in quanto l’uomo con la salopette era un succhiatore assai esperto. Ho sentito montare dentro di me una tensione che non poteva risolversi se non in un orgasmo, e ho goduto nella sua bocca, con molto piacere. Lui ha inghiottito il mio sperma. Quando si è risollevato, s'è messo a masturbarmi. Io lo tenevo per le spalle mentre lui protendeva il bacino, e gli carezzavo le cosce, i coglioni e anche il torace. È venuto abbastanza in fretta, e il suo sperma è andato a schizzare sulla parete dove la sua ombra nascondeva una metà del film, di nuovo proiettato nel suo posto specifico.

Ero impaziente di uscire dalla cabina, in parte a causa del calore che il nostro dimenarci aveva aggiunto a quello del giorno, in parte per l’inquietudine sulla sorte della mia camicia che avevo abbandonato prima d’entrare nella cabina, con il mio libro, Les Confessions, precisamente dalla parte dove il singolare manipolatore aveva dato luogo ai suoi capricciosi interventi. Sono dunque uscito prima che l’uomo con la salopette si fosse risollevato le bretelle, con un sorriso d’arrivederci che lui a malapena poteva vedere. Comunque lui aveva dovuto lasciare prima di me la “libreria”, perché l’ho visto, più tardi, precedermi su Christopher Street, che andava verso est sul marciapiedi opposto.

(Mai più incontrato).




Il cow-boy

Giovedì 27 luglio 1978

(...)

Di tutti i Tricks di cui si racconta qui, incontestabilmente il più bello è questo ; e anche, a eccezione di Jeremy, senza dubbio, forse il solo veramente bello, secondo ogni criterio di giudizio, l’unico a trascendere i “generi”. Il ragazzo era molto alto e muscoloso, ma in modo naturale, senza eccesso ; d’aspetto molto virile, senza ostentazione. Il suo abito da cow-boy, che aveva tutte le probabilità di questo mondo d’apparire perfettamente ridicolo, su di lui era soltanto molto eccitante e, senza che possa bene spiegare perchè, patetico. Incarnava perfettamente il mito, e nondimeno non aveva il fisico tradizionale del ruolo : i suoi cappelli, di cui una ciocca sfuggiva dal cappello, sulla fronte bianca, le sue sopracciglia, i suoi occhi, i suoi baffi erano troppo neri ; aveva piuttosto l’aria latina, o meglio, gitana. Quello che era veramente notevole in lui, era il suo volto, a mio avviso perfetto : energico, fine, luminoso, rischiarato dalla torva scintilla delle pupille. Questa volta m’ha lasciato il tempo di vederlo meglio. Ma, come aveva fatto in precedenza, s’è allontanato dal girello di metallo per sparire tra le cabine. Il suo sguardo, nel momento in cui si spostava, era su di me. Ciò sembrava un chiaro invito. Quasi non riuscivo a credere alla mia fortuna. Ma ero deciso adesso a tentarla. Ho dunque dato il mio dollaro all’incaricato che ha sbloccato il tornante di metallo, liberando il meccanismo di passaggio.

Il corridoio che fa da comunicazione alle cabine disegna un quadrato su cui, servandosene, ci si ritrova sempre al punto di partenza. Non ho seguito il cow-boy. Mi sono avviato nella direzione opposta alla sua, pensando così d’incontrarlo. Ma lui era tornato sui propri passi, io ho fatto un giro completo senza incrociarlo. C’erano là dieci o quindici ragazzi, alcuni dei quali avevo già visto prima lungo l’Hudson, di cui due o tre eccitanti. Mi sembrava più saggio interessarmi a loro piuttosto che a questo cow-boy, che decisamente m’intimidiva. Era troppo bello. Ma sapevo anche bene, che troppo lo avrei rimpianto, in seguito, se non fossi arrivato in fondo a questa storia.

Quando l’ho rivisto, stava entrando in una cabina. Ha lasciato la porta completamente aperta, e s’è appoggiato contro la parete di fronte, i pollici nelle tasche dei jeans. Mi guardava. Io ho ancora tergiversato. Mi sono allontanato. Quando mi sono girato, lui stava sulla porta. Controllavo che l’avessi visto, che sapessi bene dove lui stava, si è rimesso nella sua posizione, all’interno della cabina, contro la parete. Ho fatto un giro completo del corridoio, ma molto svelto, e mi sono fermato di fronte a lui. Ci siamo guardati, io ho ancora girato la testa una o due volte a destra e a sinistra, poi mi sono deciso, e l’ho raggiunto.

Temevo che lui fosse il tipo da ricevere, senza minimamente contraccambiare, gli omaggi che istigava. E avevo anche paura d’essere intimidito sessualmente, di non potermi neanche arrapare, se avesse messo la mano sulla mia patta sarebbe stato deluso dalla modesta taglia del mio membro in completo riposo. Ma queste inquietudini non hanno avuto nessuna conferma. Lui m’ha toccato nello stesso istante che l’ho toccato io, era tanto perfettamente eccitante quanto era bello, rara combinazione, e io gli ero accanto da neppure quindici secondi che già ero arrapato con estremo entusiasmo.

(...)

Sono uscito dalla cabina quasi immediatamente dopo di lui, abbastanza veloce per vederlo entrare nelle toilette che sono proprio di fronte al tornante di metallo d’accesso al piccolo corridoio. Mi sono appostato lì, nella luce che viene dalla bottega propriamente detta. Volevo vederlo ancora una volta, assicurarmi che fosse così bello come m’era sembrato. Lo era, forse anche di più. Quando è uscito dalla toilette, m’ha fatto un segno con la testa poi, arrivato vicino alla porta, s’è girato sorridendo, facendo un saluto con la mano.

Sono rimasto ancora cinque minuti nella “libreria”, per non avere l’aria di seguirlo e d’imporre la mia presenza. Quando a mia volta sono uscito, mi sono diretto verso la Sesta Avenue su Christopher Street. Mano a mano che andavo riprendendo coscienza, mi rimproveravo la timidezza. Avrei potuto dargli il mio indirizzo, il mio numero di telefono, invitarlo a pranzo a casa. Era uno dei più bei ragazzi che avessi visto in vita mia. Sembrava molto gentile. E adesso l’avevo perduto.

Arrivato sulla Settima Avenue, sono tornato sui miei passi. Bisognava che lo ritrovassi, era una cosa sciocca. Fortunatamente con quel suo cappello, era riconoscibile da lontano. Doveva gironzolare nel quartiere. Sono entrato in parecchi bar, Boots and saddles, Ty’s, e sono tornato su Hudson Street. Sulla strada ho incontrato un amico francese, Patrick, e gli ho chiesto se non avesse visto un ragazzo con il cappello da cow-boy.
– Sì, piuttosto presto nel pomeriggio.
– Un tipo molto bello ?
– Sì, niente male, sì.
– No, questo qui non è niente male, è una meraviglia della natura.
– Non ho guardato bene...
– L’avresti guardato, l’avresti notato... Bene, suppongo che sia rientrato a casa sua, merda !
E me ne sono tornato a casa.

(Mai più incontrato).

Traduction : Dario Bellezza et Mario Sigfrido Metalli

Images : Site Flickr (1) et (2)

La très belle préface de Roland Barthes à Tricks

Une lecture italienne de Tricks : ici, et la traduction française de l'article : là.

Sur les mêmes thèmes : Digression pasolinienne.

mardi 13 avril 2010

Léopardi et la modernité


Le recueil des Pensées de Léopardi contient 111 textes de longueur variable (certains sont proches de l'aphorisme, d'autres beaucoup plus développés). Ils ont été écrits dans la dernière partie de la vie de l'auteur, sans doute entre 1831 et 1835 (Léopardi meurt en 1837), et publiés de façon posthume en 1845. Le titre envisagé par Léopardi était d'abord celui-ci : Pensées sur les caractères des hommes et leur conduite dans la société. Je me suis amusé ici à rajouter des surtitres pour mettre en résonance quelques unes de ces Pensées avec quelques aspects de notre modernité...

Sur le livre électronique :


On peut mesurer la sagesse économique de ce siècle à la vogue des éditions dites compactes, où l'on épargne beaucoup le papier, mais fort peu la vue. Malgré cet effort pour économiser le papier dans les livres, on voit bien que la mode actuelle est d'imprimer beaucoup et de ne rien lire. C'est à cette mode également que nous devons l'abandon des caractères ronds, en usage autrefois partout en Europe, au profit des caractères longs. Si l'on y ajoute l'éclat du papier, voilà des ouvrages aussi agréables à regarder que nuisibles aux yeux du lecteur ; ce qui convient parfaitement à une époque où les livres sont faits pour être vus, non pour être lus.

Sur la crise de l'Education nationale :

Nous savons bien que ceux que nous chargeons d'éduquer nos enfants n'ont, pour la plupart, pas reçu d'éducation eux-mêmes. Et nous n'ignorons pas qu'ils ne peuvent transmettre ce qu'ils n'ont jamais appris et qui ne peut s'acquérir d'une autre manière.

Sur la réforme des retraites :


L'homme est condamné soit à consumer sans but sa jeunesse, alors que c'est pour lui la seule période qu'il peut consacrer à assurer son entretien futur ; soit au contraire à la perdre, afin d'offrir des jouissances à cette partie de la vie où il ne sera plus capable de jouir.


Sur les entreprises de charité médiatique :


Ce qui nous pousse à nous rendre utiles et à œuvrer pour de bonnes causes, réside avant tout dans l'estime que nous nous prodiguons.


Sur les blogs, les blogueurs, le Salon du Livre, le Printemps des poètes, la Fête de la Musique, etc... :


Si j'avais le génie de Cervantès, qui a purgé l'Espagne de la vogue des chevaliers errants, je ferais un livre pour purger l'Italie et aussi le monde civilisé d'un vice qui, compte tenu de la douceur de nos mœurs, et peut-être aussi dans l'absolu, n'en est pas moins cruel et barbare que les restes de brutalité médiévale fustigés par Cervantès. Je parle de ce vice qui consiste à lire et à réciter aux autres ses propres productions littéraires : c'est un mal qui sévit depuis la plus haute antiquité, mais qui resta longtemps supportable en raison de sa rareté ; mais maintenant que tout le monde se mêle de créer et qu'il n'est rien de plus difficile que de trouver quelqu'un qui ne soit point auteur, c'est devenu un fléau, une calamité publique, un tourment supplémentaire infligé à l'humanité. Je ne plaisante pas quand j'affirme que cette manie rend suspectes les relations et dangereuses les amitiés ; en vérité personne ne se trouve plus en sûreté nulle part et chacun risque à tout moment de subir le supplice d'interminables proses et de milliers de vers, sans même que le prétexte longtemps allégué pour justifier ces séances, à savoir l'avis de l'auditeur, ne soit invoqué aujourd'hui ; en effet tout se passe manifestement dans le seul but de donner à l'auteur le plaisir d'être écouté et de se voir décerner à la fin les compliments obligés. Je crois vraiment qu'il est peu d'occasions où apparaisse davantage la puérilité foncière de l'homme et où l'amour de soi puisse conduire à un tel degré d'aveuglement et de sottise.

Giacomo Léopardi Pensées (Traduction : Joël Gayraud, éditions Allia)

Pensieri de Léopardi : texte italien intégral.

lundi 12 avril 2010

Notturno

À Rome, la nuit...



Extrait de Fellini Roma

Source : Site YouTube

Fibonacci


Osservo il panorama della fronte
nella sua piena nudità,
nel numero, lo stesso, che produce
la crescita dei rami,
la facciata leggera di una chiesa,
le spire della chiocciola,
le foglie.

Valerio Magrelli Poesie (1980-1992) Einaudi

Image : (Site Flickr) Turin, "Mole Antonelliana", avec la suite de Fibonacci

samedi 10 avril 2010

Giungla d'asfalto


Vagano nella notte
vasti gli autobus,
anime in pena,
scrigni di luce pallida,
tremanti, vuoti, utili
soltanto a chi è lontano,
avanti e indietro
sempre legati ad una linea
di dolore,
e lasciano salire ad ogni sosta
un sospiro
che sembra una preghiera.

Valerio Magrelli, Poesie (1980-1992), Disamori, Einaudi

Jungle d'asphalte

Les grands autobus
errent dans la nuit,
comme des âmes en peine,
écrins de pâle lumière,
tremblants, vides, utiles
seulement à qui est loin,
ils vont et viennent
sans cesse reliés à une ligne
de chagrin,
et à chaque arrêt ils laissent monter
un soupir
semblable à une prière.

(Traduction personnelle)

Image : Site Flickr

Il bertuccione del Rosso (Le singe du Rosso)


Il y a un mystère dans la Déposition que Rosso Fiorentino a peinte en 1528 pour l’église San Lorenzo de Borgo San Sepolcro : c’est la présence curieuse d’un singe, juste derrière la Madone. Pour certains commentateurs, il est l’expression symbolique du démon et de la sottise humaine ; mais on peut sans doute y retrouver aussi l’image plus familière de ce singe («il bertuccione del Rosso») dont Vasari nous dit qu’il avait un esprit «plus proche de l’homme que de l’animal», et que Rosso l’aimait «comme un autre lui-même». Voici le passage des Vies (d’une vivacité et d’une verve presque rabelaisiennes) où Vasari nous conte les exploits et les mésaventures de ce singe :

"Stava il Rosso, quando questa opera faceva, nel Borgo de' Tintori, che risponde con le stanze negli orti de' frati di S. Croce, e si pigliava piacere d'un bertuccione, il quale aveva spirto più d'uomo che d'animale ; per la qual cosa carissimo se lo teneva e come se medesimo l'amava, e perciò ch'egli aveva un intelletto maraviglioso, gli faceva fare di molti servigi. Avvenne che questo animale s'innamorò d'un suo garzone, chiamato Batistino, il quale era di bellissimo aspetto, et indovinava tutto quel che dir voleva, ai cenni, che 'l suo Batistin gli faceva. Per il che, essendo da la banda delle stanze di dietro, che nell'orto de' frati rispondevano, una pergola del guardiano piena di uve grossissime S. Colombane, quei giovani mandavano giù il bertuccione per quella che dalla finestra era lontana, e con la fune su tiravano l'animale con le mani piene d'uve. Il guardiano, trovando scaricarsi la pergola e non sapendo da chi, dubitando de' topi, mise l'aguato a essa, e visto che il bertuccione del Rosso giù scendeva, tutto s'accese d'ira, e presa una pertica per bastonarlo, si recò verso lui a due mani. Il bertuccione, visto che se saliva ne toccherebbe, e se stava fermo il medesimo, cominciò salticchiando a ruinargli la pergola, e fatto animo di volersi gettare addosso al frate, con ambedue le mani prese l'ultime traverse che cingevano la pergola ; in tanto menando il frate la pertica, il bertuccione scosse la pergola per la paura, di sorte e con tal forza, che fece uscire delle buche le pertiche e le canne : onde la pergola et il bertuccione ruinarono addosso al frate, il quale gridando misericordia, fu da Batistino e da gl'altri tirata la fune, et il bertuccion salvo rimesso in camera, perché discostatosi il guardiano et a un suo terrazzo fattosi, disse cose fuor della messa ; e con còlora e mal animo e n'andò all'ufficio degli Otto, magistrato in Fiorenza molto temuto.

Quivi posta la sua querela e mandato per il Rosso, fu per motteggio condannato il bertuccione a dovere un contrapeso tener al culo, acciò che non potesse saltare come prima faceva su per le pergole.

Così il Rosso fatto un rullo che girava con un ferro, quello gli teneva, acciò che per casa potesse andare, ma non saltare per l'altrui come prima faceva. Per che, vistosi a tal supplizio condennato, il bertuccione parve che s'indovinasse il frate essere stato di ciò cagione, onde ogni dì s'essercitava saltando di passo in passo con le gambe e tenendo con le mani il contrapeso, e così posandosi spesso al suo disegno pervenne.

Perché, sendo un dì sciolto per casa, saltò a poco a poco di tetto in tetto, su l'ora che il guardiano era a cantare il vespro, e pervenne sopra il tetto della camera sua. E quivi lasciato andare il contrapeso, vi fece per mezza ora un sì amorevole ballo, che né tegolo né coppo vi restò che non rompesse. E tornatosi in casa, si sentì fra tre dì per una pioggia le querele del guardiano."

Giorgio Vasari Vite de' più eccelenti architetti, pittori, et scultori italiani (Firenze, 1550)



"À cette époque, Rosso, qui habitait dans le quartier des Teinturiers dont les maisons donnent sur les jardins du couvent de Santa Croce, se plaisait à la compagnie d’un singe doué d’un esprit plus proche de l’homme que de l’animal ; aussi le choyait-il tendrement et l’aimait-il comme un autre lui-même ; comme il avait une intelligence merveilleuse, il lui avait appris à rendre de petits services. Il arriva que cet animal s’éprit d’un de ses apprentis nommés Battistino, un très joli garçon : le singe devinait toutes ses intentions aux signes qu’il lui faisait. Or il y avait par-derrière, du côté des chambres donnant sur le jardin des moines, une tonnelle chargée de gros raisins de Saint-Colomban, appartenant au frère portier. Les jeunes apprentis envoyaient le singe en bas jusqu’à la treille qui était assez loin de leur fenêtre et remontaient l’animal, les mains pleines de grappes, à l’aide d’une corde. Le portier voyait sa vigne se dégarnir et ne savait pas qui en était le responsable ; croyant que c’étaient des rats, il fit le guet. Quand il vit descendre le singe de Rosso, la colère s’empara de lui, il empoigna une perche pour lui donner une correction et se jeta sur lui à bras raccourcis. Le singe voyant que, s’il remontait, les coups allaient pleuvoir et que, s’il restait sur place, c’était pareil, commença à sautiller partout et à défoncer la tonnelle ; ayant pris le courage de se jeter sur le moine, des deux mains il saisit les dernières traverses qui maintenaient la tonnelle. Pendant ce temps, le moine bataillait avec sa perche ; le singe pris de panique donna une secousse si forte qu’il fit sortir de leur trou les cannes et les perches : tout s’écroula, singe et tonnelle, sur le dos du moine qui se mit à crier au secours. Battistino et les autres tirèrent la corde et le singe sain et sauf retrouva la chambre ; le portier, une fois dépêtré et monté sur sa terrasse, se mit à les invectiver de tous les noms. Furieux et plein de rage, il se rendit auprès du tribunal des Huit, juridiction fort redoutée à Florence, où il déposa plainte.

Rosso fut convoqué et le singe, par plaisanterie, fut condamné à porter un poids afin de ne plus pouvoir sauter sur les tonnelles comme avant. Rosso lui construisit alors un rouleau avec une chaîne pour qu’il pût se déplacer dans la maison sans toutefois pouvoir sauter chez les autres.

Se voyant condamné à ce supplice, le singe sembla deviner que le moine en était responsable ; tous les jours, il s’entraînait à sautiller en tenant son poids dans les mains et ainsi, par petites étapes, en le déposant souvent, il parvint à ses fins.

Un jour où il était resté seul à la maison, il sauta avec précaution de toit en toit à l’heure où le portier chantait les vêpres et arriva jusqu’à celui de sa chambre. Là il lâcha le poids et se livra pendant une demi-heure à un tel ballet amoureux qu’il ne resta rien d’intact, ni tuile, ni contre-joint. Il rentra chez lui, et les plaintes du portier plurent pendant trois jours."

Giorgio Vasari Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (édition française d'André Chastel)

La très belle édition française intégrale des Vies (sous la direction d'André Chastel) a été rééditée en deux volumes aux éditions Actes Sud dans la collection Thesaurus.

Images : Rosso Fiorentino, Déposition (1528) Église San Lorenzo, Sansepolcro.

jeudi 8 avril 2010

Fenesta ca lucive


Fenesta ca lucive e mò nun luci...
sign'è ca nénna mia stace ammalata...
S'affaccia la surella e me lo dice :
Nennélla toja è morta e s'è atterrata...

Chiagneva sempre ca durmeva sola,
mò dorme co' li muorte accompagnata...

Va' dint'a chiesa, e scuopre lu tavuto :
vide nennélla toja comm'è tornata...
Da chella vocca ca n'asceano sciure,
mò n'esceno li vierme... Oh! che piatate!

Zi' parrocchiano mio, ábbece cura :
na lampa sempre tienece allummata...

(Fenêtre éclairée et maintenant éteinte...
sans doute ma belle amie est-elle souffrante...
Sa sœur apparaît alors et me dit :
Ton adorée est morte et enterrée...

Elle se plaignait toujours de dormir seule,
maintenant, les morts veillent sur son sommeil.

Va à l'église et ouvre son cercueil :
regarde à quoi ressemble maintenant ta belle adorée...
De cette bouche d'où naissaient des fleurs,
sortent maintenant des vers... Oh ! quelle pitié !

Alors, mon cher, il faut bien en prendre soin,
et laisser toujours près d'elle une lampe allumée !)


(Chanson napolitaine traditionnelle)









Image : Cimetière monumental de Gênes, Site Flickr

dimanche 4 avril 2010

Nella sera della domenica di Pasqua



Solo e pensoso dalla spiaggia i lenti

passi rivolgo alla casa lontana.
È la sera di Pasqua. Una campana
piange dal borgo sui passati eventi.

L'aure son miti, son tranquilli i venti
crepuscolari ; una dolcezza arcana
piove dal ciel sulla progenie umana,
le passioni sue fa meno ardenti.

Obliando, io penso alle legende
di Fausto, che a quest'ora era inseguito
dall'avversario in forma di barbone.

E mi par di vederlo, sbigottito
fra i campi, dove ombrosa umida scende
la notte, e lungi muore una canzone.

Umberto Saba, Canzoniere, Poesie dell'adolescenza e giovanili


Le soir du dimanche de Pâques


Seul et pensif, je reviens de la plage
à pas lents vers la maison lointaine.
C'est le soir de Pâques. Une cloche
pleure depuis le bourg sur ce qui s'est passé.

Les brises sont légères, tranquilles les vents
du crépuscule ; une mystérieuse douceur
tombe du ciel sur les humains,
dont les passions se font moins ardentes.

Méditant, je pense aux légendes
de Faust, qui à cette heure était poursuivi
par l'adversaire changé en chien.

Et il me semble le voir, stupéfait,
aller par les champs, où la nuit ombreuse et humide
descend, et au loin meurt une chanson.

Umberto Saba Canzoniere Poèmes d'adolescence et de jeunesse

(Traduction personnelle)

Image : Site Flickr

samedi 3 avril 2010

Alto mare di tristezza (Pleine mer de chagrin)




"Urt, sept heures, sur la promenade, en face de la boulangerie. Je suis allé sur la tombe de Roland. J'y ai déposé des roses roses que j'avais achetées à Orthez. Je ne crois pas, hélas, lui faire plaisir maintenant par ce geste, mais peut-être une ou deux fois, sait-on, vivant, a-t-il aimé l'idée qu'un lecteur, un étudiant, un ami, viendrait sur sa tombe, y porterait des fleurs. Je ne sais même pas quelles fleurs il aimait.
La tombe porte le nom de sa mère, Henriette Barthes, née Binger. Aucune autre inscription. (...) Du cimetière, par-dessus le mur, on aperçoit au midi quelques arbres dans les champs et une rangée de peupliers."

Renaud Camus Journal d'un voyage en France, P.O.L 1981


Le
Journal de deuil de Roland Barthes paraît ces jours-ci en Italie, sous le titre Dove lei non è (Là où elle n’est pas – on peut regretter au passage que l’on n’ait pas repris le titre français, plus sobre et plus exact). Je donne ici ma traduction de l’article écrit à cette occasion par Mario Fortunato (Il dolore di Barthes), et paru dans le numéro de L’Espresso daté du 31 mars 2010 :

"Dans les années de notre jeunesse, nous lisions ses Fragments d’un discours amoureux comme une Bible. Avec lui, nous découvrions la photographie (grâce à sa Chambre claire) et les simulacres trompeurs de la modernité (Mythologies). Barthes a été le dernier des maîtres à penser (en français dans le texte), philosophe et romancier presque malgré lui. Aujourd’hui, son éditeur italien Einaudi publie un texte qu’il a pensé et chéri, avant de disparaître brutalement en 1980, mais qu’il n’a pour ainsi dire jamais écrit : Dove lei non è (Là où elle n’est pas), édition établie par Nathalie Léger, admirable traduction de Valerio Magrelli.
En quel sens peut-on dire que Barthes n’a jamais écrit le livre que nous tenons entre nos mains ? Le 25 octobre 1977, la mère de Roland Barthes meurt. C’est une terrible épreuve, puisqu’elle représenta sans doute pour lui l’amour unique. Barthes commence à tenir un journal de son deuil, et cela pendant deux années : fatalité (ou peut-être pas), elles furent les dernières de sa vie. C’est aussi à ce moment-là qu’il écrit le texte sur la photographie, qui trouve en quelque sorte son origine dans ce deuil amoureux (quel est l’amoureux qui ne s’interroge pas sur l’impossible coïncidence entre le visage de l’aimé et son double photographique ?). Mais il n’a pas donné la forme d’un livre à ces ultimes fragments, parfois illuminés par l’éclair de la pure intelligence, parfois déchirants dans leur aspect pathétique et répétitif. Ils sont restés dans ses dossiers, peut-être considérés comme un matériau à remanier où à conserver simplement pour soi. Mais le livre est maintenant entre nos mains et, même avec une certaine impudeur, nous ne pouvons pas ne pas être reconnaissants de l’occasion qui nous est offerte de retrouver une fois encore le grain de la voix de ce maître adoré."




Quelques extraits :

4 novembre

Ce jour, vers 17 heures, tout est à peu près classé ; la solitude définitive est là, mate, n’ayant désormais d’autre terme que ma propre mort.

Boule dans la gorge. Mon désarroi s’active à faire une tasse de thé, un bout de lettre, à ranger un objet – comme si, chose horrible, je jouissais de l’appartement rangé, «à moi», mais cette jouissance colle à mon désespoir.

Tout ceci définit la déprise de tout travail.


4 novembre

Quest'oggi, verso le 17, tutto è più o meno classificato ; la solitudine definitiva è presente, opaco, senza ormai nessun altro termine che la mia propria morte.

Nodo in gola. Il mio sgomento si attiva preparando una tazza di té, abbozzando una lettera, sistemando un oggetto - come se, cosa orribile, godessi dell'appartamento sistemato, «tutto per me» ; ma questo godimento aderisce alla mia disperazione.

Tutto questo definisce il distacco da qualsiasi lavoro.


5 novembre

Après-midi triste. Brève course. Chez le pâtissier (futilité) j'achète un financier. Servant une cliente, la petite serveuse dit Voilà. C'était le mot que je disais en apportant quelque chose à maman quand je la soignais. Une fois, vers la fin, à demi inconsciente, elle répéta Voilà (Je suis là, mot que nous nous sommes dit l'un à l'autre toute la vie).

Ce mot de la serveuse me fait venir les larmes aux yeux. je pleure longtemps (rentré dans l'appartement insonore).

Ainsi puis-je cerner mon deuil.

Il n'est pas directement dans la solitude, l'empirique, etc. ; j'ai là une sorte d'aise, de maîtrise qui doit faire croire aux gens que j'ai moins de peine qu'ils n'auraient pensé. Il est là où se redéchire la relation d'amour, le «nous nous aimions». Point le plus brûlant au point le plus abstrait...


5 novembre

Pomeriggio triste. Breve giro di spese. In salsamenteria (futilità) compro una finanziera. Mentre serve una cliente, la piccola commessa dice : «Ecco qua!». Erano le parole che dicevo quando portavo qualcosa a mamma, mentre la curavo. Una volta, verso la fine, in uno stato di semi-incoscienza, lei mi fece eco ripetendo: «Ecco!» («Sono qui!», parole che ci siamo detti fra noi tutta la vita).

Queste parole della commessa mi fanno venire le lacrime agli occhi. Piango a lungo (tornato nell'appartamento insonorizzato).

Così posso circoscrivere il mio lutto.

Non lo si trova direttamente nella solitudine, nell'empirico, ecc.; c'è in tutto ciò una specie di agio, di padronanza che deve fare credere alla gente che io soffra meno di quanto non avrebbe pensato. Esso è piuttosto là dove torna a lacerarsi la relazione d'amore, il «noi ci amammo». Il punto più bruciante nel punto più astratto...





Paris 31 juillet 1978


J’habite mon chagrin et cela me rend heureux.

Tout m’est insupportable qui m’empêche d’habiter mon chagrin.


Parigi 31 luglio 1978

Abito la mia tristezza, e ciò mi rende felice.

Tutto ciò che mi impedisce di abitare la mia tristezza, mi è insopportabile.


Ma Morale

– Le courage de la discrétion

– Il est courageux de ne pas être courageux


La mia Morale

– Il coraggio della discrezione

– È coraggioso, non essere coraggiosi


4 novembre 1978

Ces notes de deuil se raréfient. Ensablement. Quoi, devenir inexorable, oubli ? («maladie» qui passe ?) Et pourtant...

Pleine mer de chagrin – quitté les rivages, rien en vue. L’écriture n’est plus possible.


4 novembre 1978

Queste note di lutto si rarefanno. Insabbiamento. Come ! inesorabile divenire, oblio ? («malattia» che passa ?) Eppure...

Alto mare di tristezza – lasciate le rive, nulla in vista. La scrittura non è più possibile.




Journal de deuil est paru aux éditions du Seuil en 2009.

La traduction italienne de Valerio Magrelli est parue aux éditions Einaudi.

Un compte rendu (en italien) sur le site de Federico Novaro.

Présentation sur le site de l'éditeur.

Frammenti di una solitudine,un article de Valerio Magrelli paru dans La Repubblica du 21 février 2010.

Images : Federico Novaro (Site Flickr)