jeudi 30 avril 2009

Santi


Les saints italiens sont simples : on dirait des artisans et des paysans. Ils sont vêtus comme les pauvres gens, toujours décemment habillés chez nous. Comme les artisans, les paysans et les petites gens, ils sont ingénieux, ont les mains agiles ; ils sont maigres, lestes, déliés aussi bien d'esprit que de gestes, ne perdent jamais de temps comme, à force de chair épaisse et d'engourdissement, font les saints allemands. Un maçon tombe-t-il d'un échafaudage ? Vite, ils tendent la main et le rattrapent avant qu'il ne touche terre. Une rivière débordée menace-t-elle le village ? Vite, ils l'arrêtent ou prennent dans leur robe tout le village et volent le mettre en lieu sec. Trouvent-ils sur leur chemin un paralytique ? Ils le touchent d'un petit geste de rien du tout et le font marcher, comme on fait de ces jouets d'enfant où le mécanisme s'est arrêté. Un aveugle tourne-t-il la face vers eux ? De doigts légers comme ailes de papillons, ils effleurent ses paupières et lui redonnent la vue.

(...)

O aisance, légèreté et modestie des saints italiens, finesse de leur esprit, grâce simple et heureuse de leur âme, agilité de leurs mains, facilité honnête de leurs paroles, comme il faut nous en louer ! Comme il faut nous en faire gloire ! Pour ce qui est de leurs miracles, simples et honnêtes, ils les font comme la ménagère fait ses paupiettes, avec un peu de mie de pain, une branche de persil, une feuille d'herbes fines – que nous appelons « odeurs » – un brin d'oignon hâché et un soupçon d'ail, en roulant le tout dans la paume de ses mains pour lui donner forme et consistance ; et ce sont des miracles pour le bien de tous et non pas seulement celui des seigneurs. Leur parler est simple et clair, tout le monde peut le comprendre, même ceux qui ne savent pas le latin. Combien leur pauvreté est avenante et leur prodigalité grande et merveilleuse, étant, comme ils sont, les plus pauvres et les plus prodigues des Italiens – lesquels sont d'autant plus prodigues qu'ils sont plus pauvres : et donnent non seulement tout ce qu'ils ont, mais ce qu'ils n'ont pas, qui est beaucoup plus que ce qu'ils ont, et jamais ne jugent, jamais ne condamnent, jamais n'envoient personne en enfer, aiment et respectent le pêcheur plus que le vertueux, se couchent à côté des malades, des pestiférés, des lépreux et baisent leurs plaies !

(...)

Là où ces saints passent, la fièvre descend, les malades retrouvent la parole, la sueur ne perle plus sur leur peau. Sans ces saints, le peuple aurait davantage à souffrir ; il y a tant de misère dans le monde ! Non qu'ils aient le remède contre la misère, fièvre maligne qui ne passe jamais. Mais ils ont une façon à eux de parler de la faim, des abus des seigneurs, de l'égoïsme des riches, de la méchanceté des sbires à la solde des seigneurs ; une façon si tranquille de compatir aux malheurs du peuple, et en même temps des yeux si pleins de feu que, à les écouter, le pauvre monde sent l'espoir renaître dans son cœur et, peut-être encore mieux que l'espoir, la certitude d'un temps meilleur. Et une chaude odeur de pain se répand dans l'air.

Curzio Malaparte Ces chers Italiens, Stock, 1962.

Traduction : Mathilde Pomès.

La nuit de Capri



J'ouvre ma fenêtre et c'est la nuit de Capri sur la mer. Je la ferme et c'est la nuit de Capri dans ma maison solitaire, à pic sur la mer, la nuit italienne sur les livres et tableaux de ma bibliothèque : La plage normande de Dufy, trois des Paysages parisiens de Delaunay, La Jeune Femme au concert de Kokoschka, Le Déjeuner sur l'herbe de Pascin, Le Crucifiement de Chagall ; la nuit grecque de Capri sur le bouquet de fleurs de Giorgio Morandi, sur La Plage de Versilia de De Pisis, sur le carrelage de faïence blanche à la lyre couronnée de laurier, dessiné par Goethe en marge du manuscrit de son voyage en Italie.
J'ouvre la fenêtre et bientôt ce sera l'aube. Le ciel est clair sur les sommets du Cilento blancs de neige, sur les colonnes des temples de Paestum, là, en face : sur le promontoire d'Agropoli et le cap Palinure. D'ici peu le soleil brisera la coque de l'horizon et sur la mer, les montagnes, le rivage de ce désert d'eau, de rochers, de pins, de myrtes, de cyprès, naîtra la voix de l'homme.
Je sors : c'est déjà l'aube. Je prends le sentier de Matromania et, sur la prairie d'asphodèles, je m'arrête pour cueillir un rameau d'yeuse. Ce rameau est l'image de l'Italie ; ces feuilles vertes, découpées comme un rivage de mer, ces feuilles sont l'Italie. Laquelle est chose de la nature, un produit de la nature, et les hommes qui y naissent sont, eux aussi, chose de la nature ; ils sont les fruits de ce rameau, de beaux animaux. Dans la clarté argentée de l'aube, je les entends s'appeler de rocher à rocher, d'olivier à olivier, de barque à barque. Ils ont des voix douces, lentes, lointaines. Ce ne sont pas des voix d'hommes, ce sont des voix de la nature, comme la voix de la mer, du vent, des feuillages ; des oiseaux marins ; comme les voix des bêtes qui s'entr'appellent de la terre et de la mer.

Curzio Malaparte Ces chers Italiens, Stock, 1962.

Traduction : Mathilde Pomès.

La meilleure biographie de Malaparte : L'Arcitaliano, de Giordano Bruno Guerri, ed. Bompiani. (Traduction française : Malaparte, Denoël, 1980 (épuisée)).

Source de l'image : Site Flickr

mardi 28 avril 2009

Torinorama


PRANZO IN DROGHERIA ? Ho scritto semplicemente così stamattina nell'sms che alla fine ho deciso di mandare a Serenella. Lei, dopo tipo un'ora, mi ha risposto OK. Poi, giusto per tenermi un po' in allenamento, mi sono trascinato la tavola da surf da casa fino in piazza Vittorio, i passanti che come al solito si voltavano a guardarmi. E sono inciampato in una deficiente con un cane, cadendo all'altezza di via Accademia Albertina. Evvai. Cosi ora sto aspettando Serenella nei pressi del dehors del locale con gli Evisu limited edition strappati all'altezza del ginocchio destro sanguinante, la giacca vintage Gucci lacerata e sporca come la T-shirt Stussy e un livido grosso così all'altezza delle costole. Che comunque il tutto fa molto figo. Come sempre qui in Drogheria, i tavolini pullulano di cabinotti vestiti Carhartt dalla testa ai piedi. Poco più in là, un pensionato sta rovistando in un cestino della spazzatura. Su una delle colonne del porticato che percorre piazza Vittorio, qualcuno ha scritto POVERINI. E qualcun altro ci ha pisciato contro. Dato che Serenella è in ritardo, provo a chiamare Zombi per raccontargli che cosa ho scoperto a proposito della nuova serata Boombastic leggendo i commenti di torinoforum. Ma lui non risponde. Starà dormendo. Faccio per scrivergli un sms quando sotto i portici avvisto Serenella. Lascio perdere e spengo il cellulare.

Giuseppe Culicchia Brucia la città, Mondadori, 2009.


Source de l'image : Site Flickr.

Muri e duri : articles et textes de (et sur) Giuseppe Culicchia.

Interview video : Giuseppe Culicchia parle de Turin, des "jeunes" écrivains et de la difficulté de définir l'identité nationale italienne.

dimanche 26 avril 2009

Castel del Monte


Improvvisa gioia d'una sosta
del viaggio senza chiedere più
di proseguire.
Tutta la via
percorsa è fra gli otto angoli
d'un castello,
sciolta in musica del vento
la tirannia degli occhi.

Il vento che a notte fischierà
da queste finestre
anche me porterà,
se ha memoria il mare delle vite
vissute negli abissi
anche il vento mi terrà.

Arabo greco tedesco latino
e questa lingua che amo e mi ama
le mura ascoltarono da una bocca sola
fermare altre giornate :
il vento impediva anche all'Imperatore
di comandare il silenzio.

Roberto Pazzi

Le poème est extrait du recueil Lingua, la jeune poésie italienne, publié en 1995 aux éditions Le Temps qu'il fait.

Source de l'image : Site Flickr.

samedi 25 avril 2009

Le stagioni del fuoco


La fiamma assomiglia all'anima
dell'uomo : assomiglia alla rosa
più alta del roseto
al papavero che sovrasta
l'erba rasa di un campo
al minareto nel mattino
azzurro tra le foglie di palma.

La fiamma ritorna alla sua
dimora, all'alto del cielo, ai
soli.
Quella dell'incendio, della vampa
che consuma e corrode
palazzi, torri, fortezze
di guerrieri e di dei
e quella della candela
tremula che di notte
resta sul davanzale
e attende il volo
delle falene.

In alto, più leggera
dell'acqua e del gelo
con lo stesso potere
che sbianca, che fa vanire
il fiore sullo stelo
in alto, lieve
come il peduncolo delle
ciliege
come la nube
spinta dal levante
come un ramo azzurro
del palissandro a luglio.

Fiamma frontale, fuga
di fumo : agrumeti
d'inverno sotto i vulcani.

Come cavalli rovani
in corsa sul confine
di lunghe sabbie e di botri
va l'anima, attraversa
il regno del fuoco.

Giuseppe Conte Le stagioni, ed. Rizzoli, 1988.

Image : La Sciarra, de Jean-Paul Marcheschi, Collection du Château de Plieux.

vendredi 24 avril 2009

Su un liso cartellone


Proiezione al « Nuovo » di Roma città aperta

Ma che colpo al cuore quando, su un liso
cartellone... Mi avvicino, guardo il colore
già d'un altro tempo, che ha il caldo viso
ovale dell'eroina, lo squallore
eroico del povero, opaco manifesto.
Subito entro : scosso da un interno clamore,
deciso a tremare nel ricordo,
a consumare la gloria del mio gesto.
Entro nell'arena, all'ultimo spettacolo,
senza vita, con grigie persone,
parenti, amici, sparsi sulle panche,
persi nell'ombra in cerchi distinti
e biancastri, nel fresco ricettacolo...
Subito, alle prime inquadrature,
mi travolge e rapisce... l'intermittence du cœur.
Mi trovo nelle scure vie della memoria,
nelle stanze misteriose
dove l'uomo fisicamente è altro,
e il passato lo bagna col suo pianto...
Eppure, dal lungo uso fatto esperto,
non perdo i fili : ecco... la Casilina,
su cui tristement si aprono
le porte della città di Rossellini...
ecco l'epico paesaggio neorealista,
coi fili del telegrafo, i selciati, i pini,
i muretti scrostati, la mistica
folla perduta nel daffare quotidiano,
le tetre forme della dominazione nazista...
Quasi emblema, ormai, l'urlo della Magnani,
sotto le ciocche disordinatamente assolute,
risuona nelle disperate panoramiche,
e nelle sue occhiate vive e mute
si addensa il senso della tragedia.
E lì che si dissolve e si mutila
il presente, e assorda il canto degli aedi.

Pier Paolo Pasolini La religione del mio tempo ed. Garzanti


Projection au cinema « Nuovo » de Rome ville ouverte


Mais quel coup au cœur, quand, sur une
affiche défraîchie... Je m'approche, je regarde la couleur,
déjà d'un autre temps, du chaud visage ovale de l'héroïne,
la misère héroïque de cette pauvre affiche opaque.
J'entre aussitôt : ébranlé par une clameur intérieure,
décidé à trembler dans le souvenir,
à consumer la gloire de mon geste.
J'entre dans l'arène, à la dernière séance,
sans vie, avec des personnes grises,
parents, amis, éparpillés sur les bancs,
perdus dans l'ombre en cercles distincts
et blêmes, dans le frais réceptacle...
Aussitôt, dès les premiers plans,
m'emporte et me ravit... l'intermittence
du cœur
. Je me retrouve dans les rues sombres
de la mémoire, dans les chambres
mystérieuses où l'homme est physiquement autre,
et où le passé le baigne de ses pleurs...
Et pourtant, rendu expert par la longue habitude,
je ne perds pas les fils, voilà... la Casilina,
sur laquelle tristement s'ouvrent
les portes de la ville de Rossellini...
voilà le paysage épique du néoréalisme,
avec les fils du télégraphe, les pavés, les pins,
les murets décrépis, la foule mystique
perdue dans sa routine quotidienne,
les sinistres formes de la domination nazie...
Presque un emblème, désormais, le cri de la Magnani,
sous ses mèches absolues et désordonnées,
résonne dans les panoramiques désespérés,
et dans ses regards vifs et muets
se fige le sens de la tragédie.
C'est là que le présent se dissout et se mutile
et que s'assourdit le chant des aèdes.


Pagine corsare, vita e opere di Pier Paolo Pasolini.



jeudi 23 avril 2009

Ricordati

Gino Paoli chante Ricordati, dans le film de Bernardo Bertolucci, Prima della Rivoluzione :




Il lato bello


M.S.


Vedere il lato bello, accontentarsi del momento migliore, fidarsi di quest'abbraccio e non chiedere altro perché la sua vita è solo sua e per quanto tu voglia, per quanto ti faccia impazzire non gliela cambierai in tuo favore. Fidarsi del suo abbraccio, della sua pelle contro la tua, questo ti deve essere sufficiente, lo vedrai andare via tante altre volte e poi una volta sarà l'ultima, ma tu dici stasera, adesso, non è già l'ultima volta ? Vedere il lato bello, accontentarsi del momento migliore, fidarsi di quando ti cerca in mezzo alla folla, fidarsi del suo addio, avere più fiducia nel tuo amore che non gli cambierà la vita, ma che non dannerà la tua perché se tu lo ami, e se soffri e se vai fuori di testa questi sono problemi solo tuoi ; fidarsi dei suoi baci, della sua pelle quando sta con la tua pelle, l'amore è niente di più, sei tu che confondi l'amore con la vita.

Pier Vittorio Tondelli Biglietti agli amici, ed. Bompiani.

Centro di documentazione Tondelli.

Cult book : Altri libertini.


mercredi 22 avril 2009

Lumi


Lumi del cimitero, non mi dite
che la sera d'estate non è bella.
E belli sono i bevitori dentro
le lontane osterie.

Muovonsi come fregi
antichi sotto il cielo
nuovo di stelle

Lumi del cimitero, calmi diti
contano lente sere. Non mi dite
che la notte d'estate non è bella.

Sandro Penna Poesie, ed. Garzanti.

Source de l'image : Site Flickr.

Vita da poeta : Sandro Penna

Alcune poesie di Sandro Penna

mardi 21 avril 2009

Notti



La casa era sull'orlo della china di tetti verso il vallone. Salii la scaletta esterna, fui sul pianerottolo. Sapevo che mi sarebbe piaciuto non aver da entrare, non aver da cercare cibo e letto, essere piuttosto in treno, e mi fermai.
Il freddo era intenso, e in basso c'erano lumi, in alto pure, a piccoli gruppi sparsi di quattro o cinque ; e l'aria era azzurra. Nel cielo scintillava il ghiaccio di una grande stella abbandonata.
Era notte, sulla Sicilia e la calma terra : l'offeso mondo era coperto di oscurità, gli uomini avevano lumi accanto chiusi con loro nelle stanze, e i morti, tutti gli uccisi, si erano alzati a sedere nelle tombe, meditavano. Io pensai, e la grande notte fu in me notte su notte. Quei lumi in basso, in alto, e quel freddo nell'oscurità, quel ghiaccio di stella nel cielo, non erano una notte sola, erano infinite ; e io pensai alle notti di mio nonno, le notti di mio padre, e le notti di Noè, le notti dell'uomo, ignudo nel vino e inerme, umiliato, meno uomo d'un fanciullo o d'un morto.

Elio Vittorini Conversazione in Sicilia, ed. Rizzoli.

La maison était au bord de la pente de toits qui allait vers le vallon. Je montai le petit escalier extérieur, parvins au palier. Je savais qu'il m'eût plu de ne pas avoir à entrer, de ne pas avoir à chercher nourriture et lit, d'être plutôt dans le train, et je m'arrêtai.
Le froid était intense et, en bas, il y avait des lumières, en haut aussi, par petits groupes épars de quatre ou cinq ; et l'air était bleu. Dans le ciel scintillait la glace d'une grande étoile abandonnée.
Il faisait nuit, sur la Sicile et sur la calme terre : l'obscurité recouvrait le monde offensé, les hommes avaient des lumières près d'eux, des lumières enfermées avec eux dans leurs chambres, et les morts, tous les tués, s'étaient assis dans leurs tombes, et ils méditaient. Je pensai, et, en moi la grande nuit fut de la nuit sur de la nuit. Ces lumières en bas, en haut, et ce froid dans l'obscurité, cette glace d'étoile dans le ciel, n'étaient pas une seule nuit, c'étaient d'innombrables nuits ; et je pensai aux nuits de mon grand-père, aux nuits de mon père, et aux nuits de Noé, aux nuits de l'homme nu dans le vin et désarmé, humilié, moins homme qu'un enfant ou qu'un mort.

Traduction : Michel Arnaud, ed. Gallimard.

Sicilia ! Straub-Huillet (L'arrotino).

Sicilia ! Straub-Huillet (La madre).


Image : L'Ancêtre, de Jean-Paul Marcheschi. Photo : Renaud Camus (Site Flickr)

lundi 20 avril 2009

Fine stagione (2)


Come spesso accade sull'Adriatico, ai primi di settembre la stagione di colpo mutò. Piovve un giorno soltanto, il 31 agosto. Ma il bel tempo dell'indomani non ingannò nessuno. Il mare era inquieto, d'un verde vegetale ; il cielo d'una trasparenza esagerata, da pietra preziosa. Nel tepore stesso dell'aria si era insinuata una piccola persistente punta di freddo.
Il numero dei villegianti cominciò a diminuire. Sulla spiaggia le tre o quattro file di tende e ombrelloni si ridussero in breve a due, e poi, dopo una nuova giornata di pioggia, a una sola. Di là dai capanni ormai in buona parte smontati, le dune, ricoperte fino a pochi giorni avanti di una sterpaglia stenta e bruciacchiata, apparivano punteggiate da una quantità incredibile di meravigliosi fiori gialli, alti sui gambi come gigli. Per rendersi esatto conto del significato di quella fioritura bastava un po' conoscere la costa romagnola. L'estate era finita : da quel momento non sarebbe stato più che un ricordo.

Giorgio Bassani Il Romanzo di Ferrara, Gli occhiali d'oro. Ed. Mondadori.

Ainsi qu'il arrive souvent sur l'Adriatique, le temps, dès les premiers jours de septembre, changea brusquement. Il ne plut qu'un seul jour, le 31 août. Mais le beau temps du lendemain ne trompa plus personne. La mer, agitée, était verte, d'un vert végétal ; et le ciel, d'une transparence exagérée, de pierre précieuse. Dans la tiédeur même de l'air s'était insinuée une légère et persistante pointe de froid.
Le nombre des estivants commença à diminuer. Sur la plage, les trois ou quatre rangées de tentes et de parasols se réduisirent bientôt à deux et puis, après une nouvelle journée de pluie, à une seule. Au-delà des cabines, désormais en grande partie démontées, les dunes recouvertes, il y a quelques jours encore, d'une maigre broussaille désséchée, étaient à présent semées d'une incroyable quantité de merveilleuses fleurs jaunes, aussi hautes sur tige que des lis. Il suffisait de connaître un peu la côte romagnole pour savoir ce que signifiait cette floraison. L'été était fini : à partir de cet instant, il n'allait plus être qu'un souvenir.

Traduction : Michel Arnaud, ed. Gallimard.

Source de l'image : Site Flickr.

dimanche 19 avril 2009

Glauco


Glauco, un fanciullo dalla chioma bionda,
dal bel vestito di marinaretto,
e dall'occhio sereno, con gioconda
voce mi disse, nel natio dialetto :

Umberto, ma perché senza un diletto
tu consumi la vita, e par nasconda
un dolore o un mistero ogni tuo detto ?
Perché non vieni con me sulla sponda

del mare, che in sue azzurre onde c'invita ?
Qual'è il pensiero che non dici, ascoso,
e che da noi, così a un tratto, t'invola ?

Tu non sai come sia dolce la vita
agli amici che fuggi, e come vola
a me il mio tempo, allegro e immaginoso.

Umberto Saba Canzoniere, Poesie dell'adolescenza e giovanili.


Glauco, un enfant à la blonde chevelure,
au bel habit de petit marin,
et à l'œil limpide, d'une voix
enjouée me dit, dans son dialecte natal :

Umberto, mais pourquoi sans plaisir
consumes-tu ta vie, et sembles-tu cacher
une souffrance ou un mystère dans chacune de tes paroles ?
Pourquoi ne viens-tu pas avec moi sur la rive

de la mer, qui dans ses vagues d'azur nous invite ?
Quelle est cette pensée que tu ne dis pas, secrète,
et qui à nous, d'un seul coup, t'arrache ?

Tu ne sais pas combien douce est la vie
aux amis que tu fuis, ni comment pour moi fuit
le temps, plein de gaieté et d'imagination.

Traduction : René de Ceccatty

samedi 18 avril 2009

Inno alla morte


Amore, mio giovine emblema,
Tornato a dorare la terra,
Diffuso entro il giorno rupestre,
E' l'ultima volta che miro
(Appiè del botro, d'irruenti
Acque sontuoso, d'antri
Funesto) la scia di luce
Che pari alla tortora lamentosa
Sull'erba svagata si turba.

Amore, salute lucente,
Mi pesano gli anni venturi.

Abbandonata la mazza fedele,
Scivolerò nell'acqua buia
Senza rimpianto.

Morte, arido fiume...

Immemore sorella, morte,
L'uguale mi farai del sogno
Baciandomi.

Avrò il tuo passo,
Andrò senza lasciare impronta.

Mi darai il cuore immobile
D'un iddio, sarò innocente,
Non avrò più pensieri né bontà.

Colla mente murata,
Cogli occhi caduti in oblio,
Farò da guida alla felicità.

Giuseppe Ungaretti Sentimento del tempo, 1919-1935.

Hymne à la mort

Amour, mon juvénile emblème,
Revenu dorer la terre,
Epars dans le jour rocheux,
C'est la dernière fois que je regarde
(Au pied du ravin, d'eaux
Brusques somptueux, endeuillé
D'antres) la traînée de lumière
Qui pareille à la plaintive tourterelle
Sur l'herbe distraite se trouble.

Amour, santé lumineuse,
Les années à venir me pèsent.

Lâchée ma canne fidèle,
Je glisserai dans l'eau sombre
Sans regret.

Mort, aride rivière...

Soeur sans mémoire, mort,
D'un seul baiser
Tu me feras l'égal du songe.

J'aurai ton même pas,
J'irai sans laisser de traces.

Tu me feras le cœur immobile

D'un dieu, je serai innocent,
Je n'aurai plus ni pensers, ni bonté.

L'esprit muré,
Les yeux tombés en oubli,
Je servirai de guide au bonheur.

Traduction : Philippe Jaccottet

Source de la video :
Site You Tube.

vendredi 17 avril 2009

Firenze Centro


Firenze è una grande capitale culturale ma, a differenza di altre città, in essa è ancora possibile rintracciare e vivere qualcosa che le altre città, o metropoli, hanno perduto, o forse, nemmeno lontanamente, hanno mai avuto : il centro. Poiché Firenze conserva, fra due piazze, un ponte e qualche via, un centro vitale e fervido in cui batte il cuore della città. Basta sedersi ai tavoli di uno fra i tre famosi caffè di Piazza Repubblica (Gilli, Patzowski, Giubbe Rosse) fra il tramonto e le prime ore della notte. Sugli stessi tavoli, appoggiandosi agli stessi schienali, ecco dapprima i vetusti esemplari della borghesia cittadina che sorseggiano l'aperitivo. Un ottantenne con le dita inanellate, la consorte dai capelli sfumati color pervinca che risponde con il capino ai cenni di saluto di altre ottuagenarie che entrano. Più tardi l'ambiente umano trascolora nelle tinte dei neri e dei grigi. Entrano i commessi dark delle boutique del centro che, da un po', hanno la consuetudine di ospitare nelle vetrine interventi di giovani artisiti internazionali. Eleganti e trascurati, come solo sanno essere i più fedeli adepti delle ultime waves di moda filofrancese e filonipponica. Hanno appena chiuso i negozi e parlottano a gruppi, decidendo quale sarà l'andamento della nottata. Verso le otto e mezzo arrivano invece i rampanti, cercano gettoni per telefonare, vestono all'inglese come ogni giovanotto fiorentino per bene ama fare da generazioni, sorseggiano spumante italiano. Poi arriva la fauna in attesa del cinema, arrivano i ragazzotti di periferia in sella alle loro moto truccate, arrivano i gruppi di soldati che passeggiano avanti e indietro, senza il coraggio di entrare in un bar. Di ora in ora, la piazza cambia storia fino al grande mescolamento e alla promiscuità della notte, quando i ragazzi escono dalle discoteche e, ancora qui nel centro, vengono a cercare sigarette e tramezzini e il caffè delle tre del mattino. Le ragazze escono accaldate dal vicino Jab Jum, i gay dal Tabasco, gli yuppie dalle discoteche della collina sulle le loro Range Rover. In alto, sopra la piazza, l'orologio elettronico segna ora, giorno, mese e temperatura. I segnali luminosi rosseggiano intermittenti, la luce pulsa a intervalli regolari. I tassisti parlottano davanti alle loro auto bianche. Anche le ultime frequenze di vita si affievoliscono. Cala il torpore, la stanchezza. Il centro della città, il suo vecchio cuore millenario si irrigidisce nel silenzio e, privo di vita, ancora una notte si accascia.
[1986]

Pier Vittorio Tondelli Un week end postmoderno, Bompiani, 1990.

Source de l'image : Site Flickr.

L'Indiano


L'Arno divaga in una luce cieca,
attendono acqua i morti con le gole asciutte
e nei vivi si piaga la memoria :
secca con gli anni, si screpola la sua pianura,
attende questa o un altra luce, varia,
ma il pozzo non dà linfa
al moto incatenato della noria,
la draga trapana quest'aria senza traffigerla.

Piero Bigongiari Le Mura di Pistoia, Editions Sud, 1988.

L'Arno divague sous une lumière aveugle,
les morts attendent l'eau avec la gorge sèche
et la mémoire chez les vivants se blesse :
désséchée par les ans, sa plaine se craquèle ;
elle attend cette lumière ou une autre, un peu différente,
mais le puits ne fournit pas de sève
au mouvement enchaîné de la noria,
la drague creuse l'air sans le trouer.

(Traduction : Philippe Jaccottet et André Ughetto)

jeudi 16 avril 2009

Torneranno le sere


Torneranno le sere a intepidire
nell’azzurro le piazze, ai bianchi muri
la luna in alto s’alzerà dal mare
e nella piena dei giardini il vento
fitto di case, d’alberi, di stelle
passerà per la grande aria serena.
Torneranno nel sogno anche le voci
delle famiglie illuminate a cena,
la rapida ebrietà del loro riso.

O finestrelle, pozzi, logge, vetri
attaccati alla vita, allo spiraglio
delle fresche delizie e dei rimpianti,
o luna nuova sulla mia memoria,
tornate ad albeggiare con quel canto
di parole perdute, con quei suoni
struggenti, con quei baci morsi al buio.
Siate la polpa rossa dell’anguria
spaccata in mezzo alla tovaglia bianca.

Alfonso Gatto La storia delle vittime, Mondadori, 1966.

Les soirs reviendront tiédir dans le bleu les places,
aux murs blancs
la lune, haut, montera de la mer
et dans la crue des jardins le vent

dru de maisons, d'arbres, d'étoiles

passera dans le grand air serein.
Reviendront en rêve jusqu'aux voix

des familles éclairées au dîner,

la rapide ivresse de leur rire.


Ô fenestrelles, puits, loggias, vitres

attachés à la vie, à la lueur
des frais plaisirs et des regrets,

ô lune neuve sur ma mémoire,

revenez comme l'aube avec ce chant

de mots perdus, avec ces sons

déchirants, ces baisers mordus dans le noir.

Soyez la pulpe rouge de la pastèque
fendue au milieu de la nappe blanche.


(Traduction : Bernard Simeone)

mardi 14 avril 2009

Statua


Fra tutte le statue di Firenze, la statua di Giovanni delle Bande Nere è quella che più si meriterebbe un par di ceffoni nel muso. Guàrdalo un pò, come se ne sta seduto comodo in San Lorenzo, con quel suo tronco di randello nel pugno. O piove, o tira vento, Giovanni è sempre là, col suo sorriso molle nel viso barbuto. E che barba da paino, tutta riccioletti corti, ben pettinata, ben lisciata, intorno a una bocca che par quella di una donna con la voglia del cocomero. Non si scomoda neanche se tu lo pungi nel sedere con uno spillo. « Ci sto bene, e ci sto » par che dica, « e pròvati a farmi alzare, se ti riesce. » E quel bastone in mano, che se ne fa ? O perché non l'adopra ? Già, perché non l'adopra ? Non si può dire che in questi ultimi tempi non gli siano mancati il modo e le occasioni.

Curzio Malaparte Maledetti toscani.

Parmi toutes les statues de Florence, la statue de Jean des bandes noires (1) est celle qui mériterait le plus une paire de gifles sur la gueule. Regardez donc un peu comme il se tient assis bien à l'aise à San Lorenzo, avec son morceau de trique au poing. Qu'il pleuve ou qu'il vente, Jean est toujours là, avec son sourire mou dans son visage barbu. Et quelle barbe de petit efféminé, toute en bouclettes courtes, bien peignée, bien lissée autour d'une bouche semblable à celle d'une femme qui aurait envie d'une pastèque. Il ne se dérange pas, même si vous le piquez dans le derrière avec une aiguille. « Je suis bien ici, j'y reste, semble-t-il dire ; essaie de me faire lever, si tu peux. » Et ce bâton qu'il tient en main, qu'en fait-il ? Pourquoi ne l'emploie-t-il pas ? On ne peut pas dire qu'en ces derniers temps la manière et l'occasion lui aient manqué.

(1) Condottiere, parent de Leon X, chargé par celui-ci de mettre à la raison quelques tyranneaux de la Marche d'Ancône. Il créa à cette occasion la cavalerie légère dite des Bandes noires, portant le deuil de Leon X (1498-1526).

Traduction : Georges Piroué. (Ces sacrés Toscans, éditions Denoël, 1957)

lundi 13 avril 2009

Ecco Lucca


Ecco Lucca, calda, crudele, serrata e verde.
Mi sento qui nella carne di ogni persona che incontro.
Esamino i connotati come se chi passa portasse via,
nei suoi panni, il mio corpo.
E' la mia terra, è il mio sangue.
Ne ho un tormento e un desiderio come chi
si scostasse da un incesto ; – ma non può dominare
la fatalità dei suoi sensi !
Queste giornate, in questi luoghi, mi fanno soffrire,
e mi coprono di voluttà, e mi tengono limitato
come in una bara.
Riprenderò la via del mondo.
Andrò dove sono forestiero :
Dove non è peccato, sacrilegio, essere curiosi di sè
nelle cose che godi.
Qui finirei col riprendere la zappa, col rimescolarmi
ai contadini, col dimenticare le acredini e i miracoli
delle lettere, col lodare, al sole l'altro grano d'oro,
mentre si falcia, e le coscie delle donne sorprese
a fecondarsi di te in una gran perdizione di sguardi
e di morsi bestiali ;
e non sai più se è una pesca o labbra
quella forma che hai divorato, se non fosse
l'odor forte della donna ;
e poi al sole che ti dà un abbandono,
un abbandono così esteso, che accogli il sonno
come una pace vera di morte.

Giuseppe Ungaretti

dimanche 12 avril 2009

Fine stagione



Il mio dolore è quieto,
sta con me, non va via,
mi fa compagnia
il suo caro segreto.

Gli anni sono in me
illuminati e tristi,
oh, perché non venisti,
non tornasti, perché ?

Questa sera l’inverno
è più chiaro a occidente,
forse la stagione morente
ci saluta in eterno.

Attilio Bertolucci, Le poesie ed. Garzanti.

L'addio



Il fiume no, il fiume basta !
Bisogna dimenticarselo il fiume
Ci dicono di salutarlo
Ci ordinano di salutarlo
Verranno qui con delle macchine
Verranno qui con le loro draghe
Ci saranno degli uomini diversi
e il rumore dei motori
Chi ci penserà a tirarli su che non gelino i pioppi ?
Non resterà più niente
Non ci sarà più l’estate
Non ci sarà più l’inverno
Anche per te è finita
Fatti da parte
Tirati indietro, affonda la tua barca !
Si, parlo anche per te !
Non pescheremo più il luccio insieme
Non pescheremo neanche le carpe
E le anatre non passeranno
Non ritorneranno più dentro il mirino del mio fucile
Basta le folaghe, basta il volo delle oche selvatiche !
Amici miei, vedete :
Qui finisce la vita e comincia la sopravvivenza
Perciò, addio Stagno Lombardo !
Ciao, ciao fucile !
Ciao, fiume !
Ciao Puck !

(Monologue de Puck, dans le film de Bernardo Bertolucci Prima della Rivoluzione)



Le fleuve, non, c'est fini, le fleuve !
Le fleuve, il faut l’oublier
Ils nous disent de le saluer
Ils nous ordonnent de le saluer
Ils viendront ici avec leurs engins mécaniques
Il y aura des hommes différents et le fracas des moteurs
Qui prendra soin des peupliers pour qu’ils ne gèlent pas ?
Il ne restera plus rien
Il n’y aura plus d’été
Il n’y aura plus d’hiver
Pour toi aussi, c’est la fin
Laisse couler ta barque
Oui, c’est de toi aussi que je parle !
Nous ne pêcherons plus ensemble ni le brochet ni les carpes
Et les canards ne passeront plus
Ils ne reviendront plus dans le viseur de mon fusil
C’en est fini aussi des foulques et du vol des oies sauvages
Regardez, mes amis :
Ici, c’est la vie qui s’achève, et la survie qui commence
Alors, adieu, Etang de Lombardie
Adieu, adieu fusil !
Adieu, Puck !