
Chamalières, hôtel Radio, onze heures vingt, le soir. J'ai voyagé par un soir de pleine lune et au son d'un Hollandais volant de Covent Garden, qui m'a paru assez approprié. Ma mère me demandait souvent de lui chanter du Wagner, et en particulier les airs que lui avait chantés son père (en français). Le grand favori était bien sûr :
Alors, venons-en à notre sujet. Quand et comment avez-vous découvert la musique ?
— J’ai découvert la musique enfant, par l’effet d’une chance sociologique et familiale, qui toutefois n’était qu’une demi-chance. Je m’explique. Ma famille avait une très grande considération, presque une vénération, pour la culture, pour les arts, les artistes, la littérature et bien sûr les musiciens et la musique. J’étais donc tout "naturellement", si l’on peut dire, orienté de ce côté-là. En revanche, il ne s’agissait pas forcément d’un intérêt très éclairé. S’agissant de la musique, par exemple, dans ma famille proche en tout cas, personne ne jouait d’un instrument. La pratique musicale la plus courante, c’était le chantonnement. Encore ne chantonnait-on pas ce qu’on avait soi-même entendu au concert ou à l’opéra, le plus souvent, mais ce qu’avaient chantonné les générations précédentes, mon grand-père maternel, en particulier, qui avait été étudiant en médecine à Lyon, à la fin du XIXe siècle, et qui, à ce titre, passait pour un wagnérien de la première heure, parce qu’il avait assisté à la première française de Lohengrin, ou des Maîtres chanteurs, je ne sais plus. J’ai été pratiquement bercé par un Wagner assez éloigné des sources, et interprété en français, s’il vous plaît, et bien sûr a capella ! «Aux bords lointains, po-popom po-popom / Dont nul mortel n’appro-hoche...». Et surtout, grand morceau de bravoure héréditaire : « Plus d’hiver déjà le printemps commen-ceuh / Semant au ciel l’or et le saphir / Le jeune avril vers nous s’avan-ceuh / Bercé sur l’aile du zéphyr !» Je ne suis pas sûr qu’avec le temps La Walkyrie n’avait pas fini par glisser un peu vers Samson et Dalila, dans les esprits et les gosiers : «Printemps qui commen-ceuh / Versant l'espéran-ceuh / Aux coeurs amoureux...»
(Entretien de Renaud Camus avec Bertrand Dermoncourt, pour le magazine Classica)
Wagner Lohengrin "Aux bords lointains..." (René Maison)
L'entretien de Classica dans son intégralité est ici.
Une autre interprétation en français de l'air de Siegmund par René Verdière
... et le même air par le ténor bastiais César Vezzani
Plus d'hiver, déjà le printemps commence,
Semant au ciel l'or et le saphir...
Renaud Camus Kråkmo, Journal 2009 éditions Fayard, 201o
Semant au ciel l'or et le saphir...
Renaud Camus Kråkmo, Journal 2009 éditions Fayard, 201o
Alors, venons-en à notre sujet. Quand et comment avez-vous découvert la musique ?
— J’ai découvert la musique enfant, par l’effet d’une chance sociologique et familiale, qui toutefois n’était qu’une demi-chance. Je m’explique. Ma famille avait une très grande considération, presque une vénération, pour la culture, pour les arts, les artistes, la littérature et bien sûr les musiciens et la musique. J’étais donc tout "naturellement", si l’on peut dire, orienté de ce côté-là. En revanche, il ne s’agissait pas forcément d’un intérêt très éclairé. S’agissant de la musique, par exemple, dans ma famille proche en tout cas, personne ne jouait d’un instrument. La pratique musicale la plus courante, c’était le chantonnement. Encore ne chantonnait-on pas ce qu’on avait soi-même entendu au concert ou à l’opéra, le plus souvent, mais ce qu’avaient chantonné les générations précédentes, mon grand-père maternel, en particulier, qui avait été étudiant en médecine à Lyon, à la fin du XIXe siècle, et qui, à ce titre, passait pour un wagnérien de la première heure, parce qu’il avait assisté à la première française de Lohengrin, ou des Maîtres chanteurs, je ne sais plus. J’ai été pratiquement bercé par un Wagner assez éloigné des sources, et interprété en français, s’il vous plaît, et bien sûr a capella ! «Aux bords lointains, po-popom po-popom / Dont nul mortel n’appro-hoche...». Et surtout, grand morceau de bravoure héréditaire : « Plus d’hiver déjà le printemps commen-ceuh / Semant au ciel l’or et le saphir / Le jeune avril vers nous s’avan-ceuh / Bercé sur l’aile du zéphyr !» Je ne suis pas sûr qu’avec le temps La Walkyrie n’avait pas fini par glisser un peu vers Samson et Dalila, dans les esprits et les gosiers : «Printemps qui commen-ceuh / Versant l'espéran-ceuh / Aux coeurs amoureux...»
(Entretien de Renaud Camus avec Bertrand Dermoncourt, pour le magazine Classica)
Wagner Lohengrin "Aux bords lointains..." (René Maison)
L'entretien de Classica dans son intégralité est ici.
Une autre interprétation en français de l'air de Siegmund par René Verdière
... et le même air par le ténor bastiais César Vezzani
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